Grégory Dufer a terminé la saison comme il l'avait commencée: en marquant un but synonyme de victoire pour Charleroi. Il avait scoré à Beveren en août 2000 lors de la première journée, et il offrit de nouveau les trois points au Sporting à Westerlo, tout récemment. Entre ces deux temps forts, il a poursuivi sa tranquille progression. Il disputa la majorité des matches du premier tour sur le flanc gauche, vu que Dimitri de Condé avait trouvé ses marques de l'autre côté du terrain. Il passa ensuite la deuxième moitié du championnat à droite, et c'est là qu'il a littéralement explosé.
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Grégory Dufer a terminé la saison comme il l'avait commencée: en marquant un but synonyme de victoire pour Charleroi. Il avait scoré à Beveren en août 2000 lors de la première journée, et il offrit de nouveau les trois points au Sporting à Westerlo, tout récemment. Entre ces deux temps forts, il a poursuivi sa tranquille progression. Il disputa la majorité des matches du premier tour sur le flanc gauche, vu que Dimitri de Condé avait trouvé ses marques de l'autre côté du terrain. Il passa ensuite la deuxième moitié du championnat à droite, et c'est là qu'il a littéralement explosé. Ce gamin de 19 ans est devenu le meilleur capital du Sporting. Raymond Mommens l'avait lancé en équipe Première en janvier 2000. Dufer est aujourd'hui incontournable chez les Espoirs de Jean-François de Sart et plusieurs clubs belges auraient voulu le transférer: il y eut de l'intérêt de la part du Standard, de La Gantoise et de Mouscron. Mais il prolongera son séjour à Charleroi, puisqu'il vient de signer un nouveau contrat jusqu'en 2006. Après le départ à la retraite de Dante Brogno, les supporters n'auraient pas accepté la fuite de celui qui passe pour le dernier symbole du club: Dufer est Zèbre depuis 1990. Des entraîneurs qui l'ont côtoyé, qui le côtoient aujourd'hui, et d'autres qui auraient aimé l'attirer dans leur équipe commentent la progression de ce joueur et les perspectives qui s'offrent à lui."Un futur grand numéro 10" (Raymond Mommens)L'ancien médian et entraîneur de Charleroi n'est pas peu fier. "Je n'hésite pas à dire que, sans moi, on ne parlerait pas autant de Grégory Dufer aujourd'hui", lance-t-il. "Quand j'étais directeur technique du Sporting, j'avais remarqué qu'il avait un talent fou. Chez les jeunes, il survolait carrément les matches. Sa technique et sa vitesse faisaient des ravages. J'avais conseillé à Luka Peruzovic de l'emmener au stage d'avant-saison, il y a deux ans. Luka n'y croyait pas, il disait que c'était trop tôt et il estimait qu'il était paré avec Sandro Souza et Dimitri de Condé. Mais il l'avait quand même repris. Au retour du stage, il avait remis Dufer dans le noyau B. Je trouvais ça vraiment malheureux. A vrai dire, très peu de gens croyaient en lui, au Sporting. Lorsque je suis devenu entraîneur de l'équipe Première, ma première décision a été d'y intégrer Grégory. Si lui ne perçait pas, je ne voyais vraiment pas quel jeune avait des chances de s'imposer. Aujourd'hui, je trouve que Dufer tarde un peu à passer au palier supérieur. Il a réussi quelques très bons matches cette saison, mais il a tendance à stagner. Il doit apprendre à montrer les dents, à se faire respecter. Il est trop timide. Mais il tirera les leçons de cette timidité parce que c'est un gars très positif et curieux d'apprendre. Je vois en lui un très grand numéro 10 en devenir. Dans l'axe, il pourrait mieux utiliser ses atouts, faire mal à l'adversaire sur une action individuelle. A droite, il est un peu coincé. Mais il doit rester quelque temps à ce poste pour progresser. Il est encore trop tôt pour en faire le chef d'orchestre d'une équipe comme Charleroi"."Il me fait penser à Toni" (Dante Brogno)Dante Brogno connaît bien le poste de médian droit occupé par Dufer: c'est dans le même rôle qu'il