On est fin 2009 et un groupe de jeunes supporters lillois attendent Eden Hazard à la sortie du Stadium Nord de Villeneuve d'Ascq, histoire de se faire photographier à ses côtés. Au passage, ils ne manquent pas de l'interpeller : " Dis, combien de temps comptes-tu encore rester ? Parce que nous, on t'aime bien, et on n'a pas envie que tu partes... " Eden botte en touche, flatté par autant de considération mais incapable lui-même de répondre à la question.
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On est fin 2009 et un groupe de jeunes supporters lillois attendent Eden Hazard à la sortie du Stadium Nord de Villeneuve d'Ascq, histoire de se faire photographier à ses côtés. Au passage, ils ne manquent pas de l'interpeller : " Dis, combien de temps comptes-tu encore rester ? Parce que nous, on t'aime bien, et on n'a pas envie que tu partes... " Eden botte en touche, flatté par autant de considération mais incapable lui-même de répondre à la question. Depuis lors, quelques semaines se sont écoulées. Le LOSC a terminé l'année en occupant une belle deuxième place, Eden a passé le cap de l'an neuf en rechargeant les batteries en famille et a ajouté une bougie supplémentaire à son gâteau d'anniversaire. Aujourd'hui, il a très exactement 19 ans et six jours, une petite copine mais pas encore de permis de conduire. Et des ambitions plein la tête... EdenHazard : Oh là, vous me prenez au dépourvu ! Que puis-je répondre à cela ? Disons, simplement, que j'aimerais poursuivre sur ma lancée de fin 2009. Tout est possible, mais Bordeaux reste tout de même le favori pour le titre. Nous avons battu les Girondins à domicile, mais l'écart reste conséquent : ils comptent toujours sept points d'avance, avec un match de plus. Au niveau de l'effectif, je pense qu'ils sont plus complets. Lorsqu'on les a battus, ils traversaient une mauvaise passe, mais depuis, ils ont redressé la tête. C'est simple : Lille a terminé 2009 sur une série de six victoires, mais Bordeaux en a fait autant. On ne leur a donc pas repris un seul point, malgré notre belle série. Si je continue sur ma lancée, je pense que je devrais être bien classé. De là à faire de moi un favori, il y a de la marge. Si on votait aujourd'hui, le favori serait Gervinho. Avec, peut-être, Luis Nene de Monaco comme outsider. L'ancien Ivoirien de Beveren est le meilleur buteur de Ligue 1, avec 11 buts. Malheureusement pour Lille, on va en être privé en janvier, puisqu'il est parti à la Coupe d'Afrique des Nations. Il faudra compenser cette absence, mais je pense que le groupe en est capable. Gervinho a éprouvé un peu de difficultés en début de saison, mais c'est normal lorsqu'un nouveau joueur débarque. Il n'a pas mis beaucoup de temps à trouver son rythme. Nous jouons à la même place, lui et moi, et je ne sais pas lequel des deux faisait le plus d'ombre à l'autre. N'empêche lorsqu'on a été alignés ensemble, on s'est très bien entendu. Je pense que le fonds de jeu était déjà présent au début, mais la chance nous tournait le dos. Au-delà de la chance, il faut reconnaître qu'on pêchait à la finition, ou à la dernière passe. Sur les deux derniers mois de 2009, tout nous a réussi. Sur les six derniers matches, il y en a effectivement eu cinq où l'on a inscrit quatre buts. Et lors du sixième, contre Le Mans, on en a mis trois. Sur le mois de décembre, on était l'équipe la plus productive de tous les championnats européens. A ce niveau-là, il y a tout de même une évolution, à mon avis. Chacun a encore en mémoire le fabuleux Lyon-Marseille, clôturé sur un score de 5-5. C'était exceptionnel, mais il y a eu d'autres matches où l'on a inscrit beaucoup de buts. Ceux de Lille, notamment. On a conservé notre organisation en y ajoutant le calme devant le but. On a appris à se montrer patient. Lorsque le ballon n'entrait pas du premier coup, on se disait qu'il entrerait au deuxième. Comme le groupe s'entend à merveille, tout est aussi devenu plus facile. Contre Bordeaux, je pense. On s'est payé la tête du champion de France et on a pris conscience de nos possibilités. Oui, ce match-là nous a définitivement lancé. Ce fut le premier de nos six matches à quatre buts, et avec quel scénario ! Mené 0-2, puis 1-3, on a fini par gagner 4-3. C'est ce soir-là que j'ai délivré ma première passe décisive en Ligue 1. De celles de décembre, oui. Dans la foulée de cette première passe décisive, j'ai inscrit mes deux premiers buts en Ligue 1 le mois dernier. Avant cela, j'étais à zéro but et zéro passe décisive. Pour un attaquant comme moi, il y avait de quoi faire grise mine. Je n'irai pas jusqu'à dire que je me posais des questions, mais je m'impatientais malgré tout. Je livrais de bonnes prestations, mais elles ne se concrétisaient pas dans les chiffres. En Ligue 1, du moins. Car en Europa League, j'avais déjà marqué. Genk doit s'en souvenir. Maradona ? N'exagérez pas. Mais c'est vrai qu'il était beau. Celui contre Le Mans, le 20 décembre, était un peu de la même veine. Ce jour-là, je m'étais fait la réflexion que j'inscrivais toujours des buts spectaculaires, jamais des buts de raccroc. Trois jours plus tard, j'inscrivais un but de... raccroc, à Nancy. Il avait la même valeur. Moi, je signe à deux mains pour inscrire à chaque match un but de raccroc qui rapporte trois points. Lorsqu'on s'est