Le nouveau (et seul) buzz du Standard est un joueur relativement petit (1m77), souriant et aimable, mature pour son jeune âge (18 ans), arrivé en Belgique en janvier dernier et appelé à grandir en Espoirs dans le noyau du Standard. Une promesse, disait-on alors. Huit mois plus tard, certains parlent déjà de réussite. Imoh Ezekiel a quitté définitivement le noyau des Espoirs et a commencé le championnat sur les chapeaux de roue. Au point d'avoir éclipsé les transferts de l'été ( Dudu Biton et Marvin Ogunjimi) et d'avoir grillé l'autre espoir du club, Michy Batshuayi, pour le poste d'unique attaquant. " Son statut a complètement changé au sein du vestiaire ", explique le team manager du Standard, Pierre Locht. " Il est plus à l'aise, content de voir que son travail paye. "
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Le nouveau (et seul) buzz du Standard est un joueur relativement petit (1m77), souriant et aimable, mature pour son jeune âge (18 ans), arrivé en Belgique en janvier dernier et appelé à grandir en Espoirs dans le noyau du Standard. Une promesse, disait-on alors. Huit mois plus tard, certains parlent déjà de réussite. Imoh Ezekiel a quitté définitivement le noyau des Espoirs et a commencé le championnat sur les chapeaux de roue. Au point d'avoir éclipsé les transferts de l'été ( Dudu Biton et Marvin Ogunjimi) et d'avoir grillé l'autre espoir du club, Michy Batshuayi, pour le poste d'unique attaquant. " Son statut a complètement changé au sein du vestiaire ", explique le team manager du Standard, Pierre Locht. " Il est plus à l'aise, content de voir que son travail paye. " Cette histoire ressemble à d'autres destins similaires. Le football comme seul exutoire pour sortir de la pauvreté endémique d'un pays d'Afrique. La découverte de la neige et de l'hiver européen. La solitude de la vie occidentale. L'argent facilement gagné. Pour Ezekiel, tout débute dans le pays africain le plus peuplé, le Nigeria. Lagos, jungle urbaine de 15 millions d'habitants (seul Le Caire compte plus d'âmes sur le continent africain), ancienne capitale du pays, détrônée depuis 1991 par Abuja, est son terrain de jeu. Sa vraie patrie. Là, comme ailleurs sur le continent, le football apparaît comme une issue. Pas étonnant de voir donc débarquer le père d'Ezekiel, ancien fonctionnaire de police, aujourd'hui à la retraite, à l'Académie 36 Lion FC pour proposer les services de son gamin, âgé de dix ans, et " qui dans la rue semble avoir quelques qualités footballistiques ". Cette académie, fondée en 2001 par Liameed Gafar, un homme d'affaires actif dans l'import/export et qui passa 20 ans de sa vie aux Etats-Unis, a acquis petit à petit ses lettres de noblesse. Si ce club qui évolue en D2 nigériane n'avait pas encore envoyé de joueurs en Europe, elle avait fourni des clubs chinois et du Golfe. Ezekiel lui sert donc de premier ambassadeur européen. Un titre chèrement acquis au prix d'une solide saison en D2 (21 buts à 17 ans !) et d'un premier voyage aux accents d'épopée en Venise du Nord l'hiver dernier. Car avant d'aboutir à Liège, le jeune attaquant avait été proposé au Club Bruges. Trois jours de présence, un seul de test et voilà son rêve solidement bousculé. Jugé trop petit par l'entraîneur des Espoirs, Philippe Clément, si on en croit certains. Pour d'autres, Bruges a simplement eu la malchance de tomber sur un joueur blessé. " Il est arrivé en Belgique en plein hiver. Il faisait -15° ", explique un de ses deux conseilleurs, Luan Ahmetaj. " Il avait tellement froid ", ajoute Locht, " qu'il a plongé ses pieds dans l'eau chaude pendant des heures. Quand il les a ressortis, ils étaient brûlés et il ne savait plus les rentrer dans ses chaussures. " " Il a eu la malchance d'arriver chez nous en plein hiver et de ne pouvoir s'entraîner qu'un jour ", se défend le manager général du Club, Vincent Mannaert. " Est-ce que je le regrette aujourd'hui ? Non car il faut savoir soutenir les décisions des gens qui tranchent. Cela ne sert à rien de se demander pourquoi on ne l'a pas pris alors que la décision a été motivée principalement par des circonstances malheureuses. S'il était resté quinze jours en test et qu'on était passé à côté de ses qualités, là, il y aurait matière à redire. Mais pas dans le cas qui nous occupe. " Rideau. Quelques larmes. La peur de devoir retourner en Afrique, de voir le rêve s'éteindre. Jusqu'à ce qu'une porte de sortie s'ouvre à lui. " On l'a alors proposé au Standard ", raconte Ahmetaj. " Sa cheville avait quelque peu dégonflé et il a pu s'entraîner dans une bulle couverte où il faisait moins froid. "Là, il reste plusieurs jours. Il joue un premier match avec les U19 contre une équipe de P1. " Il a marqué trois buts et donné un assist. Le Standard l'avait emporté 5-3 ", explique José Jeunechamps, à