"En 2016, j'étais avec lui au Tour de l'Algarve, où il a terminé cinquième. En 2017, il a remporté cette même épreuve. L'an passé, Primoz Roglic s'est adjugé le Tour du Pays basque et le Tour de Romandie. Cette saison, il a déjà remporté l'UAE Tour, Tirreno-Adriatico et le Tour de Romandie, et il est monté sur la troisième marche du podium d'un grand tour, au Giro. Bref, il progresse d'année en année. Où va-t-il s'arrêter ? Personne ne peut le dire, mais son ambition est clairement d'aller le plus haut possible. "
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"En 2016, j'étais avec lui au Tour de l'Algarve, où il a terminé cinquième. En 2017, il a remporté cette même épreuve. L'an passé, Primoz Roglic s'est adjugé le Tour du Pays basque et le Tour de Romandie. Cette saison, il a déjà remporté l'UAE Tour, Tirreno-Adriatico et le Tour de Romandie, et il est monté sur la troisième marche du podium d'un grand tour, au Giro. Bref, il progresse d'année en année. Où va-t-il s'arrêter ? Personne ne peut le dire, mais son ambition est clairement d'aller le plus haut possible. " En tant que directeur sportif et entraîneur de l'équipe Jumbo-Visma, Merijn Zeeman est aussi impressionné par les qualités de son chef de file slovène. " Depuis qu'il a rejoint notre équipe en 2016, il est presque devenu imbattable dans les courses par étapes d'une semaine, parce qu'il brille dans les contre-la-montre, qu'il est très explosif, qu'il est capable de changements de rythme fulgurants et qu'il se débrouille aussi très bien dans les longues ascensions. La prochaine étape, à laquelle nous songeons après sa troisième place au Giro, consistera à s'illustrer dans les grands tours. Il fait déjà partie du top mondial, mais il ne le cache pas : il veut, un jour, gagner un grand tour. " Lorsqu'il s'agit d'évoquer les capacités physiques de Roglic en chiffres, Zeeman reste volontairement vague. " Primo, je n'ai pas envie de rendre toutes ces données publiques. Secundo, je constate que la plupart des gens sont incapables de replacer les chiffres dans leur contexte. Si l'on prend par exemple les wattages : parle-t-on des coups de pédale d'un coureur sur une minute, sur dix minutes, sur une heure ? Prend-on les données au terme d'un effort de six heures, ou après deux ou trois semaines de course ? Grimpe-t-on à fond une côte de 20 minutes après une demi-heure d'échauffement, ou a-t-on déjà cinq jours de course éprouvants dans les jambes ? Cette différence est énorme. " Le contexte est donc toujours différent, insiste Zeeman. " Et on ne peut interpréter les chiffres que lorsqu'on suit quelqu'un intensivement. En d'autres termes, ça n'a pas beaucoup de sens de jeter les chiffres en pâture sur la place publique. " Après une certaine insistance, le directeur sportif du Team Jumbo-Visma consent cependant à l'admettre : " Oui, Primoz a des capacités exceptionnelles. Et oui, c'est le meilleur de notre équipe, même si StevenKruijswijk n'est pas très éloigné dans certains domaines. Roglic est surtout très fort lorsqu'il s'agit de prester dans un état de fatigue avancé. C'est une qualité qu'il possède et qu'il améliorera encore, je l'espère, dans les années à venir. C'est très important si l'on veut briller dans un grand tour. Regardez le Giro, où il a encore réussi à se hisser sur le podium lors de la dernière journée. " La consommation maximale d'oxygène (VO2Max) est un autre paramètre qui peut donner des indications importantes en cyclisme. " Elle est très élevée chez Primoz, on l'a constaté dès le premier test à l'effort qu'on a fait. Dès la première batterie de tests à Gérone, on a vu qu'il était au moins aussi bon que les coureurs qui étaient déjà chez nous. Seulement - et on revient à ce que j'expliquais - ces tests n'avaient pas été réalisés dans un état de fatigue avancé. En course, ces qualités ne sont pas apparues directement chez Primoz, c'est une évolution par laquelle il devait encore passer. " L'explosivité que possède Roglic, et qui lui permet d'encore accélérer sur la fin, lui a valu chez certains collègues le surnom de Nitro, en référence au carburant qui est utilisé pour les fusées. " En effet ", sourit Zeeman. " Il est capable de produire des changements de rythme, et des efforts courts et explosifs. C'est un don inné, chez lui. Dans un grand tour, l'explosivité ne lui est pas toujours très utile, car elle s'évapore rapidement. Un coureur qui se spécialise dans les grands tours ne peut, en réalité, pas se permettre d'être très explosif. " Au début, c'était un problème pour le Slovène, comme l'a expliqué son entraîneur personnel Marc Lamberts. Le seuil anaérobique de Roglic par kilogramme de masse corporelle était trop faible pour poursuivre son effort très longtemps. " Marc a beaucoup et bien travaillé sur ce point ", affirme Zeeman. " Entre autres, en organisant beaucoup plus d'entraînements d'endurance. Que Primoz accusait un retard dans ce domaine, n'a rien d'étonnant, car il ne roule pas encore à vélo depuis très longtemps. " S'il n'a commencé le cyclisme que très tard (vers 22 ou 23 ans), c'est, comme tout le monde le sait désormais, parce que jusqu'en 2011, il excellait dans le saut à ski. Selon Radoje Milic, scientifique du sport à l'institut de physiologie sportive