A 26 ans, le jeune homme d'Heppenheim est le patron officieux des pilotes de F1. Son écurie lui obéit et ses adversaires ne voient généralement que l'arrière de son bolide. A la veille du GP de Spa-Francorchamps, Sebastian Vettel emmène à nouveau le classement mondial. Ses rivaux sont prévenus : " Je veux toujours être le meilleur. Partout. "
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A 26 ans, le jeune homme d'Heppenheim est le patron officieux des pilotes de F1. Son écurie lui obéit et ses adversaires ne voient généralement que l'arrière de son bolide. A la veille du GP de Spa-Francorchamps, Sebastian Vettel emmène à nouveau le classement mondial. Ses rivaux sont prévenus : " Je veux toujours être le meilleur. Partout. " Sebastian Vettel : C'est très simple. Sur le circuit, c'est le patron, Christian Horner, qui prend les décisions. Il est conseillé par Helmut Marko, le directeur des sports moteurs de Red Bull tandis que Dietrich Mateschitz, le propriétaire de l'équipe, travaille en coulisses. On m'implique évidemment dans le développement de la voiture. On m'interroge aussi au moment d'embaucher un second pilote, sans que je prenne de décision. Je ne m'installe pas à table avec quelqu'un pour lui dire : " Tu signes là. " Ce n'est pas mon boulot. Je suis pilote et je suis avant tout payé pour rouler. Oui. Je comprends que je ne puis me limiter à la course. J'ai un impact sur la motivation de toute l'équipe, sur l'ambiance dans le garage... Je ne suis pas le patron mais je fais partie de l'écurie depuis cinq ans et tout le monde sait ce que je veux. Cela ne pose aucun problème. Naturellement, je suis exigeant. Je veux que chacun travaille avec discipline, fasse de son mieux. Je veux que chacun soit bien préparé à ses tâches, arrive en forme au travail, ne se laisse pas déconcentrer et ne laisse rien au hasard. Quand il y a matière à faire la fête, on peut se relâcher car tout le monde l'a mérité. Il n'y a pas de régime Vettel, ici ! Tout le monde dispose de libertés. Je demande simplement que tous prennent leur travail aussi à coeur que moi. En donnant l'exemple. Tout ça se déroule de manière inconsciente. Il est rarissime que je monte sur mes ergots et que je dise : " -Tu n'es pas bon, tu dois changer. " Mais c'est déjà arrivé, bien sûr. Mentalement, c'est vraiment très lourd. C'est pour ça qu'à la fin de chaque saison, j'essaie de me déconnecter et de m'isoler. Avant, je ne pouvais pas l'imaginer un instant : je pensais chaque seconde de l'année aux courses et je n'avais que la F1 en tête car c'était mon objectif ultime. Cependant, on ne peut pas vivre constamment comme ça sous peine de craquer sous l'effet du stress et de la pression. Tous les pilotes de F1 sont talentueux, l'un plus que l'autre, mais en fin de compte, la course se joue dans la tête. C'est le cas dans tous les sports, d'ailleurs. Non. Mais je refuse de me laisser influencer. Qu'ils me plaisent ou non, les propos des gens n'ont pas le moindre impact sur l'issue du championnat du monde. Peut-être pensent-ils en tirer un avantage à leur manière mais moi, je n'aime pas ces petits jeux. Je n'éprouve pas le besoin d'y réagir. Je préfère répondre sur le circuit. Ce qui compte à mes yeux, c'est de rester fidèle à moi-même et d'agir comme je pense devoir le faire. C'est un principe de vie très simple et jusqu'à présent, il a toujours bien fonctionné. Les masques finissent toujours par tomber. Je ne suis pas un acteur. Très importantes. J'ai déjà commis des erreurs depuis mes débuts en F1 mais j'ai toujours été honnête envers moi-même et mon entourage. Je n'ai pas de mal à reconnaître mes erreurs, au contraire : je trouve que c'est indispensable. J'assume une énorme responsabilité dès que je monte dans le cockpit : des centaines de collaborateurs me regardent. J'ai un rôle de modèle. Je ne veux pas abuser ceux qui s'identifient à moi. Ce n'est pas une situation facile, il est même parfois franchement difficile de dire la vérité et de reconnaître ses erreurs. Il est bien plus aisé de nier, de rejeter la faute sur d'autres mais il n'en est pas question car je ne serais plus moi-même. C'est un défi. Beaucoup de gens rêvent de tout ça et certains baignent dedans. Moi aussi, je veux connaître le succès car j'aime être sur le podium, acclamé de toutes parts. Cela m'emplit de fierté. Cependant, je n'attends pas des autres qu'ils se comportent autrement avec moi simplement parce que je sais rouler vite. Beaucoup de gens font des choses bien plus importantes tous les jours, comme sauver des vies ou inventer