"On venait à peine de se dépêtrer de cette reprise du club et on retrouvait seulement un peu de calme. Maintenant, il y a toute cette merde qui nous tombe dessus ", lâche un membre du personnel du Standard.
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"On venait à peine de se dépêtrer de cette reprise du club et on retrouvait seulement un peu de calme. Maintenant, il y a toute cette merde qui nous tombe dessus ", lâche un membre du personnel du Standard. Une semaine après l'inculpation de Luciano D'Onofrio pour blanchiment d'argent, faux et usage de faux, cinq autres personnes ont également été inculpées pour faux et usage de faux par le juge liégeois PhilippeRichard : les trois derniers directeurs généraux ( Alphonse Costantin, Pierre Delahaye et Pierre François), le comptable de l'OM, Jean-René Angeloglou, et l'agent de joueurs et restaurateur Djuro Sorgic. " J'ai été surpris par le timing de l'annonce puisque, de source sûre, on m'avait confirmé que ces inculpations tomberaient à la fin de l'été, fin août-début septembre ", explique David Leloup, journaliste au Soir qui a mené une enquête d'investigation sur les sociétés offshore de D'Onofrio. Et pourtant, cela aurait pu être pire. Imaginons un instant le séisme que cette double annonce, à une semaine d'intervalle, aurait pu constituer si le Standard était toujours aux mains de D'Onofrio ! La reprise -et le fait que Roland Duchâtelet soit totalement étranger à ces affaires- a permis à la maison rouche de rester debout et lui garantit une pérennité même en cas de condamnation. Que reproche-t-on aux cinq derniers inculpés ? D'avoir participé ou cautionné le système mis en place par D'Onofrio, qui permet de payer une partie du transfert des joueurs sur base de fausses factures. Cela permet de minorer le salaire des joueurs (et donc de payer moins de charges sociales et moins d'impôts) mais également de blanchir de l'argent lors de l'émission de chaque facture. Les transferts ciblés par la justice sont ceux d' Ivica Dragutinovic (il s'agit plutôt de sa prolongation de contrat en janvier 2003), de Miljenko Mumlek, de Sambegou Bangoura et de Sergio Conceiçao entre 2003 et 2005. " Je me demande s'il ne s'agit pas d'une inculpation de type technique, qui fait suite à l'inculpation de Luciano D'Onofrio ", a immédiatement réagi Pierre François. Si la justice a inculpé les trois directeurs généraux du Standard, c'est soit qu'elle considère qu'ils ont activement participé au système mis en place par D'Onofrio, soit qu'elle pense qu'ils se sont trouvés dans une situation où ils ont signé des documents sans qu'ils ne soient à l'origine d'une quelconque organisation des transferts et du partage des commissions qui interviennent dans le cadre de ceux-ci. Dans le deuxième cas, la justice devra répondre à cette question : signer un document fait-il de celui qui le signe un responsable pénal ? Pierre François, qui a reçu le soutien de son président Duchâtelet, n'a jamais envisagé de démissionner de son poste de directeur général et s'est exprimé devant son personnel lundi pour expliquer la situation. " Je n'ai plus été entendu depuis l'audition que j'avais moi-même suscitée et demandée en 2005 ", explique François, " Je n'ai jamais été entendu par le magistrat instructeur, ce qui, je le concède, n'est pas une condition juridique à une inculpation mais dès que j'ai appris que je pourrais être inculpé, j'ai téléphoné à l'inspecteur qui m'avait reçu et j'ai demandé pour m'entretenir avec le magistrat afin qu'il puisse lui-même vérifier du fondement de l'inculpation. Je n'ai pas été entendu. Quand je dis que je suis serein, cela ne signifie pas que je considère cette inculpation comme banale mais je suis serein dans la mesure où je reste convaincu de ma totale bonne foi. En 2003-2004, je n'ai jamais été en charge des négociations des contrats. S'il y avait des intermédiaires, des clubs, agents, ce n'est pas moi qui fixais le budget et les montants qui devaient leur revenir. Sans dire que j'ai été un cachet ou une signature, la négociation des contrats ne relevait pas de mes compétences. Cela a changé quelques années plus tard. "En tenant ces propos, François renvoie la balle à son supérieur hiérarchique, D'Onofrio, avec lequel il semble ne plus avoir été en contact depuis l'inculpation des deux parties. " Je n'ai pas eu l'occasion de lui en parler dès lors qu'il ne m'a pas téléphoné ", s'est contenté de répondre François. Pierre François nous a également affirmé que " toutes les sommes payées par le Standard sont déclarées. Il n'y a pas de noir au Standard. Et depuis que je suis présent au club, en 2003, il n'y a plus eu de mise de fonds des actionnaires ". Or, ce sont ces mises de fonds que vise surtout la justice liégeoise. Depuis l'inculpation du directeur général, certaines personnes ont également pointé du doigt la domiciliation et le changement de nationalité de François. " Le fait que je sois devenu français relève de ma vie privée et fait suite à une demande de naturalisation de longue date. Cela ne cache absolument rien puisqu'au moment où j'ai changé de domicile privé en m'établissant à Metz, j'ai veillé à ce que ma situation fiscale reste inchangée et que je sois toujours assujetti à l'impôt des personnes physiques belges. Je ne voulais justement pas que mon changement porte le flanc à la critique. Je tiens d'ailleurs à dire que je ne suis pas en société mais en personne physique et que j'ai toujours uniquement perçu au Standard mon salaire de directeur général, à l'exception de deux primes de Champion et d'une pour la victoire en Coupe et que les seules factures sont celles établies conformément à ma convention de prestation de services. C'est bien la preuve que je peux être serein. "Ces inculpations ne signifient pas nécessairement procès. Une fois l'instruction terminée, le dossier sera renvoyé au Procureur du Roi qui dressera un réquisitoire. Soit il exprime un non-lieu pour certaines personnes, soit il demande au juge d'approfondir certains points, soit il renvoie certains acteurs devant le tribunal correctionnel. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" La justice devra répondre à cette question : signer un document fait-il du signataire un responsable pénal ?"