Idriss Saadi (24 ans) est à Courtrai depuis cet été, mais n'a pas encore visité Bruxelles ni Bruges. Il vit à Dottignies près de Mouscron, mais continue d'aller faire ses courses chez Auchan de l'autre côté de la frontière. " Je pense qu'on m'a demandé de venir jouer en Belgique, pas de venir y vivre et jusqu'ici, je le fais plutôt bien (rire) ", répond du tac au tac le joueur formé à Saint-Étienne. Un an et demi après une grave blessure qui l'a trop longtemps tenu écarté des terrains, l'actuel meilleur buteur du championnat est visiblement revenu sur les pelouses avec la volonté d'y laisser une trace. " L'objectif, c'est que mes adversaires continuent de voir le taureau qui est dans mon dos. Ça voudra dire que j'ai toujours un temps d'avance. "
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Idriss Saadi (24 ans) est à Courtrai depuis cet été, mais n'a pas encore visité Bruxelles ni Bruges. Il vit à Dottignies près de Mouscron, mais continue d'aller faire ses courses chez Auchan de l'autre côté de la frontière. " Je pense qu'on m'a demandé de venir jouer en Belgique, pas de venir y vivre et jusqu'ici, je le fais plutôt bien (rire) ", répond du tac au tac le joueur formé à Saint-Étienne. Un an et demi après une grave blessure qui l'a trop longtemps tenu écarté des terrains, l'actuel meilleur buteur du championnat est visiblement revenu sur les pelouses avec la volonté d'y laisser une trace. " L'objectif, c'est que mes adversaires continuent de voir le taureau qui est dans mon dos. Ça voudra dire que j'ai toujours un temps d'avance. " IDRISS SAADI : Oui, d'ailleurs ça chambre un peu dans le vestiaire depuis que j'ai le taureau dans le dos, mais concrètement je ne m'emballe pas trop. Ça aurait fière allure sur mon CV si je suis toujours meilleur buteur en fin de saison, mais là, à l'instant précis où je vous parle, ça ne sert vraiment à rien d'autre qu'à flatter mon ego. Il suffit de regarder le cas de Cavani au PSG. Il est critiqué, puis il met 4 buts contre Caen avant d'être critiqué à nouveau parce qu'il a raté une occasion. La vie d'attaquant est ainsi faite, c'est un poste ingrat. SAADI : C'est facile de juger au simple regard des statistiques. Si vous ne regardez que ça, vous pouvez en effet vous dire que je n'ai plus joué depuis un certain temps, mais ce serait faire abstraction de tout le travail que j'ai effectué pour retrouver mon niveau. Ça fait longtemps que je suis complètement remis (en janvier exactement, mais il n'a eu droit qu'à 8 minutes de jeu avec Cardiff jusqu'en mai 2016, ndlr) et je connais assez bien mon corps pour savoir où j'en suis physiquement. Je me suis toujours donné à fond pour être prêt le jour J. Seulement, quand vous revenez en cours de saison comme l'an dernier, vous ne partez pas sur un pied d'égalité avec vos coéquipiers. C'était par contre le cas à mon arrivée à Courtrai et Karim Belhocine me l'a tout de suite bien fait sentir. Je ne suis donc pas surpris de ma réussite actuelle, c'est juste la preuve que j'ai eu raison de ne jamais rien lâcher dans les moments de moins bien. SAADI : Je crois au destin, mais pas à la poisse. Si c'est arrivé, c'est que cela devait être dans l'ordre des choses. Le changement d'appui que je fais au moment où mon genou tourne, j'en ai fait des milliards avant ça et des plus dangereux surtout, mais à ce moment-là, ça a craqué. C'est ce que je pense être le destin. C'est peut-être de me dire ça qui m'a aidé à me relever si rapidement et à marcher avec des béquilles au lendemain de l'opération. J'allais faire quoi ? Tout abandonner ? Ce n'est pas dans mon caractère. Après, je ne suis pas une machine non plus et c'est vrai que j'ai pris un coup au moral