Prendre un carton n'est pas un problème. Le 18 janvier 2014, PaulLabilePogba ôte sa vareuse, après avoir marqué avec la Juventus contre la Sampdoria de Gênes, afin qu'on puisse voir le tee-shirt qu'il porte en dessous. " R.L. S City Boys ". L'inscription n'a rien de cabalistique. Juste un clin d'oeil aux siens, un tribut à sa tribu. " R.L. S " pour Roissy La Source - et le quartier de la Renardière, la petite cité de Seine-et-Marne (banlieue est de Paris) où il a grandi et frappé ses premiers ballons.
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Prendre un carton n'est pas un problème. Le 18 janvier 2014, PaulLabilePogba ôte sa vareuse, après avoir marqué avec la Juventus contre la Sampdoria de Gênes, afin qu'on puisse voir le tee-shirt qu'il porte en dessous. " R.L. S City Boys ". L'inscription n'a rien de cabalistique. Juste un clin d'oeil aux siens, un tribut à sa tribu. " R.L. S " pour Roissy La Source - et le quartier de la Renardière, la petite cité de Seine-et-Marne (banlieue est de Paris) où il a grandi et frappé ses premiers ballons. " C'est une belle dédicace pour la ville où tout a commencé pour lui, où vivent encore beaucoup de ses copains. La Source parce que Roissy-en-Brie est un vivier dont sont issus des rappeurs et d'autres footballeurs ", rappelle SambouTati, le président du club, ancien coach de l'international français. Zifou pour le hip-hop ou NicolasIsimat-Mirin (PSV Eindhoven) viennent de la ville où le Turinois squattait le city-stade jusqu'à pas d'heure. " Matin, midi et soir, il avait un ballon avec lui sans compter une hargne contagieuse ", poursuit Sambou Tati. Pogba vient d'avoir 22 ans et donne l'impression d'avoir eu plusieurs vies. Il a évolué dans toutes les sélections françaises, des plus jeunes jusqu'aux A, a porté le maillot de deux immenses clubs (Manchester United et la Juve) et collectionne les honneurs (meilleur joueur du Mondial des U20 2013 que les Bleuets remportent ; Golden Boy du meilleur footballeur de moins de 21 ans en Europe la même année ; meilleur jeune du Mondial au Brésil). Il compte aussi trois titres de champion d'Italie et une finale de la Ligue des Champions avec les Bianconeri ainsi qu'un quart de finale de Coupe du monde, en guise de bagatelle. Au tournant des années 2000, Pogba apprend les bases sur le macadam avec ses frères, deux jumeaux : Florentin (alias 'YaFlo' qui joue à Saint-Etienne et qu'on annonce à Aston Villa) et Mathias (aka 'le Dos' qui évolue à Crawley Town), ses aînés de deux ans et demi. Les deux, nés à Conakry, oeuvrent aujourd'hui pour le Sily National guinéen. " Avec mes frères, je me demande si, durant notre enfance, on a parlé d'autre chose que de football ", questionne le second. " Notre père s'énervait à nous voir sortir sans arrêt le ballon. " Sur place, les jumeaux Pogba sont d'abord surnommés les " frères Derrick ", rapport aux personnages d'" Olive et Tom ", tandis que Paul endosse le rôle de " Mark Landers ", un autre protagoniste fameux du manga japonais. Le mini-terrain en synthétique se trouve au pied de l'immeuble où la fratrie habite avec Yéo, la mère du trio, qui fait des ménages à la Renardière. Fassou, le paternel, un ancien professeur, vit lui à l'autre bout de la ville. Dès 2001, Paul (8 ans) évolue avec ses frères. " En se mesurant aux plus grands, il a appris à la dure, ça lui a forgé le caractère ", assure Steeve, un éducateur de la municipalité. " Il devait compenser car il était en dessous physiquement. Parfois, il pouvait sortir en larmes quand ça jouait dur... " Les Pogba s'initient au tennis de table. Florentin gagne le championnat du département et celui de Paris-Ile-de-France tandis que Mathias