Le jour où il ne sera plus le coach des Diables Rouges, Marc Wilmots nous manquera, c'est sûr. Nous pouvons d'ores et déjà vous l'assurer. Sa disponibilité est proverbiale. Il est toujours ouvert à la discussion, a toujours quelque chose à raconter, n'élude aucune question et ne perd jamais son calme. Même pas lorsque son interlocuteur est quelqu'un qui réclame sa démission depuis des années. Certes, le sélectionneur n'est/n'a pas été toujours conséquent dans ses actes, et il fait souvent référence à son passé de joueur, alors que d'autres entraîneurs restent très discrets à ce sujet. Mais il ne perd jamais son authenticité, ni sa sincérité. Les Néerlandais l'adorent. Cela les change de Louis van Gaal, GuusHiddink ou DickAdvocaat, et des tensions qui, lors de chaque grand tournoi, surgissaient immanquablement dans le camp orange.
...

Le jour où il ne sera plus le coach des Diables Rouges, Marc Wilmots nous manquera, c'est sûr. Nous pouvons d'ores et déjà vous l'assurer. Sa disponibilité est proverbiale. Il est toujours ouvert à la discussion, a toujours quelque chose à raconter, n'élude aucune question et ne perd jamais son calme. Même pas lorsque son interlocuteur est quelqu'un qui réclame sa démission depuis des années. Certes, le sélectionneur n'est/n'a pas été toujours conséquent dans ses actes, et il fait souvent référence à son passé de joueur, alors que d'autres entraîneurs restent très discrets à ce sujet. Mais il ne perd jamais son authenticité, ni sa sincérité. Les Néerlandais l'adorent. Cela les change de Louis van Gaal, GuusHiddink ou DickAdvocaat, et des tensions qui, lors de chaque grand tournoi, surgissaient immanquablement dans le camp orange. Ceux qui ont encore connu Wilmots comme footballeur ne seront pas surpris : il n'était pas différent comme joueur. Il n'était pas nécessaire d'avoir une longue interview pour savoir ce qu'il pensait. Et son discours tenait la route. On pouvait discuter de tactique, mais le plus souvent, c'était son coeur qui parlait. Comme attaquant, il lui manquait un petit quelque chose pour atteindre le top niveau européen. Mais comme milieu de terrain, cela passait. Un ancien international, collègue pendant l'EURO 2000, distingue dans l'équipe nationale actuelle certaines similitudes avec celle d'autrefois. Selon lui, Wilmots laisse jouer les Belges comme il aimait le faire jadis : avec un attaquant, et des milieux de terrain qui s'infiltrent dans la surface. C'est de cette manière qu'il procédait. Et c'est de cette manière que MarouaneFellaini aurait dû procéder contre l'Italie, mais il n'y est pas parvenu. Fellaini a moins de qualités que Wilmots en son temps. Lorsqu'AxelWitsel a marqué samedi contre l'Irlande, nous avons resongé à la Coupe du Monde 2002, et au match contre le Brésil. Wilmots avait vu son but refusé, celui de Witsel a été accordé. Witsel est la version améliorée de son entraîneur. L'avantage de Wilmots ? Comme il le répète souvent : ilconnaîtla musique. Ses propres Coupes du Monde reviennent souvent sur le tapis. Il utilise aujourd'hui sa propre expérience pour protéger Romelu Lukaku (23 ans) et tous ses attaquants : DivockOrigi n'a encore que 21 ans, MichyBatshuayi 22 et YannickCarrasco également. Durant les grands tournois qu'il a disputés, il a aussi pu se rendre compte de quelle manière ses coaches ont été passés à la moulinette dans la presse. Paul Van Himst, si charmant et si authentique avant la Coupe du Monde 94 aux Etats-Unis, est devenu un moins que rien. Pareil avec Georges Leekens, qui en a pris pour son grade après le 2-2 de Bordeaux disputé dans la canicule. Robert Waseige a vécu la même mésaventure au Japon. Lorsque la critique s'est faite trop virulente après le deuxième match (et le deuxième partage), Wimots a décrété un boycott pour défendre son mentor. Wilmots sait que les grands tournois sont source de tensions. Il l'a appris à ses dépens au Brésil - la critique d'Eden Hazard sur le manque d'automatismes lui a fait mal - et c'est encore le cas aujourd'hui. Il garde son calme et ne cesse de répéter : " A part la mort, plus rien ne peut m'énerver. " Mais est-ce réellement le cas ? Ce n'est pas l'avis de ceux qui partagent le quotidien des Diables Rouges de l'intérieur. Ils ont découvert un Wilmots qui, sur certains points, exige le pouvoir absolu. Ainsi, c'est lui qui décide quels seront les officiels de la fédération