Vainqueur de la Supercoupe face à Anderlecht, auteur d'une superbe prestation face à un Liverpool tout heureux de s'en retourner avec un 0-0 dans les bagages, puis vainqueur au FC Dender dans le match d'ouverture du championnat : le Standard a démarré la saison sur les chapeaux de roues. Peut-il renouveler son titre ? C'est la question que nous avons posée à quatre experts : WilfriedVanMoer, qui a chaussé le Soulier d'Or à trois reprises lorsqu'il évoluait sous le maillot rouche ; BenoîtThans, ancien joueur aujourd'hui consultant de la RTBF ; JoséRiga, qui fut l'entraîneur adjoint à Sclessin de 2003 à 2005 et est aujourd'hui l'entraîneur de Visé ; et JohanWalem, qui a également porté le maillot rouche mais est aujourd'hui entraîneur... à Anderlecht. Cinq thèmes ont été abordés.
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Vainqueur de la Supercoupe face à Anderlecht, auteur d'une superbe prestation face à un Liverpool tout heureux de s'en retourner avec un 0-0 dans les bagages, puis vainqueur au FC Dender dans le match d'ouverture du championnat : le Standard a démarré la saison sur les chapeaux de roues. Peut-il renouveler son titre ? C'est la question que nous avons posée à quatre experts : WilfriedVanMoer, qui a chaussé le Soulier d'Or à trois reprises lorsqu'il évoluait sous le maillot rouche ; BenoîtThans, ancien joueur aujourd'hui consultant de la RTBF ; JoséRiga, qui fut l'entraîneur adjoint à Sclessin de 2003 à 2005 et est aujourd'hui l'entraîneur de Visé ; et JohanWalem, qui a également porté le maillot rouche mais est aujourd'hui entraîneur... à Anderlecht. Cinq thèmes ont été abordés. VanMoer : La stabilité est un atout. Mais les acquisitions ont malgré tout étoffé le groupe. La saison dernière, la crainte d'une blessure ou d'une suspension était présente chaque semaine. Cette saison, le Standard me semble mieux armé pour faire face à des indisponibilités. Thans : Tout à fait d'accord. La saison dernière, lorsqu'il y avait un absent en défense centrale, on faisait glisser Dante dans l'axe et LandryMulemo jouait à l'arrière gauche. Cette saison, il y aura TomislavMikulic comme possibilité supplémentaire. Dans l'entrejeu, WilfriedDalmat apporte un plus également. Et il y a encore BenjaminNicaise sur le banc. Mais, sans préjuger de ce qu'il adviendra de Milan Jovanovic, l'essentiel est effectivement d'avoir conservé l'ossature. Walem : Garder l'ossature d'une équipe, c'est souvent la clef du succès. Si l'on peut, en plus, la renforcer par l'une ou l'autre acquisition ciblée, c'est l'idéal. Je pense que le Standard l'a très bien fait. Riga : Je ne partage que partiellement cet avis. Certes, Nicaise a apporté de la concurrence en plus dans l'entrejeu, Dalmat est un renfort également et Mikulic a bien débuté. Mais j'estime néanmoins que, ce qui était le talon d'Achille du Standard la saison dernière, l'est resté cette saison : le noyau n'est pas très étoffé en profondeur. L'an passé, on avait très bien pu gérer le groupe sur le plan des blessures et des suspensions. Il n'y a jamais eu trop d'absents en même temps. Mais quid si, par exemple, les deux défenseurs centraux étaient simultanément indisponibles ? Walem : Je n'ai pas vu le match de Supercoupe, car j'étais en tournoi avec mon équipe, mais contre Liverpool, j'ai trouvé la reconversion défensive très impressionnante. Les joueurs ont travaillé d'arrache-pied, se sont livrés corps et âme. L'équipe était très bien organisée, et a affiché beaucoup de rigueur. Quoi qu'on en dise, j'ai trouvé que l'organisation était différente de celle de MichelPreud'homme. L'entrejeu était très étoffé avec, en phase de récupération, un 4-5-1 avec le seul DieumerciMbokani en pointe. Riga : Preud'homme a mis le train sur les rails. LaszloBölöni a suffisamment d'expérience pour ne pas le faire dérailler, et même, sans doute, pour le faire rouler plus vite. Même si l'équipe a peu changé, sa touche personnelle est déjà perceptible. J'ai décelé un souci de