K oen Daerden est sans doute le joueur belge qui n'hésite pas à se montrer plus critique envers lui-même que les ob-servateurs. Aujourd'hui, il effectue un constat : " Dans chaque interview, on me demande ce que je pense de moi-même . Ce n'est pourtant pas très important. Je sais comment j'ai joué, l'entraîneur le sait aussi et le fait de toujours devoir me justifier vis-à-vis de l'extérieur fait en sorte que je ne m'occupe plus que de moi-même. Or, ce n'est pas nécessaire. J'ai donc décidé de ne plus trop parler de moi-même et de mes prestations. Moi, j'estime qu'on devrait parler du Club Bruges. Je sais très bien ce que je fais, si je joue un bon ou un mauvais match. Mais ces dernières semaines, j'ai remarqué qu'on me regardait différemment. On observe tout ce que je fais alors que, par le passé, j'étais un joueur parmi les autres. Je sens qu'on attend davantage de moi alors qu'en fait, je n'ai pas changé. Cela ne me pose pas de problème mais je n'ai pas envie de répéter à chaque fois la même chose. Peut-être est-ce dû, comme vous le dites, au prix de transfert que Bruges a payé pour obtenir mes services ( NDLR : on parle de 4 millions d'euros, ce qui fait de lui le joueur le plus cher du marché belge) mais, pour moi, le plus important est que l'entraîneur et les autres personnes au sein du club savent ce que je dois faire ".
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K oen Daerden est sans doute le joueur belge qui n'hésite pas à se montrer plus critique envers lui-même que les ob-servateurs. Aujourd'hui, il effectue un constat : " Dans chaque interview, on me demande ce que je pense de moi-même . Ce n'est pourtant pas très important. Je sais comment j'ai joué, l'entraîneur le sait aussi et le fait de toujours devoir me justifier vis-à-vis de l'extérieur fait en sorte que je ne m'occupe plus que de moi-même. Or, ce n'est pas nécessaire. J'ai donc décidé de ne plus trop parler de moi-même et de mes prestations. Moi, j'estime qu'on devrait parler du Club Bruges. Je sais très bien ce que je fais, si je joue un bon ou un mauvais match. Mais ces dernières semaines, j'ai remarqué qu'on me regardait différemment. On observe tout ce que je fais alors que, par le passé, j'étais un joueur parmi les autres. Je sens qu'on attend davantage de moi alors qu'en fait, je n'ai pas changé. Cela ne me pose pas de problème mais je n'ai pas envie de répéter à chaque fois la même chose. Peut-être est-ce dû, comme vous le dites, au prix de transfert que Bruges a payé pour obtenir mes services ( NDLR : on parle de 4 millions d'euros, ce qui fait de lui le joueur le plus cher du marché belge) mais, pour moi, le plus important est que l'entraîneur et les autres personnes au sein du club savent ce que je dois faire ". Peut-être est-ce également dû au fait qu'au Club Bruges, il est censé jouer différemment, ne plus passer en puissance le long de la ligne de touche, donner le ballon et le recevoir, élargir le jeu, aller en profondeur et profiter des espaces,... Bref, tout ce qui a fait en sorte qu'il progresse sous le maillot de Genk. " J'étais souvent habitué à faire un rush, même lorsque j'étais dans la moitié de terrain adverse. A Genk, il me suffisait de bouger un peu pour recevoir le ballon. Ici, j'ai souvent l'impression que je dois être complètement seul pour qu'on me le passe. Alors qu'une de mes qualités consiste à aller au duel avec l'adversaire. Mais on ne me donne pas le ballon parce qu'il y a un opposant dans les parages. Nous devons nous adapter les uns aux autres. C'est pourquoi j'ai déjà dit à JonathanBlondelqu'il pouvait me lancer en profondeur sans s'occuper de savoir si j'étais libre ou pas : c'est comme cela que j'aime recevoir le ballon. Le fait d'avoir un