La Ligue professionnelle a son siège Avenue Houba de Stroober, à l'étage de la Maison de verre. Ivan De Witte, qui est aussi le président de La Gantoise et gère une société de consultance à Gand, en assure la présidence pour trois mois encore. Dans un climat particulièrement orageux. Il espère que, lorsque la tempête sera passée, l'ambiance deviendra plus sereine pour son successeur.
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La Ligue professionnelle a son siège Avenue Houba de Stroober, à l'étage de la Maison de verre. Ivan De Witte, qui est aussi le président de La Gantoise et gère une société de consultance à Gand, en assure la présidence pour trois mois encore. Dans un climat particulièrement orageux. Il espère que, lorsque la tempête sera passée, l'ambiance deviendra plus sereine pour son successeur. IvanDeWitte : Certains diront que je me suis accroché. C'est faux. Si j'ai continué plus longtemps que je ne l'envisageais, c'est parce que les clubs m'ont réélu à deux reprises, à l'unanimité. Comme je suis un homme de défis, et que la présidence de la Ligue pro en constitue un fameux, je l'ai relevé. Au départ, j'ai accepté le poste pour répondre à une remarque de Roger Vanden Stock, qui me reprochait d'avoir un avis critique sur tout mais de fuir mes responsabilités lorsqu'il s'agissait d'agir. J'ai voulu lui prouver que j'étais capable de passer des paroles aux actes. En tant que président de la Ligue pro, je me suis toujours efforcé de me tenir au-dessus de la mêlée, mais le monde extérieur a une perception différente... Il n'y a rien à faire, c'est un combat perdu d'avance. J'espère que mon successeur sera une personne indépendante, qui connaisse le monde du football, mais qui ne soit pas lié à un club. Il faut faire appel aux candidatures, comme on l'a fait pour l'engagement de Steven Maertens comme CEO de la fédération. J'ai probablement commis certaines erreurs, mais je pense aussi avoir réalisé de belles choses. Je pense, par exemple, avoir conféré une certaine identité à la Ligue pro. Je pense également avoir rééquilibré les relations entre la fédération et la ligue. J'ai réussi à faire passer la réforme du championnat avec, à la clef, un contrat TV de 45 millions. J'ai parfois commis l'erreur de vouloir précipiter les choses. J'ai voulu imposer des changements que l'Union belge n'était pas prête à accepter. La distribution des bénéfices, par exemple. Les ailes flamande et francophone, récemment créées, ont généré des bénéfices. Les play-offs, avec les taxes sur les tickets, également. Une partie de ces bénéfices doit être consacrée au fonctionnement de la fédération, c'est logique, et je comprends aussi qu'on puisse garder un petit bas de laine en cas de problèmes imprévus, mais si les bénéfices sont plus importants que prévus, ils devraient être réinjectés dans le football, afin de développer des projets. La fédération ne doit pas devenir une caisse d'épargne. Or, elle a toujours tendance à thésauriser un peu trop. Les critiques proviennent surtout d'une certaine partie de la Wallonie, et en particulier de Liège. Le Standard a le droit de défendre son opinion, mais pas de mener une attaque en règle contre une personne, moi en l'occurrence. C'est pour m'expliquer à ce sujet que j'ai accepté de répondre à vos questions. Lorsqu'on a rencontré le White Star en Coupe de Belgique, le président Michel Farin m'a conseillé de communiquer davantage, car il sentait que ma crédibilité, qui était grande au départ, était en train de s'effriter. Or, je tiens à ma crédibilité. Celle de Michel Louwagie. Je me suis efforcé de jouer le jeu honnêtement et de ne pas l'influencer, même si j'avais parfois une opinion contraire. Je n'ai pas dit cela. En tant que président, on a forcément une conviction, et on peut essayer de rallier une majorité qualifiée, les deux tiers des votes, indispensables pour prendre une décision, à sa conviction. Cela s'est passé à maintes reprises, et souvent, la majorité qualifiée m'a suivi. Mais quand la majorité qualifiée est opposée à ma conviction, il faut s'incliner et suivre l'opinion de la majorité. Mais, si un président suit davantage qu'il ne convainc, c'est un mauvais président. Ceux du football