Louis Laros : " John van den Brom est authentique mais prudent avec les gens qu'il ne connaît pas. Il jauge d'abord leur personnalité et si celle-ci ne lui fait pas bonne impression, il ne sera pas ouvert. Il parlera peu, il restera sur la défensive. Il faut vraiment gagner sa confiance. Dès qu'il a compris que vous êtes fiable et respectueux, il vous racontera toute sa vie, même si le footballeur en lui a appris à se protéger du monde et surtout de la presse. John connaît bien l'être humain. Il comprend rapidement à qui il peut faire confiance ou pas. Il préférerait être encore plus ouvert et en dire davantage mais je pense qu'il est déjà très loquace et direct, comparé aux entraîneurs auxquels vous êtes habitués en Belgique. C'est un homme chaleureux mais si vous trahissez sa confiance, il ne vous regardera plus : ce sera terminé.
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Louis Laros : " John van den Brom est authentique mais prudent avec les gens qu'il ne connaît pas. Il jauge d'abord leur personnalité et si celle-ci ne lui fait pas bonne impression, il ne sera pas ouvert. Il parlera peu, il restera sur la défensive. Il faut vraiment gagner sa confiance. Dès qu'il a compris que vous êtes fiable et respectueux, il vous racontera toute sa vie, même si le footballeur en lui a appris à se protéger du monde et surtout de la presse. John connaît bien l'être humain. Il comprend rapidement à qui il peut faire confiance ou pas. Il préférerait être encore plus ouvert et en dire davantage mais je pense qu'il est déjà très loquace et direct, comparé aux entraîneurs auxquels vous êtes habitués en Belgique. C'est un homme chaleureux mais si vous trahissez sa confiance, il ne vous regardera plus : ce sera terminé. Travailler avec John est très agréable et Anderlecht partage mon avis. Il s'adresse aussi bien au responsable du matériel qu'à Herman Van Holsbeeck. À ses yeux, tous deux revêtent la même importance au sein de l'organisation et chacun a sa valeur. Je conseille également des joueurs qu'il a entraînés dans le passé, et même quand ils ne jouaient pas tout le temps, ils lui vouaient beaucoup d'estime. Certains entraîneurs conservent leurs distances vis-à-vis du groupe et veulent éviter que des liens se créent. John, lui, essaie d'être au milieu de ses joueurs, tout en sachant pertinemment quand il doit jouer le patron. Il a l'art d'entretenir la satisfaction de tout un noyau, pas seulement des titulaires, ce qui est très facile, mais surtout de ceux qui ne jouent pas. Il est d'un naturel chaleureux et il ne ménage pas ses encouragements à ceux qui sont écartés. Il leur explique d'ailleurs ses motifs. De nos jours, il ne suffit pas de composer une équipe : il faut gérer tout le groupe et les personnes qui l'encadrent. Celui qui y parvient dispose d'une bonne base pour obtenir des résultats. " Quand Roger Vanden Stock a qualifié l'arrivée tardive de Bram Nuytinck de cadeau pour l'entraîneur, celui-ci a corrigé son président en public. " C'est John tout craché ", rigole son ami. " Il ne cherche pas d'échappatoire, il discute. Dès les premières concertations, il a émis le souhait de voir le club engager un stoppeur gaucher, car c'est à cette place que le besoin était le plus pressant. C'était aussi sa seule requête. La direction lui a fait savoir qu'accéder à cette demande était problématique, financièrement parlant, mais que si l'équipe se qualifiait pour les poules de la Ligue des Champions, cette donnée pouvait changer. Quand Nuytinck est arrivé, les gens ont donc cru que John l'avait reçu en guise de cadeau, alors que cette promesse avait bel et bien été formulée plus tôt. Avec lui, il s'agit de respecter ce qui a été convenu. Il n'a peur de personne tout en respectant tout le monde. Il n'impose pas sa volonté coûte que coûte. Si j'ai bien compris, autrefois, il n'y avait pas beaucoup de concertation entre le scouting, l'entraîneur principal et Herman Van Holsbeeck. Maintenant, ils se réunissent