Le 26 avril, Dietmar Hopp fêtera ses 80 ans. " Trouver un vaccin contre le Covid-19 serait mon plus beau cadeau ", confie-t-il. Le 29 février dernier, des ultras du Bayern ont déroulé des banderoles insultantes à son encontre dans le stade d'Hoffenheim. Le riche Hopp a également été la cible de supporters dans d'autres stades. L'opinion publique a radicalement changé, car en pleine pandémie, Hopp a annoncé plancher sur la mise au point d'un vaccin avec l'une de ses sociétés. D'un coup, le dirigeant conspué est devenu l'espoir de toute une nation.
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Le 26 avril, Dietmar Hopp fêtera ses 80 ans. " Trouver un vaccin contre le Covid-19 serait mon plus beau cadeau ", confie-t-il. Le 29 février dernier, des ultras du Bayern ont déroulé des banderoles insultantes à son encontre dans le stade d'Hoffenheim. Le riche Hopp a également été la cible de supporters dans d'autres stades. L'opinion publique a radicalement changé, car en pleine pandémie, Hopp a annoncé plancher sur la mise au point d'un vaccin avec l'une de ses sociétés. D'un coup, le dirigeant conspué est devenu l'espoir de toute une nation. Est-il vraiment réaliste d'espérer qu'un vaccin contre le coronavirus soit disponible dès cette année ? DIETMAR HOPP : Si tout va bien, le vaccin sera disponible en automne. Quels obstacles peuvent encore surgir ? HOPP : Pareille étude comporte toujours de nombreuses incertitudes. C'est ce qui les rend complexes et chères. Dans le cas qui nous occupe, nous pouvons prendre du retard si les chercheurs sont contaminés, par exemple. On ne peut pas non plus exclure de problèmes techniques avec des procédures aussi compliquées. Enfin, il faut des autorisations. Elles peuvent ralentir la mise à disposition du vaccin. Virologues et épidémiologistes n'espèrent pas de vaccin avant 2021. HOPP : Ce n'est pas exclu, en effet. Je parle de l'automne si tout se déroule de manière optimale, mais c'est une spéculation. D'autre part, il est clair qu'on peut encore attendre jusqu'en janvier, mais certainement pas jusqu'en décembre 2021. Si tout se déroule sans encombre, combien de vaccins la firme CureVac, dont vous êtes l'actionnaire principal, pourrait-elle fournir ? HOPP : Le vaccin peut être livré dès que la phase quatre de la production est achevée. Le soutien financier que l'Union européenne laisse entrevoir pourra permettre de porter la capacité de production à plusieurs milliards de doses. On raconte que le gouvernement américain compte s'emparer de CureVac pour s'approprier le futur vaccin. Vous avez immédiatement réagi en déclarant qu'un vaccin mis au point en Allemagne ne pouvait être réservé à l'Amérique seule. Que s'est-il passé ? HOPP : Le week-end dernier, le Mannheimer Morgen a interpellé le professeur Hettich, un des dirigeants du Dievini Hopp BioTech Holding, suite à une primeur du Welt am Sonntag, qui avait enquêté sur le sujet. Il a expliqué notre position : un vaccin doit être disponible dans le monde entier et pas disponible dans quelques pays seulement. Nous sommes très clairs à ce propos : nous devons être solidaires et approvisionner tous les pays du monde, pour autant que d'autres fabricants ne l'aient déjà fait. Savez-vous si le gouvernement américain a vraiment fait cette demande, comme plusieurs ministres allemands l'ont fait comprendre ? HOPP : Nous ne le savons pas. Le conseil d'entreprise de CureVac a déjà répondu. Ça n'a pas le moindre impact sur notre attitude. Nous avons simplement répondu à la question d'un journal et clarifié notre point de vue. Certains médias ont prétendu que le refus opposé à Donald Trump n'était pas étranger aux insultes que vous subissez dans les stades de Bundesliga. HOPP : Mais ça n'a absolument rien à voir ! Nous avons répondu à une question, ni moi ni mon entreprise n'avons fait de déclaration. Et cette citation a ensuite été envoyée aux agences de presse. Même si ces insultes, qui vont jusqu'à des menaces de mort, me touchent profondément, je ne penserais jamais un instant à établir un rapport entre ces deux choses. Il s'agit ici de deux engagements complètement différents. Je n'ai pas besoin de motivation extérieure pour m'engager pour le bien-être des gens. Selon vous, quelles vont être les conséquences de cette crise sanitaire pour l'économie allemande, qui dépend énormément de l'export, et de l'économie mondiale ? HOPP : Je ne suis pas assez bon mathématicien pour en juger en détail, mais il suffit de suivre les cours boursiers dans le monde entier pour comprendre que la situation est dramatique. Comment réagissez-vous, en tant qu'investisseur et actionnaire principal ? HOPP : En gardant mon calme et en me concentrant sur les choses qui fonctionnent et sont importantes pour moi et mon institut. Les collaborateurs de CureVac mettent tout en oeuvre pour produire le plus vite possible un vaccin efficace et sûr. En période de crise, on compte sur