A lessandro Cordaro (20 ans) et Laurent Gomez (21 ans) : un petit (1m65) et un grand (1m82), un offensif et un défensif, un produit de La Louvière (10 ans au Tivoli) et un gars estampillé Standard (12 saisons à Sclessin). Points communs : ils font partie du Top 5 des joueurs les plus utilisés par Mons la saison dernière et ils figurent aussi dans le noyau des Espoirs de Jean-François de Sart. Découverte croisée.
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A lessandro Cordaro (20 ans) et Laurent Gomez (21 ans) : un petit (1m65) et un grand (1m82), un offensif et un défensif, un produit de La Louvière (10 ans au Tivoli) et un gars estampillé Standard (12 saisons à Sclessin). Points communs : ils font partie du Top 5 des joueurs les plus utilisés par Mons la saison dernière et ils figurent aussi dans le noyau des Espoirs de Jean-François de Sart. Découverte croisée. Alessandro Cordaro : La Louvière a assumé ma formation pendant dix saisons. J'ignorais si on comptait ou non sur moi, mais à 16 ans, au moment où on aurait pu me proposer quelque chose de concret, on ne m'a rien offert. Etais-je trop court pour le noyau A ? Je ne le saurai jamais. Dominique Cuvelier, qui avait été l'adjoint de Marc Grosjean à La Louvière puis l'avait suivi à Mons, m'a sondé. J'ai été directement intéressé. Je ne connaissais pas bien Grosjean car j'étais encore chez les jeunes quand il entraînait La Louvière et il m'avait seulement appelé pour quelques entraînements. Mais le défi me plaisait. Je n'ai pas du tout mauvaise conscience par rapport aux Loups : d'accord, c'est ce club qui m'a formé avant que je n'aille m'affirmer ailleurs, mais je devais tirer mes conclusions à partir du moment où j'avais l'impression qu'on ne comptait pas sur moi. Laurent Gomez : On m'a déjà souvent demandé pourquoi le Standard consacrait du temps et de l'argent à former des jeunes pour ne pas les utiliser plus tard en équipe Première. Je ne peux pas répondre. J'ai été un des plus jeunes joueurs de l'histoire du Standard à intégrer le groupe pro et j'attendais autre chose des années qui ont suivi. J'ai passé trois ans dans le noyau A pour jouer un match et 10 minutes ! A part le deuxième gardien, personne n'avait un rapport minutes jouées/minutes sur le banc plus faible que moi. C'est clair que j'avais de la concurrence solide pour le poste de médian défensif, pour lequel j'ai été formé : Godwin Okpara, FrederikSöderstrom, Roberto Bisconti, Matthieu Assou-Ekotto, Philippe Léonard. Même quand il y avait plein de blessés, je restais sur le banc. Je retiens un très grand souvenir de mes débuts avec l'équipe A : c'était contre Mouscron à domicile et je m'étais bien débrouillé. Quelques semaines plus tard, Dominique D'Onofrio m'a fait monter dans un match contre le Lierse, suite à la blessure de Gonzague Vandooren. Le Standard menait alors 1-0. Mais nous avons encaissé en fin de rencontre et j'étais - avec d'autres ! - impliqué dans cette phase. Je l'ai payé au prix fort : je n'ai plus jamais porté le maillot du Standard. Oui, j'ai l'impression d'avoir été condamné sur une seule action. C'est ça qui est dur à vivre. D'Onofrio ne m'a pas fait de reproche direct au debriefing, il a seulement parlé d'une succession d'erreurs, mais j'ai vite compris qu'il m'en voulait. Moi, j'ai toujours eu mes certitudes : j'avais perdu un bête duel de la tête mais il y avait eu d'autres erreurs sur cette phase. Je garderai un bon souvenir de cet entraîneur, un gars honnête, courageux, qui mange Standard et dort Standard. J'aurais seulement aimé qu'il m'explique en tête à tête les raisons pour lesquelles il ne voulait pas me faire jouer. Je ne peux pas dire que j'ai quitté le Standard par la grande porte, il y a un an. Trois ans à cirer le banc, ce n'est pas un bilan extraordinaire. La fin de mon séjour là-bas a aussi été gâchée par mon renvoi dans le noyau B pour le deuxième tour. Le club me proposait de prolonger mon contrat mais je n'en voulais pas car je désirais jouer. J'ai d'abord cherché prioritairement en D1 mais ma carte de visite ne jouait pas pour moi. J'étais toujours repris en Espoirs nationaux mais ça ne pesait pas lourd. Alors, j'ai décidé de me relancer dans un club ambitieux de D2. A côté de mes petits problèmes au Standard, je sais que Michel Preud'homme a toujours cru en moi et qu'il sera toujours là pour m'aider si j'ai besoin de lui. Est-ce D'Onofrio qui s'est trompé ? L'avenir le dira. On verra dans quelques années ce que j'aurai pu prouver. Cordaro : Ma découverte de la D1, je la dois à Grosjean. Je n'ai pas vraiment participé à l'euphorie de la première saison vu que je n'étais que dans le noyau de Réserve au début, mais cette année-là