Vendredi 11 octobre, c'est bon signe, il pleut ! Comme si le symbole de notre pays voulait absolument accompagner les Diables Rouges sur le chemin du Brésil. La Croatie est dans les cordes. Un point sur les deux derniers matches, un sélectionneur critiqué et un public clairsemé. Non, ce n'est pas l'ambiance hostile annoncée. Le onze de base ne contient pas de surprises. Quand Marc Wilmots tient ses certitudes, il s'y fie. Malgré quelques critiques en semaine (" Il doit encore apprendre à mieux utiliser son corps pour conserver davantage le ballon "), Romelu Lukaku a la confiance du sélectionneur. Pendant 90 minutes, les Belges maîtrisent leur sujet. Wilmots, lui, se fait rincer. Comme en Ecosse, comme en Serbie. " Il pleut, on gagne ", résumait Nacer Chadli après la rencontre. Les Belges n'ont même pas eu besoin de leurs 10 matches pour assurer leur qualification. De la fête qui a animé le vestiaire, on sait juste que Laurent Ciman a aspergé d'eau tout le monde, Premier ministre y compris, et que " même le tempéré Daniel Van Buyten a esquissé quelques pas de danse " (dixit Philippe Collin). Voilà pour l'apothéose d'une campagne débutée il y a 13 mois. Sport/Foot Magazine retrace tout ce parcours.
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Vendredi 11 octobre, c'est bon signe, il pleut ! Comme si le symbole de notre pays voulait absolument accompagner les Diables Rouges sur le chemin du Brésil. La Croatie est dans les cordes. Un point sur les deux derniers matches, un sélectionneur critiqué et un public clairsemé. Non, ce n'est pas l'ambiance hostile annoncée. Le onze de base ne contient pas de surprises. Quand Marc Wilmots tient ses certitudes, il s'y fie. Malgré quelques critiques en semaine (" Il doit encore apprendre à mieux utiliser son corps pour conserver davantage le ballon "), Romelu Lukaku a la confiance du sélectionneur. Pendant 90 minutes, les Belges maîtrisent leur sujet. Wilmots, lui, se fait rincer. Comme en Ecosse, comme en Serbie. " Il pleut, on gagne ", résumait Nacer Chadli après la rencontre. Les Belges n'ont même pas eu besoin de leurs 10 matches pour assurer leur qualification. De la fête qui a animé le vestiaire, on sait juste que Laurent Ciman a aspergé d'eau tout le monde, Premier ministre y compris, et que " même le tempéré Daniel Van Buyten a esquissé quelques pas de danse " (dixit Philippe Collin). Voilà pour l'apothéose d'une campagne débutée il y a 13 mois. Sport/Foot Magazine retrace tout ce parcours. En ce début d'automne 2012, la presse belge est fébrile. Cette génération dorée, on la lui vend depuis maintenant deux ans et elle ne voit rien venir. Lors du tirage au sort des éliminatoires pour la Coupe du Monde 2014, les réactions avaient été mitigées. D'un côté, certains trouvaient un motif d'espoir dans l'absence dans le groupe d'un cador européen du calibre de l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie ou les Pays-Bas. De l'autre, certains soulevaient l'homogénéité d'un groupe dans lesquels les déplacements à Cardiff, Glasgow, Belgrade ou Zagreb ne relèveraient certainement pas de la sinécure. En ce mois de septembre, elle se remémore tous ces débuts de campagne foireux depuis la Coupe du Monde 2002. Seuls les éliminatoires de la Coupe du Monde 2010 avaient bien débuté : 3-2 face à l'Estonie. Pour le reste, que du gâchis ! Pourtant, le vol pour Cardiff est plein. Les supporters ont accroché à cette sélection. Le déclic s'est produit un soir de mars 2011, lorsque des charters entiers avaient rallié la capitale autrichienne, Vienne, pour soutenir cette belle équipe. Les Diables Rouges les avaient remerciés en ramenant les trois points. Depuis lors, l'engouement pour cette magnifique génération ne s'est plus démenti. Ne restait plus qu'à confirmer sur le terrain tous les espoirs d'une nation. Dans les cafés et sur les plateaux de télévision, tout le monde a son mot à dire sur ce début de campagne. Une bonne chose de débuter face à ce petit Pays de Galles, généralement chaud bouillant dans son Millenium stadium, et venu rendre un dernier hommage à son sélectionneur Gary Speed qui s'était donné la mort quelques mois plus tôt ? Pas sûr. Il n'en faut généralement pas plus pour galvaniser une nation. " En même temps, ce changement de sélectionneur a certainement ralenti leur processus d'évolution ", remarque Vincent Kompany avant la rencontre. Cette génération