La Louvière-Racing Genk de ce soir, ce n'est pas seulement un match de la 7e journée de championnat. C'est aussi une confrontation entre deux équipes dont les entraîneurs respectifs, Emilio Ferrera et Hugo Broos, en ont pris pour leur grade depuis le début de la saison. Si l'ex-mentor d'Anderlecht a d'ores et déjà été placé au pied du mur par le chairman du club limbourgeois, Jos Vaessen, le coach frais émoulu du Tivoli, lui, a droit à plus de mansuétude, pour l'instant du moins, de la part de l'homme fort des Loups, Filippo Gaone.
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La Louvière-Racing Genk de ce soir, ce n'est pas seulement un match de la 7e journée de championnat. C'est aussi une confrontation entre deux équipes dont les entraîneurs respectifs, Emilio Ferrera et Hugo Broos, en ont pris pour leur grade depuis le début de la saison. Si l'ex-mentor d'Anderlecht a d'ores et déjà été placé au pied du mur par le chairman du club limbourgeois, Jos Vaessen, le coach frais émoulu du Tivoli, lui, a droit à plus de mansuétude, pour l'instant du moins, de la part de l'homme fort des Loups, Filippo Gaone. Emilio Ferrera : D'une campagne à l'autre, l'effectif a été singulièrement chamboulé puisque des éléments comme Michael Cordier, Fritz Emeran, Alex Teklak, Jaroslaw Mazurkiewicz, Egutu Oliseh, Sergio Sanchez et Nordin Jbari, qui ont tous largement été partie prenante dans nos premiers rendez-vous de la compétition, ne faisaient pas partie des cadres en 2004-05. Incorporer autant de nouvelles têtes ne se passe jamais en un tournemain. D'autant plus qu'il a fallu composer une épine dorsale new-look suite aux départs conjugués de Silvio Proto, Geoffray Toyes, Gunter Van Handenhoven, Mario Espartero et, dans une moindre mesure, Wagneau Eloi. Cet axe longitudinal a changé du tout au tout, chez nous, alors qu'au sein de la plupart des formations que nous avons rencontrées, on retrouvait le plus souvent les mêmes composantes à quelques mois d'intervalle. C'était le cas d'Anderlecht et du Standard, notamment, dont les 11 de base n'avaient guère subi de modifications au cours de l'été. Face à ces teams-là, nous avons encaissé neuf buts au total : six au Parc Astrid et trois, dans nos installations, contre les Rouches. Tout le monde a mis en exergue ces chiffres, peu flatteurs il est vrai, mais personne n'a relevé que cette même défense louviéroise s'était montrée intraitable devant Zulte Waregem et le Cercle Bruges. Quand on dit " a ", il faut pouvoir dire " b " aussi. Par rapport à la réalité, j'ai le sentiment que la connotation générale est trop négative pour nous. Je n'en veux pour preuve que notre dernière joute à domicile contre les Vert et Noir. Après coup, dans les comptes rendus, on a insisté à la fois sur la piètre qualité du spectacle proposé, le nul vierge final ou encore l'exclusion de Sergio Sanchez. Personne, ou bien peu, n'a mis en exergue que les conditions atmosphériques épouvantables empêchaient le développement d'un football académique voire que j'avais eu l'audace, à dix contre onze, d'introduire au jeu un attaquant supplémentaire en la personne d'Aco Stojkov alors que j'aurais pu me prononcer pour une ligne médiane renforcée. Si un autre avait opéré le même choix, dans des conditions analogues, il n'est pas interdit de penser que l'appréciation aurait été tout autre. J'admets la critique quand elle est fondée. Je plaide responsable, par exemple, pour cinq des six buts que nous avons encaissés au Sporting lors de la soirée d'ouverture. J'ai soutenu régulièrement, et je maintiendrai toujours, qu'un coach est invariablement responsable, au premier degré, du comportement de son arrière-garde, entendu que la mise