Harcelé de coups de téléphone de diverses télévisions à la recherche d'explications, jeudi. Chris Goossens commence : " On parle depuis longtemps du lien entre le sport et les hormones, sans avoir cité de noms jusqu'à présent. Je ne suis pas étonné que le bruit qui courait finisse par émerger : on vend toutes sortes de choses sur le marché libre et une partie des hormones n'est pas perdue pour tout le monde ".
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Harcelé de coups de téléphone de diverses télévisions à la recherche d'explications, jeudi. Chris Goossens commence : " On parle depuis longtemps du lien entre le sport et les hormones, sans avoir cité de noms jusqu'à présent. Je ne suis pas étonné que le bruit qui courait finisse par émerger : on vend toutes sortes de choses sur le marché libre et une partie des hormones n'est pas perdue pour tout le monde ". Dans d'autres affaires, comme le cas Festina, des médecins généralistes ou sportifs étaient concernés. Cette fois, c'est un vétérinaire. Goossens : " C'est logique. Les médecins sont contrôlés très sévèrement, au point que je doute qu'un médecin se risque encore à ces pratiques en Belgique ". Les vétérinaires subissent également des contrôles, on passe leurs ordonnances en revue aussi. Ils ne peuvent quand même pas commander et livrer des hormones aussi facilement. Goossens : " Tant qu'on reste dans des quantités normales, ce n'est pas une source de problèmes. Il existe aussi un marché noir. Je préfère laisser le parquet faire son travail tranquillement. Les produits trouvés doivent encore être analysés mais s'ils contiennent des hormones, ils peuvent avoir été acquis par ce circuit, sur lequel les pouvoirs publics n'ont pas le moindre contrôle. L'année dernière, Luc Alloo, l'animateur flamand, m'a demandé : - Je veux me doper. Quels produits dois-je prendre ? Je lui ai fourni une liste, en me demandant s'il les obtiendrait, compte tenu de sa célébrité. Et bien, il lui a fallu exactement une demi-heure "... La frontière entre hormones humaines et animales est-elle si ténue ? Goossens : " Oui. L'homme est un animal. La structure de base est très similaire. On sait depuis le début des années 80 qu'on emploie des hormones animales en bodybuilding. Il faut être fou pour s'injecter ça. Mais ici, d'après ce que j'entends, il s'agit d'hormones humaines. Le terme est vague. L'enquête devra déterminer ce qu'on entend exactement par hormones humaines. Il est tout aussi possible qu'on ne trouve rien ou rien de sérieux. La plus simple pharmacie familiale contient des substances qu'un cycliste ne peut prendre. Je préfère rester très prudent ". Pourtant, le médecin vétérinaire Landuyt admet avoir vendu des hormones à des cyclistes. Goossens : " La presse me l'a appris. Il s'agit donc de produits interdits car toutes les hormones le sont, à part la pilule contraceptive pour les femmes ". On est plus tolérant outre-Atlantique. Les hormones de croissance sont acceptées en médecine vétérinaire. Goossens : " Comme les anabolisants, à ma connaissance, y compris pour les humains. Si cette culture s'étend en Amérique, elle nous atteindra aussi. D'après des études qu'on peut trouver sur internet, on est confronté à un phénomène culturel. Des écoliers américains admettent sans sourciller employer des anabolisants. Et je parle d'écoliers... Si la mode impose d'avoir un beau corps très musclé, sachant que les enfants passent leur journée à chatter et à jouer avec leur musique d'ordinateur... Trouver des sites proposant des produits encore interdits n'est pas difficile, pas plus que de les acheter, même si je pense que la douane contrôle tout ce qui transite par DHL, UPS et Dieu sait quel autre courrier. Commander via internet est facile mais très dangereux. Il est plus sûr de passer par les canaux de la rue. Là, c'est la loi de l'omerta, car tant l'acheteur que le vendeur commettent un acte illégal ".. Hormis un Espagnol inconnu au Tour et un Portugais, qui a lui-même avoué avoir été suspendu par l'UCI, cette année a été calme sur le front du dopage. Tout le monde était négatif. Ces contrôles ne sont-ils donc qu'une gigantesque farce ? Goossens : " Je peux vous citer