Au cours de sa jeune carrière, Cédric Roussel (24 ans) avait déjà réussi la gageure de scorer à cinq reprises dans un seul et même match: avec les Diablotins, face à l'Estonie. Sous la casaque louviéroise, il prit également à son compte, un beau jour, quatre des cinq goals contre feu le Beerschot. Mais ces hauts faits n'auront pas eu la même saveur, pour lui, que le hat-trick qu'il a réalisé récemment pour l'AEC Mons devant St-Trond.
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Au cours de sa jeune carrière, Cédric Roussel (24 ans) avait déjà réussi la gageure de scorer à cinq reprises dans un seul et même match: avec les Diablotins, face à l'Estonie. Sous la casaque louviéroise, il prit également à son compte, un beau jour, quatre des cinq goals contre feu le Beerschot. Mais ces hauts faits n'auront pas eu la même saveur, pour lui, que le hat-trick qu'il a réalisé récemment pour l'AEC Mons devant St-Trond.Cédric Roussel: "C'est la toute première fois que je forgeais cet exploit parmi l'élite. Et, ce qui ne gâte rien, il y avait la manière. Dans leur conception et réalisation, ces trois buts sur autant de longues transversales de Jean-Pierre La Placa, étaient incontestablement marqués du sceau made in England. Ils me faisaient en tout cas irrésistiblement penser à mes débuts à Coventry quand, sous la férule de Gordon Strachan, je marquais comme à la parade au côté de Robbie Keane". Si un entraîneur ne fait pas un joueur, auquel cas un élément dépourvu de qualités pourrait toujours rêver, je n'en suis pas moins convaincu qu'il peut grandement orienter sa trajectoire sportive. Au même titre que Johan Boskamp, qui fut à l'origine de mon passage de La Louvière à La Gantoise en 1998 et qui ne jura plus que par moi, dès ce moment au sein de la ligne d'attaque des Buffalos, Gordon Strachan m'a toujours eu à la bonne, lui aussi. En l'espace d'une année et demie de travail en commun, j'ai singulièrement étoffé mon registre d'attaquant. C'est lui, plus que tout autre, qui m'a appris à créer des brèches et à surgir à bon escient in the box. A l'exception de ma toute première réalisation contre Aston Villa, fruit d'une déviation au premier piquet, tous mes envois décisifs pour les Sky Blues résultèrent de jaillissements de la tête ou du pied au second poteau. Dans les combinaisons aussi, mon jeu s'est indéniablement amélioré sous ses ordres. Avant mon passage en Angleterre, j'étais un joueur des plus frustes. Je n'avais qu'un seul souci: me débarrasser le plus rapidement possible du ballon au profit d'un partenaire soi-disant plus habile que moi. Au contact de l'ancien international écossais, j'ai appris à temporiser judicieusement et à alerter des coéquipiers sur les flancs, par exemple. Grâce à lui, j'ai enfin mesuré pleinement que je n'étais pas un manchot balle au pied (sic). Et je lui en serai éternellement reconnaissant. Numéro 9, tout un symboleL'équipe avait réussi au-delà des espérances au cours des mois précédents et ce constat n'avait pas échappé aux suiveurs. Dès lors, plusieurs footballeurs, qui avaient focalisé l'attention sur eux durant cette période, émigrèrent sous d'autres cieux: Robbie Keane à l'Inter Milan et Gary Mc Allister à Liverpool, notamment. En ce qui me concerne, l'euphorie de mes débuts avait cédé le pas à des soucis, tant d'ordre sportif que privé. Alors que j'avais pris le train en marche, en 1999, en arrivant dans mon nouvel entourage au mois de novembre seulement, je m'étais cette fois donné à fond dès la reprise des entraînements au début de l'été. Mon organisme n'avait manifestement pas supporté cette débauche d'efforts et j'endurai blessure sur blessure. Au plan personnel, j'ai eu ma part de déboires également. Je m'étais amouraché d'une Anglaise, qui m'a d'ailleurs donné un fils, Cameron, le 5 janvier 2001. Après la naissance de l'enfant, malheureusement, Kirsty et moi avons réalisé que nous n'étions pas vraiment faits l'un pour l'autre et nous nous sommes séparés. Il va sans dire qu'avec un bébé partagé dès son plus jeune âge entre père et mère, je n'avais pas toujours la tête au foot. Gordon Strachan n'avait nullement perdu sa foi en moi pour autant. Au contraire, il s'était même résolu à m'offrir le maillot frappé du numéro 9 alors que je portais le 31 à mes débuts. En Angleterre, ce chiffre est tout un symbole. C'est la marque des puncheurs comme Alan Shearer ou Andy Cole. Personnellement, le