au point de ce secteur est affaire de réglages. En revanche, le même homme peut difficilement être tenu pour responsable des manquements de ses attaquants, vu qu'il y a une grande part d'instinct et de qualités intrinsèques qui entrent en considération chez ceux qui meublent la division offensive. A Anderlecht, je n'hésite pas à dire que l'équipe et moi avons mal travaillé. Je crois, en toute sincérité, que nous avons tous été aveuglés par notre bonne tenue lors des matches de préparation. A dessein, nous avions opté pour des oppositions corsées, comme l'OGC Nice et Auxerre, entre autres, devant lesquelles nous avions parfaitement tenu la route. Au moment où ont été frappés les trois coups de l'exercice 2005-06, nous nous sommes tout simplement crus supérieurs à ce que nous valions vraiment. Pour revenir à ce premier match, je signalerai que cinq des six goals anderlechtois ont été inscrits sur des contres. C'est évidemment le monde à l'envers. Car si une phalange doit utiliser cet artifice-là au Stade Constant Vanden Stock, c'est bien sûr l'adversaire et non l'équipe locale. Cette fois-là, il y avait de quoi trouver à redire, tant nous avions péché par orgueil et naïveté. Dès le match suivant toutefois, contre La Gantoise, ces mêmes erreurs ne furent plus perceptibles. A Zulte Waregem aussi, nous nous sommes appliqués d'un bout à l'autre des nonante minutes. Mais au lieu de vanter nos mérites pour l'obtention d'un point, d'aucuns ont plutôt mis en exergue notre manque d'audace. Désolé, mais ceux qui ont joué à visière découverte contre les néo-promus s'en sont tous mordu les doigts jusqu'ici : le Cercle Bruges, La Gantoise et le Germinal Beerschot entre autres. Pourquoi aurais-je dû tomber dans le même piège ? Les fondations sont établies. L'équipe repose sur un dernier rempart solide, Michaël Cordier en l'occurrence. Au cours de la période de préparation, alors que l'avenir de Silvio Proto était encore entouré d'un grand point d'interrogation, j'ai pris le parti d'instaurer un système d'alternance entre eux durant les matches. Ce faisant, j'ai vite cerné son potentiel et, à l'instigation également de l'entraîneur des gardiens, Michel Piersoul, convaincu lui aussi des qualités du garçon, nous avons insisté auprès de la direction, et Filippo Gaone en particulier, pour que le club joue sa carte. C'était peut-être un risque, vu la jeunesse du joueur, mais après quelques matches à peine, il est permis d'affirmer que son choix s'est révélé un authentique coup dans le mille. Devant lui, les autres constituantes du losange défensif se sont avérées pertinentes aussi avec Olivier Guilmot, Alex Teklak et Egutu Oliseh. Les bases sont là, indéniablement. Reste à s'atteler aux étages. C'est à ce double niveau que l'ensemble doit encore être peaufiné. Nous éprouvons toujours des difficultés à alerter à bon escient les joueurs de pointe. D'autre part, je ne suis pas convaincu non plus, pour l'instant, de la complémentarité du duo formé par Sergio Sanchez et Nordin Jbari. Leurs registres sont trop conformes. Il n'en reste pas moins que rien n'est jamais acquis de manière définitive. Il peut y avoir évolution dans le chef de l'un et l'autre. A défaut, la solution est peut-être ailleurs. Qui sait, par exemple, si Aco Stojkov n'est pas en mesure de nous fournir la profondeur que nous cherchons actuellement ? Il vient cependant de débarquer, il faut donc lui laisser la possibilité de montrer l'étendue de ses capacités dans le secteur le plus difficile d'une équipe. Car plus on joue haut sur le terrain, plus la tâche se corse. Le problème, c'est que dans le monde du football, comme dans la société en général, on est de plus en plus exigeant et