rafle carrément le titre national chez les jeunes. " On m'a dit que les Noirs ne faisaient pas carrière au ping-pong ", s'étonne encore ce dernier. Le petit dernier ne dévie pas de la ligne. Il joue à l'école, il tape dans une balle le soir à la cité et même pendant les vacances dans d'interminables tournois de quartier contre " 'les 50', 'Bois Briard' ou 'la Pierrerie'. En aller-retour et les premiers à dix buts ", se rappelle Mathias. La loi de la rue façon ballon rond, comme partout dans les banlieues françaises depuis toujours ou presque. De Corbeil-Essonne à Vénissieux (Rhône), en passant par Caucriauville (Le Havre) ou les Caillols à Marseille... A Roissy-en-Brie (1), les frangins ne jouent pas ensemble, " Paul était parfois surclassé mais il évoluait avec 'Nico' (Isimat-Mirin, le quatrième joueur professionnel de la ville). A l'été 2006, Tati lui conseille de changer de crémerie : " L'US Torcy évoluait en Honneur chez les jeunes (le plus haut niveau dans cette catégorie d'âge) et il ne progressait plus chez nous. " " Il parlait peu mais il était enjoué avec ses camarades. Surtout, il avait une compréhension innée du jeu ", rapporte StéphaneAlbe, son entraîneur à Torcy, un club où il ne reste qu'une saison. Une année qui compte. Son positionnement va changer aussi. L'attaquant, dont le héros s'appelle DjibrilCissé, se mue en relayeur, qui brise les lignes adverses. " Il avait cette rare capacité à récupérer et à vite se projeter vers l'avant ", se souvient Stéphane Albe. En juillet 2007, la parenthèse enchantée prend fin. Les Pogba quittent le giron familial, Roissy et les rives de l'enfance : les jumeaux sont enrôlés par le centre de formation du Celta Vigo tandis que le passage de Paul chez le voisin torcéen ne passe pas inaperçu. Il intègre la pépinière du Havre. Il vient d'avoir quatorze ans. " Ils ont tous quitté la maison en même temps. Ils ne se voient pas beaucoup mais ils font chauffer Skype ou le portable presque tous les jours, renseigne un proche. Ils ont maintenu le lien fraternel. " Ainsi fonctionne l'autoproclamée 'Pogfamily'... Comme beaucoup de pépites des années 2000 (MamadouNiang, Kakuta, N'Zogbia...) du club doyen de l'Hexagone, il n'évoluera jamais avec l'équipe fanion. En Seine-Maritime, si Pogba met des tôles à ses éducateurs et à ses coéquipiers au ping-pong, il a l'impression de ne pas progresser sur le rectangle vert. Le club croit moyennement en lui. Un éducateur havrais lâche à l'époque, anonyme : " On a vu meilleur. " A son arrivée, celui que ses coéquipiers des sélections de jeunes surnomment La Pioche a signé un contrat de non-sollicitation qui le protège des autres clubs français. Pas de l'étranger. Alors qu'il discute avec Lyon et Arsenal, le club havrais sent le vent du boulet. " Je voulais rester au début mais on ne m'a pas donné ma chance ", déclare Pogba à L'Equipe en août 2009. Portsmouth, Newcastle et City se renseignent. Un mois plus tard, à seize ans et demi, le futur Juventino signe dans l'autre club de Manchester. Les Red Devils se sont lancés dans une grande opération séduction. AlexFerguson fait lui-même du gringue mais Pogba est rémunéré selon la législation anglaise en vigueur (700 € pour les moins de 17 ans) plus un appart pour lui et sa mère. Sept mois plus tard, il touche des émoluments plus en rapport avec son talent (20 000 €). Les dirigeants du HAC enragent, mauvais perdants, et crient à " la manipulation ". Ils paient le prix (élevé) de leur incompétence. " On a eu tout faux sur toute la ligne. Beaucoup pensaient qu'il n'avait pas le potentiel ", solde pour tout compte un éducateur du club à l'époque au club. Ferguson, lui, est confiant : " S'il travaille, il