Emma Meesseman a le talent pur, Kim Mestdagh le travail et Ann Wauters l'expérience. Marjorie Carpréaux doit mélanger tout ça. Avec une grosse touche de fantaisie en plus. " Mon statut n'est pas toujours facile à gérer. Sous ma carapace, je suis quelqu'un de très sensible ", glisse la Boraine.
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Emma Meesseman a le talent pur, Kim Mestdagh le travail et Ann Wauters l'expérience. Marjorie Carpréaux doit mélanger tout ça. Avec une grosse touche de fantaisie en plus. " Mon statut n'est pas toujours facile à gérer. Sous ma carapace, je suis quelqu'un de très sensible ", glisse la Boraine. " D'un autre côté, si des gens me détestent, c'est que je réveille des choses en eux, donc c'est une forme d'amour et c'est très bien comme ça. " Sa force, la meneuse de 31 ans la tire de sa compagne Elena et de sa famille d'accueil, qui l'a recueillie quand elle avait deux ans. Depuis lors, près de trois décennies ont passé. De quoi évoquer les grands moments de cette septuple championne de Belgique. Il paraît que vous êtes meilleure au foot qu'au basket...Marjorie Carpréaux : (rires) Je pense. Je suis très technique au basket dans mes dribbles et dans ma vista, mais j'ai un moins bon shoot. Au foot, par contre, je pense que je serais un buteur. Mais voilà, j'ai choisi le basket parce que c'était un sport plus féminin où on pouvait peut-être mieux gagner sa vie. Quand est-ce que vous avez compris que vous étiez un grand espoir du basket belge ? Carpréaux : Quand je jouais en jeunes, je ne me croyais pas plus forte que quiconque, mais je n'étais pas aveugle : j'étais au-dessus du lot. Heureusement, j'ai eu la chance d'avoir un papa qui ne me disait jamais que j'étais la meilleure, ça m'a aidée à me surpasser. Je ne dis pas qu'il ne me félicitait jamais, mais la première fois qu'il me l'a dit, c'était après la finale de l'Eurocoupe avec Braine contre Villeneuve-d'Ascq il y a quatre ans. Après vos débuts au Mosa Jambes, où vous devenez première meneuse à 17 ans, vous poursuivez au Dexia Namur puis en Italie, à Ribera, où vous allez vivre une expérience digne d'un film. À l'époque, vous dites même que vous avez tout simplement dû fuir...Carpréaux : Je me souviens d'un match contre Venise qui a été remis parce qu'il y avait de la pluie sur le terrain ! Les gens ne me croient pas, mais je peux vous dire que la Sicile, c'est comme la Turquie : quand tu perds, tu te fais zigouiller. Et puis le contexte était mafieux : à partir d'un moment, des gens ont commencé à rôder autour de mon appartement, j'ai dû aller vivre chez une coéquipière américaine. Finalement, mon agent m'a obligée à prendre le premier vol pour la Belgique. J'ai pu partir parce que j'avais ma carte d'identité européenne, mais les Américaines ont dû rester. C'était une très mauvaise expérience humaine, mais au niveau basket, c'était wow ! La suite, c'est la France à Mondeville, Villeneuve-d'Ascq et Bourges... Carpréaux : J'ai vécu une saison complète à Villeneuve d'Ascq tant au niveau personnel que collectif. C'est là que j'ai atteint le premier top de ma carrière, le deuxième étant à Bourges, où j'étais sous les ordres de la future sélectionneuse de l'Équipe de France ( ValérieGarnier, ndlr) avec plusieurs joueuses qui avaient fait les JO. Mais c'était clair dès le départ que je n'étais que le joker médical de Céline Dumerc ( plus de 260 sélections avec la France, ndlr).Vous n'avez pas espéré rester à ce niveau-là ? Carpréaux : Si, c'est normal quand on se sent si bien et que le cadre est à ce point professionnel. Mais à ce moment-là, je n'étais pas encore prête - et peut-être toujours pas - et je n'avais pas la carrure d'une Céline Dumerc. En 2013, à votre arrivée aux Castors Braine, vous êtes