jouer davantage au sol. Il y a toujours la volonté de jouer vite, mais en soignant davantage la construction. Il y a moins de verticalité en un temps, on repart depuis l'arrière mais en s'autorisant des relais : un appui, une passe. Les passes sont moins longues que la saison dernière. Cela dit, il n'y a jamais un dribble de trop. Il y a beaucoup de rigueur aussi. Van Moer : Preud'homme était un monument et les supporters ne l'oublieront pas de sitôt. Mais je pense que la direction a effectué le bon choix en optant pour Bölöni. Il convient bien à la mentalité du club. Certes, ce n'est pas un comique, mais pour diriger un groupe où différents caractères se côtoient, on a parfois besoin d'une main de fer. Il faut un patron qui tranche en dernier ressort, et Bölöni semble avoir le profil adéquat. Il a, en tout cas, déjà démontré son sens tactique en évoluant selon deux schémas différents. Contre Anderlecht, il avait exigé un pressing haut. Contre Liverpool, on ne peut pas se permettre de presser aussi haut, car on s'expose à des contres meurtriers. Il a donc pris certaines précautions, tout en demandant une remontée du ballon rapide. Dans les deux cas, cela a bien fonctionné. C'est un signe. Thans : Bölöni est un super entraîneur. Pour l'instant, il continue le travail entamé par Preud'homme. Il a apporté, en plus, une grosse discipline. J'ai joué contre lui, jadis : c'était un bon footballeur, mais surtout un joueur très discipliné, à l'image de beaucoup de joueurs de l'Est. Cette caractéristique reste présente chez l'entraîneur qu'il est devenu. Humainement, il est très correct, il reste à l'écoute des autres mais il sait aussi serrer la vis lorsqu'il le faut. Il raisonne en fonction de critères supérieurs à ce qu'on exige en Belgique : ses exigences, ce sont celles qui sont de mises à Monaco et à Rennes, par exemple. VanMoer : Difficilement, malgré tout. Jovanovic, durant son séjour au Standard, a démontré toute sa classe. Il a aussi alimenté régulièrement le marquoir. Trouver un remplaçant d'égale valeur au Footballeur Professionnel de l'Année ne sera pas aisé, si d'aventure il quittait Sclessin. A moins que Leon Benko ne soit une bonne surprise ? Thans : Je connais un peu Benko. Il n'a pas beaucoup joué à Nuremberg, mais cela ne signifie pas qu'il n'a pas les qualités suffisantes pour évoluer au Standard. Cela dit, un quatrième attaquant ne ferait pas de tort non plus, surtout si le Standard est amené à lutter sur trois tableaux. Un départ de Jovanovic serait surtout préjudiciable parce qu'il priverait le Standard d'une possibilité de rotation. La saison dernière, l'attaque du Standard tournait à trois : Jovanovic, Mbokani et Igor d eCamargo constituaient le duo à tour de rôle. Avec des qualités différentes. On a vu le résultat. Riga : Trois attaquants dans l'effectif, c'est en tout cas un minimum. C'est clair que, si Jovanovic s'en va, le Standard sera handicapé. Tant d'un point de vue qualitatif que quantitatif. Walem : Je pense toutefois que le Standard est capable de lui trouver un substitut, si le besoin s'en faisait sentir. C'est un club qui possède de bonnes relations. Van Moer : Pour moi, ce n'est pas indispensable. Le Standard peut se débrouiller avec AndrésEspinoza et JérémyDeVriendt. La saison dernière, cela avait très bien fonctionné comme cela. Un gardien supplémentaire accentuerait la concurrence et engendrerait peut-être des tensions, ce qu'il faut à tout prix éviter. Thans : Personnellement, j'estime qu'un peu de concurrence supplémentaire ne peut pas faire de tort. Ce n'est pas une motion de défiance à l'égard d'Espinoza. Pour l'instant, le gardien équatorien est difficile à juger. Il n'a pas commis d'erreurs, mais il a eu très peu de ballons à négocier. Tout simplement, parce que sa défense est très bonne et ne laisse quasiment aucune occasion à l'adversaire. Walem : On connaît le gardien équatorien : c'est un gardien atypique, qui évolue dans un style sud-américain et qui, pour cette