belge en général, quoi que certains puissent penser le contraire. Il m'est même arrivé de demander aux membres du G4 d'assouplir leur position, pour tenir compte des intérêts des autres clubs. Attention : ces 12 clubs ont voté pour le principe d'un retour à un championnat à 18 équipes, sans play-offs. J'insiste sur le mot principe. On m'a reproché d'avoir traîné. Si le vote n'a pas été entériné tout de suite, c'est simplement parce qu'on n'a jamais trouvé une majorité qualifiée pour fixer les modalités de ce retour à 18 clubs. Sur ce point-là aussi, il fallait une majorité des deux tiers. Fallait-il supprimer les descendants ? Organiser des barrages à quatre, cinq ou six équipes ? Les avis divergeaient. En outre, le principe qui avait été voté parlait d'un retour à 18 équipes dès la saison prochaine. Cela impliquait de modifier le règlement en cours de compétition. Et là, en tant que président, je m'y suis opposé. On a été trop loin en utilisant ces termes-là. Une corruption, c'est un fait très grave. A-t-on bien mesuré la portée de ces accusations ? Que s'est-il passé, en réalité ? On a constaté que certains clubs ayant participé aux PO2 avaient perdu de l'argent. Pas tous : certains, comme Genk, Malines et Westerlo, qui ont pris les PO2 avec sérieux et les ont joués jusqu'au bout, ont gagné de l'argent. Mais on est effectivement arrivé à la conclusion qu'il y avait un déséquilibre dans la répartition des bénéfices. Il fallait donc offrir des compensations à ceux qui n'avaient pas la chance de participer aux PO1. Certains clubs auraient acheté la voix d'autres clubs ? Allons donc. Chaque année, il y a des clubs qui achètent des joueurs durant le mercato de janvier. Et chaque année, il y a des clubs qui prêtent certains de leurs éléments en manque de temps. Ils n'ont pas attendu la réforme pour cela. Cet hiver, La Gantoise a acheté Pelé Mboyo à Courtrai. Pensez-vous vraiment que c'était dans l'unique but d'acheter la voix de Courtrai ? Moi, je trouve au contraire qu'un million, c'est encore insuffisant. La plupart des clubs moyens de D1 fonctionnent avec un budget de cinq ou six millions. Ils ont signé des contrats avec leurs joueurs, mais aussi avec leur manager, leur directeur sportif, leurs responsables commerciaux et administratifs. Du jour au lendemain, le club descendant est obligé de fonctionner avec un budget d'un million et demi à deux millions, tout en devant continuer à assumer les contrats en cours. Accorder une compensation d'un million d'euros d'" accompagnement ", en cas de descente, c'est le strict minimum. Sans cela, beaucoup de clubs descendants tomberaient en faillite à plus ou moins court terme. Au cours des dernières saisons, le seul club descendu qui s'en est sorti est Saint-Trond, parce qu'il est soutenu par un grand financier. Où sont aujourd'hui Tubize, Roulers et Dender ? A l'agonie ! Je comprends d'autant moins les critiques sur ce million d'euros lorsqu'elles émanent d'un banquier comme le président de l'Antwerp, Eddy Wauters. S'il y a un homme qui devrait savoir à quel point les clubs relégués sont confrontés à de grosses difficultés, c'est bien lui. C'est le point le plus pénible, effectivement. Un accord de principe avait été trouvé pour maintenir un championnat à 16 équipes, avec play-offs. Mais on n'avait que dix voix et il en fallait onze pour obtenir la majorité des deux tiers. On l'a trouvé auprès de Lokeren, mais il fallait pour cela céder aux exigences du club waeslandien, qui voulait ce système de calcul sur trois ans. J'avoue que je n'en suis pas heureux. Mais c'était le seul moyen de sortir de l'impasse. Le principe est acquis au sein de la Ligue. Mais tout dépendra des décisions du Conseil de la concurrence et de la Commission nationale d'études. Il y a deux manières d'aborder la problématique. On peut considérer que ce calcul basé sur trois ans concerne uniquement la D1, puisque le principe d'un descendant direct et d'un barrage reste acquis. Dans ce cas, le choix opéré par la Ligue pro suffit. Mais on peut aussi considérer que ce système de calcul a aussi une influence sur la D2 - notamment parce que le club montant ne pourra sans doute plus se contenter de la 14e place pour se maintenir - et dans