sur le moment. Ma force, ça a peut-être été mon insouciance. Je ne savais pas encore tout le boulot que j'allais devoir abattre pour retrouver mon meilleur niveau. SAADI : C'est possible. Peut-être que c'est grâce à Christophe Monguet (son agent et l'un des plus influents du marché français, ndlr) peut-être que c'est Dieu aussi. Toujours est-il que je me suis donné du mal encore une fois. Je m'étais fixé comme objectif de courir après 4 mois et demi, c'est ce que j'ai fait. À partir de là, je redevenais un joueur à suivre. Après, ça n'empêche pas que sur l'instant T, au moment de ma blessure, je pensais avoir loupé le bon wagon en donnant ma parole à Clermont de rester jusqu'en fin de saison. Heureusement, mon statut de meilleur buteur de Ligue 2 à la trêve (11 buts en 21 matchs, ndlr) a visiblement laissé des traces et certains clubs anglais sont revenus à la charge. Ils se sont simplement dit que je ne pouvais pas avoir tout perdu en quelques mois. SAADI : D'un point de vue foot, c'est vrai que ça ressemble à un échec. On me surnomme parfois " le Taureau " en référence à la puissance que je dégage sur un terrain, donc ce championnat que je considère comme l'un des meilleurs au monde aurait pu me convenir. Sauf que j'ai enchaîné les préparations physiques alors que je me sentais pourtant prêt à revenir et que mon corps a fini par me lâcher en novembre. Ce que je retiens de cette expérience est donc surtout en lien à la qualité de vie, même si au bout de huit jours sur place, je n'avais pas encore vu le soleil (rire). Au-delà de ça, ce que j'ai aimé là-bas, et j'ai l'impression que c'est un peu pareil en Belgique, c'est l'ouverture d'esprit des gens (long silence). Il n'y a pas tous les problèmes qu'on entend en France ces derniers temps. Tu peux avoir un pull rose, des cheveux bleus, ça va ne choquer personne tant que tu respectes l'autre. En France, dès que tu sors du moule, tu as des problèmes. Je suis musulman pratiquant et quand je rentre au pays, je sens cette psychose. Maintenant en France, et j'exagère à peine, il vaut mieux être dénudé que couvert, c'est du jamais vu. On vit dans une drôle d'époque. Et malheureusement, sur certains fous, ça a créé un rapprochement avec les extrêmes. À partir de là, il n'y a plus de Noirs, de Blancs, de musulmans, de chrétiens ou de juifs, c'est tout le monde qui est condamné à payer pour le climat que nous avons nous-mêmes mis en place depuis plusieurs années. C'est triste. SAADI : On est obligé de parler du passé pour parler du futur, mais il y a une chose certaine : je n'oublie jamais rien et donc pas non plus ce qui s'est passé l'an dernier à Cardiff. Une fois sur la touche, je n'existais plus aux yeux du club. Logiquement, cet été, et vu le peu de considération que j'avais là-bas, je voulais rentrer en France, mais eux voulaient me garder dans le giron du club. Je n'ai pas eu 36.000 choix à partir du moment où il était hors de question que je rejoigne le championnat bosnien et que Courtrai avait déjà fait appel à moi avant que je signe à Cardiff l'an dernier. À l'époque, Cardiff avait eu le dernier mot en tant que club directeur du projet de Vincent Tan et j'en avais été le premier ravi parce que je rêvais depuis tout petit de l'Angleterre. En un an, les choses ont bien changé et après deux mois à Courtrai, je revis. Peut-être qu'il y a cinq ans, j'aurais encore hésité avec Sarajevo, mais vu de l'extérieur, je peux vous assurer que le football belge n'a plus la même réputation qu'avant en Europe. Je ne pense pas qu'il y a d'ailleurs, à l'heure actuelle, de meilleure vitrine en Europe que le championnat belge. PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTOS BELGAIMAGE