raison, donne parfois des frayeurs aux supporters. Ce n'est pas pour cela que c'est un mauvais gardien. Simplement, il n'affiche pas toujours la sobriété d'un gardien européen. Riga : Face à Liverpool, Espinoza n'a effectivement pas eu beaucoup d'arrêts à effectuer. Mais, ce qu'il a eu à faire, il l'a bien fait. C'est précisément ce que l'on demande à un gardien d'une équipe du top : capter les rares ballons qui lui parviennent. J'ai connu De Vriendt lorsque j'ai travaillé comme adjoint au Standard. C'était déjà un gardien prometteur, et en trois ans, il a certainement encore progressé. Cela dit, on ne pourra réellement le juger que lorsqu'il sera amené à défendre les buts du Standard dans des matches officiels. J'estime que, d'un point de vue qualitatif, le Standard a ce qu'il faut : engager un nouveau gardien n'est pas indispensable à mes yeux. Mais j'ajoute que, d'un point de vue quantitatif, disposer d'un troisième gardien ne serait pas du luxe. Van Moer : Il est encore trop tôt pour le dire. Le Standard fera certainement partie des prétendants, mais comme chaque année, Anderlecht et Bruges auront leur mot à dire. Peut-être La Gantoise et Genk aussi, cette saison. Riga : Le Standard possède en tout cas les armes nécessaires. Il n'est pas moins fort que la saison dernière. Si l'on tient compte du profil des joueurs, il y a un bon équilibre à chaque place. On décèle un vrai groupe, un bon collectif. La mentalité est restée très bonne également. Le titre récemment conquis doit, normalement, lui avoir insufflé une solide dose de confiance. Le Standard se trouve engagé dans une spirale positive. A lui d'en profiter. Mais l'attente sera différente également. En outre, la participation du Standard à la Ligue des Champions en a fait un club très exposé. Ses joueurs peuvent être sollicités. D'un point de vue purement mercantile, le Standard est sans doute le club belge qui possède le plus grand potentiel de joueurs intéressants pour la vente. Thans : C'est aussi ce à quoi je pensais. Pour moi, le Standard peut renouveler son titre à deux conditions. Primo, qu'il franchisse sans encombre le cap du 31 août. Je songe évidemment à un départ possible de Jovanovic, mais pas uniquement. MarouaneFellaini, par exemple, intéresse aussi les grands clubs étrangers, et sa superbe prestation de mercredi passé aura contribué à le mettre en vitrine. Si un club anglais proposait dix millions, les dirigeants seraient amenés à choisir entre l'aspect sportif ou l'aspect financier. Secundo, il faut aussi éviter qu'un grain de sable ne vienne se glisser dans la mécanique. Car le Standard repose sur un savant équilibre qui, forcément, est fragile. J'en veux pour preuve l'entrejeu. Dans sa version actuelle, il comporte de tout : Dalmat apporte de la percussion et de la profondeur ; Fellaini apporte son travail inlassable et constitue un atout incomparable dans le domaine aérien ; Witsel est un dribbleur qui ne perd pas un ballon ; et Defour est un relayeur, qui alterne avec bonheur le jeu court et le jeu long. Enlevez un élément de cet entrejeu et cet équilibre pourrait être rompu, même si SalimToama a réalisé une excellente prestation en Supercoupe contre Anderlecht. Dans les autres compartiments du jeu, c'est pareil : devant, le Standard possède à la fois de la rapidité, de la technique et de la puissance ; derrière, il ne prend pas de but, ou presque pas. Que demander de plus ? Sans parler de l'ambiance dans le groupe, qui constitue un autre atout. Si, pour une raison ou une autre, elle se détériore, la saison du Standard pourrait en pâtir. Van Moer : Un autre danger qui guette le Standard, c'est la déconcentration. Mais je fais confiance à Bölöni pour veiller au grain. Walem : Le Standard a entamé cette nouvelle saison avec, quasiment, la même équipe que la saison dernière. S'il parvient à garder le même état d'esprit, le même enthousiasme, il est certainement en mesure de renouveler son titre. par daniel devos - photos: belga