Nous ne l'appellerons pas encore l' AntoniGaudi du Club Bruges. Pas encore... Ce serait faire insulte au génial architecte catalan et cela placerait le médian espagnol sous une pression excessive. Mais il n'empêche : Victor Vazquez (25 ans) place de mieux en mieux ses accents sur le jeu du Club. Vendredi, à Courtrai, il a délivré l'assist à Carlos Bacca avec classe. Il est bien plus redoutable dans un rôle central que depuis le flanc, où il doit couvrir de trop grandes distances. Le Colombien, qui comprend parfaitement le jeu de l'Espagnol, a ainsi marqué son septième but en six matches.
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Nous ne l'appellerons pas encore l' AntoniGaudi du Club Bruges. Pas encore... Ce serait faire insulte au génial architecte catalan et cela placerait le médian espagnol sous une pression excessive. Mais il n'empêche : Victor Vazquez (25 ans) place de mieux en mieux ses accents sur le jeu du Club. Vendredi, à Courtrai, il a délivré l'assist à Carlos Bacca avec classe. Il est bien plus redoutable dans un rôle central que depuis le flanc, où il doit couvrir de trop grandes distances. Le Colombien, qui comprend parfaitement le jeu de l'Espagnol, a ainsi marqué son septième but en six matches. Ce n'est pas la première fois cette saison que Vazquez est impliqué dans des buts brugeois. Il a pourtant entamé le championnat avec difficulté, comme le révèlent les statistiques. Lors de la première journée, contre Waasland-Beveren, Vadis Odjidja a été la révélation offensive du Club, et au tour préliminaire de Ligue des Champions contre Copenhague, Vazquez est resté 90 minutes sur le banc au Danemark, puis 84 à Bruges. Lors de la deuxième journée de championnat, le Catalan a été exclu (injustement) pour un soi-disant coup de tête au Carolo Ederson, qui a ensuite reconnu qu'il ne s'était rien passé mais qu'il fallait tout mettre en £uvre pour faire basculer le match... Georges Leekens a écarté Vazquez lors des troisième et quatrième journées comme à Debrecen, même si là, entré en fin de match, il a réalisé un steal et un assist en l'espace de quelques minutes - Bacca a alors marqué le 0-3 dans les arrêts de jeu. A ce moment-là, on pensait que Victor Vazquez allait vivre une saison difficile et qu'il devrait se battre durement pour obtenir sa place dans l'entrejeu, qui disposait de Jonathan Blondel, une certitude, de Jesper Jörgensen, un nouveau loué pour son abattage, de Niki Zimling, une autre certitude, et d'Odjidja, un grand talent. Le revirement s'est alors produit : Zimling s'est blessé et Odjidja a commencé à rêver d'un transfert. Vazquez, lui, s'est battu pour revenir. Le déplacement à Mons suivait le match de Debrecen. Piqué au vif, avide de revanche, l'Espagnol a été titularisé, les héros du match aller étant ménagés. Il a répondu en délivrant un assist à Mémé Tchité et en marquant lui-même un but. Il a continué sur sa lancée au match retour contre Debrecen (un but et un assist), et lors de la première affiche de la saison, à domicile contre le Standard, il a offert un nouvel assist à Tchité. Ces dernières semaines, il a donc joué un rôle crucial dans le département offensif du Club. Pourquoi ? Comment une telle métamorphose a-t-elle pu se produire ? Est-elle liée à une adaptation tactique ? A-t-il amélioré sa condition physique ? Est-ce dans la tête ? Sans doute y a-t-il un peu de tout. A son arrivée à Bruges, Victor Vazquez n'avait plus joué depuis longtemps. " Environ 15 mois ", se rappelle l'entraîneur adjoint Rudi Verkempinck. Il faut donc du temps pour retrouver le rythme des matches. Le préparateur physique du Club, Joost Desender, rappelle que chaque personne a un certain potentiel quantifiable. On a mesuré celui de Vazquez comme celui des autres joueurs et il est apparu que sa VO2Max était relativement bonne. Il n'a pas un abattage exceptionnel mais il est dans la moyenne. Pourtant, la saison passée, surtout dans la dernière phase, l'Espagnol a souvent coincé assez rapidement. Desender : " Oui mais il a dû s'habituer à la culture footballistique belge, à un football qui s'appuie sur la force dans les duels et qui nous coûte beaucoup de pertes de balle. C'était juste le contraire de ce qu'il avait connu au Barça B, une équipe qui mise sur la possession du ballon. Reconquérir celui-ci sans arrêt requiert beaucoup d'énergie et c'est plus dur mentalement. Vazquez s'est adapté mais pendant les PO1, il était manifestement à plat. Il a eu un mal fou à achever ses matches. "La préparation à la saison en cours a été bonne, hormis un petit problème au tendon d'Achille qui l'a écarté deux ou trois jours. Sinon, il s'est entraîné tous les jours. Desender : " Or, ce qu'on construit lentement dure plus longtemps. Il n'a pas été contraint de précipiter son travail physique. "S'il a donc été écarté de l'équipe durant quelques matches, c'est plutôt lié à un choix tactique qu'à un quelconque problème. Vazquez a d'abord perdu son duel contre Odjidja, l'autre élément créatif de l'entrejeu brugeois, qui évolue dans un registre différent. Mais cette mise à l'écart lui a permis d'être plus frais que d'autres. Il en est à six matches (ou un peu moins, vu son exclusion après 25 minutes à Charleroi) et il joue à un rythme hebdomadaire normal alors que des footballeurs comme Thomas Meunier et Lior Refaelov ont participé à 11 matches en 37 jours, championnat, Coupe d'Europe et équipe nationale confondus. L'Espagnol a donc