des choses. Je n'éprouve pas le besoin d'être constamment au centre de l'attention générale. Rouler en F1 est mon rêve depuis toujours mais je n'aime pas tout ce méli-mélo. Quand je pilote, je ne pense pas au pouvoir ni à l'argent, je veux juste rouler vite. C'est exact mais je n'abuserai jamais de ce pouvoir. Cela n'avait rien à voir. Je n'ai vraiment pas compris le code à la radio et ensuite, je n'y ai plus pensé. Ceci dit, même si j'avais su ce que l'équipe voulait de moi, j'aurais quand même rattrapé Mark. Compte tenu de tout ce qui s'est passé ces dernières années, il n'aurait pas été juste de suivre cet ordre. Je ne voulais pas nuire à l'écurie ni faire le malin pour la cause, ce n'est pas mon genre. L'opinion publique se base sur l'image qu'elle s'est faite de quelqu'un ou sur ce qu'elle voudrait qu'il soit. Ainsi, Kimi Räikkönen, selon elle, ne dirait jamais rien et serait toujours d'un calme olympien. Mark aurait un penchant pour la controverse et moi, je serais le brave petit garçon... Ce n'est pas aussi simple, ce n'est qu'une impression. Notre image ne reflète pas la réalité parce que les gens ne nous connaissent tout simplement pas. C'est sans doute pour ça que ma réaction a surpris tant de gens mais au sein de l'écurie, personne n'a manifesté d'étonnement. La plupart se sont demandés où était le problème. Selon la devise : je vous traite comme vous me traitez. J'ai toujours eu beaucoup de respect pour Mark sur le circuit mais ce n'est pas un secret : en-dehors, nous n'avons pas d'atomes crochus. Ce n'est pas nécessaire non plus. Nous devons travailler ensemble, contribuer à mettre l'auto au point et éviter de nous mettre des bâtons dans les roues. C'est tout. Pour moi, peu importe qui viendra. C'est plutôt marrant. Certains me gréent mon succès, d'autres pas. Je commence à comprendre certaines choses, que Michael Schumacher a également vécues car l'histoire se répète. On n'estime certaines performances à leur juste valeur que plus tard alors que sur le moment-même, on cherche des arguments pour les minimiser. Cela ne me dérange pas. Ce qui compte, c'est ce que je pense de moi. Je ne suis pas narcissique mais je suis très heureux de ce que j'ai accompli. Devenir champion du monde ne serait-ce qu'une fois n'était qu'un rêve. Je n'osais imaginer plusieurs titres car la F1 était tellement loin, si inaccessible que nourrir de telles pensées aurait été de la folie. J'ai pourtant tout mis en oeuvre pour réussir. Pendant que d'autres s'amusaient et se prélassaient au bord d'une piscine, je m'entraînais sur mon vélo de course. Pendant que d'autres guindaillaient, j'étais au lit, pour être frais le lendemain. Je n'en avais pas toujours envie mais je voulais réussir. Tous ces sacrifices ont porté leurs fruits. Ma détermination a fait la différence. Je ne dois mon bonheur qu'à moi-même. Maintenant, je ne dois pas perdre de vue à quel point tout cela est spécial. Tout va très vite sur le circuit. Nous flirtons avec nos limites et nous devons en être conscients mais je n'amorce pas un virage en me demandant si mes pneus vont résister. Nous devons partir du principe qu'il n'y a pas de problème. Il y en a eu à Silverstone, de fait, mais j'en ignore les causes. Une chose doit être claire : nous devons toujours veiller à notre sécurité et j'ai évoqué les pneus il y a des semaines, de ce point de vue. Cela n'a rien à voir avec une peur quelconque. Je n'ai aucune raison de le faire pour l'instant. Il est impossible de prédire ce qui se passera la saison prochaine, avec les nouveaux moteurs, des six cylindres au lieu de huit cylindres. Les rapports de force peuvent changer du tout au tout. Ce changement va exiger beaucoup d'efforts de notre part mais je veux effectuer ce pas avec Red Bull. Je suis conscient de risquer un échec, de pouvoir me retrouver d'un coup en queue de peloton, mais je suis suffisamment motivé pour tout mettre en oeuvre afin de revenir parmi l'élite, si cela arrivait. C'est une question de loyauté. Je veux être fidèle à l'écurie, l'aider et pas dire, au premier mauvais résultat : " Bon, c'est terminé, salut ! " Je ne vais pas changer d'équipe pour démontrer quoi que ce soit. La seule chose qui compte, c'est ce que je vois dans mon miroir. Pour moi, la gloire ne consiste pas à changer d'écurie pour montrer ce que je vaux. Je n'ai d'ailleurs pas le sentiment de devoir faire mes preuves. PAR MICHAEL WITTERSHAGEN - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Quand je pilote, je ne pense pas à l'argent ni au pouvoir : je veux juste rouler vite. "