est superbe. Ça, tout le monde le sait. Encore plus depuis qu'Eden Hazard a rejoint Chelsea, que Christian Benteke a rallié Aston Villa et que Jan Vertonghen et Moussa Dembélé se sont retrouvés à Tottenham. Mais ce qui la caractérise, c'est qu'elle ne craint rien. Jamais. Les discours d'avant-match sont ambitieux, pas du tout alarmistes. " On doit sortir des deux premiers matches avec au moins quatre unités " dit Hazard. " Jusqu'à présent, on a beaucoup parlé de bonne génération. C'est fini de parler. On doit le prouver sur le terrain. " La figure ancestrale de ce groupe, Timmy Simons, le seul avec Daniel Van Buyten à avoir connu la dernière Coupe du Monde en 2002 et avoir traversé toutes les galères qui ont suivi, s'est laissé gagner par ce discours ambitieux. " Les gamins n'ont jusqu'ici volé ni leurs trophées, ni leur transfert, ni leur argent mais il faut des résultats ", lâche-t-il dans Le Soir. Quant au sélectionneur national, il ne fait pas encore l'unanimité. Si certains le poussaient vers le poste depuis plusieurs mois, d'autres ont l'impression qu'il s'agit d'un choix par défaut. Il a brillé en amical contre les Pays-Bas mais il sait que certains l'attendent au tournant de ce premier match qualificatif. Quand on lui parle de la Croatie, qui se déplace à Bruxelles quatre jours plus tard, il remet les choses en perspective. " On va déjà commencer par ne pas se faire bouger à Cardiff en gérant notre match pour émerger au bon moment ", pointe-t-il. Finalement, l'ambiance galloise n'est pas si terrible que cela ; les Belges restent consciencieux et concentrés ; ils monopolisent le ballon jusqu'à l'exclusion du défenseur James Collins pour un tacle trop appuyé sur Guillaume Gillet. De quoi faciliter les choses. Peu avant la pause, comme un symbole de cette quête, le capitaine, Vincent Kompany surgit et ouvre le score sur corner. Repliés devant leur but, les Gallois n'y croient plus vraiment. Face à ce mur défensif, l'option Kevin Mirallas, préféré à Benteke en pointe, ne tient plus. Wilmots fait alors rentrer Lukaku. " Nous avons opté pour un attaquant rapide pour apporter de la profondeur à notre jeu. Notre objectif consistait également à ce que Dembélé s'infiltre mais, après la carte rouge, ils se sont regroupés derrière. Nous avons donc fait rentrer Lukaku et sommes passés davantage par les flancs. " Les Belges gèrent et ajoutent un deuxième but par Vertonghen sur coup franc. " Mon but a rassuré tout le monde ", explique Vertonghen. " J'ai demandé à Dries Mertens de me faire une petite passe pour donner de la vitesse à mon tir et même si j'ai souffert face à Gareth Bale et qu'il ne s'agit pas de ma meilleure prestation de la campagne, mon but a eu son importance car il lançait notre campagne sur une note positive et nous gonflait à bloc avant de recevoir le favori du groupe ". Quatre jours plus tard, c'est une Croatie toute auréolée de son Euro réussi qui se rend à Bruxelles. Ce soir-là, les Belges sont moins impériaux. L'opposition plus sérieuse. Les Diables galvaudent, s'arrachent pour égaliser après avoir été menés dès la septième minute, et puis finissent par se faire peur en fin de rencontre. La Croatie repart avec l'avantage psychologique. " Ils sortaient d'un grand tournoi remplis de confiance ", se souvient Wilmots. " Certes, Slaven Bilic avait laissé sa place de sélectionneur à Igor Stimac mais ils étaient encore dans la continuité de ce qu'ils avaient montré face à l'Espagne, lors de l'EURO. Ce jour-là, on a eu cinq occasions franches et les Croates deux. On pouvait être déçu de ne pas ramener les trois points mais quand tu vois la tête croate passer tout près en fin de rencontre, c'est finalement le soulagement qui prime. Comme quoi, tout peut aller très vite. " Steven Defour court après Luka Modric toute la rencontre pour le mettre hors du match. Pourtant, Wilmots nie avoir placé Defour en marquage. " Je ne suis pas d'accord avec cette version avancée depuis un an ", explique le sélectionneur. " Defour était libre en numéro six. Il était tout seul car j'estimais Thomas Vermaelen et Daniel Van Buyten assez forts pour prendre les attaquants adverses en individuelle et que je voulais le surnombre dans l'entrejeu. C'était un risque mais j'espérais que cela marche. " Quatre sur six, ce n'est pas si mal mais pas de quoi non plus verser dans l'euphorie. L'envol a lieu un mois plus tard. Les Diables