qualifié, je rêvais d'un club belge : Anderlecht, le Standard ou Bruges, peu importe. Comme on a terminé deuxième de la poule, derrière Valence, on ne pouvait hériter que d'Anderlecht comme club belge. Ce ne sera pas le cas, ni en seizièmes, ni en huitièmes de finale. Fenerbahçe sera un gros morceau. Il en est question, en effet. Le Stadium Nord de Villeneuve d'Ascq ne permet pas, hélas, d'accueillir beaucoup de spectateurs. L'inauguration du nouveau Grand Stade est prévue pour 2012, je pense. Non. Enfin, je n'en sais rien. Je ne peux pas prédire l'avenir. Lille m'a beaucoup apporté, et m'apporte encore beaucoup, mais c'est vrai que pour le développement de ma carrière, j'ai envie d'aller voir plus haut. Dans quel délai ? Difficile à dire. Il est clair que, si le LOSC se qualifie pour la prochaine Ligue des Champions, la tentation sera grande de rester une année de plus. Ce sont mes deux clubs préférés, oui. Si d'aventure un dirigeant de Manchester United lisait cet article, qu'il se rassure : si les RedDevils me veulent, je ne leur ferme pas la porte ( ilrit). Pareil pour l'Inter ou l'AC Milan. C'est oui aussi, bien sûr. Je suis tenté par n'importe quel club du top européen. Mais c'est un choix qui doit être mûrement réfléchi. Je n'ai pas envie de partir si c'est pour entrer cinq minutes, lorsque le marquoir indique déjà 4-0. Personne ne peut se considérer comme indiscutable. Je constate cependant qu'à l'exception du déplacement à Boulogne, où j'étais resté 90 minutes sur le banc, j'ai participé à tous les matches de Ligue 1. Pas toujours dans leur entièreté, mais c'est en raison du système de rotations instauré par Rudi Garcia. Lorsque j'ai débuté un match européen en semaine, je commence souvent sur le banc en championnat, et vice-versa. J'étais en vacances lorsque les événements se sont produits et je suis mal placé pour en parler. Et puis, c'est l'affaire de la direction. On s'est évidemment téléphoné, entre joueurs, pour essayer d'avoir les dernières nouvelles car on ne comprenait pas toujours tout. On ne s'attendait pas nécessairement à retrouver Garcia à la reprise des entraînements et cela explique peut-être aussi, en partie, pourquoi le début du championnat a été difficile. Mais aujourd'hui, il faut reconnaître que les résultats plaident en sa faveur et que la direction a eu raison de le garder. L'OL a remporté sept titres d'affilée, il fallait bien que la série s'arrête un jour. C'est malheureusement tombé sur Claude Puel, et j'en suis triste pour lui, car c'est l'entraîneur qui m'a lancé au LOSC. Mais Lyon est une grande équipe, et comme toute grande équipe, elle reviendra au sommet. Ma place préférée reste celle de deuxième attaquant, juste derrière le centre-avant. Mais lorsqu'on intègre une équipe Première aussi jeune, on doit déjà s'estimer heureux de jouer. Aujourd'hui, je joue parfois à droite, parfois à gauche, parfois au centre. Cela dépend. J'en ai déjà discuté avec l'entraîneur. Il sait très bien quelle est ma place préférée mais il est là pour trouver un équilibre au sein de l'équipe. Lille ne joue pas avec un seul n°10. On a le plus souvent un milieu de terrain composé de Rio Mavuba, Florent Balmont et Yohann Cabaye au centre. Cela se passe très bien, et il n'y a pas intérêt à rompre cet équilibre. Je suis donc le plus souvent contraint à me déporter sur un flanc, mais si je peux créer à partir de cette position, pourquoi pas ? Et puis, je joue encore de temps en temps comme n°10. Lors du dernier match de 2009 à Nancy, par exemple. Peut-être moins que les joueurs du championnat belge. J'en ai entendu parler, oui. Stéphane Pauwels a relevé l'anomalie lors de l'émission Studio 1, c'est cela ? Tant pis, ce n'est pas très grave. Je ne vais pas en faire tout un plat. Sans conteste. Il ne me l'a pas dit en face, car j'avais déjà quitté le plateau après avoir reçu mon prix, mais lorsque je l'ai entendu à la télévision déclarer qu'il me prendrait les yeux fermés au Real Madrid, j'en suis resté baba. Cela m'a fait plaisir aussi. Degryse a tout de même été un grand joueur, n'est-ce pas ! El fenomeno, le vrai, c'est Ronaldo. Mais tous ces compliments me vont droit au c£ur, sans pour autant me faire perdre le sens des réalités. Je garde les pieds sur terre, bien conseillé par ma famille, mes managers et... ma copine. Je sais que j'ai encore beaucoup à apprendre. Je l'espère. C'est pour arriver à ce stade-là que je travaille, en tout cas. Il n'y a pas de barrière. On doit se comporter en professionnel, adopter l'hygiène de vie d'un sportif. Qu'y a-t-il de plus beau que de faire de son hobby, un métier ? J'ai cette chance, et c'est fantastique. Je continue à prendre beaucoup de plaisir sur un terrain. Je m'amuse énormément. Le jour où cela ne sera plus le cas, il sera sans doute temps de penser à autre chose. C'est encore supportable. Je ne suis " qu'à Lille ", pas encore au Real Madrid. Il m'arrive d'être arrêté en rue pour une photo ou un autographe, mais cela fait partie du boulot et je réponds avec plaisir aux sollicitations. Le jour où on me dérangera toutes les deux minutes, ce sera peut-être différent. Bon, je n'en suis pas encore là. "Je n'imagine pas terminer ma carrière sans avoir participé à une Coupe du Monde. ""Pour devenir un vrai Belge, je devrais apprendre le néerlandais."