Le fric a fait son apparition dans le football dans le courant des années 70. Les footballeurs qui ont participé au Mondial 1974 ont découvert l'aspect financier de leur sport. La Mannschaft avait déjà menacé de faire grève avant le tournoi organisé par son pays, la Fédération refusant de lui verser une prime. Des joueurs comme Johan Cruijff et Franz Beckenbauer sont devenus des superstars frayant avec la jetset, concluant des contrats de sponsoring et faisant de la pub pour des friandises, des pompes à essence et des livres. Beckenbauer a gagné 750.000 euros pendant ce Mondial, rien qu'en revenus extra-sportifs. La moitié des rentrées de la FIFA est venue des droits TV, de la publicité et du merchandising.
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Le fric a fait son apparition dans le football dans le courant des années 70. Les footballeurs qui ont participé au Mondial 1974 ont découvert l'aspect financier de leur sport. La Mannschaft avait déjà menacé de faire grève avant le tournoi organisé par son pays, la Fédération refusant de lui verser une prime. Des joueurs comme Johan Cruijff et Franz Beckenbauer sont devenus des superstars frayant avec la jetset, concluant des contrats de sponsoring et faisant de la pub pour des friandises, des pompes à essence et des livres. Beckenbauer a gagné 750.000 euros pendant ce Mondial, rien qu'en revenus extra-sportifs. La moitié des rentrées de la FIFA est venue des droits TV, de la publicité et du merchandising. Cette édition a valu un bénéfice de 25 millions d'euros à la FIFA, deux fois plus que l'édition précédente, au Mexique. En 1982, pour la première fois, on a vendu des droits exclusifs aux sponsors. Les revenus ont gonflé de manière exponentielle. Les trois Coupes du Monde des années 90 ont rapporté, ensemble, 220 millions. Les footballeurs professionnels des années 70 sont maintenant au pouvoir, dans les clubs et les fédérations. Le Bayern, le Real et le Barça sont devenus des entreprises gigantesques. Cette croissance a mué l'élite du football en salle des coffres. On a parfois dépensé sans compter. L'affaire ISL a été un premier coup de tonnerre. Cette société spécialisée en droits sportifs a généré un des pires scandales financiers dans les coulisses du football mondial. Du moins jusqu'à la semaine dernière. La société suisse, fondée en 1982 par Horst Dassler, patron d'Adidas, a acheté les droits marketing des fédérations pour les revendre aux sponsors, aux chaînes TV et autres. La FIFA a accordé à ISL les droits de tout le marketing du Mondial 1986. Jusqu'à sa disparition en 2001, ISL a versé 160 millions de francs suisses (150 millions d'euros) rien qu'en commissions. Il n'y a pas trace des deux tiers de l'argent. SeppBlatter ne figure pas sur la liste des personnes arrosées mais il était au courant. Il paraît que ce type de commissions était légal en Suisse. Et même déductible des impôts. L'affaire ISL a mis la FIFA en cause pour la première fois, sans que les enquêteurs aillent très loin. Pourquoi Blatter, conseillé par les meilleurs juristes, reçu cordialement par les rois et les présidents, se ferait-il du souci ? Sa route vers la toute-puissance a été pavée par son prédécesseur, Jean-Marie Faustin Godefroid (Joao) Havelange, le fils d'un industriel liégeois émigré au Brésil. Pendant deux décennies, Havelange a été l'homme le plus puissant du monde sportif, avec le patron du CIO, Antonio Samaranch. L'industriel brésilien, qui avait participé à deux Jeux olympiques en tant qu'athlète, a mué la FIFA en entreprise sportive. Il a été le premier non-Européen à être élu à la présidence de la FIFA en 1974. Il a, déjà, triomphé grâce aux voix des pays en voie de développement. Le puissant et riche Havelange a sponsorisé lui-même son programme et a fait le tour du monde pour le présenter. C'est pour cela qu'il a fait passer le nombre de participants au Mondial de 16 à 24 puis à 32 en 1998. En 1996, la FIFA a gagné le jackpot grâce à lui : il a vendu les droits TV au magnat Leo Kirch pour 2,8 milliards de francs suisses (2,6 milliards d'euros), jusqu'en 2006. Il a partagé la plus-value entre les Etats-membres de la FIFA. En 1990, il avait déjà déclaré que " le football était devenu une immense industrie, qui devait être dirigée par un bon management ". Comme son ancien gendre Ricardo Texeira, il a perçu de l'argent d'ISL. Les deux hommes ont empoché, ensemble, 21,9 millions de CHF (21 millions d'euros). A la fin de son ère, en 1998, il a déroulé le tapis rouge devant Blatter, le premier président FIFA à être rémunéré. Le père de Blatter avait refusé, en son temps, qu'il signe un contrat professionnel à Lausanne Sport. Après quelques jobs de PR pour l'horloger Longines, il avait été recommandé à la FIFA par Horst Dassler. En 1981, Havelange l'avait nommé secrétaire général de la fédération mondiale. Havelange souhaitait alors que le Mondial 2006 soit attribué à l'Afrique du Sud. Son plan a échoué. Lors du suffrage décisif, le 6 juillet 2000, à Zurich, l'Allemagne s'est imposée, par douze voix contre onze. Pour des raisons inconnues, Charles Dempsey a alors quitté la salle. L'Océanie avait expressément demandé au représentant de la Nouvelle-Zélande de voter pour l'Afrique du Sud. Avec sa voix, les deux pays auraient été à égalité mais la voix du président de la FIFA aurait compté double. Or, Sepp Blatter avait annoncé depuis longtemps qu'il soutiendrait l'Afrique du Sud. Depuis, les histoires de corruption, petites et grandes, n'en finissent plus. Ainsi, Mohamed Bin Hamman, qui a été l'homme de confiance de Blatter et a été président de la confédération asiatique de 2002 à 2011, a reçu un courriel de remerciement de la présidente de la fédération libérienne, qui avait reçu 10.000 dollars (9.000 euros). Tout le monde n'obtenait pas ce qu'il demandait. Le président de Sao Tomé voulait 200.000 euros. Il n'a reçu que 44.000 dollars, avec un message : il n'était pas possible de donner davantage. Il a répondu : " Okay, thank you. " Rien qu'en Afrique, Bin Hamman a offert l'équivalent de 4,5 millions d'euros. Il aurait aussi versé 1,5 million aux électeurs d'Asie jusqu'à sa mise à l'écart pour corruption en juillet 2011. Le comité organisateur du Qatar ne s'en est pas ému. Il a annoncé que Bin Hamman n'avait joué aucun rôle dans sa campagne. Ces quatre dernières années, la FIFA, qui compte 209 membres - l'ONU n'en a que 193 - a tourné avec un budget de 5 milliards d'euros, soit 1,3 milliard de plus qu'au précédent cycle du Mondial. Les droits TV représentent 2,2 milliards du pactole, le sponsoring a généré 1,4 milliard. Quand Blatter a accédé à la présidence en 1998, la FIFA avait 3 millions de dollars sur son compte. En 2014, la somme représentait 1,3 milliard en billets verts. Les experts en corruption le savent : quand beaucoup d'argent afflue d'un coup dans un petit circuit fermé, la corruption fleurit et, comme au sein de la mafia, la criminalité organisée est aux aguets. La drogue vendue par les trafiquants du football ? Le... football. PAR DER SPIEGEL