se déplacent à Belgrade et reçoivent l'Ecosse quatre jours plus tard. Le premier test est périlleux. L'ambiance du Marakana est explosive. Les Serbes comptent quatre points, comme nous. Pendant 20 minutes, les Belges souffrent. Comme jamais dans cette campagne. Mais Thibaut Courtois, préféré à Simon Mignolet depuis l'entame de la campagne, réussit des parades de classe mondiale. " Je me rappelle tous les matches mais l'arrêt en Serbie a une saveur particulière. Il y a des moments où un gardien doit être là pour l'équipe ", lâche-t-il humblement. Son calme et sa classe rassurent la défense. " C'est une qualité que je possède. Je me sens bien, je reste cool et je transmets cela à mes coéquipiers. Si on a battu la Serbie et l'Ecosse en déplacement, c'est parce qu'on a réussi à garder les pieds sur terre. " Pour ce match, la Belgique ne peut compter sur le soutien que de 400 supporters. L'Union Belge avait en effet déconseillé aux supporters le voyage pour des raisons de sécurité. A tort, la morosité ambiante autour de l'équipe serbe et les trombes de pluie ont découragé le public. Le Marakana n'est qu'à moitié plein. La déferlante serbe passée, la Belgique émerge, grâce principalement à Benteke et Kevin De Bruyne. Mirallas ajoute même un troisième but. " Ce jour-là, on se rend compte qu'on a frappé un grand coup ", explique Axel Witsel. " Ce ne sont que trois points mais moralement, cela nous démontre qu'on a beaucoup de qualités car on sait que peu d'équipes sont capables de gagner 0-3 en Serbie. Le Marakana, c'est chaud, bouillant, un peu hostile comme souvent dans les pays de l'Est. On s'est montré costaud défensivement et mentalement. C'est vrai qu'on a sans doute un peu de chances de ne pas encaisser dans les 20 premières minutes mais après, on est là où il fallait être. On met notre première occasion au fond et on arrive à gérer. Ce soir-là, je pense qu'on a convaincu beaucoup de gens. De nos qualités mais également de notre maturité. " L'image de Wilmots, en chemise, sous la pluie devient le symbole de cette équipe qui ne lâche rien. Quatre jours plus tard, c'est donc une Belgique euphorique qui reçoit l'Ecosse. L'équipe au chardon a complètement foiré ses débuts et son sélectionneur Craig Levein est sur la sellette. Pourtant, elle fait bloc et ne sort que rarement de sa partie de terrain. Il faut quand même une nouvelle parade magique de Courtois mais les Belges gèrent la possession de balle comme jamais. Elle est patiente et émerge à la 70e minute de jeu grâce à Benteke et Kompany deux minutes plus tard. L'Ecosse est asphyxiée, inexistante. " La Belgique est à tout le monde mais ce soir, elle est surtout à nous ! ", tweete Kompany. L'élan populaire, déjà perceptible depuis un an, prend de l'ampleur. " Nous avons été patients et matures. Je vis pour cette équipe et offrir une Coupe du Monde à la Belgique est une opportunité à côté de laquelle je refuse de passer ", déclare le capitaine. Le Brésil n'est plus une illusion ; ce groupe a du talent mais surtout il a faim. Cela fait dix ans (12 ans en 2014) que la Belgique n'a plus connu de grand tournoi et pour la première fois depuis 2002, on sent qu'une présence dans un grand tournoi se rapproche. Pourtant, la Croatie ne lâche rien et fin 2012, les deux équipes comptent encore le même nombre de points. Marc Wilmots est porté aux nues. " Il suscitait encore beaucoup de questions il y a six mois ; il a éliminé les doutes de façon radicale ", écrit Wim Vos, l'éditorialiste du Gazet van Antwerpen. " Son message est simple et ses choix sont clairs. " Contre l'Ecosse, Hazard est laissé sur le banc et personne ne s'en émeut. Contrairement à ce qui s'était passé sous Georges Leekens. L'hiver se fait long et lorsqu'en mars 2013, la sélection belge reprend le chemin des qualifications, il fait encore frisquet. Les deux rencontres face à la Macédoine doivent confirmer le nouveau statut des Diables. Tout le monde s'accorde à parler de matches pièges. Les matches amicaux n'ont pas été grandioses, les Belges se faisant même surprendre par la Roumanie, à Bucarest (2-1). En Macédoine, les Diables se font bousculer en début de rencontre avant d'émerger une nouvelle fois avec beaucoup de maturité. 