Fenerbahçe a donc privé Anderlecht d'une cinquième participation de rang à la phase des poules de la Ligue des Champions. Pour un club dont l'ambition est d'accéder deux années sur trois à ce stade de l'épreuve, il n'y aurait donc pas lieu, en théorie, de parler de cata. D'autant plus que la moyenne est largement favorable au RSCA qui, avant cet échec contre les Stambouliotes, n'avait été éliminé qu'une seule fois à l'occasion du tour préliminaire : par le Ferencvaros Budapest en 1995-96. Un couac qui peut d'ailleurs être considéré comme la contre-performance majeure des Mauve et Blanc depuis leurs grands débuts sur la plus haute scène européenne, quatre ans plus tôt (v. cadre).
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Fenerbahçe a donc privé Anderlecht d'une cinquième participation de rang à la phase des poules de la Ligue des Champions. Pour un club dont l'ambition est d'accéder deux années sur trois à ce stade de l'épreuve, il n'y aurait donc pas lieu, en théorie, de parler de cata. D'autant plus que la moyenne est largement favorable au RSCA qui, avant cet échec contre les Stambouliotes, n'avait été éliminé qu'une seule fois à l'occasion du tour préliminaire : par le Ferencvaros Budapest en 1995-96. Un couac qui peut d'ailleurs être considéré comme la contre-performance majeure des Mauve et Blanc depuis leurs grands débuts sur la plus haute scène européenne, quatre ans plus tôt (v. cadre). Pour le Sporting, hélas, cette élimination devant le club turc n'aurait pu tomber à un plus mauvais moment. C'est que les Bruxellois n'ont pas lésiné sur les moyens, depuis un peu plus d'un an, pour bâtir une équipe susceptible de tenir la route au plus haut échelon européen. La saison passée déjà, ils avaient dû déchanter sous la forme d'une quatrième place dans un groupe où, hormis l'AC Milan, intouchable, Lille et l'AEK Athènes ne faisaient pas figure d'épouvantails. Cette fois, ils auront carrément bu le calice jusqu'à la lie face à un adversaire, respectable certes, mais qui n'était pas non plus un monstre sacré. Autopsie d'un échec et regard sur ses conséquences. 1. Une attaque fantômePour gagner, il faut marquer. Et c'est là que le bât blesse au Sporting depuis l'entame de cette saison. En l'absence de Nicolas Frutos, les trois hommes qui constituaient la plupart du temps la division offensive ( Mbark Boussoufa, Mémé Tchité et Ahmed Hassan) sont loin, très loin même de leur meilleure forme. Cyril Théréau est toujours à la recherche de ses meilleures sensations, ce qui n'est bien sûr pas anormal dans le chef d'un nouveau venu. Le même constat n'est toutefois pas d'application à Mbo Mpenza, de loin l'élément le plus saignant en front de bandière cette saison, mais qui continue à être snobé de manière incompréhensible par l'entraîneur. Comprenne qui pourra vis-à-vis d'un joueur qui avait tout de même planté deux buts à Lille, voici un an. Aucun autre Anderlechtois ne peut se targuer d'un tel doublé ! 2. Une absence de collectifL'année passée, le déficit de résultats sur la scène européenne avait été lié à la mise en place d'une nouvelle équipe, logiquement en quête d'automatismes. Douze mois plus tard, le topo n'est plus du tout le même : d'une saison à l'autre, seul Jan Polak s'est ajouté. Pourtant, il n'y a toujours pas de collectif sur le terrain. De match en match, on s'en remet à l'inspiration des artistes. Mais comme ceux-ci, à l'image du numéro 10 égyptien, sont aux abonnés absents, l'équipe bafouille son football. Elle manque aussi de personnalités et de talents. Le seul à répondre à ce critère est Lucas Biglia, impérial tant à Istanbul qu'au retour, au stade Constant Vanden Stock. Un garçon qui répond toujours à l'attente aussi, que ce soit sur la plus haute sphère européenne ou dans celle, nettement plus feutrée, d'un déplacement à Roulers ou au Lierse. Mais une hirondelle ne fait évidemment pas le printemps. Quant à Triguinho, présenté comme un régal sur le flanc gauche, il ne faisait même pas partie du noyau face aux Turcs ( Roland Lamah, gaucher lui aussi, claque dans un même temps les buts pour le compte de Roda où il est en prêt...). Trop court, dit-on déjà de manière unanime, à propos du Brésilien, dans les couloirs du stade. 