l'époque entraîneur des Espoirs, et qui avait été sous le charme de l'attaquant nigérian dès son premier entraînement. " Pourtant, en début de rencontre, on croyait qu'il était blessé ", explique Locht. " A la mi-temps, il nous a dit qu'il avait la jambe gelée. On l'a massé et il a mis trois buts après la pause. " Un prêt gratuit avec option d'achat est alors négocié avec l'Académie 36 Lion FC. Trop fort pour les U19, il intègre les U21. Il n'a que 18 ans. " Il est arrivé à un bon moment pour notre noyau Espoirs puisque Batshuayi avait été promu en A, Dolly Menga prêté à Saint-Trond et Michaël Lallemand était parti à Eupen ", dit Jeunechamps. " Il a fallu le façonner tactiquement car en Afrique, on ne lui demandait pas de défendre et on ne lui disait pas comment se positionner en perte de balle. " Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le petit apprend vite. Avec les jeunes, il casse la baraque : 16 buts et sept assists. Le grand artisan du titre du Standard en U21. Tout cela en arrivant en janvier et en quittant ce groupe en avril. Car, entre-temps, les attaquants du noyau A étaient tous tombés comme des mouches. Et voilà José Riga obligé de lancer Ezekiel lors des PO1. Une ascension fulgurante. " Généralement, les Africains doivent s'adapter à l'Europe ", explique Ahmetaj. " Gohi Bi Cyriac avait mis deux ans avant de percer ! ". Pas Ezekiel. " Pourtant, quand il a intégré le noyau A, il a découvert un autre rythme ", explique Locht. " Il était déstabilisé par la rudesse. Il a alors montré beaucoup d'engagement aux entraînements. Certains défenseurs ont été surpris d'être secoués de la sorte par ce petit gamin et ont commencé à lui rentrer dedans. Il ne comprenait pas pourquoi ça gueulait. " Le retour de Daniel Opare, parti à la CAN lors de son arrivée, anglophone comme lui, le soulage. Encadré par ses conseillers (même le Standard reconnaît l'utilité de leur présence !) et le team manager, il est également guidé par le club. La femme de Pierre François lui donne même des cours de français gratuitement ! Dans la vie quotidienne, il doit également trouver ses marques. " Il n'a pas de permis de conduire ", dit Locht. " Il faut donc aller faire ses courses avec lui. Cependant, il s'est montré rapidement très débrouillard. Il fait la vaisselle et la lessive. Il n'a fallu lui montrer qu'une fois comment fonctionnait une machine à laver ! "A grands pas, Ezekiel avance dans notre compétition. Après des débuts remarqués dans les play-offs, le revoilà très vite dans le onze de base d'un Standard qui a raté ses deux premiers matches. Mais l'éclosion définitive a lieu à Charleroi où il taille en pièces la défense carolo. " Il aère le jeu du Standard ", re-connaît Nordin Jbari. " Il se bat sur tous les ballons et on voit qu'il a faim. " " Sa vitesse et son explosivité sont ses deux gros atouts ", analyse Marc Degryse. " Il a l'audace d'un jeune et ne réfléchit pas trop. Face à des défenseurs centraux peu mobiles, il ne peut que poser des problèmes. " Et dire qu'en arrivant au Standard, il demandait souvent le ballon dans les pieds, n'osant pas utiliser la profondeur. " Il me fait penser un peu à Igor Vetokele, l'ancien attaquant du Cercle, parti à Copenhague ", ajoute Jbari, " même si je trouve qu'il utilise encore plus la largeur du terrain. Cependant, parfois, je lui dirais de freiner ses courses. Cela lui permettrait de marquer 5 buts de plus sur une saison. " Son relatif petit gabarit attire les préjugés, vite battus en brèche par d'autres qualités évidentes. " Quand on voit sa taille et qu'on t'annonce qu'il évolue à l'attaque, on se dit que ça ne va pas être facile ", affirme Jeunechamps, " mais après l'avoir vu, on est convaincu par son potentiel. Même son jeu de tête n'est pas mauvais ! "Son éclosion, il ne la doit qu'à lui-même, lui qui a passé ses vacances dans son pays à s'entraîner avec les jeunes de l'Académie 36 Lion FC afin d'être le joueur le plus affuté à la reprise. " Il vit pour le foot ", résume Ahmetaj. " Il mange et il dort foot. Pas de sorties, pas de filles, tout ce qu'il veut, c'est aller à Chelsea ! "" Il a une force de caractère incroyable ", corrobore Locht. " Il répète sans cesse : - C'est ma chance, je vais la saisir et je ne vais pas me laisser faire ". " On ne voit pas cela avec tous les jeunes : il est à l'écoute, a envie de progresser et travaille pour y parvenir ", conclut Jean-François de Sart. Du pain béni pour tout entraîneur donc. " Quand tu es instituteur et que ton élève t'écoute, il devient vite ton chouchou ", dit encore Ahmetaj. Et puis, si c'est pour finir à Chelsea, cela vaut bien quelques sacrifices... PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Lors de son premier match, il avait la jambe gelée. On l'a massé à la mi-temps. Il a mis trois buts. "