régulièrement. C'est propre à tous les grands clubs. John donne son avis mais ne l'impose pas. Par la suite, il ne se lamentera pas non plus tant qu'on ne l'aura pas écouté. Sur le plan belge, Anderlecht dispose d'un excellent noyau. Mais le club doit voir plus loin, afin de se rapprocher du niveau requis en Ligue des Champions. John va devoir opérer des et recruter les joueurs nécessaires pour imposer sa vision. Le Sporting actuel est bon mais il doit encore être peaufiné afin d'accéder à un échelon supérieur. Dans l'état actuel des choses, il importe de cibler des jeunes joueurs qui ont du potentiel, aptes à servir dûment le club avant de pouvoir être vendus en réalisant une plus-value. John y est attentif même s'il ne perd pas de vue la routine non plus. Car le blé en herbe ne peut croître à bon escient que s'il est entouré de chevronnés comme un Lucas Biglia par exemple ". " Ses débuts n'ont pas été faciles : il a dû composer avec une sélection qui était déjà en place. Son meilleur joueur, Matias Suarez, a été vendu. Ronald Vargas était indisponible. Et il devait se qualifier pour la Ligue des Champions alors que ce même groupe n'y était pas parvenu les saisons précédentes. C'était tout sauf évident. Il a donc accueilli cette qualification avec un énorme soulagement. Il s'implique énormément dans la vie du club et s'est réjoui pour le Sporting comme pour lui-même car il a ainsi pris un excellent départ. John ne joue pas un rôle, ce n'est pas un poseur mais un homme passionné, émotionnel tout en étant capable de relativiser les choses. Il ne s'enferme pas dans ses émotions. " John prône un football offensif mais dosé. Il a appris très vite à réfréner ses impulsions offensives : AGOVV était réputé pour son football attractif mais il encaissait également beaucoup de buts. John préfère gagner 5-4 que 1-0, pour offrir du spectacle au public. Il y est parvenu au début puis il a calé. Il a fait jouer Vitesse selon un concept défensif car pour jouer plus ouvertement, il faut receler certaines qualités. Attaquer à visière découverte est naïf, ce que John n'est plus. John n'a pas peur non plus. Aux Pays-Bas, on a tendance à offrir plus rapidement une chance aux jeunes joueurs qu'en Belgique. On y part du principe, à juste titre, que la valeur n'attend pas le nombre des années. John est de cet avis aussi. Il l'a démontré en introduisant les espoirs Dennis Praet et Massimo Bruno dans le onze de base. Et il le fait tous azimuts, tant en championnat de Belgique qu'en Ligue des Champions. Bien sûr, on ne peut attendre de leur part une constance de tous les instants. John le sait mieux que quiconque mais il n'en a cure. Car il sait qu'en jouant, ces garçons s'améliorent. Il les encourage d'ailleurs à entreprendre. Car ce n'est qu'en commettant des erreurs qu'on est susceptible d'apprendre. John le sait, le tolère et c'est sa force. Joueur, il était déjà très fort tactiquement. Il a toujours été le relais de l'entraîneur et son capitaine. Le T1 discutait toujours de ses changements tactiques avec John. C'était un joueur remarquable. Lent, certes, mais techniquement très doué. Il compensait sa lenteur par son intelligence. Louis van Gaal, qui a quelque peu été son mentor, était ainsi fait. Lent mais très fort tactiquement. Il anticipait constamment. Nous avons toujours su que John deviendrait entraîneur. C'était dans sa nature. " Van den Brom reste un des deux Misters Vitesse, l'autre étant Theo Bos, un ami commun, avec lequel ils ont joué et qui lutte aujourd'hui contre un cancer. Il y a quelque temps, Van den Brom l'a invité à Anderlecht. Laros les surnomme les deux héros d'Arnhem. " John a toujours rêvé d'entraîner Vitesse. Qualifier ADO La Haye pour une Coupe d'Europe est une prestation remarquable, quasiment impossible à rééditer. Vitesse s'est donc rapidement manifesté. Au bout d'une saison alors qu'il était sous contrat à La Haye pour deux ans. Son transfert a fait du bruit aux Pays-Bas et a suscité