la solidarité. Comment les sociétés peuvent ou doivent-elles afficher leur solidarité ? HOPP : Personne ne sait combien de temps cette crise va durer. Je ne peux donc pas donner de réponse claire. Il y a de nombreuses façons de témoigner sa solidarité à son personnel, à ses partenaires, à ses clients. Je n'ai pas à donner de conseils ni de recommandations. L'Allemagne regorge d'entrepreneurs intelligents et novateurs. Ils vont bien trouver des solutions. Les gens sont souvent créatifs et empathiques en période de crise. Passons au sport et au football. Vous avez manifesté votre sympathie pour un fonds de soutien au football professionnel. On vous écoute ? HOPP : Je l'espère. Le grand public en a pris connaissance et a bien accueilli l'idée. Je ne suis pas le seul à le penser. Je me suis contenté de le formuler. J'ai lu qu'Uli Hoeness s'était aussi exprimé en ce sens. Quelle part pouvez-vous et voulez-vous apporter avec le TSG 1899 Hoffenheim ? HOPP : Nous avons déjà répondu en lançant un fonds d'aide. Il a connu un énorme retentissement. Nous devons aider les gens qui se retrouvent subitement dans le besoin et dont la vie est en danger. Depuis qu'il a fait son apparition dans le football professionnel, le TSG s'est profilé comme le club de toute une région. Nous devons maintenant le faire à un autre niveau. Je suis particulièrement heureux que notre équipe se soit engagée avec autant d'enthousiasme. Nos voisins du SV Waldhof Mannheim se sont immédiatement manifestés. C'est formidable. Le football professionnel est privilégié sous maints aspects. La crise actuelle place aussi un club de football face à des défis inédits. Dans le cadre de nos possibilités, nous voulons aider tout ceux qui souffrent plus que nous. Le club planifie aussi une journée d'action. Les rentrées reviendront aux institutions qui réalisent des tâches surhumaines en ces moments difficiles. Le personnel médical, les prestataires de soins et d'autres professions vont au-delà de leurs forces pour nous aider. Nous voulons leur témoigner notre respect et les soutenir. Qu'attendez-vous de la DFL, la Ligue Pro, et de la DFB, la fédération, de ce point de vue ? HOPP : Une ligue professionnelle ne peut pas donner grand-chose, à cause de sa structure, mais nous constatons que tant la DFL que la DFB ont le sens des responsabilités. Elles essaient de préserver le jeu pour que les clubs puissent au moins percevoir les rentrées budgétisées issues des droits TV. Quand j'ai déclaré ne pas apprécier l'idée de matches sans spectateurs, je n'étais pas conscient de la relation entre les journées disputées et le versement des droits TV. C'est pour ça que je me suis repris ensuite. La DFL et la DFB assument actuellement une énorme responsabilité. Près de 60.000 emplois sont en jeu. Comme nous tous, ils se retrouvent dans une situation à laquelle nul ne devrait jamais faire face. Ni professionnellement ni en privé. Nous suivons donc attentivement tous les développements. Les spécialistes de la santé doivent constamment intervenir. Ils le reconnaissent. Ça insuffle confiance durant une période très difficile pour chacun. Les salaires représentent environ 40% des coûts. Demandez-vous, comme le ministre-président de la Bavière, Markus Söder, que les footballeurs sacrifient une partie de leur salaire ? HOPP : Je demande de la solidarité et de la sensibilité. Nos joueurs en font preuve, puisqu'ils participent au fonds d'aide. Nous sommes en contact permanent avec notre capitaine, Benjamin Hübner. C'est un homme intelligent, très réfléchi, qui voit plus loin que le bout de son nez. Je suis tout à fait sûr que beaucoup de nos professionnels sont conscients de la situation. Dans le passé, les footballeurs ont souvent été sensibles et ont montré leur conscience sociale. La Mannschaft a également annoncé un don de plusieurs millions et je suis convaincu que ce n'est pas la dernière action. L'EURO a été reporté à l'été 2021, alors que la date était réservée à un Mondial à 24 clubs. Vivons-nous les derniers moments de la folie des grandeurs et de l'expansion du football, avec toutes ces nouvelles compétitions et cette surenchère permanente ? HOPP : En ce qui concerne le football, ce serait bien le seul aspect positif de cette terrible pandémie. Qu'attendez-vous des organisations internationales pendant cette crise ? HOPP : Je ne suis pas en situation d'attendre quelque chose. Je ne puis que m'appuyer sur mes valeurs personnelles. Je demande que chacun assume ses responsabilités, soit modeste et agisse avec bon sens, que chacun s'occupe des tâches que nous avons confiées à ces fédérations. À quoi ressemblera le football professionnel de l'avenir ? Selon vous, quelles doivent être ses priorités ? HOPP : J'aime ce sport depuis mon enfance. Tous ceux qui sont dans la branche doivent savoir d'où ils viennent et quelles sont leurs responsabilités à l'égard de ce jeu fantastique et de ses amateurs.