3. Une approche trop frileuseLa meilleure défense, c'est l'attaque, c'est bien connu. Et Zico, l'entraîneur brésilien du Fener, qui s'est inspiré de cet adage tant à l'aller qu'au retour, en a bel et bien été récompensé. Frankie Vercauteren, en revanche, doit se mordre les doigts de ne pas avoir témoigné de plus d'audace durant les 45 premières minutes à Istanbul surtout. L'attentisme, c'est un peu son péché mignon. Et ses corrections apportées en cours de match sont rarement pertinentes. Même avec deux buts d'avance, le RSCA s'était fait remonter les bretelles, il y a un an, par l'AEK Athènes au Parc Astrid ! Et personne n'a oublié non plus qu'en rappelant Lucas Biglia sur le banc, lors d'Anderlecht-Lille la saison passée, il avait permis aux Nordistes de s'installer dans le camp du Sporting, en décrochant sur le fil un nul. 1. Un manque à gagnerEntre prendre partie aux poules de la Ligue des Champions ou en UEFA, cela représente un manque à gagner de quelque 8 millions d'euros. Les chiffres sont là pour l'attester : Anderlecht avait récolté 11,5 millions d'euros la saison passée, tandis que Bruges avait récolté un peu plus de 2.000.000 euros. Soit un montant 6 fois moindre. Ces 11,5 millions d'euros, c'est ce qui aura permis aux dirigeants anderlechtois d'attirer chez eux Boussoufa, Jan Polak et Biglia. Il est toutefois heureux, pour eux, que cette somme ait d'ores et déjà été ramenée à de plus sages proportions : 4 millions d'euros à peine, suite à la cession, pour 7,5 millions d'euros, de Mémé Tchité à Santander. Reste qu'il sera quand même très difficile, pour eux, d'appâter des grosses pointures. D'autant plus que les prix ne cessent de grimper et que pour moins de 5 millions d'euros, on n'a franchement plus grand-chose de transcendant sur le marché. Les Allemands d'Hoffenheim viennent de dépenser 3 millions d'euros pour le Mouscronnois Demba Ba. C'est assez significatif. 2. LafuitedestalentsUne première vedette a d'ores et déjà émigré sous d'autres cieux : Mémé Tchité, qui a signé un contrat mirobolant à Santander, puisqu'il est assuré de percevoir 2 millions d'euros par an en Espagne, soit quatre fois plus qu'à Anderlecht. Même si le manager du RSCA, Herman Van Holsbeeck, jure ses grands dieux qu'il limitera la saignée, d'autres seront à coup sûr tentés de suivre l'exemple de leur ancien coéquipier. Il ne faut quand même pas oublier que des garçons comme Hassan, Biglia ou Polak ont choisi d'unir leur destinée à celle du RSCA grâce à cette merveilleuse vitrine que représente la Ligue des Champions. L'UEFA a un attrait nettement moindre, comme chacun le sait. Reste à voir dans quelle mesure certains seront disposés à faire des heures sup. Le petit Argentin, qui avait fait savoir qu'il ne partirait pas cette saison, a déjà rectifié le tir jeudi passé en disant que si chacune des parties pouvait s'y retrouver, il changerait peut-être d'horizon lors du mercato. Mais qu'il soit toujours là ou non en fin janvier, tout porte à croire qu'il sera intenable l'été prochain. Hassan, lui, en est à sa toute dernière campagne au Sporting et la question d'un avenir prolongé à Bruxelles est de mise aussi pour un Nicolas Pareja ou un Boussoufa. Un titre et la perspective de disputer (peut-être) les poules de la Ligue des Champions la saison prochaine pourraient toutefois atténuer la tendance. 3. Un changement de cap Même si le président Roger Vanden Stock voit en son coach le futur Guy Roux du RSCA, il n'est pas sûr du tout que Vercauteren lui-même désire se glisser dans la peau de l'ancienne figure emblématique de l'AJ Auxerre. Soucieux de l'étiquette, le jeune quinqua, ex-footballeur de grand talent s'il en est, n'affiche pas, loin s'en faut, la même maîtrise de l'autre côté de la barrière. Certes, il a été sacré deux fois champion mais c'était aux forceps, au bout de championnats dont le Sporting était à chaque coup le favori tout désigné. Sur le plan européen, par contre, ça coince rudement pour lui : quatre victoires (dont une contre le Neftchi Bakou et deux face au Slavia Prague, la dernière remontant à un match pour du beurre au Betis Séville) mais surtout dix revers en l'espace de 18 matches, cela fait indéniablement tache sur un palmarès. D'autant plus qu'il doit se rendre compte lui-même qu'il n'y a pas d'amélioration sous sa houlette. Il a beau être une bête de foot et sentir le jeu comme nul autre (à l'exception de René Vandereycken, bien sûr, qu'on peut mettre sans problème dans le même sac), le gouffre est énorme, avec lui aussi, entre la théorie et la pratique. Onze individualités sur le terrain, comme il en va souvent au Sporting, c'est quand même un comble pour un adepte du team-building comme lui. Dans ce cas, ne trouvera-t-il pas plus sage de jeter définitivement le gant pour devenir directeur technique ? Poser la question, c'est peut-être y répondre. par bruno govers - photo: reporters