1. Pourquoi et comment le Sporting Portugal a-t-il été battu ?

Le Sporting Portugal était logiquement le favori de la première des deux grandes finales européennes. Ce club avait réussi un magnifique parcours en entassant des statistiques impressionnantes, surtout sur le plan offensif, et se retrouvait, pour cet événement, devant son public. Son échec est la résultante de trois problèmes.
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Le Sporting Portugal était logiquement le favori de la première des deux grandes finales européennes. Ce club avait réussi un magnifique parcours en entassant des statistiques impressionnantes, surtout sur le plan offensif, et se retrouvait, pour cet événement, devant son public. Son échec est la résultante de trois problèmes. Un : le Sporting a hérité d'un nombre élevé de phases arrêtées offensives (corners, coups francs) sans en tirer de profit. Rogerio, l'auteur du but portugais, a bien été dangereux sur un coup franc tiré de la droite mais, sur l'ensemble du match, ce fut trop maigre. Le CSKA Moscou, doté d'arrières de haute stature, a donné l'impression de ne pas craindre ce genre de phases. Deux : l'entrejeu du Sporting s'est trop occupé de tout. Ce secteur a voulu gérer la construction, la récupération de la balle, etc. A la longue, cela use. Le passage à vide d'une vingtaine de minutes en deuxième mi-temps était logique. Les milieux du Sporting savent tout faire, c'est évident, mais à la longue, quand les choses se compliquent, des petits soucis peuvent voir le jour. Fabio Rochemback, pare-chocs défensif de son équipe, était flanc droit quand il jouait au Barça. Cela signifie que le Brésilien et ses camarades du milieu de terrain ne sont pas animés par la froideur d'esprit et le réalisme des médians défensifs de métier. Trois : la réussite a souri aux Russes. On se demande toujours comment Rogerio s'y est pris pour ne pas mettre la balle de Rodrigo Tello dans le but. Il était quasiment sur la ligne. Au lieu de cela, le ballon toucha le poteau, se retrouva dans les bras du gardien qui lança Daniel Carvalho. Joseph Enakarhire, pas dans son assiette, ne lui barra pas la route. Daniel Carvalho signa sa troisième passe décisive. Vagner Love en profita pour porter la marque à 1-3, quelques secondes après la chance de Rogerio. A 2-2, le Sporting aurait digéré son coup de fatigue. Les Moscovites sont entrés dans l'histoire. C'est la première fois qu'un club russe range un grand trophée européen dans sa vitrine. Le parcours de cet outsider sympathique vers la finale de la Coupe de l'UEFA a été méritoire. Mais qu'est-ce que le CSKA Moscou nous a finalement montré lors de son duel avec le Sporting Lisbonne ? Qui aurait évoqué les assists de Daniel Carvalho si le Sporting avait égalisé au lieu d'encaisser un troisième but ? En première mi-temps, la possession de la balle était largement à l'avantage des Portugais : 65 %. Le CSKA a géré les phases arrêtées défensives et s'est très fort reconverti offensivement après la conquête du ballon. Les quatre ou cinq occasions de but russes résultèrent de contres, pas d'une domination dans le jeu. Je retiens surtout leur taille, leur présence physique, leur parfaite gestion des phases arrêtées devant leur gardien. Globalement, cet apport était moins riche et dense que celui des Portugais. Jusqu'à présent, c'est du coté de la Coupe de l'UEFA que le football bouge le plus. Cette épreuve est plus un laboratoire que la Ligue des Champions qui s'accroche à ses habitudes tactiques, à ses philosophies de jeu. Tous les schémas tactiques et les animations sont connus. Personne n'y innove vraiment. Il en va différemment en Coupe de l'UEFA. Et, dans ce domaine, la palme revient à AZ Alkmaar et au Sporting Portugal. Ces deux équipes se distinguent par une énorme possession de la balle. C'est un concept qui était très à la mode au Barça de Johan Cruijff. A l'époque, on s'en souvient, la balle circulait patiemment sur la largeur du terrain. Le Barça se donnait le temps d'attendre la faille dans la garde adverse. Le Sporting Portugal maîtrise la balle encore plus longtemps. Mais le style est différent. Cette formation a plus de verticalité dans son jeu, évolue plus vite, tente des passes plus difficiles et accepte les risques dans les déplacements. Pour avoir une telle possession, le Sporting doit dès lors se reconvertir tout de suite en cas de perte de la balle. Ce pressing instantané est éreintant et génère des coups de barre.n Emilio Ferrera