autorisés à assister à l'entraînement. Mais parallèlement, ils ont aussi découvert un Wilmots influençable, qui lisait tout ce que l'on écrivait sur lui, qui donnait l'impression d'être peu sûr de lui et qui se montrait très sensible à la critique. L'assurance dont il témoigne lors des conférences de presse ne serait qu'une façade. La défaite contre l'Italie - un adversaire que Wilmots aurait préféré affronter en dernier lieu - a mis une pression énorme sur le coach. La critique de Thibaut Courtois, juste après le match, l'a touché en plein coeur : " L'Italie était bien organisée et nous a surclassés tactiquement. " Dans l'avion qui a ramené l'équipe de Lyon à Bordeaux, dans la nuit de mardi à mercredi, Wilmots a parlé à son gardien. Pour lui demander à quoi, exactement, il voulait faire allusion. Durant les jours suivants, les discussions se sont poursuivies. La plupart du temps, individuelles. C'est de cette manière que Wilmots aime travailler. Lors des conférences de presse, ces derniers jours, il n'a pas hésité à citer des noms. " KevinDe Bruyne n'était pas au mieux, mais c'est lui qui a délivré la passe vers Romelu, c'était un assist. Au plus haut niveau, il faut pouvoir concrétiser ". " Sur le but de l'Italie, TobyAlderweireld était fautif. " " ThomasVermaelen s'occupe plus de lui que du collectif "... Mais, au sein du groupe, Wilmots préfère s'entretenir individuellement avec ses joueurs. Cela se passe parfois sur le terrain d'entraînement, parfois dans sa chambre. " J'ai une suite et un divan, tout le monde est le bienvenu ". Wilmots se justifie : " Lorsqu'on s'adresse au groupe dans son ensemble, personne ne se sent visé et ce n'est pas bon. Donc, je préfère m'adresser à un joueur en particulier, en tête-à-tête. " Le sélectionneur préfère même, parfois, que les membres du staff n'assistent pas à l'entretien. Y compris son assistant. C'est un choix. Mais est-ce le meilleur choix ? Après le match contre l'Italie, Courtois a aussi évoqué des erreurs commises lors de la préparation. En a-t-on suffisamment discuté ? Wilmots, lors d'une conférence de presse : " La Finlande ? On pourrait en parler pendant des heures, cela ne changerait rien. " C'est pourtant ce match-là qui a décidé de la composition de l'axe défensif. Car, par la suite, Jason Denayer n'est plus apparu en position d'arrière central. Wilmots aurait pu en discuter avec Denayer mais visiblement, cela ne s'est pas produit, ou très peu. Le jeune défenseur en témoigne : " J'ai regardé les images. J'ai constaté mes erreurs. Tout seul. De temps en temps, j'en ai parlé avec le coach à l'entraînement, mais nous n'avons pas vraiment approfondi la question. " Il tente de se consoler : " Après tout, je n'ai que 20 ans et je suis déjà au Championnat d'Europe. Peu de joueurs peuvent en dire autant. " Le problème de Wilmots est qu'il est seul pour résoudre ce genre de problème. Lorsqu'on demande qui est capable de l'influencer, on s'entend souvent répondre : surtout MarioInnaurato et ErwinLemmens. Pas Vital Borkelmans, son assistant. Peut-être faudrait-il y ajouter : les joueurs. La deuxième 'flash interview' de ce tournoi - c'est ainsi que l'on appelle une réaction à chaud d'un joueur à la sortie du terrain - était tout aussi interpellante que la première. Romelu Lukaku a déclaré : " Les joueurs ont pu vider leur sac lors d'une réunion et cela a fait du bien. " La semaine dernière, il s'est passé des choses étonnantes. Les joueurs se sont réunis, ont dit ce qu'ils avaient sur le coeur et ont appelé à l'unité, tandis que le coach cherchait des coupables et a remis les joueurs à leur place à la veille du match contre l'Irlande (" Ce n'est pas à eux de définir la tactique. "). Il tente de faire preuve d'assurance alors qu'il doute. Après tout, lui-même n'a-t-il pas souvent défini la tactique avec Waseige autrefois, et ne s'est-il pas souvent entretenu avec VincentKompany à ce sujet durant la Coupe du Monde brésilienne ? Mais en France, en l'absence du Prince, qui donc peut officier comme véritable capitaine ? Hazard ? Non, ce n'est pas son genre, même s'il porte le brassard. DeBruyne ? Non, il n'a pas les épaules assez larges pour cela, il l'a lui-même reconnu pendant le stage à Genk. Le duo Vermaelen-Vertonghen, soutenu par Courtois, alors ? " Si cela foire, c'est pour ma pomme. " Dans le camp belge, on a l'impression que Wilmots jette alors