adversaire à proximité ne me dérange pas : dans 80 % des cas, je gagne le duel. Ce sont des choses qu'on doit pouvoir se dire sans quoi, la prochaine fois, il ne me fera pas la passe non plus. Il faut nous laisser le temps de nous découvrir ". Daerden doit également soigner ses automatismes avec les attaquants. " J'en ai parlé avec l'entraîneur. On leur demande beaucoup de jouer en pivots mais, à un certain moment, ils doivent amener de la profondeur. Actuellement, trop peu de joueurs créent des espaces lorsque je rentre dans le jeu balle au pied, ce qui m'oblige à faire un une/deux ou un dribble pour progresser. Il est rare que je puisse lancer quelqu'un. Nous devons progresser sur ce point ". Il estime qu'au cours des six premiers matches de championnat - sans tenir compte de celui du week-end dernier -, il n'a pas encore été aussi dangereux qu'il pouvait l'être à Genk : " Je n'ai pas encore eu la moindre opportunité de délivrer un assist. A ce niveau, je me cherche un peu et c'est ennuyeux car les passes décisives, c'est important ". C'est pourquoi, à l'entraînement, il parle beaucoup avec, entre autres, Salou Ibrahim et Bosko Balaban. Il cherche à savoir quel genre de ballons ils aiment recevoir : " Je dois apprendre à connaître Bosko. Il est bien intégré au groupe mais il faut pouvoir vivre avec ses caprices. Psychologiquement, ce n'est pas toujours facile mais il n'est pas nécessaire de crier et de s'énerver. Il faut lui donner de l'importance et alors, il comptera beaucoup pour nous ". En championnat, il n'a refait qu'une fois, contre Beveren, le magnifique une/deux qui lui avait permis de marquer un but contre le PSG, à l'occasion du dernier match de préparation : " Ce genre de buts fait plaisir mais je ne m'arrête pas à cela ". A Bruges, il n'a pas encore trouvé les relais qui étaient les siens en pointe à Genk. " Evidemment, nous avons souvent changé de duo d'attaque et il a, à chaque fois, fallu s'adapter. A la fin de la période de préparation, ManaIshiaku et Salou jouaient régulièrement ensemble mais les blessures et les circonstances ont provoqué du changement et il a fallu reprendre tout à zéro. Cela vaut aussi pour Jo et Ivan Leko dans l'entrejeu. Il ne faut pas oublier que ce groupe ne travaille ensemble que depuis trois mois ". Pour Daerden, il n'est pas exact de prétendre que les bons joueurs finissent toujours par se trouver : " Ce n'est pas une question de bons ou de mauvais joueurs, il faut voir les choses dans leur ensemble. Quand faut-il faire circuler le ballon ? Quand faut-il chercher la profondeur comme j'aime le faire ? C'est souvent une question de compréhension mutuelle, de synchronisation. On peut attaquer de différentes façons mais il faut qu'on se comprenne. C'est dans ce domaine que nous devons progresser ". En l'absence de synchronisation, Bruges s'enfonce dans un entonnoir, comme contre Mons : " Ce fut un mauvais match mais, en deuxième mi-temps surtout, je m'étais juré de jouer davantage sur le flanc car l'entrejeu était surpeuplé. Malheureusement, je dois encore apprendre à mieux choisir mes moments, en fonction de l'adversaire. Gaëtan Engleberta toujours joué derrière les attaquants ou sur le flanc droit. Moi, j'ai beaucoup joué sur le flanc. Mon adaptation est donc différente ". Contre Saint-Trond, Daerden a changé de rôle. Il surgissait davantage de derrière et pouvait rester le long de sa ligne, un peu comme à Genk. " Dans ce match, je suis peu rentré dans le jeu car je trouvais qu'il y avait plus d'espaces sur le flanc. Mieux valait élargir le jeu en possession de balle car il y avait beaucoup de monde dans l'entrejeu. En début de championnat, je jouais peut-être trop au centre ce qui fait que Gaëtan, Jo et moi, on se