de Ljubljana, Roglic tire profit de son passé sur les lattes et les tremplins. Grace à cela, la mobilité de son corps s'est accrue, ce qui lui permet par exemple de prendre la position idéale pour un contre-la-montre. Zeeman y voit des avantages et des inconvénients. " Au début, Primoz n'était pas bon du tout dans le peloton. Il se positionnait mal. Il a dû tout apprendre dans ce domaine. Dans les descentes, en revanche, il a directement fait partie des meilleurs. Même s'il a parfois relativisé cette constatation dans certaines interviews, je pense que son expérience du saut à ski l'a aidé. Un autre avantage qu'il possède, c'est certainement sa core stability. Il le doit au sport qu'il a pratiqué avant le cyclisme. II est beaucoup plus athlétique que la moyenne des coureurs, plus polyvalent aussi. " Sur le plan mental, les débuts tardifs de Roglic ont aussi produit des effets bénéfiques. " Je ne peux pas évoquer mon expérience personnelle, mais je peux m'imaginer qu'à un moment donné, une certaine lassitude puisse s'installer. Primoz découvre encore pas mal de choses, tout est nouveau pour lui. Il a effectué son premier stage d'altitude il y a moins de dix ans, et ce n'est que cette saison qu'il a pris pour la première fois le départ d'un grand tour en qualité de chef de file et de favori. " Zeeman l'a déjà dit : " Roglic est très motivé et c'est un vrai compétiteur. Il ne vise qu'une seule place et c'est la première. " Matthieu Heijboer, head of performance au sein du Team Jumbo-Visma, avait également abondé en ce sens, début mai, dans les colonnes du Nieuwsblad : " Terminer deuxième, troisième ou quatrième, cela ne l'intéresse pas. " Était-il donc mécontent de sa troisième place au Tour d'Italie ? " Non, pas cette fois-là ", répond Zeeman. " Durant la dernière semaine du Giro, il ne se sentait pas bien du tout. Il est tombé et avait des problèmes d'estomac. Il s'est hissé sur le podium à force de caractère et il est très fier d'avoir réussi, en se battant jusqu'à la fin, sans craquer. " Une anecdote illustre la motivation de Primoz Roglic. Elle date d'avril 2017. Il était parti en stage d'altitude dans la Sierra Nevada, avec quelques coéquipiers, pour préparer le Giro. À un moment donné, il a neigé tellement fort qu'il a fallu annuler l'entraînement d'endurance qui avait été programmé. Roglic s'est installé sur les tapis roulants et s'est adonné à une séance de dix heures, en suant dans le lobby de l'hôtel. Zeeman : " Je peux vous le confirmer, mais cette passion, ce coeur à l'ouvrage, c'est le propre de tous les coureurs qui visent un classement. " De son côté, son équipier Wout van Aert l'affirme : " Il fait attention à tout, mais pas jusqu'à friser le ridicule. Il n'est pas continuellement en train de jeter un oeil sur son wattage. Il ne pèse pas non plus tous ses repas jusqu'au gramme près. En fait, Primoz ne correspond pas à cette image-cliché que je me faisais d'un coureur de tour. Il est plus souple. " Zeeman ajoute : " Gérer son alimentation, on le fait pour lui, car on trouve que c'est important. On travaille avec l'application foodcoach : ce qui lui est proposé, est calculé et pesé. " Il a déjà progressé dans ce domaine, poursuit son directeur sportif. " En 2017, j'étais avec lui au Tour ZLM aux Pays-Bas, juste avant le Tour de France. Après avoir terminé deuxième du classement final, on s'est arrêté dans une station service et il a acheté une glace Magnum. "C'est à déconseiller, dix jours avant un grand tour, pour un coureur qui vise le classement final. Lorsque les circonstances s'y prêtent, comme après le dernier Giro, il lui arrive encore d'un peu se laisser aller, mais il a désormais pris conscience de l'importance d'une alimentation appropriée." Après le Tour d'Italie, il avait besoin de décompresser, reconnaît Zeeman. Il a donc supprimé le Tour de France de son programme. Une sage décision. " La fatigue se fait forcément sentir après trois semaines prestées au plus haut niveau, mais lorsqu'on a conservé un certain état de fraîcheur, comme c'était le cas de Tom Dumoulin après le Giro de l'an passé, la combinaison Tour-Giro est parfaitement possible. En revanche, si l'on sort du Giro complètement épuisé, il est quasiment impossible de récupérer ses facultés en un mois de temps. C'était le cas de Primoz, car il avait puisé profondément dans ses réserves. " C'est la raison pour laquelle il a reporté ses ambitions sur la Vuelta. Roglic s'est alors concentré sur " la seule place qu'il convoite. " Au départ, il devait partager le statut de chef de file avec Steven Kruijswijk et George Bennett, qui visaient également le classement final. " Si l'un des trois prend le dessus, l'équipe travaillera alors exclusivement pour lui ", affirmait la direction sportive. Ce mois-ci, Roglic est en tout cas le seul des trois à avoir participé au stage d'altitude dans la Sierra Nevada. Sa paternité récente apporte probablement une motivation supplémentaire à Roglic. En juin, sa compagne Lora Klinc a en effet donné naissance à leur premier enfant. Le fier papa a posté sur son compte Twitter une photo accompagnée de la mention : " Biggest win in my life ". La plus belle victoire de ma vie. Et une éventuelle victoire finale à la Vuelta n'y changera rien.