rapidement adoptée par le public grâce notamment à votre capacité à l'enflammer. C'est aussi ça votre vision du basket : un jeu qui fait frémir les gens ? Carpréaux : Oui, je suis comme ça dans la vie aussi : il ne faut pas simplement respirer, il faut aussi vibrer. Et c'est vrai que j'ai cette facilité de passe comme Kim Mestdagh a une facilité au lancer à trois points. C'est instinctif, donc peu de coachs l'acceptent. Mais je pense que c'est productif de faire lever un stade : les gens ne viennent pas pour rien. Le sport, c'est aussi un partage, une énergie et ça me procure beaucoup de plaisir. Pourquoi j'arrêterais maintenant alors que les Belgian Cats deviennent presque l'équivalent des Diables Rouges en foot ? Quel est le projet fixé avec les dirigeants en arrivant à Braine ? Carpréaux : Déjà, quand tu as un Thibaut Petit comme coach, tu sais qu'il va travailler en profondeur et qu'il va y mettre du coeur. Et quand on me met une Céleste Trahan-Davis et une Kim Mestdagh sur mes ailes, je sens qu'on va faire quelque chose. Les résultats ont suivi : on fait directement le doublé coupe-championnat, Thibaut Petit est élu coach de l'année, moi meilleure joueuse et Céleste Trahan-Davis étrangère de l'année. Ça a été plus compliqué la saison suivante avec le coach letton Ainars Zvirgzdins, mais on a atteint la finale de l'Eurocoupe contre Villeneuve-d'Ascq. Jouer devant 7000 personnes au Spiroudôme est un de mes plus beaux souvenirs. Ce jour-là, après avoir marqué le premier panier, il m'a fallu trois minutes pour me remettre tellement la salle était bouillante. Vous aviez aussi bien préfacé ce parcours en Eurocoupe avec ce fameux pari de la Grand-Place...Carpréaux : (rires). On ne faisait que gagner, donc j'ai lancé le pari de courir à poil sur la Grand-Place de Bruxelles si on remportait la finale. Évidemment, les gens ont cru que j'allais courir nue, mais moi j'avais déjà le déguisement de peluche en tête. En fait, quoi que je dise, c'est déformé. Mais dans ce cas-ci, vous saviez quand même qu'il y avait un côté provoc'...Carpréaux : Il y a toujours un côté provoc' ! Quand vous voyez Zlatan Ibrahimovic ou Neymar... Je ne me compare pas à eux, mais je ne suis pas non plus comme tout le monde et je n'ai vraiment pas envie de me fondre dans le moule. Vous êtes très loin du discours policé et langue de bois de la plupart des sportifs, est-ce que vous pensez que ça vous a desservi dans votre carrière, notamment auprès des journalistes ? Carpréaux : Si j'en suis là à l'heure actuelle, ce n'est sûrement pas grâce aux journalistes ou à certains dirigeants de Braine. Si je bronche, on dira directement que c'est moi qui ai créé les problèmes. J'ai beaucoup d'éducation, beaucoup de valeurs, mais je sais ce qui est juste pour moi : si me fais frapper dans la rue et que je peux rétorquer, je rétorque. Je ne suis pas une victime, ce n'est pas pour ça que je suis violente, méchante ou un démon. Maintenant, j'ai aussi compris que quand je me fais insulter, je dois répondre sportivement. Donc quand une journaliste écrit l'année passée que je suis ingérable sur le terrain, il faut quand même reconnaître après que le Royal Castors Braine n'a pas fait de bons résultats cette saison en Euro Ligue. Comment vous sentez-vous après vos deux périodes à Braine : 2013-16 et 2017-18 ? Carpréaux : Je n'ai rien à me reprocher par rapport à Braine. Maintenant, je peux dire la vérité sur certaines personnes et elle peut être écrite en grand : certaines personnes ont tout fait pour me mettre à la porte. Pour moi, le club m'a manqué de respect et m'a utilisée, alors qu'il voulait simplement que Julie Allemand explose et ce n'était pas possible en ma présence, parce que j'étais l'enfant du pays. Encore maintenant, quand je joue