Olivier Doll: Nous avons perdu deux unités précieuses à Charleroi. La seule consolation, pour nous, c'est que compte tenu des défaites du Standard, devant La Louvière, et de Gand face au Lierse, nous avons fait une opération intéressante dans la lutte pour les tickets européens. Il faut toutefois bien se rendre à l'évidence: après avoir participé deux années de suite à la Ligue des Champions, une qualification en UEFA serait un pis-aller. Mais nous aurons fort à faire pour déloger le Racing Genk de la deuxième place. Quant au titre, nous pouvons en faire tout doucement notre deuil à présent.
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Olivier Doll: Nous avons perdu deux unités précieuses à Charleroi. La seule consolation, pour nous, c'est que compte tenu des défaites du Standard, devant La Louvière, et de Gand face au Lierse, nous avons fait une opération intéressante dans la lutte pour les tickets européens. Il faut toutefois bien se rendre à l'évidence: après avoir participé deux années de suite à la Ligue des Champions, une qualification en UEFA serait un pis-aller. Mais nous aurons fort à faire pour déloger le Racing Genk de la deuxième place. Quant au titre, nous pouvons en faire tout doucement notre deuil à présent. Au niveau des rapports humains, elle n'a pas eu de répercussions. Pourquoi aurait-elle dû en avoir par ailleurs, dans la mesure où nous formons un groupe uni, quoi que certains en disent ou en pensent. Par un concours de circonstances, Filip De Wilde et Glen De Boeck ont été cloués au pilori alors qu'ils voulaient avant tout, à l'image de leurs partenaires, susciter une réflexion collective sur le football déployé par l'équipe cette saison. Ils ont été pénalisés de manière complètement inattendue, mais nous étions tous solidaires d'eux concernant le fond."Remplacer Anthuenis? Une hérésie"Voilà. Si Glen avait fait un sondage parmi nous avant d'exprimer ses doléances au coach, il se serait aperçu que la plupart des joueurs voulaient du changement, mais sûrement pas la destitution du coach. En réalité, la situation que nous avons vécue après Anderlecht-Alost n'était pas loin de ressembler à celle qui avait suivi notre match de Ligue des Champions, au Parc Astrid, contre le Lokomotiv Moscou. A cette occasion, Aimé Anthuenis nous avait également posé la question de confiance, avec le résultat que l'on sait. A cette époque, déjà, nous nous étions émus de la qualité approximative du jeu. Mais si, une demi-année après ces faits, nous sommes toujours aux premières loges, c'est peut-être à l'entraîneur que nous en sommes redevables. Aussi, le remplacer à une dizaine de journées de la fin eût été une hérésie.Au même titre que 90% des joueurs, ici, j'ai eu des raisons, à l'un ou l'autre moment, d'en vouloir à l'entraîneur. A ses débuts, manifestement, je n'étais pas dans ses grâces. Mais après avoir prouvé que je pouvais être utile à l'équipe, je n'ai pas eu plus ardent défenseur que lui. Si j'ai autrefois prolongé mon contrat jusqu'en 2004, c'est à Aimé Anthuenis que je le dois et à personne d'autre. Et, pour bien connaître Bertrand Crasson, qui a eu maille à partir avec le coach aussi, il m'a souvent dit qu'il avait livré sous les ordres d'Aimé Anthuenis la meilleure saison de sa carrière, l'année dernière. Et il n'en était pas allé autrement avec Pär Zetterberg. Dès lors, ces considérations linguistiques ne tiennent vraiment pas la route.Comment peut-on avancer des sottises pareilles alors qu'il n'y a jamais que quatre éléments, en tout et pour tout, qui répondent à ce critère: Bertrand Crasson, Manu Pirard, Walter Baseggio et moi-même. A y regarder de plus près, nous constituons même une minorité dans le vestiaire, en ce sens que les Africains, les Yougoslaves et les joueurs d'expression néerlandophone sont nettement plus nombreux que nous. Qu'on puisse parler de complot, ou même d'une dictature francophone, comme quelques-uns s'y sont plu, dépasse tout simplement mon entendement."Toutes ces histoires de clivages me font bondir"C'est du pareil au même, justement. A Seraing, nous constituions un ensemble on ne peut plus sain également. Bien sûr, comme partout ailleurs, il y avait des affinités plus ou moins prononcées entre tel ou tel joueur. Personnellement, j'étais bon pote avec Axel Lawarée, comme je le suis avec Bertrand Crasson à présent. Mais n'est-ce pas normal, après tout, entre des gars du même âge et de même culture? Je n'ignorais nullement les autres, pour autant, et j'avais même des atomes crochus avec Benny Debusschere tout comme avec d'autres joueurs anderlechtois aujourd'hui. Honnêtement, toutes ces histoires de clivages me font bondir. Il est d'ailleurs flagrant de constater qu'elles ne surgissent jamais que lorsque la situation sportive laisse à désirer. Nous ne sommes pas les seuls à le vérifier: à Lokeren, il a suffi que l'équipe perde pied pour qu'on évoque la trop forte proportion de footballeurs africains en Première. Pour des raisons similaires, les étrangers ont été plus d'une fois montrés du doigt, aussi, à l'Antwerp et à La Gantoise par le passé. C'est navrant. Sur le terrain, tout le monde tend vers un seul et même but: gagner.C'est un bon exemple. Chacun sait que nos duels n'étaient pas piqués des vers quand il