ira loin et il va beaucoup travailler. " De fait, Pogba s'adapte vite à son nouvel environnement et gagne même la Youth Cup, la Coupe d'Angleterre des juniors. " Je savais qu'il était fort mais peut-être pas à ce point, ni qu'il ferait les choses si vite ", dira GabrielObertan, son pote et coéquipier français de United. " Je ne comprends pas que le club ne lui ait pas vraiment donné sa chance. " Lui non plus apparemment. Sept matches officiels chez les pros en trois saisons à MU, cela lui paraît insuffisant. Il refuse de prolonger. " S'il y a bien une constante chez les trois frères, c'est leur assiduité au travail. Ils voulaient en faire leur métier et ils y sont arrivés tous les trois. Et comme Paul était le plus doué des trois, il débordait d'ambition et d'assurance... ", poursuit le proche de la famille. A l'été 2012, son nouvel environnement, dans lequel figure MinoRaiola, assure son atterrissage à la Juventus de Turin. Ses amis d'enfance sont inquiets. Sambou Tati, un de ses premiers coachs, le président du club de Roissy-en-Brie, décroche son téléphone. " Il était calme et rassurant. Il m'a dit : 'J'ai confiance en moi, je vais jouer en Italie' ". GuyFerrier, son entraîneur chez les U16 puis les U17, poursuit : " Il fallait parfois lui botter le cul. Il avait parfois l'impression de tout savoir. Sur le terrain, il en faisait trop. A l'Euro au Lichtenstein (U17 en 2010), il revenait de blessure et on ne lui a pas déroulé le tapis rouge. Il s'est enfin montré performant et collectif. Il s'est adapté. Il lui a fallu sortir de cette posture où beaucoup lui disaient : 't'es le plus fort' ". A Manchester, Alex Ferguson est tout colère ! " Je ne pense pas qu'il ait montré le moindre respect à notre égard. Je préfère le voir loin d'ici. " Il a tort. Le Français va briller de mille feux. A Turin, Pogba a trouvé un contexte à sa main. Conte, le coach d'alors, lui fait confiance. Il évolue dans un milieu à trois où les " Mousquetaires " sont bien évidemment quatre : Pirlo, Marchisio, Vidal et lui-même. Au fil des mois, il prend de plus en plus de place. Au point que LaGazzettadelloSport le considère bien vite comme " un athlète NBA avec des pieds brésiliens. " On connaît la suite... Naguère, Pogba a perdu la finale de la Ligue des Champions contre le FC Barcelone (1-3). Sa prestation résume à elle seule le joueur bianconero. " Il a fait une première mi-temps fantomatique : mauvais repli défensif, sautes de concentration. Il donnait l'impression d'errer dans l'organisation tactique de la Juve ", analyse RollandCourbis, le T1 de Montpellier. " Il y avait là tous les manques qui m'empêchent de penser qu'il est déjà un top joueur. En deuxième mi-temps, en revanche... " Après le repos, " laPioche " redevient le footballeur stratosphérique que les plus grands clubs convoitent : virtuosité technique, endurance de marathonien, clairvoyance collective et jeu de tête haut de gamme (timing et détente verticale). Un mix parfait de ses racines : le foot de rue des banlieues françaises et son ADN guinéenne. Un rapport au corps hors-norme qui fait de lui un dribbleur incomparable et un super danseur hors du terrain. Ses parents viennent de Guinée forestière, au Sud du pays, tout proche de la Sierra Leone et de la Côte d'Ivoire. Il y retourne régulièrement pour conserver un lien avec sa famille, comme il a toujours fait avec ses frères... PAR RICO RIZZITELLI À PARIS" Parfois, il pouvait sortir en larmes quand ça jouait dur... " Steeve, un éducateur de Roissy La Source " Il a une intelligence motrice qui couplée à ses aptitudes techniques et à son mental, donne un ensemble détonnant. " Didier Reiss, préparateur physique au Havre