a réussi quelques saisons fantastiques au Mambourg. "J'ai entamé ma carrière sur le flanc gauche, je suis ensuite devenu attaquant, puis je me suis imposé à droite avec le Sporting et j'ai terminé devant", se souvient-il. "Grégory réunit toutes les qualités pour faire une grande carrière sur le flanc droit. Il a signé une très bonne saison. Avec des hauts et des bas, mais c'est normal. Chaque joueur connaît de temps en temps un passage à vide, et c'est encore plus compréhensible à 19 ans. Il est arrivé que Grégory soit victime de sa jeunesse et de sa fougue. Il veut toujours se donner à fond, et il le paye à certains moments. Sa petite taille est à la fois un avantage et un handicap. Elle lui permet de démarrer très vite. Par contre, elle l'empêche d'être dangereux sur les balles hautes. Sur dix duels aériens, il risque fort de ne pas en remporter un seul! Mais ce n'est pas ce qu'on lui demande en priorité. Grégory n'a aucune chance face à Daniel Van Buyten sur un centre en hauteur, mais il le grillera les doigts dans le nez au démarrage. Son gabarit me fait penser à celui de Toni, mais Grégory n'a pas les mêmes facultés que mon frère quand il se retrouve devant le but. Il nous a toutefois sauvés plus d'une fois cette saison. Son but magnifique à Westerlo a rappelé que pour un pur droitier, il avait aussi une fameuse pêche du pied gauche. Il a franchi un nouveau palier en passant sur le flanc droit. Il y a appris à éliminer encore plus facilement un adversaire par un crochet court. C'est un gars intelligent: il sait exploiter ses points forts et camoufler ses faiblesses. Son nouveau contrat, c'est le meilleur transfert de l'été pour Charleroi. Le fait qu'il ait resigné veut surtout dire qu'il se plaît chez nous, et c'est le plus important. S'il est bien dans sa peau au Sporting, il aura encore envie de progresser avec ce club. Evidemment, son nouveau contrat de cinq ans ne veut pas dire grand-chose, mais nous allons en profiter pendant qu'il est là et bien là! Le public le considère comme un point de repère, comme le dernier joueur qui incarne la mentalité carolo"."Il doit acquérir l'instinct du buteur" (Jean-François de Sart)Le coach des Espoirs connaît Dufer depuis longtemps. "Quand je suis rentré à la fédération, je me suis occupé de l'équipe nationale des Cadets", dit-il. "Grégory en faisait partie. Déjà à l'époque, j'étais impressionné par son niveau technique et sa vision du jeu. Il avait toutefois un gros problème: son manque de puissance. A cause de cela, il était souvent dix-septième ou dix-huitième homme. J'ai été tout heureux de le voir arriver en équipe Première de Charleroi car cela me donnait l'occasion d'en faire un de mes Espoirs. Il ne m'a jamais déçu depuis lors. Il a trouvé sa meilleure place avec le Sporting: sur le flanc droit, il peut faire jouer ses qualités offensives, son démarrage, son endurance et sa bonne frappe. Il réunit beaucoup de qualités pour réussir une grande carrière. Il doit cependant penser à travailler ses points faibles: son repositionnement en perte de balle et ses insuffisances devant le but. Grégory n'est pas encore un finisseur. Quand nous sommes allés jouer en Ecosse, il y a quelques mois, il a sorti un grand match et a été crédité d'un 7/10. Mais il avait eu trois ou quatre occasions franches qu'il n'avait pas su mettre au fond. S'il avait marqué un ou deux goals, il aurait reçu un 9/10. Il franchira encore un palier s'il accepte de travailler ses tirs au but et ses reprises. Il doit acquérir un instinct de buteur et il sera alors capable de marquer dix ou quinze fois par saison. C'est précieux pour n'importe quelle équipe d'avoir un médian aussi efficace. Selon moi, il a pris une bonne décision en resignant à Charleroi. Il est probable qu'il n'y restera pas jusqu'en 2006, mais s'il peut encore progresser tranquillement pendant une ou deux saisons dans ce club, il