Fin XIXe, Emile Zola décide de dénoncer la condition du peuple ouvrier. Il intitulera son oeuvre : " L'assommoir ". 10 ans plus tard, il connaîtra l'exil forcé à Londres suite à son " J'accuse " où il prend fait et cause dans l'affaire Dreyfus. En ce début de XXIe siècle, Mauricio Pochettino écrit match après match son oeuvre. Que l'on nommera pour lui : " l'Etouffoir ". C'est ce que sont devenus les terrains anglais quand ses ouvriers y proposent leur lutte de classe. Face à Man City, c'est ce que l'on a ressenti. Etouffés les Citizens.
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Fin XIXe, Emile Zola décide de dénoncer la condition du peuple ouvrier. Il intitulera son oeuvre : " L'assommoir ". 10 ans plus tard, il connaîtra l'exil forcé à Londres suite à son " J'accuse " où il prend fait et cause dans l'affaire Dreyfus. En ce début de XXIe siècle, Mauricio Pochettino écrit match après match son oeuvre. Que l'on nommera pour lui : " l'Etouffoir ". C'est ce que sont devenus les terrains anglais quand ses ouvriers y proposent leur lutte de classe. Face à Man City, c'est ce que l'on a ressenti. Etouffés les Citizens. Pour Mauricio, l'exil à Londres est doré, choisi. Il n'accuse rien mais il attaque. Avec pour meilleur argument de défense une plaidoirie lumineuse, limpide. Le jeu vers l'avant. On peut être la meilleure défense du pays sans jouer défensivement. Les Spurs en sont la preuve. Ses Spurs. Dont il a su sublimer l'ergot. Plus piquants que jamais pour des adversaires obligés de baisser la crête semaine après semaine. Dans ce duel au sommet, la perfection a changé de camp. Pep et ses hommes ont frisé la crise d'apoplexie. Un sentiment d'impuissance terrible pour cette équipe flamboyante depuis le début de la saison. La déjà légende muette face à celui qui est en train de construire la sienne. Spécial, Pochettino l'a toujours été. Joueur, il était le spécialiste du carton. Pas question de buts et d'assists. Avec lui, le double-double prenait les couleurs amarillo et rojo. En neuf saisons de Liga à l'Espanyol Barcelone, il a récolté 93 cartes jaunes et 13 cartes rouges. De casseur, il est devenu créateur. De jeu. Pour la deuxième fois de sa carrière de coach, Mauricio a mis Pep " in the Pochett ". Joueurs, ils s'affrontaient dans le derby catalan ou encore en équipe nationale. Une histoire diluée par le collectif. Le vrai face à face, c'est depuis qu'ils sont côte à côte. De l'autre côté de la ligne blanche. Avec pour seul point commun la chemise blanche. Pochettino est très vite passé de la vareuse à la chemise. Une histoire assez incroyable sublimée par son premier adversaire de banc. Un certain Guardiola. Nous sommes en 2009. L'Espanyol de Barcelone est 18e à cinq points du maintien. Mauricio entraîne l'équipe féminine du club catalan histoire de passer son diplôme d'entraîneur. En 24 heures, il passe de l'ombre à la lumière. Les dirigeants ont un éclair de génie : " Demain, on joue contre le Barça en Coupe du Roi. On veut que tu coaches l'équipe. " Le soupçon de surprise est vite balayé par l'évidence. Son destin est en marche. 24 heurs chrono. Pochettino devient Jack Bauer. Sauf que là, pas de fiction mais déjà la science de la débrouille, pleine de certitude. Le jour même, il donne son premier entraînement. Le discours est surréaliste : " Demain, on va faire un pressing tout terrain et on jouera homme contre homme derrière. " Les joueurs sont stupéfaits. Et le font savoir. " C'est impossible. Personne n'a jamais osé. " Mauricio répond : " Justement, nous serons les premiers. Pas question de discuter. " Il poussera l'audace jusqu'à donner entraînement le matin du match. Histoire de peaufiner. Résultat 0-0. Après ça, le jeune impétueux devient le guide. Le vestiaire est conquis. Il a 36 ans. Un mois plus tard, la marche initiatique vers le maintien passe par le Camp Nou, la cour de récréation du Barça où Professeur Pep n'a jamais connu la défaite en tant que coach. Pochettino va apprendre l'imparfait à Guardiola. Après 90 minutes parfaites, l'Espanyol s'impose 1-2. Ils termineront 10e. Mauricio entame sa quête qui l'a mené sept ans plus tard à remettre cela. Son Tottenham est actuellement injouable. Toujours aucun but encaissé sur phase de jeu. Ça court, ça sprinte dans tous les sens. On se régale. Mais pour combien de temps ? Comment tenir tout un championnat à ce rythme ? La saison dernière, ils ont craqué. Ce sera le défi de Mauricio : se servir des leçons du passé. Histoire de rentrer dans l'Histoire. Histoire de s'imprimer à jamais dans nos mémoires. Histoire que " l'étouffoir " ne devienne pas " l'assommoir ". PAR FRÉDÉRIC WASEIGE