évoluait à Mouscron. Pourtant, aujourd'hui, nous nous entendons très bien. Auparavant, j'avais déjà vécu une histoire tout aussi formidable avec un autre Yougoslave, Aleksandar Ilic. Dans la vie de tous les jours, on ne peut pas dire que lui et moi cherchons le contact ou que nous avons de grandes discussions philosophiques. Mais je ne pense pas qu'après un certain Anderlecht-Lazio, la saison passée, on aurait pu trouver dans les rangs du Sporting deux joueurs plus heureux que nous. Sitôt le coup de sifflet final, je me souviens que nous étions tombés dans les bras l'un de l'autre. Pourquoi? Tout simplement parce que c'était notre premier match ensemble au centre de la défense. Et que chacun nous attendait au tournant devant une opposition aussi relevée que celle formée de Marcello Salas et Hernan Crespo. Ce soir-là, nous étions tous les deux fous de joie. Dans ces conditions, cela fait mal d'entendre que l'ambiance n'est pas au beau fixe au Parc Astrid ou qu'il y a des querelles linguistiques. Ce sont des balivernes. Nous sommes tous solidaires. Et peut-être même plus qu'avant, compte tenu des événements qui se sont produits."On n'a plus la même mainmise sur une rencontre"On dit souvent qu'à quelque chose malheur est bon. Je pense que ce qui s'est passé, en dépit de ses développements fâcheux pour Filip De Wilde et Glen De Boeck, n'en aura pas moins eu un effet bénéfique au plan sportif. D'un côté, le coach a sans doute mesuré, suite aux récriminations des joueurs, que le temps était venu de procéder à certains aménagements concernant sa ligne de conduite. Ce n'est pas par hasard, d'après moi, s'il a opté pour une défense à plat et trois éléments à inclination résolument offensive, à l'avant, lors de notre première sortie après les événements, à Gand. D'autre part, au sein du groupe des joueurs, chacun avait manifestement à coeur de se sublimer, histoire de ne pas être pris en défaut. Depuis ce jour-là, on sent dans le groupe une grosse envie de se retrousser les manches et de se défoncer l'un pour l'autre. Collectivement, je suis d'avis que nous avons réalisé nos meilleures performances à Gand d'abord et, plus encore, à Genk. Charleroi aura été l'exception qui confirme la règle, malheureusement.Chaque match a sa vérité. Surtout cette saison où, par rapport à l'année passée, l'équipe n'a plus la même mainmise sur le cours de la rencontre. Car c'est là, selon moi, la différence essentielle comparativement à la campagne 2000-2001: on ne parvient plus à dicter notre loi à l'adversaire du jour, qu'il s'appelle Genk, le GBA ou le Lierse. Même Alost nous avait fait courir lors de sa visite chez nous, c'est tout dire. Dès lors, je comprends que l'entraîneur s'adapte, au gré des circonstances, aussi incroyable qu'il n'y paraisse lorsqu'on s'appelle Anderlecht. A La Gantoise, qui n'évoluait qu'avec un seul attaquant de pointe, Alexandre Kaklamanos, un quatuor suffisait à l'arrière. Au RC Genk, en revanche, qui opère avec un duo devant, il n'était pas anormal du tout d'opter pour deux stoppeurs et un couvreur."Avec Dockx aussi, on jouait en 5-3-2"Je ne suis pas de cet avis. Jouer à quatre ou à cinq en défense, c'est théorique. L'essentiel, c'est l'animation du système. Et force est de reconnaître qu'à Genk, au départ d'un 5-3-2, Anderlecht s'est montré beaucoup plus incisif qu'à Gand, où le 4-4-2 et même le 4-3-3 auront, par moments, été en vigueur. Aimé Anthuenis en prend souvent pour son grade, en raison de sa tendance à assurer ses arrières. Mais c'est oublier qu'avant son arrivée, Jean Dockx ne procédait pas autrement. Les succès majeurs que nous avons remportés avec lui -des victoires par 0-6 au Standard et 2-5 à Genk- furent effectivement obtenus avec Patrick Van Diemen et Bart Goor sur les flancs, appuyant tantôt le trio Bertrand Crasson-Lorenzo Staelens- Glen De Boeck derrière, tantôt la ligne médiane formée d'Enzo Scifo, Pär Zetterberg et Walter Baseggio. Devant, Oleg Iachtchouk et Tomasz Radzinski complétaient alors le 11 de base. Chacun s'accordait à dire que les Sportingmen distillaient un véritable football-régal à cette époque. Et pourtant, la conception de jeu n'était guère différente d'aujourd'hui.Honnêtement, je ne le crois pas. En matière de qualités individuelles, Anderlecht a toujours le meilleur effectif du pays. Ce qui nous manque, c'est tout simplement la stabilité. L'année passée, les réservistes devaient remuer ciel et terre pour se faire une petite place au soleil, tant l'équipe-type était immuable. Cette saison, je n'ai pas l'impression qu'on ait joué une seule fois deux matches de rang avec les mêmes joueurs au départ. Ou bien, si c'était le cas, l'un ou l'autre d'entre eux avait changé de rôle. Depuis le mois d'août, le roulement a été continuel. A tel point, même, que des joueurs qui ne seraient sans doute jamais entrés en ligne de compte, en 2000-2001, ont eu l'occasion de s'exprimer ce coup-ci. Je songe à des garçons comme Junior, Olivier Deschacht ou Sherjill Mac Donald par exemple. Dans ces circonstances, c'est quand même un exploit d'être toujours mêlé à la lutte pour les premières places à présent. Bruno Goversdia1"Comment peut-on parler d'un complot francophone?""C'est un exploit d'être toujours dans le coup avec les joueurs qu'on a!"