m'a quand même permis de disputer deux matches de première division. Après cela, il y a eu Sergio Brio. J'ai un avis assez contrasté sur lui. Il tenait les jeunes sur le terrain après la fin de l'entraînement pour les faire progresser, c'était sympa. Mais le courant ne passait pas. Il a même cherché à me prêter. Tout a beaucoup mieux tourné avec Jos Daerden. Je reste convaincu que s'il y avait un homme capable de sauver Mons, c'était lui. Sa dispute avec le président, qui a mené à son C4, c'était dommage pour Mons. Et en parlant de José Riga, je ne peux évidemment être que positif. Il m'a fait confiance dès le premier jour, il a choisi de me tester comme numéro 10. Pourtant, je n'y croyais pas quand les entraînements ont commencé. J'étais même certain de débuter sur le banc. Quand je voyais les joueurs expérimentés qui étaient restés, je ne pouvais pas être optimiste. Au début, j'avais même l'impression que le coach se souciait surtout des aînés, qu'il leur réservait la plus grande partie de son discours. Il ne me connaissait pas, il disait régulièrement que les jeunes devaient se battre pour pouvoir espérer une place dans l'équipe, mais je ne le sentais pas trop. Et puis, il y a eu la surprise du premier match : j'étais directement titulaire. Tout s'est bien passé et, finalement, j'ai presque tout joué. Les supporters ont apprécié mon apport : ils m'ont élu Dragon de l'Année. Gomez : J'avais l'avantage de ne pas avoir d'habitudes ici, il y a un an. Le groupe était marqué par la chute en D2, c'était très clair. J'ai rencontré beaucoup de joueurs déçus et nerveux. Leur mental était au plus bas. Certains voulaient partir mais n'ont pas trouvé d'autre club ou ont dû rester. C'était mieux de débarquer d'autre part. Il y avait une personne que je connaissais assez bien : José Riga. Je l'avais côtoyé comme T2 au Standard et il était d'ailleurs à la base de mon transfert à Mons. Il m'a mis dans l'équipe dès le début : normal, j'étais le seul gaucher disponible à l'époque. Même s'il n'avait pas compté sur moi, il aurait été obligé de m'aligner. J'ai tout joué pendant la préparation, au back gauche. J'avais toujours eu une préférence pour un poste de milieu défensif mais je ne pouvais pas faire la fine bouche. Et finalement, c'est au back que je me suis imposé. J'ai vu défiler du monde devant moi : 6 ou 7 joueurs différents, ou même plus. Il y avait les blessures, les suspensions, les méformes. Je n'ai jamais pu cultiver d'automatismes mais je n'en ai pas souffert. Gomez : Nous ne nous sommes jamais posé la question de savoir s'il valait mieux attaquer ou défendre. Riga nous a directement conditionnés pour que nous imposions notre jeu et le groupe a adhéré. Quand nous sommes allés à Overpelt-Lommel pour le match de l'année, nous sommes montés sur le terrain avec le même état d'esprit que les autres semaines : il était hors de question de passer d'une défense à 4 à une défense à 5. Et cela a payé puisque nous avons gagné cette rencontre les doigts dans le nez : 0-4. Je pense que Mons n'avait de toute façon pas les qualités pour bétonner. Mais nos adversaires ne s'en sont pas privés, eux. Nous avons joué la plupart du temps contre des murs. Contre des équipes qui nous attendaient patiemment en espérant une phase arrêtée ou une contre-attaque pour nous crucifier. Seuls Mons, Overpelt-Lommel, Courtrai et Eupen n'ont pas joué dans cette pièce-là. Tout le monde jouait son match de l'année contre nous. Cordaro : Nous prenions tout derrière et nous marquions facilement des buts. C'est un peu ça, le résumé de notre championnat. Mais c'est clair que la D2, c'est d'abord du rentre-dedans. Personne ne nous a épargnés. Quand l'adversaire gagnait, il fêtait ça comme s'il avait remporté la Coupe de Belgique. Mons était l'équipe qu'il fallait faire tomber. En tant que meneur de jeu, j'étais une des cibles privilégiées. Pas trop au premier tour car on ne me connaissait pas, mais à partir de janvier, j'avais toujours un type sur moi, qui ne me lâchait pas d'une semelle. C'est pour cela que l'entraîneur m'a parfois un peu baladé à gauche ou à droite pour casser ce marquage. A chaque fois, j'ai eu l'impression de bien m'en tirer. Tout cela me rassure en vue de la saison prochaine. J'ai plusieurs fois entendu, lors de mes matches de D1 avec Mons, que j'étais trop petit, trop léger, trop ceci, trop cela. Je sors d'une saison où j'ai l'impression d'avoir beaucoup progressé et je suis maintenant convaincu que, pour jouer derrière les attaquants, un petit gabarit comme moi peut faire l'affaire. J'ai prouvé que je savais aussi mettre le pied : j'ai pris 8 cartes jaunes la saison dernière. Personne n'a fait mieux à Mons ! PIERRE DANVOYE