contre Braine, j'ai l'impression d'être à domicile, le public m'adore. Mais comment expliquer qu'on m'envoie à Waregem en 2016 parce que je suis soi-disant ingérable dans le vestiaire si c'est pour me reprendre un an plus tard avec un contrat de trois ans à la clé ? Je serais devenue "regérable" en quelques mois ? Pourquoi sont-ils venus vous rechercher, du coup ? Carpréaux : Parce que je pense qu'à l'époque, Allemand était trop jeune et avait besoin d'être tirée par moi. Je trouvais qu'elle jouait mieux avec moi, tout simplement parce qu'on a aussi eu une discussion entre adultes et qu'elle m'a dit les choses. Et puis, je pense qu'une partie du club regrettait qu'on m'ait mise dehors, certains n'achetaient plus l'abonnement. C'est donc aussi du business. Comment les dirigeants ont-ils justifié la fin définitive de votre collaboration au printemps 2018 ? Carpréaux : On ne me dit rien. Avant un match contre Namur, Julie Vanloo ( alors à Lyon ASVEL, ndlr) me dit par message qu'on l'a contactée pour venir à Braine l'année suivante parce que je ne serai plus là. Je n'en reviens pas, moi qui avais refusé une offre de Villeneuve-d'Ascq par respect pour mon engagement avec Braine. Finalement je joue, on gagne, je marque 21 points, je fais un match de dingue. Puis je vais voir mon agent dans les tribunes. C'est lui qui m'annonce que le club ne me veut plus. Je suis abattue, c'est la deuxième fois qu'on me fait le coup. Sans explication, je ne peux pas avancer ou travailler sur ce que j'ai moins bien fait. Ou alors je ne suis tout simplement pas une personne pour jouer à Braine, ce dont je doute fortement. Pendant longtemps, je considérais le fait de quitter les Castors comme une rupture amoureuse. Braine a été super important pour moi, mais là j'ai tourné la page. Vous pensez que les événements qui ont suivi le match contre Villeneuve-d'Ascq l'an dernier (Marjorie a eu une vive discussion avec la manager et aurait shooté dans une bouteille, ndlr) ont été utilisés pour contribuer à justifier votre départ forcé ? Carpréaux : Si moi je suis écartée pendant une semaine, alors pourquoi d'autres qui font pire et manquent de respect au groupe ne sont pas écartées pendant un mois ? J'étais dans le viseur de la manager, un rien aurait suffi à me faire mettre dehors. Vous pouvez m'expliquer pourquoi je n'ai des soucis qu'à Braine après pourtant trois années magnifiques ? Vous êtes désormais joueuse des Kangoeroes avec l'objectif de bien figurer pendant les play-offs...Carpréaux : Je suis très reconnaissante envers les Kangoeroes d'avoir racheté intégralement mon contrat. Mais à 31 ans, je vois mon avenir à l'étranger. J'ai envie d'aller chercher les années qui me restent, je me sens comme à 25 ans et j'ai touché ma maturité sportive, donc pourquoi pas vivre encore 5-6 saisons à l'étranger avec de plus gros contrats. Vous préparez aussi votre après-carrière et vous rêvez de travailler avec l'équipe nationale de hockey...Carpréaux : J'ai envie de continuer dans le sport collectif. Je suis actuellement une formation de personal trainer et je collabore avec Pierre-Yves Kaiser, le préparateur de l'équipe nationale, qui me donne confiance en moi et est devenu un ami. Je lui ai dit que j'aimerais lui prendre son job (rires). Qu'est-ce vous pensez pouvoir apporter en tant que personal trainer ? Carpréaux : Une intelligence de vie. Malgré ce qu'on peut dire de moi, je suis quelqu'un qui a un bon fond et un bon coeur. Je n'ai pas toujours été aidée dans ma vie à part par ma famille et ma compagne, pourtant j'ai fait gagner des matchs comme j'en ai fait perdre : j'ai réalisé des choses. Je veux pousser des sportifs à aller au bout de leurs rêves et de leurs limites malgré les bâtons qu'on pourra mettre dans leurs roues.