marchait sur les pieds. A Saint-Trond, le concept n'avait pas changé mais les accents avaient été placés ailleurs. Gaëtan avait ainsi plus d'espaces et c'est très bien car il couvre plus de terrain. Il pouvait ainsi jouer entre les lignes tandis que j'occupais le flanc. De plus, avec Ivan, nous avions un gaucher sur le flanc droit, ce qui nous permettait de renverser le jeu et d'utiliser les longs ballons. Je me suis senti plus à l'aise et j'ai peut-être été meilleur. Mais ce sentiment est peut-être dû au fait que j'ai davantage l'habitude de jouer de la sorte ". Comment s'entend-il avec les arrières latéraux ? " Quand je jouais plus dans l'axe, j'ai souvent eu la sensation de compliquer la tâche de Michael Klukowski lorsqu'il entrait en possession de balle car le jeu penchait vers la droite. Il n'y avait pas de profondeur sur le flanc et personne devant lui, ce qui l'obligeait à partir en dribble ou à me donner le ballon au centre. C'était alors à moi de partir vers l'avant, à moins qu'un des attaquants ne décroche. Sur ce plan aussi, nous devons encore évoluer. Il faut que l'un vienne au ballon et qu'autre parte en pointe. Actuellement, il y a trop peu de profondeur dans notre jeu. A certains moments, nous venons tous vers le ballon et il est facile de faire la passe mais, si un attaquant joue dos au but, il faut que l'autre ou un médian file dans l'espace. Pour cela, il ne suffit pas de faire une passe, il faut qu'il y ait interactivité. Salou n'est pas obligé de toujours venir demander le ballon, il a aussi le droit de rester en pointe de temps en temps. Et je ne dois pas toujours rentrer dans le jeu, je peux choisir de rester sur le flanc. Nous devons avoir un meilleur feeling mutuel. Contre Anderlecht, par exemple, j'étais souvent dans l'axe parce qu'il y avait de l'espace dans le dos d' YvesVanderhaeghe et que les défenseurs n'osaient pas avancer car nous évoluions avec deux attaquants. Mais ce jour-là, en possession de balle, nous nous sommes heurtés à un mur parce que mes partenaires ne cherchaient pas la profondeur et cela m'a énervé. J'en ai parlé à l'entraîneur et il me comprend parfaitement ". Daerden ne pense pas que ce soit une question de confiance, d'audace ou de peur de ne pas respecter les consignes d'organisation défensive que donne Emilio Ferrera. " L'entraîneur a voulu mettre en place une organisation parfaite et chacun savait ce qu'on attendait de lui. Maintenant, nous pouvons développer d'autres thèmes ". Toujours avec prudence, cependant. " Contre Saint-Trond, nous avons loupé un une/deux et une longue passe a suffi à l'adversaire pour marquer parce que nous étions mal positionnés : il y avait trop de joueurs devant le ballon. Il est inadmissible d'être pris de vitesse suite à une mauvaise passe. Contre Saint-Trond, pour la première fois de la saison, j'ai eu la sensation que nous allions marquer facilement. Trois ballons de Philippe Clement ont été sauvés à même la ligne. C'est la première fois que nous utilisions sa force de frappe ". Après la débâcle de Mons, Ferrera avait parlé à Daerden de la façon dont on le regardait désormais. Il lui avait dit de ne pas s'inquiéter parce que les choses se passaient un peu moins bien en précisant " il faut laisser les choses se calmer et reconstruire ". Ces paroles devaient l'aider à mieux utiliser sa course et sa puissance, comme à Saint-Trond : " Je n'ai pas encore vraiment pu le faire. Mais ne me comprenez pas de travers : il est possible qu'à un moment donné d'une carrière, on traverse une autre phase. Au début, on fonce, comme face au PSG et à La Gantoise, deux équipes qui jouaient le jeu. Puis d'autres adversaires ferment la porte, comme Beveren. C'est là que tout se complique ". RAOUL DE GROOTE