0-2 et 1-0 à domicile avec deux buts d'Hazard. " J'ai éprouvé une grande joie, encore plus forte parce que je marquais pour mon pays. On ne cessait de me demander d'être décisif ", explique le joueur de Chelsea. " Là, j'ai fait ce qu'on attendait de moi. Mais on ne peut pas dire qu'il y a eu un après. " Si Hazard brille lors de ces deux rencontres, sa campagne se résume quasiment à cela. Sur le banc contre l'Ecosse et la Serbie, blessé en Ecosse, Hazard jette un regard lucide : " Sur le plan personnel, je ne peux pas dire que je suis content de ces éliminatoires car j'ai notamment raté des matches sur blessure. J'ai réalisé deux bonnes rencontres face à la Macédoine, c'est à peu près tout. " Sans être éblouissant, Hazard a pourtant franchi un palier, son statut à Chelsea l'inscrivant naturellement parmi les leaders. " On espérait deux victoires, on les a obtenues. Pourtant, il ne s'agit clairement pas de nos deux meilleurs matches. Mais, bon, 3 points plus 3 points, ça fait six. " Job rempli. Sans plus car dans le même temps, la Croatie continue son sans-fautes également. Il faut donc attendre le mois de juin pour connaître le premier décalage entre Belges et Croates. Ces derniers se font surprendre par les Ecossais et les Belges marquent un nouveau coup en battant la Serbie dans un stade archi-comble. " Certains disent que le tournant de la campagne a eu lieu en Serbie ", dit Chadli. " Pour moi, le match retour a été plus décisif. Il arrivait en fin de saison, nous avions beaucoup de matches dans les jambes et les Croates attendaient un faux pas de notre part. Finalement, ce sont eux qui chutent. " Wilmots abonde dans le sens du médian de Tottenham. " Il a fallu leur vider la tête, les décharger mentalement. " Plus qu'à conclure. Facile à dire car il restait tout de même une Ecosse revigorée par l'arrivée de Gordon Strachan,sa victoire en Croatie et son bon match face à l'Angleterre, et un autre déplacement à Zagreb. Hampden Park comme le stade Maksimir auront finalement vécu le même scénario. Des Diables dominateurs et réalistes, avec à chaque fois un nouvel héros (Defour en Ecosse et Lukaku en Croatie). De déplacement, on ne peut pas vraiment en parler car en Ecosse, ce ne sont pas moins de 10.000 personnes qui colonisent un Hampden Park aux couleurs belges. Deux buts, une maîtrise de l'entrejeu, une défense solide et une explosion de joie. Quelques images marquantes aussi. Jelle Van Damme qui soutient Nicolas Lombaerts, blessé, pour venir féliciter les supporters. Et un Wilmots chef de meute, que ce soit pour protéger Marouane Fellaini de la bronca locale, pour réconforter Lombaerts sur sa civière ou pour aller chercher Kompany en tribune. En zone mixte, les joueurs traînent et s'attardent, contents, et conscients que le plus dur est derrière eux. On garde le meilleur pour la fin : le plat de résistance. Direction Zagreb, avec sur le tarmac de l'aéroport de Bruxelles National, une haie d'honneur de fans, un concert de Daan et tout l'attirail des pompiers pour souhaiter bonne chance à nos conquérants belges. Cet engouement et toute cette joie (généralement davantage présents après une victoire qu'avant !) couplés à l'arrogance croate, symbolisée par les propos de Modric, persuadé de leur supériorité, n'annonçaient-ils pas un premier couac ? Les Diables prouvent l'inverse, démontrant que la méthode Coué, chère à Modric, demeure aléatoire et que l'engouement n'est finalement que la traduction d'une certitude de qualification. Et puis, il y a cette pluie, dernier signe annonciateur de notre renaissance footballistique. Sur le terrain, Lukaku concrétise tout cela en se muant en sauveur de la nation, ultime héros d'une liste reprenant déjà Courtois, Benteke, De Bruyne, Hazard, Vertonghen, Kompany, Courtois, Defour, Mertens, Mirallas et Hazard, tous décisifs à un moment ou à un autre. Au coup de sifflet final, les joueurs exultent, le staff aussi, Witsel tombe à genoux, deux doigts vers le ciel. Puis, naturellement tout le monde se retrouve dans une farandole effrénée. Il est 19 h 54, la Belgique est qualifiée pour sa douzième Coupe du Monde. ?PAR STÉPHANE VANDE VELDE À ZAGREB - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Contre la Macédoine, j'ai fait ce qu'on attendait de moi : être décisif. Mais on ne peut pas vraiment dire qu'il y a eu un après " (Eden Hazard) " En gagnant en Serbie, on se rend compte qu'on a frappé un grand coup " (Axel Witsel) " Face à la Serbie, en juin, les Croates attendaient un faux pas. Finalement, ce soir-là, ce sont eux qui chutent " (Nacer Chadli)