Alors que Thomas Tuchel prend la parole dans le complexe d'entraînement du Borussia Dortmund, un bruit assourdissant, comme un avion qui décolle, l'interrompt. Tuchel sait que Pierre-Emerick Aubaneyang arrive dans sa Lamborghini dorée mais il ne bronche pas, bien que le buteur dépasse la vitesse autorisée.
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Alors que Thomas Tuchel prend la parole dans le complexe d'entraînement du Borussia Dortmund, un bruit assourdissant, comme un avion qui décolle, l'interrompt. Tuchel sait que Pierre-Emerick Aubaneyang arrive dans sa Lamborghini dorée mais il ne bronche pas, bien que le buteur dépasse la vitesse autorisée. L'entraîneur tolère les fantaisies de son joueur : il le juge sur son apport sportif. Or, il est énorme pour le moment. Aubameyang est extraverti, il aime se faire remarquer mais il place toujours l'intérêt de l'équipe avant le sien. C'était déjà le cas en 2013, quand le Borussia l'avait enrôlé pour 13 millions de Saint-Etienne, où il s'était distingué après des débuts difficiles. Le Gabonais, né en France et formé par l'AC Milan, est une des stars de Bundesliga. Il est sur le point d'égaler Lothar Emmerich, meilleur buteur en 1966 et en 1967 sous le maillot des Borussen, avec respectivement 31 et 28 buts. Il allait plus tard jouer pour le Beerschot et régaler le Kiel : Emma, Emma, Emma... Avant, Pierre-Emerick se distinguait surtout par ses coiffures extravagantes, ses vêtements spéciaux et ses montures de lunettes. Cette saison, il se fait remarquer grâce à l'aisance avec laquelle il se joue des défenses adverses. Seuls deux avants ont marqué plus que lui durant le premier tour du championnat : Gerd Müller à trois reprises pour le Bayern (20 goals en 1968-1969, un de moins en 1972-1973 et en 1976-1977) et Peter Meyer, auteur de 19 buts pour Mönchengladbach en 1967-1968. Aubameyang en est à 18 buts en 16 matches, plus 4 assists. Il est impliqué dans 46,8 % des 47 goals inscrits par Dortmund en Bundesliga jusqu'à présent. Dortmund n'avait pas décelé sa valeur lors de son embauche en 2013 mais a revu son jugement et a prolongé son contrat jusqu'en 2020. A son arrivée au Borussia, un certain Robert Lewandowski, l'actuel avant du Bayern, évoluait en pointe et l'Africain de l'Année a dû se rabattre sur le flanc, droit ou gauche, en fonction des besoins de l'équipe. L'entraîneur d'alors, Jürgen Klopp, avait pointé pas mal de points à travailler chez le Gabonais : " Il doit notamment apprendre à être dangereux aussi quand il ne peut pas se contenter de sprinter à travers la ligne arrière. Sinon, son jeu est trop prévisible ", estimait l'entraîneur, qui aurait placé Aubameyang sur la liste des footballeurs à vendre, en été 2014, d'après le journal de qualité Süddeutsche Zeitung. Désormais, Aubameyang ne mise plus seulement sur ses sprints. A la mi-novembre, il atteignait une moyenne d'un but toutes les 71 minutes alors que durant sa première saison à Dortmund, il ne trouvait le chemin des filets que toutes les 165 minutes et la saison dernière toutes les 152 minutes. Il exploite maintenant 70 % des occasions qu'il reçoit, depuis qu'il a quitté l'aile pour le centre de l'attaque. Son épanouissement est lié à l'approche de Tuchel qui, plus que Klopp, s'appuie sur la possession du ballon et épuise moins vite ses éléments offensifs. Alors que l'année dernière, Aubameyang parcourait 11,03 kilomètres par match, il n'en abat plus, en moyenne, que 9,57 et est donc plus frais devant le but. Guy Lacombe (60 ans), l'actuel directeur technique de la fédération française et ex-international olympique chez les Bleus, se souvient de Pierre-Emerick, qu'il a entraîné à l'AS Monaco, auquel le joueur a été loué en 2010. Deux ans plus tôt, l'attaquant s'était illustré sous le maillot du modeste Dijon mais un an plus tard, il n'avait presque pas joué à Lille, au plus haut niveau. " Je le voulais quand même, ayant mesuré l'ampleur de son potentiel. Je l'ai immédiatement titularisé, bien que peu de gens aient été convaincus de ses qualités. On le trouvait trop peu efficace parce qu'il n'avait marqué que deux buts en neuf matches. " Une fois Lacombe limogé, Monaco a également renvoyé l'avant gabonais, qui a été à nouveau loué, cette fois à Saint-Etienne. Il y a refait surface et les Verts l'ont transféré à titre définitif, pour 1,8 million. Un bon investissement, puisqu'en 2013, Dortmund versait une somme neuf fois supérieure. Lacombe : " Pierre-Emerick avait tout, sauf de l'expérience et de l'assurance. Il avait déjà une fabuleuse accélération, même s'il ne réussissait pas toujours à finaliser ses sprints. Il y avait encore du pain sur la planche. Il fallait le faire travailler dur. Il n'était jamais fatigué, de toute façon. Il était très vif et possédait déjà un bon jeu de position. Il était normal qu'à son âge, sa finition comporte encore des déchets. En plus, c'était un garçon agréable, y compris en dehors du terrain. J'ai conseillé à la direction de lever son option mais elle ne décelait pas son talent. " Pierre-Emerick Aubameyang affirme n'avoir conservé aucune frustration de ses débuts difficiles. Il n'a pas été traumatisé par son échec à Milan non plus. " L'AC possédait alors une équipe de classe mondiale avec Ronaldo, Pippo Inzaghi, Kaka et Clarence Seedorf. Il était difficile de s'imposer dans une phalange pareille pour un garçon de 17 ans. " Si tout lui réussit cette saison, c'est pour une raison toute simple, souligne Pierre-Emerick Aubameyang : " Mes prestations sont la conséquence logique de mon regain d'assurance. Je me sens libéré. Il m'est plus facile de jouer avec tous ces mouvements autour de moi : souvent, je n'ai eu qu'à pousser le ballon du pied pour marquer. " Quand il marque, il avoue se sentir un peu comme Pippo Inzaghi, avec lequel il a travaillé à Milan. " A chaque but, on avait l'impression que c'était le premier qu'il marquait tant il était heureux. J'éprouve le même sentiment que lui. " PAR THOMAS HENNECKE ET CHRISTIAN PAUL - PHOTOS BELGAIMAGE" Il n'était jamais fatigué. " GUY LACOMBE, SON ENTRAÎNEUR À MONACO