coach ne souhaitait rien tant que me garder. Mais le président Bryan Richardosn voulait tout simplement monnayer mon talent. C'est pourquoi, contraint et forcé, j'ai pris la route de Wolverhampton au mois de juin de cette même année.Auparavant, vous aviez refusé une offre de Wimbledon. Pourquoi?L'homme fort de Coventry était d'avis que John Hartson, le centre-avant de l'équipe londonienne, pouvait faire l'affaire. Aussi voulut-il m'impliquer dans cet échange. Mais j'ai décliné cette proposition. Et pour cause: je m'étais épanoui pendant tous ces mois au contact d'un football bien pensé chez les Sky Blues. Je ne voulais tout simplement pas courir le risque de stopper cette progression au sein d'une équipe qui prônait toujours le kick and rush. Wolverhampton, avec son jeu plus académique, constituait une alternative des plus valables, même si le club évoluait dans l'antichambre de l'élite anglaise. En outre, les Wolves présentaient l'avantage appréciable de n'être situés qu'à une demi-heure de voiture de mon domicile. Ses dirigeants ne manquaient pas d'ambition non plus afin de retrouver une Premier League qu'ils désertaient à ce moment depuis 13 ans. Avant de s'intéresser à moi, ils avaient déjà effectué les transferts des internationaux écossais Colin Cameron, de Heart of Midlothian et Alex Rae de Sunderland. Au départ, je n'ai eu qu'à me féliciter de ce choix, dans la mesure où l'équipe répondait parfaitement à l'attente, comme en témoignait sa position de leader au classement. Au deuxième tour, hélas, elle perdit soudain de sa superbe au point d'échouer à un seul et maigre petit point de West Bromwich Albion dans la course à la montée. A ce moment-là, je ne faisais toutefois plus partie du onze de base depuis longtemps. Contrairement à Gordon Strachan, qui me tenait en haute estime, le coach des Wolves, Dave Jones, ne pouvait pas me piffer. Dès l'automne, il insista auprès des responsables du club pour acquérir des renforts offensifs. Kenny Miller, des Rangers, et Dean Sturridge, de Leicester City, furent débauchés pour dix millions d'euros. Du coup, nous étions sept attaquants pour deux places, entendu que Nathan Blake, l'ancien forward des Blackburn Rovers, faisait figure de certitude à ses yeux. Avec lui, j'ai franchement touché le fond. Et, à un moment donné, j'ai même songé à tout plaquer. Régime spartiateOui, j'en avais complètement soupé. Pour le coach, je ne valais pas tripette. A ses yeux, j'étais tout juste bon à évoluer dans un club de D3 ou D4 aux Iles. Lui-même prit d'ailleurs les devants en contactant des pensionnaires de ce niveau comme Wycombe ou Wigan afin de savoir s'ils n'étaient pas disposés à m'accueillir. Je tombais des nues. Etais-je vraiment descendu aussi bas? Sous aucun prétexte, je ne souhaitais jouer à cet échelon. Dans les entrailles du football anglais, le jeu ressemble vraiment à s'y méprendre à du rentre-dedans. Peut-être avait-on le droit de douter de mes capacités à m'exprimer en Premier League, mais je suis trop bon pour me contenter d'un rôle obscur à un niveau nettement inférieur. J'ai cru que la délivrance viendrait, tôt ou tard, d'un cercle mieux coté. Mais comme rien ne bougeait de ce côté, ma situation personnelle ne faisait qu'empirer. Dave Jones faisait tout pour me dégoûter à tout jamais du football. Puisque je n'avais pas voulu lui prêter une oreille attentive en quittant les Wolves à destination d'un environnement plus modeste, il corsa les entraînements pour moi. Après un match de réserve à l'autre bout de l'Angleterre, en soirée, j'étais censé être à huit heures du matin sur le terrain pour un décrassage, même si je n'avais regagné mon lit qu'aux petites heures en raison du caractère éloigné de ce déplacement. J'avais franchement droit à un régime spartiate. A la longue, j'ai fini par craquer. C'était une vie d'enfer. En mai, j'ai téléphoné à mon père pour lui dire que j'arrêtais le football et que je rentrais en Belgique. Vous avez respecté cet engagement. A cette nuance près que vous êtes toujours joueur...Honnêtement, si j'avais eu un diplôme, j'aurais stoppé toute activité. Mais j'avais arrêté mes études de marketing en cours de dernière année, et je n'avais donc rien de concret sous la main. L'événement qui a tout chamboulé fut l'infarctus dont mon père fut victime à ce moment-là. Ma vie affective malheureuse, la naissance de Cameron partagé entre son papa et sa maman, mes