sera encore beaucoup plus fort. Il est de plus en plus rare que des footballeurs privilégient le seul aspect sportif. Grégory a su le faire, probablement parce qu' Enzo Scifo lui a fait comprendre qu'il serait titulaire tout au long de la saison prochaine. Tous les jeunes devraient réfléchir à des exemples comme celui de Laurent Delorge, qui était occupé à faire son trou à Gand mais s'est complètement brûlé à Coventry. Un joueur de 20 ou 21 ans n'est pas encore complètement développé. Le mieux, pour lui, est de jouer chaque semaine dans une équipe de milieu de classement. Il pourra encore viser plus haut quand il aura atteint toute sa maturité sportive". "Maradona n'était pas grand non plus!" (Hugo Broos)L'entraîneur de Mouscron imaginait parfaitement Grégory Dufer dans son équipe de base. "Nous nous intéressons à lui depuis pas mal de temps", avoue Broos. "Malgré son jeune âge, il a déjà réussi un bon petit parcours. C'est normal car il a énormément de talent. Je le vois tôt ou tard en équipe nationale. Il est très rapide et élimine facilement un homme. C'est le prototype du joueur qui peut être dangereux en permanence en surgissant de la deuxième ligne. Il aurait bien fonctionné dans mon système. Je l'aurais aligné sur le flanc droit en lui confiant quand même des responsabilités un peu différentes de celles qu'il a au Sporting. Les médians latéraux de Mouscron sont davantage sollicités que ceux de Charleroi. Grégory Dufer peut évoluer à d'autres postes, à l'avenir. S'il prend du muscle et de la puissance, il peut être dangereux en attaque. Dans cinq ou six ans peut-être. Avec plus de maturité, il peut aussi faire l'affaire dans un rôle en retrait des avants. Il a les qualités pour évoluer à cette place. Sa petite taille n'est pas vraiment un handicap, selon moi. Alain Giresse n'était pas plus grand que Dufer mais il a quand même fait une carrière superbe. Et Diego Maradona n'était pas grand non plus... Nous l'avons contacté pour savoir où il en était par rapport à Charleroi. Quand nous avons appris qu'il lui restait un an de contrat là-bas, nous avons stoppé toute négociation. Il fallait quelques départs chez nous avant de nous mettre en rapport avec le Sporting. Je comptais sur l'argent du départ de Nenad Jestrovic pour acheter Dufer. C'est comme ça à Mouscron: quand on n'a pas d'argent, on ne discute même pas... L'Excel n'a pas les moyens du Standard, d'Anderlecht ou de Bruges. Dufer a resigné pour une longue période à Charleroi, mais cela ne veut pas dire que nous ne reviendrons pas à la charge un jour ou l'autre". "C'est toujours chaud dans sa zone" (Patrick Remy)Patrick Remy aurait voulu, lui aussi, attirer Grégory Dufer à Gand. "Il correspond parfaitement au style de joueur que je recherche car il a une grosse production offensive dans son couloir. Pour mon système de jeu, avec des ailiers, il aurait été un tout bon renfort. Sur le plan extra-sportif, il ne répondait malheureusement pas au profil de La Gantoise. Nous recherchons plutôt des joueurs qui ne se sont pas encore totalement affirmés et qui sont en fin de contrat. Dufer ne réunissait pas ces conditions. Il sait marquer des buts et donner des assists. J'aurais aimé en faire le pendant, à droite, de Gunther Schepens. Depuis que je suis à Gand, nous éprouvons des problèmes sur le flanc droit. Il n'y a pas de vrai titulaire dans cette zone. J'ai essayé notamment Olcese et Brocard, mais personne ne s'est vraiment imposé. Avec Dufer, j'aurais eu la solution. Je l'ai bien observé quand Charleroi est venu à Gand, et il m'a impressionné. Dans tous les rapports qu'on m'a remis sur lui, il est mentionné qu'il se passe toujours quelque chose dans sa zone. Sa petite taille n'est pas un handicap. Il ne faut pas nécessairement être grand pour centrer ou marquer des buts. Si tous les joueurs d'un mètre nonante étaient dangereux, ça se saurait". Pierre Danvoye