acquis le rythme nécessaire et a amélioré son volume. Leekens l'a laissé sur le terrain jusqu'aux ultimes minutes de jeu de tous les matches de championnat. Tout le monde semble s'être départi de la crainte d'une nouvelle blessure au genou, une peur omniprésente au début. En se penchant sur les statistiques de la saison dernière, on remarque que son volume était nettement moins important. Ainsi, dans le second volet des PO1, Vazquez n'a jamais joué plus d'une heure. Pendant deux mois, il avait presque tout joué car Vadis Odjidja était blessé. Avant, il était régulièrement remplacé, ou commençait sur le banc. L'aspect physique est une chose. La tactique, le mental et la technique en sont d'autres. Lior Refaelov : " Sur le terrain, Victor est très important pour moi. Parfois, il suffit d'un regard et il sait ce que je veux. " Cet été, quand il ne jouait pas, Vazquez a conservé sa quiétude. C'est ce qu'on a remarqué à Bruges. Son amie s'y plaît et il n'avait de toute façon pas d'autre offre. Il a compris qu'il devait faire preuve de patience et travailler. Desender : " On ne s'y attendrait pas de la part d'un joueur qui vient de Barcelone mais après l'entraînement, Vazquez s'attarde régulièrement pour peaufiner sa technique et sa tactique. " Rudy Verkempinck constate ses progrès aussi. La saison passée, quand le duo Verkempinck - Philippe Clément a brièvement pris la succession d' Adrie Koster, avant l'arrivée de Christoph Daum, il a placé Vazquez sur le banc contre le Standard. Les semaines suivantes, Daum a fait de même, en essayant Refaelov derrière les attaquants, n'alignant l'Espagnol qu'un quart d'heure de temps en temps. Vazquez n'est revenu dans l'équipe que quand les critiques ont plu à propos des victoires étriquées de Daum et après le forfait d'Odjidja. Pourtant, Verkempinck s'épand en louanges sur le médian. " C'est un joueur très important au sein de cette équipe, notamment grâce à son impact sur la circulation du ballon. Il permet aux autres de mieux jouer, il a une bonne vision du jeu et il réussit souvent ses actions. En l'espace d'un an, il a énormément progressé. Ses qualités physiques sont incontestablement en progrès mais c'est son intelligence que je trouve phénoménale. Je connais peu de footballeurs plus malins que lui en Belgique. Il comprend tout plus rapidement. Je le comparerais à un joueur d'échecs. Alors que son adversaire anticipe un coup, lui en a trois d'avance. Encore faut-il traduire cette qualité ballon au pied car sans ça, penser rapidement ne sert à rien. Le but de Bacca à Courtrai est un bon exemple. Vazquez a vu et analysé la situation mais il a parfaitement envoyé le ballon. Il en est capable. Son tir n'a été ni trop tendu ni trop mou. Cela m'a d'ailleurs frappé dès son arrivée : il maîtrise parfaitement la vitesse de son passing. Il profite sans doute de sa formation. Il a une formidable technique de frappe, y compris sur les coups francs, et il joue en un temps, voire en deux. "Victor Vazquez a encore une marge de progression sur le plan verbal : son anglais doit progresser. Verkempinck : " N'oubliez pas que l'année dernière, après 15 mois sans jouer, il doutait de lui. Il découvrait aussi notre championnat. Cela ne s'efface pas du jour au lendemain. Il faut s'entraîner très dur, il faut avoir des minutes de jeu. Il y a une différence entre la forme à l'entraînement et la forme en match. Ce joueur ne pouvait que progresser, compte tenu de ses qualités intrinsèques. "D'autant que Bruges gère mieux les sensibilités de ses joueurs. Distant, Christoph Daum n'avait pas un bon contact avec ses joueurs des pays du sud de l'Europe, plus sensibles. Georges Leekens est différent. Verkempinck : " Contrairement à JordiFigueras, Vazquez n'était pas très bon en anglais et avait des problèmes de communication. Il a progressé. Socialement, il est important pour Bacca, dont il s'occupe beaucoup. " Leekens a pourtant laissé Vazquez sur le banc aussi, comme Daum. L'Espagnol fait-il partie de ces footballeurs qui doivent constamment convaincre leurs entraîneurs de leurs qualités ? Verkempinck : " C'était différent cette année. Il a très bien accepté la situation, il est resté positif et a continué à travailler. Il a eu des problèmes au tendon d'Achille pendant la préparation, au moment où on forme l'équipe. Il a donc dû faire preuve de patience ensuite. "Vendredi, à Courtrai, l'architecte du Club était relativement satisfait de sa prestation. Il est revenu sur son début de saison hésitant : " Ne pas jouer est embêtant pour tous les footballeurs. Tout le monde a vu les images : mon exclusion à Charleroi était injuste mais j'ai dû quitter le terrain. Ensuite, l'entraîneur m'a redonné ma chance. Je joue pour l'équipe, je travaille sans relâche. Je me suis habitué au championnat de Belgique. Le football ici est différent, avec beaucoup plus de duels mais aussi de bons joueurs. J'ai fait banquette et maintenant, on me couvre d'éloges. C'est le football... Tout change d'un jour à l'autre. Un jour, on est dans le trou, mais on retrouve vite le paradis. "Son objectif ? " Il est clair, non ? Cette année doit être la mienne, notre année. Le noyau est plus étoffé, nous avons engagé de bons joueurs. Nous visons le titre. "PAR PETER T'KINT - PHOTOS : IMAGEGLOBE" C'est un des footballeurs les plus malins de la D1. " (le T2) " Au Barça, c'était la possession de balle. Ici, il a dû apprendre les duels. " (le préparateur physique)