Au coup d'envoi du Giro, Ryder Hesjedal pouvait tout au plus espérer un accessit : il n'avait encore terminé parmi les dix premiers d'un grand tour qu'en 2010 et cette septième place au Tour de France ne lui permettait pas de se proclamer futur vainqueur d'une telle épreuve. Hesjedal était un bon coureur mais pas un finisseur et il avait déjà 30 ans. Seul Jonathan Vaughters, l'excentrique manager de Garmin-Barracuda, semblait mesurer le potentiel du Canadien.
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Au coup d'envoi du Giro, Ryder Hesjedal pouvait tout au plus espérer un accessit : il n'avait encore terminé parmi les dix premiers d'un grand tour qu'en 2010 et cette septième place au Tour de France ne lui permettait pas de se proclamer futur vainqueur d'une telle épreuve. Hesjedal était un bon coureur mais pas un finisseur et il avait déjà 30 ans. Seul Jonathan Vaughters, l'excentrique manager de Garmin-Barracuda, semblait mesurer le potentiel du Canadien. Hesjedal est avant tout un grimpeur mais son gabarit (1m88 et 72 kilos) ne le prédispose pas aux changements brutaux de rythme. Le déroulement du Giro était donc taillé à sa mesure. Involontairement, Ivan Basso est devenu un allié de choix. Jusqu'au dernier week-end, l'Italien, appuyé par Liquigas-Cannondale, a veillé à ce que les ascensions soient effectuées à un rythme régulier, contrôlant bien la course. Cependant, pas plus qu'un autre ancien vainqueur, Michele Scarponi, Basso n'a pu dissimuler le fait que sa préparation avait été tout sauf optimale. Gamin déjà, Hesjedal pressentait qu'il deviendrait un sportif de haut niveau. Il a d'abord rêvé d'une carrière en baseball mais son amour du VTT l'a emporté : introverti, il s'épanouissait davantage dans un sport individuel. Le coureur de Victoria a semblé suivre les traces de son voisin et modèle, Roland Green, et même lui succéder au titre de champion du monde, en 2003, mais dans le dernier tour, il a été dépassé de manière spectaculaire par Filip Meirhaeghe. Un an plus tard, il a obtenu une place chez l'US Postal de Lance Armstrong. Ce fut le début sur route, une carrière ralentie en 2006, quand Phonak s'est retiré, suite au contrôle positif de Floyd Landis. Le Canadien s'est retrouvé sans équipe. Après Cadel Evans au Tour 2011 et Chris Froome à la Vuelta, voilà encore un spécialiste du VTT qui accède à la première marche du podium d'un grand tour. Le Canada est plutôt terre de VTT que de cyclisme sur route, même s'il a accueilli le Mondial en 1974. Seul Steve Bauer, dont la carrière a été marquée par l'incident avec Claude Criquielion au Mondial de Renaix en 1988, a acquis une certaine réputation. Jusqu'à cette édition, jamais encore un Canadien n'avait porté le maillot rose. Hesjedal est aussi le premier à avoir remporté une étape de la Vuelta, en 2009. Le Giro 2012 restera dans les annales comme une édition privée de la crème des coureurs, une épreuve durant laquelle jamais les favoris n'ont fait preuve de panache. Hesjedal, lui, espère que cette prestigieuse victoire conférera un nouvel élan au cyclisme dans sa patrie férue de hockey sur glace car il s'est toujours considéré comme un ambassadeur de son sport au Canada, un pays qui accueille deux courses du WorldTour, à Québec et à Montréal, depuis 2010 et qui a aussi une équipe pro, SpiderTech, depuis l'année dernière. BENEDICT VANCLOOSTER