on réclame des résultats de plus en plus vite. Or, on ne peut pas courir avant de marcher. Il y a une évolution à respecter. On peut prendre un risque mais pas un tas de risques. J'en ai pris pour un poste-clé dans l'équipe, celui de gardien de but. Si je devais me prononcer pour la titularisation sans équivoque d'autres jeunes devant lui, j'aurais un problème en matière d'assise. Car la défense est un compartiment où une certaine expérience s'impose. Anderlecht en a d'ailleurs eu un aperçu en Ligue des Champions la saison passée. L'ennui, c'est qu'ici, au Tivoli, la réalité a été tronquée par la faute d'un match. L'année dernière, tout le monde s'en souviendra, l'intégralité de l'équipe A, pour ainsi dire, avait été ménagée pour les besoins d'un match de Coupe de Belgique contre le FC Bruges. Face aux mêmes Bleu et Noir, les jeunes, lancés dans la bataille, avaient effectivement montré un visage des plus séduisants et ne s'étaient inclinés in extremis que sur la marque de 0-2. Il n'en a pas fallu davantage pour que certains disent qu'ils étaient prêts. C'est oublier qu'ils avaient perdu et que, sur la durée, tout restait à prouver. Lancer des jeunes, c'est louable. Mais il convient de le faire avec discernement, sans brûler les étapes pour autant. Il ne faut pas tout vouloir immédiatement. Et c'est là une autre caractéristique qui rejoint ce que je viens de dire : le blé en herbe, non plus, ne sait pas attendre. Dans ce cas-ci aussi, c'est général : j'ai un fils de 9 ans, par exemple, qui me réclame un GSM. Dites-moi pourquoi, à cet âge-là, la nécessité d'un téléphone portable s'impose ? C'est une hérésie. Et ce n'est pas parce qu'un de ses copains en possède un que je vais fléchir. Comparaison n'est pas raison. Dans ces trois rôles, j'ai toujours fait preuve d'exigence, c'est exact. Mais je n'ai jamais été inhumain comme quelques-uns le prétendent parfois. Je demande beaucoup, je ne le conteste pas. Mais c'est la seule façon, selon moi, d'arriver à un résultat. J'ai connu des gars qui étaient bons potes avec leurs joueurs. A la longue, pour eux, coucher 11 noms sur papier relevait de plus en plus du casse-tête au fil des semaines. Moi, je n'ai jamais eu ce problème car je ne fais pas de sentiment. Pas plus que je ne fais de cadeaux, pour tout dire. Une place sur le terrain se mérite. Personnellement, j'en ai bavé pour arriver là où je suis. Car qui étais-je donc par rapport à tous ces noms ronflants de joueurs devenus entraîneurs ? Un illustre inconnu. Un nobody. Si je n'ai pas fait carrière en tant que joueur, ce n'est pas, comme tant d'autres, parce qu'une prétendue blessure au genou m'avait contraint à y mettre un point final. Non, c'est parce que je n'avais pas le niveau requis sur un terrain. J'ai rapidement compris, en revanche, que j'avais des facilités à disséquer un match et à lire le jeu. Encore fallait-il convaincre mon auditoire et mon entourage. J'y suis parvenu, non sans mal et, à présent, je m'efforce de me maintenir dans ce milieu. Ce caractère de battant, ce dépassement de soi, je veux aussi l'inculquer à mes joueurs. Pour qu'ils se rendent compte qu'il ne suffit pas de paraître pour s'imposer et qu'ils n'auront rien sans mal. A l'école, autrefois, je ne détestais rien tant que les cours de langue. Ils étaient tout, sauf ma tasse de thé. Heureusement pour moi, année après année, j'ai eu des profs extrêmement pointilleux en la matière. A l'époque, je les vouais tous aux gémonies. A présent, je leur suis extrêmement reconnaissant d'avoir été durs à ce point avec moi. Car si je peux être consultant à la télévision, tant du côté francophone que néerlandophone, aujourd'hui, c'est à leur perfectionnisme que je le