soucis à Wolverhampton: tout cela l'avait visiblement très fort affecté. Je m'en suis voulu car l'homme ne méritait pas cela. Depuis mon plus jeune âge, il s'était investi à fond pour mon frère Geoffrey et moi. Mon choix de vie, dans ces circonstances, avait de quoi le décontenancer. Dans la foulée, j'ai pris l'une des meilleures décisions de ma vie en décidant de revenir. Certes, j'avais d'autres opportunités. Comme le Racing Strasbourg, notamment, où Marc Keller me désirait par-dessus tout. En définitive, la montée de l'AEC Mons aura contenté tout le monde: mes parents, heureux que je rebondisse à deux pas de chez eux, et moi-même qui n'aurais pas pu prendre meilleure option. Sans oublier Marc Grosjean. Au moment de débarquer au Tivoli, en 1998, il avait essayé de me persuader, en vain, de rester chez les Loups. Lassé de ne jamais être monté avec La Louvière auparavant, j'avais préféré répondre à l'appel de La Gantoise. Même si je n'ai qu'à me féliciter de mon passage chez les Buffalos, j'ai quand même eu un petit pincement au coeur le jour où les Vert et Blanc sont montés en D1, grâce à cet entraîneur. A présent, j'espère que nous réaliserons de grandes choses de concert.LA D1 à 14: une hérésieJ'avoue que j'ai eu très peur au terme de notre première sortie de la saison à Beveren. Manifestement, la plupart de ceux qui n'avaient jamais joué en D1 étaient impressionnés. En voyant à l'oeuvre Thadée Gorniak ce soir-là, je me croyais revenu moi-même quatre ans en arrière. A l'occasion de mon premier match en D1 avec les Buffalos, je m'étais également rendu 50 fois à la toilette avant le coup d'envoi (Il rit). Notre chance aura été de remettre les pendules à l'heure dès le deuxième match, contre Westerlo et d'aller grappiller un point, dans la foulée, à Malines. Mais ce qui nous a définitivement dopés, c'est évidemment notre victoire contre le Standard lors de la quatrième journée. A partir de ce moment-là, tout le monde a réalisé que Mons avait la pointure de la D1. On a un groupe fantastique et un coach qui ne l'est pas moins. Ce que Grosjean réalise avec nous vaut bien ce qu' Emilio Ferrera, un autre jeune entraîneur de talent, fait avec le Lierse. Personnellement, je lui dois une fière chandelle: il m'a dégrossi à tous points de vue. Je lui sais gré de m'avoir fait confiance alors que beaucoup pensaient, pendant la période de préparation, que j'étais une mauvaise acquisition. Je savoure ma revanche, à présent. Et mon bonheur. Enfin, je revis. Vous avez été cédé sur base locative par Wolverhampton à l'AEC Mons. Quelles sont les modalités de ce prêt?Les dirigeants des Wolves se sont montrés chics: ils prennent en charge les trois quarts de mon salaire. En échange, il leur est cependant loisible de me réclamer à tout moment, au même titre que Manchester United le fait avec les divers joueurs qu'il case à l'Antwerp. Je pourrais donc être rappelé lors du mercato d'hiver, au besoin. Mais si je retournais au Royaume-Uni, ce ne serait plus pour endosser la vareuse d'un Wolverhampton, neuvième à 17 points du leader après 17 journées et toujours sous les ordres de Dave Jones. A choisir, j'aimerais donner le meilleur de moi-même chez les Dragons, durant quelques mois encore, en essayant de me rapprocher de l'équipe nationale, avant de tenter une nouvelle expérience en Premier League. Le football conserve une dimension mythique là-bas, même s'il est grisant aussi de jouer devant 25.000 personnes au Parc Astrid. Après trois ans d'absence, je déplore un peu qu'on ne fasse pas plus de cas du football belge. Croyez-moi, j'ai vécu des matches en Angleterre qui étaient des navets comparés à certaines parties ici. Dans notre pays, les gens sont trop négatifs. Il y a de la qualité mais contrairement à ce qui se passe aux Iles, on ne la choie pas. Je frémis, en tout cas, à l'idée de toutes ces fusions et absorptions dont on parle actuellement. S'il n'y a plus, un jour, qu'un grand club dans le Hainaut, il faudra se souvenir que c'est à La Louvière que j'ai été façonné, tout comme Wesley Sonck a mûri à Ekeren avant de s'imposer à Genk. Et Westerlo, future base d'un FC Campine, a été le club formateur de Kevin Vandenbergh. La D1 à 14, pour moi, c'est une hérésie. Et j'espère ne pas être le seul de cet avis. Bruno Govers"En mai, j'ai téléphoné à mon père pour lui dire que j'abandonnais le football""Grosjean fait aussi bien avec Mons que Ferrera au Lierse"