lui-même l'éponge, touché par les critiques des dernières semaines. Si c'est le cas, le sélectionneur fédéral mélange alors deux choses : son bilan sur quatre ans et son bilan dans ce tournoi. Son bilan sur quatre ans est fabuleux : plus de 80 % des points, un quart de finale à la Coupe du Monde, un pays fier de ses footballeurs et une première place au classement mondial. Une équipe, de surcroît, dont les joueurs aiment se retrouver et qui sont très satisfaits des conditions dans lesquelles ils sont placés avant un match. Une équipe sans leaders, peut-être, mais aussi sans fouteurs de merde. La critique qui s'est abattue sur Wilmots après le match contre l'Italie (et aussi un peu à la mi-temps du match contre l'Irlande) ne concerne que ce tournoi. Et encore : un match et demi dans ce tournoi. Le passé ne compte pas, affirme Wilmots à propos de ses joueurs. Cela devrait aussi valoir pour lui. Lorsqu'on analyse un tournoi, le passé ne compte pas davantage. Et l'on s'aperçoit alors que Wilmots n'a toujours pas trouvé la clef qui permettrait à son équipe de déverrouiller le cadenas adverse. Même si l'adversaire s'appelle l'Irlande et que l'on a eu 70 % de possession de balle en première mi-temps. Les problèmes constatés il y a deux ans contre l'Algérie, où l'on avait aussi eu 69 % de possession de balle, ne sont toujours pas résolus. Wilmots a d'autres qualités, comme l'a constaté un international de longue date : " C'est un père pour les joueurs, c'est un rassembleur qui incite tout le monde à tirer à la même corde. Il n'a pas son pareil pour motiver tout un chacun. Il demande de montrer l'exemple et de représenter la nation le mieux possible. C'est toujours très agréable de se rendre à un rendez-vous de l'équipe nationale. Lorsqu'il y a autant de talent individuel dans une équipe, il est inévitable que cela se frictionne de temps en temps, mais Wilmots fait en sorte que chacun soit placé sur un pied d'égalité. Ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. " Faute d'automatismes (et de temps pour les affiner), Wilmots compte surtout sur des exploits individuels. " Ses plans sont assez simples, mais ils fonctionnent. Il ne faut pas trop se compliquer la vie. Wilmots demande surtout que l'on joue en bloc, simplement, et attend de joueurs comme Dries (Mertens), Kevin, Eden ou Romelu qu'ils fassent la différence. " Des joueurs qui, comme l'a encore souligné ThomasMeunier dimanche, " sont amoureux du ballon et ont parfois tendance à vouloir le garder trop longtemps. " Ces 'plans simples' sont parfois à l'origine du problème. Ce fut encore le cas contre l'Irlande : en première mi-temps, nous ne nous sommes quasiment pas créé d'occasions en première mi-temps malgré une domination écrasante en matière de possession de balle. Hazard (28 touches de balle) et De Bruyne (24) ne sont pas parvenus à trouver l'espace. Après le repos, la physionomie du match a changé. Et cela n'a rien à voir avec la grinta, comme l'a souligné Alderweireld : " Jouer en bloc a toujours constitué notre force. Mais maintenant, on nous en demande davantage : amener de la qualité dans nos actions. " Ou un plan. C'est ce que l'on attend de Wilmots. Comme celui qu'AntonioConte avait mis au point pour affronter la Belgique. Conte a pu construire sur des automatismes de club, c'est exact. Wilmots : " Pour cela, il ne faut pas être entraîneur. Les joueurs ont l'habitude de jouer ensemble. Ils se reposent sur les automatismes qui existent à la Juventus. Nous, nous devons tout construire, depuis la base. " Wilmots n'a pas tort. Et il s'y est attelé, en concertation avec les joueurs. En revenant, après beaucoup d'hésitations, à son plan initial qu'il avait dévoilé lorsqu'il avait communiqué sa sélection pour le Championnat d'Europe. C'est-à-dire, avec De Bruyne en numéro dix, d'où il pouvait rayonner. Et avec Hazard sur le flanc gauche, mais avec beaucoup de liberté. Déjà, avant le match contre l'Italie, il avait songé à positionner MousaDembélé au centre, afin d'avoir plus une plus grande maîtrise du ballon dans l'entrejeu, mais une blessure encourue pendant la préparation a réduit son projet à néant. Ce n'était que partie remise : le joueur de Tottenham a joué à ce poste contre l'Irlande. PAR PETER T'KINT À BORDEAUX - PHOTOS BELGAIMAGELes Diables n'ont peut-être pas de véritables leaders. Mais ils n'ont pas de fouteurs de merde non plus.