dois. Cette attitude-là, je m'en suis imprégné et je l'applique à mon tour aujourd'hui à chaque échelon. Je ne l'ai manifestement pas cassé puisqu'il m'a été utile. Une phrase pareille, tirée de son contexte, peut sans doute apparaître choquante aux yeux de certains. Mais moi, je sais pertinemment bien pourquoi je l'ai utilisée. Steve, c'était le coming man sur lequel le club, à raison, fondait des espoirs. Mais tout coulait un peu trop de source pour lui : son père avait été entraîneur des jeunes au club, tout lui était toujours pardonné au nom de son talent et tutti quanti. A la limite, il trouvait normal de se trouver là. Désolé, mais il n'y a pas de privilège. Un statut, ça se mérite. Moi, pour l'aider à se surpasser, j'ai voulu le provoquer. Tantôt en disant qu'il n'avait pas - encore, je m'empresse de le préciser - le niveau, ou tout simplement en le snobant à l'entraînement. Je savais que je pouvais me permettre ce petit jeu-là, dans la mesure où il avait toujours été dans l'ouate. Mais jamais je ne me serais hasardé à utiliser le même artifice avec un joueur africain, parachuté sans repère dans le football belge par exemple. En réalité, chaque cas réclame une approche particulière. Un certain doigté est nécessaire pour déterminer ce qu'on peut faire ou pas. Dans le cas de Steve, je pense avoir vu juste eu égard au chemin qu'il a parcouru. Et ce qui vaut pour lui l'est également pour maints autres. J'entends régulièrement dire que je suis carré, réfractaire au dialogue, et patati, et patata. Il n'empêche que je lis régulièrement aussi, que bon nombre de joueurs aimeraient pouvoir retravailler avec moi. C'est que tout n'est pas aussi négatif qu'on veut le dire. Chassez le naturel et il revient au galop. Il faut me prendre comme je suis, avec mes qualités et mes défauts. De toute façon, on ne peut pas plaire à tout le monde. Je ne vais pas changer pour le plaisir de changer. J'ai une certaine idée de la manière dont je dois conduire un effectif et tant pis si elle ne recueille pas l'assentiment de tout un chacun. L'essentiel, pour moi, c'est la trace que je laisse aux joueurs. Et dans la majorité des cas, je suis dans le bon. Je le remarque aux réflexions, après coup, ou encore au comportement de ceux que j'ai eus. En visionnant des images, je vois régulièrement chez des joueurs que j'ai dirigés des astuces qu'ils ont apprises avec moi. C'est ma plus belle récompense. C'est possible. Le tout est de savoir ce qu'on veut. Je suis entraîneur et non relations publiques. D'autres personnes, plus compétentes, entrent peut-être en considération pour ce job. Moi, je me sens avant tout entraîneur. Et je suis maniaque dans ce que je fais et exige. A un moment donné, je le confesse, je me suis demandé pourquoi mon travail ne suscitait pas davantage de considération. Car ce que j'ai réussi en début de carrière, à Beveren et au RWDM, n'était pas évident. A l'époque, je flashais vraiment sur des clubs de plus grande envergure. Là où il me serait enfin loisible d'imposer un style au lieu de devoir me contenter de contrecarrer les tactiques adverses. J'espère toujours aboutir dans pareil contexte un jour. Mais je n'en fais plus une fixation. Je suis très heureux dans ce que je fais à La Louvière et je ne demande qu'une chose : faire durer le plaisir. Si je n'y arrive pas, je n'en ferai pas une maladie. J'adore le football, et je veux mettre tout en £uvre pour me réaliser dans ce milieu. Mais si un jour les portes se ferment, je ne vais pas me mettre la corde au cou. Je tenterai de rebondir ailleurs, un point c'est tout. Bruno Govers" Je ne fais PLUS DE FIXATION sur un grand club " " L'ESSENTIEL, C'EST LA TRACE que je laisse aux joueurs "