une certaine rancune à l'égard de John. " Douze mois plus tard, l'histoire s'est répétée. Son transfert à Anderlecht ne s'est pas déroulé sans plis. " John était encore sous contrat pour un an. Nous avons donc prié Anderlecht de se manifester auprès de Vitesse. John se plaisait beaucoup à son poste. Il venait de forcer une qualification européenne avec l'équipe, ce qui n'était plus arrivé depuis dix ans. Il n'avait aucune raison de partir, même si l'intérêt d'un club de l'envergure d'Anderlecht le ravissait. Mais cet intérêt est venu au mauvais moment. Puis nous avons appris, via via, que Mereb Jordania, le président du club, n'était pas satisfait par la septième place de l'équipe. Jamais il ne nous l'a dit en face mais il n'a pas reconduit sa confiance en John et nous avons senti le vent tourner. Monsieur RogerVandenStock nous a reçus au retour de John du Surinam, où Vitesse avait clôturé sa saison en participant à un tournoi. Nous avons passé la nuit à Bruxelles et le lendemain, nous avons trouvé un accord. " Laros ne comprend pas pourquoi Jordania, un businessman géorgien qu'on considère comme l'homme de paille de Roman Abramovich, le propriétaire de Chelsea, a perdu confiance en Van den Brom. Aujourd'hui encore, il se perd en conjectures à ce propos. Et moi aussi. Et ce dont on ne peut parler, il faut le taire. Disons que John a fait ce que bon lui semblait, sans être influencé par d'autres. Une chose est sûre : d'un point de vue purement sportif, ce fut une saison fabuleuse pour Vitesse, redevenu un nom en 2011-12. Tout le monde était aux anges avec John. Seul Jordania ne partageait visiblement pas l'opinion générale. C'était évidemment son droit en tant qu'homme fort du club. Cette affaire a écorné l'image de Van den Brom, qu'on a accusé d'être opportuniste. " Les supporters n'y ont rien compris, surtout que sur le site, John déclarait être satisfait - et c'était exact. Il voulait rester à Vitesse mais d'autres ne l'entendaient subitement plus de la même oreille. Il n'avait donc plus vraiment le choix et a dû tirer sa révérence. Aujourd'hui encore, il continue à regretter l'agitation que son départ a suscitée car elle a entamé son image. John a la réputation d'être loyal et chaleureux, et maintenant, on a l'impression qu'il a voulu partir coûte que coûte, par appât du gain, alors que l'argent n'a joué aucun rôle. " Van den Brom est heureux à Bruxelles. " Il veut retirer le maximum de sa carrière mais pas à n'importe quel prix. C'est un bon vivant. Alors que les Néerlandais sont des gens pressés, il aime être entouré de sa famille et de ses amis, boire un verre de vin, bavarder. C'est une exception aux Pays-Bas. Il est donc attentif à la qualité de la vie. Il a besoin de se plaire quelque part. Je peux lui proposer Anzji, par exemple, en fin de carrière, juste pour l'argent. Mais il reconnaîtra ses motivations. Sinon, il veut que l'ensemble lui convienne. Cela a joué un rôle dans son choix pour Anderlecht. Ses filles n'ont pas terminé leurs études et sont restées aux Pays-Bas. C'est une situation difficile pour lui car il a l'esprit de famille et il ne demande qu'à vivre aux côtés de sa femme et de ses filles. Elles viennent souvent passer le week-end avec lui. " Laros est franc. Van den Brom vise plus haut qu'Anderlecht à long terme. " Il entraîne maintenant un grand club du championnat de Belgique. On ne sait pas ce qui viendra ensuite. Il n'est pas loin de l'élite européenne. Pour le moment, nous n'y pensons absolument pas. Son passé pourrait laisser supposer qu'il ne pense qu'à partir le plus vite possible mais ce n'est pas le cas. Il s'est lié à Anderlecht pour trois ans et quand il se plaît quelque part, il pourrait tout aussi bien y rester dix ans. Pourquoi pas à Anderlecht ? Ce n'est vraiment pas exclu. " PAR JAN HAUSPIE" Il est fait comme son mentor, Louis van Gaal. " " Il préférerait être plus ouvert mais il est déjà très loquace par rapport aux autres entraîneurs de D1 belge. "