ce cas, le comité exécutif doit se prononcer. Pour être adopté, ce point doit alors recevoir l'approbation de la Commission nationale d'étude. C'est pour cela que mon successeur doit être une personne indépendante. Sans doute pas. Je suis conscient des problèmes que rencontrent les clubs de D2. Avec des rentrées minimales, c'est devenu quasiment invivable. Et je ne suis pas de ceux qui clament : Ce n'est pas notre problème, c'est du ressort de la Ligue nationale. Je me suis penché sur le cas de la D2 et j'espère que mon successeur poursuivra l'étude qui va être entreprise. S'il faut financer cette étude avec l'argent de la Ligue professionnelle, ou même avec l'argent du G4, on le fera. Se contenter d'offrir 600.000 euros à la D2 - une somme qu'il faut partager entre 18 clubs - c'est insuffisant. Tout à fait. J'ai d'ailleurs rencontré une délégation de supporters, mercredi passé. L'entrevue a été positive. J'ai essayé de comprendre leurs revendications. La majorité s'est prononcée en faveur d'une compétition forte. Donc, les PO1 ne constituent pas nécessairement un obstacle à leurs yeux. Ce sont surtout les PO2 et les PO3 qui les dérangent. Ils demandent aussi plus de communication et plus de participation structurée. Tous les deux mois, on essaiera donc de se revoir, pour discuter de points bien précis. Mais en Flandre, selon le sondage réalisé par la VRT auprès de 12.000 personnes, il n'y aurait que 70 % de supporters opposés à la réforme. Cela signifie que 30 % y étaient favorables. 30 %, après une première saison, c'est bien. Il faut toujours laisser le temps aux gens de s'habituer aux changements. Si l'on atteint 40 % l'an prochain, et peut-être 50 % dans deux ans, ce sera formidable. En revanche, si dans quatre ou cinq ans, on est toujours à 30 %, il faudra se dire qu'on a fait fausse route et revoir notre copie. Le prix des places peut constituer un problème, oui. On essaiera de trouver, dans un premier temps, un consensus pour fixer un prix maximal pour les supporters visiteurs. Détrompez-vous. Lorsque nous avons rencontré Lille en Europa League, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec mon homologue français, Michel Seydoux. Il trouvait la formule fantastique et m'a affirmé que le temps me donnera raison. J'ai retenu deux phrases de sa part : - Il faut laisser le temps au temps et - Il ne faut pas crever la gueule ouverte. Il entendait par là qu'il ne fallait jamais renoncer... Il y a l'aspect financier et l'aspect sportif. D'un point de vue financier, les play-offs génèrent cinq millions de rentrées supplémentaires, rien qu'en billets d'entrée. Les droits TV sont aussi supérieurs de cinq millions, grâce aux play-offs. Au total, cela fait donc un gain de dix millions. D'un point de vue sportif, les play-offs garantissent davantage de matches de haut niveau, davantage d'intensité, davantage de suspense. Même lors de la phase classique. Prenez le cas de l'antépénultième journée de championnat, il y a dix jours. Les matches Standard-Bruges, Malines-Gand et Lokeren-Zulte étaient clairement placés sous le signe des PO1. L'enjeu était énorme et ces matches ont été très animés. La saison dernière, tous les éléments se sont ligués contre nous. Il y a eu la problématique liée à la faillite de Mouscron. Il y a eu les conditions climatiques qui ont bouleversé le calendrier. Anderlecht a terminé la saison régulière avec 20 points d'avance. Même divisés par deux, cela reste une avance considérable, qui a tué le suspense. En plus, Genk et le Standard n'ont pas réussi à se qualifier pour les PO1. Cela ne devrait plus être le cas cette saison. Je n'ai rien contre Lokeren et Malines, mais j'espère que les Rouches atteindront le top 6. Croyez-vous que, même sans les play-offs, ce clivage n'existerait pas ? Et j'en suis toujours persuadé, en effet. En Belgique, c'est carrément le titre qui se joue dans les play-offs. Je sais que cela gêne certaines personnes, de savoir que le premier à l'issue de la saison régulière, n'est pas nécessairement assuré du titre, mais les règles sont connues dès le départ. Chacun sait que l'objectif ne doit pas être de terminer en tête après 30 matches, mais de gagner les play-offs. Que l'on aborde, ou