d'emblée cinq produits qui ne sont pas détectables. Les hormones de croissance, l'IGF 1 (qui stimule la production d'hormones de croissance), l'EPO (qui n'est décelable que pendant trois jours), les substituts sanguins (qui datent de la guerre du Golfe) et le dopage génétique. On connaît le génome humain et peut donc franchir une étape dans la manipulation de l'ADN, afin de permettre au corps de réaliser des choses dont il n'est pas capable normalement. Le dopage génétique permet de favoriser le développement musculaire, la récupération... Les universités testent tous ces produits sur des gens. Il suffit d'une personne malhonnête... Je connais un produit dont je tairai le nom. Il suffit de l'injecter pour obtenir le même effet qu'un mois d'entraînement... Sans avoir rien fait. En Amérique, on travaille là-dessus depuis trois ou quatre ans "... Le milieu équestre, la colombophilie et, une fois de plus, le cyclisme, qui s'est estimé versé dans le rôle de la victime, dans une première réaction classique... Goossens : " Il pense être une victime facile. Je crois que c'est lié à une culture. Chacun pense que pour bien rouler, on a besoin de quelque chose. Qu'il soit junior, débutant ou aspirant. J'entends des parents de gamins de 13 ans dire : Docteur, il court. Ne doit-il pas prendre des vitamines ? Je leurs réponds : Faites-lui bien à manger ! En amateurs, lors du premier trimestre, il y a eu 15 % de cas positifs. Sans parler des substances indécelables. Et pourquoi un adepte du bodybuilding prend-il des produits aussi onéreux ? Pour une coupe en plastique ? S'agit-il d'orgueil, de compétitivité, de volonté de gagner, même si ça ne rapporte rien ? J'ai été médecin de la Fédération de cyclisme pendant dix ans. J'ai vu toutes les statistiques... En 1968, soit il y a 35 ans, on a lancé les contrôles antidopage. Plus de 25 % des coureurs étaient positifs, pour moins d'un % en 1992. Les contrôles ont un sens. Les cas positifs sont moins nombreux quand des sanctions y sont liées ". Les hormones de croissance et tous ces produits en cours d'élaboration ne sont-ils pas plus dangereux encore ? Goossens : " Si, certainement. Les produits des années 70 étaient surtout des stimulants, pris occasionnellement. Ils n'étaient pas plus dangereux que, disons, cinq tasses de café par jour. Mais dès qu'on franchit un cap et qu'une série de coureurs n'ont plus pu s'entraîner ni courir sans stimulant, on a affaire à une assuétude. Qui parle encore du Hollandais Johan Van der Velde, qui, durant le Giro, s'est retrouvé sur le perron de la gare de Milan, complètement perdu ? Quand le risque d'être pris aux amphétamines a cru, on s'est tourné vers les hormones. C'était le début de la culture de la cortisone et des hormones. Des sportifs ont dû arrêter, leurs surrénales ne fonctionnant plus comme elles le devaient. Quand on a détecté ces substances, ils se sont tournés vers d'autres. L'EPO existe depuis dix ans, sans que quiconque cherche comment le détecter. Actuellement, on n'en trouve trace dans l'urine que pendant trois à cinq jours. C'est différent avec les tests sanguins mais ceux-ci ne sont pas possibles en Communauté flamande, le décret n'ayant toujours pas été modifié "... Les cyclistes sont les athlètes les plus contrôlés. Ils subissent un examen sanguin quatre fois par an et les contrôles sont nombreux au terme des courses. Goossens : " Cette procédure a un sens dans la mesure où on obtient une bonne vision du taux sanguin à terme. On emploie cette méthode depuis 1998. Des coureurs sont donc présents dans l'ordinateur de l'UCI avec 24 prises de sang. De brusques changements du taux d'hématocrite sautent aux yeux et les suspects peuvent être soumis à davantage de contrôles. N'oubliez pas que ceux-ci ne sont pas annoncés, même pas pendant les entraînements ". Reste à trouver les coureurs : ils sont nombreux à effectuer des stages hivernaux en Afrique du Sud ou en Australie. Goossens : " Si je suis malin et que je suis susceptible d'être contrôlé, je me rends là où on ne me trouvera pas. En mobilhome dans les montagnes, sans gsm, inaccessible. C'est aussi simple que ça. Il est toujours possible de contourner les contrôles ".