pas, avec un avantage lié aux points que l'on a remportés lors du premier tour. J'avais proposé de ne pas les diviser par deux. Je n'ai pas été suivi. Les clubs ont préféré assurer le suspense. Mais, ceux qui se plaignent que le vainqueur de la saison régulière n'est pas champion, peuvent être comparés au coureur cycliste qui, au terme de Kuurne-Bruxelles-Kuurne, se croit vainqueur parce qu'il avait atteint la ville de Kuurne en premier lieu. Alors qu'il savait très bien que six tours de circuit local étaient encore programmés. C'est parfois difficile de faire évoluer les mentalités, dans le milieu du football. En basket, le système des play-offs est admis et ne gêne personne, au contraire. L'an passé, Liège avait terminé la saison régulière en tête mais c'est Charleroi qui a été déclaré champion au terme des play-offs. Ils sont perfectibles. Personnellement, je serais plutôt favorable à une formule par élimination directe, à la place du système de poules actuellement en vigueur. Ce serait plus vivant. Le problème, c'est que les équipes éliminées au premier tour n'auraient alors que deux matches à se mettre sous la dent et seraient confrontées à une trop longue période creuse, durant l'entre-saison. Le système de poules, c'est la garantie d'avoir six matches. Les cinq matches, entre les 15e et 16e classés, permettent d'éviter qu'une équipe se retrouve sans matches officiels durant deux mois avant d'entamer les barrages avec les clubs de D2, comme cela avait été le cas de Roulers l'an passé. Le système actuel a du bon, selon moi. Je suis plus réticent, je le répète, en ce qui concerne le mode de désignations des deux clubs appelés à disputer les PO3, que l'on veut calculer sur trois ans. Si l'on repassait à 18 équipes, on s'exposerait à d'autres drames comme celui qui a frappé Mouscron. On pourrait modifier les dates du mercato en Belgique. Décider, par exemple, qu'il s'ouvrirait le 1er décembre, mais uniquement pour les joueurs transférés d'un club belge à un autre. C'est l'une de mes idées, j'ignore si j'aurai encore l'occasion de la mettre en application d'ici la fin de mon mandat. Pour le mercato international, en revanche, on ne peut rien faire : les dates sont fixes. Lorsque la formule de compétition sera définitivement établie, c'est-à-dire dans deux ou trois semaines, on lancera un appel d'offres. J'espère pouvoir tout finaliser vers la mi-mai. En France, malgré la crise, le contrat TV a atteint un chiffre record de 600 millions. En extrapolant, je me dis que, si un pays de 60 millions d'habitants peut obtenir 600 millions d'euros, un pays de 10 millions d'habitants comme la Belgique devrait viser 100 millions d'euros. C'est ce que je regrette le plus. C'est comme si un concessionnaire automobile essayait de vendre une belle voiture à un client de passage en lui disant : - Elle vaut 100.000 euros, mais elle consomme énormément, les freins sont défectueux et il y a une portière qui ne ferme plus... Croyez-vous que le client déboursera 100.000 euros ? Il demandera, au minimum, une réduction, si tant est qu'il ne renoncera pas carrément à la voiture. Les 100 millions sont sans doute utopique. Mais, aux Pays, ils ont obtenu 60 ou 65 millions. Ceux qui pensent que le G4 est égoïste doivent savoir qu'au Portugal, seules quatre équipes - Benfica, le Sporting, Porto et Braga - touchent des droits TV. Les autres n'ont rien. Mais si l'on veut un contrat décent, il faut se présenter de façon positive. Car, quoi qu'on en pense, c'est un beau produit que l'on essaie de vendre aux chaînes de télévision. Un beau produit en devenir. Exactement. Il y a encore des corrections à apporter, mais lorsque ce sera le cas, je pense que l'on pourra être fier de la formule. Peut-être applaudira-t-on déjà à la réussite des PO1 dès cette année. Peu importe qui remportera le titre. J'espère surtout que l'on aura une belle compétition, passionnante jusqu'au bout.PAR DANIEL DEVOS - PHOTOS: REPORTERS/ GOUVERNEUR" Il faut veiller à ce que mon successeur soit une personne indépendante. " " La fédération ne doit pas devenir une caisse d'épargne. Or, elle a tendance à trop thésauriser. " " Si un président suit davantage qu'il ne convainc, c'est un mauvais président. "