La séance photo a lieu à la Cathédrale Saint-Paul de Liège. Le lieu n'est évidemment pas anodin pour celui dont la foi guide la vie depuis maintenant près de dix ans. Elle l'a apaisé, aidé à relativiser les nombreux événements qui ont animé sa vie d'homme ou de joueur pro, et ce n'est certainement pas le penalty loupé, quelques jours plus tôt, par Orlando Sa dans les dernières minutes du match face à l'Antwerp qui pourrait le perturber. A la sortie de la Cathédrale, Polo tombe par hasard sur l'ancien sélectionneur national, Marc Wilmots, avec qui il converse quelques minutes avant d'immortaliser la rencontre par une photo qu'il postera sur Instagram. Avant d'opter pour la sélection congolaise, l'ex-capitaine des Diablotins regrettait de n'avoir jamais été appelé par coach Willy. Sans lui en tenir rigueur pour autant. Malgré une carrière sous forme de montagne russe, l'entertainer du jeu du Standard est tourné vers l'avenir qu'il voit avec optimisme.
...

La séance photo a lieu à la Cathédrale Saint-Paul de Liège. Le lieu n'est évidemment pas anodin pour celui dont la foi guide la vie depuis maintenant près de dix ans. Elle l'a apaisé, aidé à relativiser les nombreux événements qui ont animé sa vie d'homme ou de joueur pro, et ce n'est certainement pas le penalty loupé, quelques jours plus tôt, par Orlando Sa dans les dernières minutes du match face à l'Antwerp qui pourrait le perturber. A la sortie de la Cathédrale, Polo tombe par hasard sur l'ancien sélectionneur national, Marc Wilmots, avec qui il converse quelques minutes avant d'immortaliser la rencontre par une photo qu'il postera sur Instagram. Avant d'opter pour la sélection congolaise, l'ex-capitaine des Diablotins regrettait de n'avoir jamais été appelé par coach Willy. Sans lui en tenir rigueur pour autant. Malgré une carrière sous forme de montagne russe, l'entertainer du jeu du Standard est tourné vers l'avenir qu'il voit avec optimisme. En janvier 2015, tu justifiais ton départ du Standard en disant ressentir le besoin de quitter ton confort. Ne crains-tu pas d'être retombé dans une forme de facilité ? PAUL-JOSE MPOKU : Non, mais j'ai voulu imposer certaines règles. Chez moi, à la maison, ce n'est plus portes-ouvertes comme avant. J'ai arrêté de dire oui à tout et, pour l'instant, ça va. Je reste concentré sur mon boulot, sur le terrain, je ne me plains pas même si collectivement la situation pourrait être évidemment meilleure. T'as longtemps hésité à revenir au Standard ? MPOKU : Oui quand même, car j'étais très heureux au Panathinaikos. C'est dommage que ce club connaît, actuellement, autant de soucis financiers car, pour moi, c'était le top d'évoluer là-bas. Que ce soit le club, les supporters, l'enthousiasme, la ville, le soleil, je crois qu'il n'y a pas mieux. Ici, c'est différent, c'est la maison. Et s'il y avait seulement un peu plus de soleil, je crois que j'y resterais toute ma carrière. Si tu quittes le Standard, c'est donc seulement pour une destination plus ensoleillée ? MPOKU : Peut-être mais je ne me vois plus aller dans un club moyen à l'étranger qui sportivement ne sera pas meilleur que le Standard. Tu as des regrets par rapport à ton parcours ? MPOKU : Le regret que j'ai, c'est d'être parti au Chievo après Cagliari. J'avais discuté avec la Roma et l'Inter Milan avant de me retrouver finalement à Vérone, où je n'aurais jamais dû signer. Ça a été une année noire. Je ne comprenais pas pourquoi je ne jouais pas, j'avais le sentiment d'être devenu catastrophique. En revenant au Standard, t'as eu le sentiment de faire un pas en arrière ? MPOKU : Non, pas vraiment. Je n'ai ni fait un pas en avant, ni un pas en arrière, mais un pas de côté. Le Standard ça reste une belle vitrine, j'ai l'impression que le championnat est plus suivi que le championnat grec par exemple. D'un point de vue personnel, tu es satisfait de ta première partie de saison ? MPOKU : Je pense que je dois être plus décisif, je devrais avoir cette envie de marquer davantage, je n'ai pas ça en moi. Par moment, je dois être plus égoïste, plus tueur. J'aurais pu inscrire un doublé à Genk par exemple, contre Eupen, j'aurais pu en marquer trois. Au début de saison, on avait le sentiment que tu avais des difficultés physiquement et que ton rôle derrière l'attaquant ne te convenait pas. MPOKU : En équipe nationale, je joue comme numéro 10 mais dans un autre rôle, je peux aller à gauche, à droite. Ici, en début de saison, j'évoluais davantage comme second attaquant, c'est un registre qui me convenait peut-être moins. Après avoir connu la période Duchâtelet, où les rapports entre direction et supporters étaient souvent conflictuels, tu te retrouves dans un club qui semble toujours en phase de reconstruction. Tu arrives à être optimiste pour la suite des événements ? MPOKU : Bien sûr, je le suis depuis le début. On a vraiment un bon groupe, un bon coach, on rigole, on bosse, c'est un bon équilibre. L'équipe actuelle semble quand même moins talentueuse que celle composée des Michy Batshuayi, William Vainqueur, Laurent Ciman, Imoh Ezekiel, etc. Tu n'as pas le sentiment que le club a baissé d'un rang par rapport à ton précédent passage ? MPOKU : C'est vrai qu'il y avait peut-être plus de talent individuel mais prenons de joueurs comme Cavanda, Agbo, Luyundama, et d'autres, c'est très fort également. Mais c'est une toute nouvelle équipe, c'est normal que ça prenne un peu de temps à mettre en place. Pour rester dans les regrets, il y a ce titre loupé de justesse lors de la saison 2013-2014. L'an dernier, tu nous racontais qu'à chaque fois que tu passais en voiture devant ce stade, ça te rappelait cette fin de saison. MPOKU : (il coupe) Oui et c'est toujours là. Je voudrais vraiment arriver, un jour, à être champion dans ma ville : ressentir ces émotions, redonner de la fierté à tout le monde et laisser mon empreinte dans ce club. Comment ça se passe avec les supporters aujourd'hui ? MPOKU : On a un rapport franc et direct. Quand c'est un peu chaud, je n'hésite pas à dire ce que je pense. A Eupen, par exemple, quand t'entends " bouger vos couilles ", faut pas hésiter à aller s'expliquer. Et c'est ce que j'ai fait en fin de match, je leur ai demandé ce qu'on avait fait de mal ? Je n'ai aucun problème à ce qu'on nous siffle quand on joue mal mais quand tu donnes le maximum, je comprends moins. Mais comme je suis d'ici, c'est aussi ma responsabilité d'aller leur parler. Je préfère que ça soit moi qui ramasse les critiques que d'autres. On t'a vu aussi bondir dans la tribune à la fin du match face à Ostende. Qu'est- ce qui t'a fait réagir de cette manière ? MPOKU : Un supporter m'avait fait un bras d'honneur. Je suis monté, je lui ai demandé pourquoi il avait fait, qu'est-ce qui méritait un tel geste ? Il ne s'attendait évidemment pas à ce que je monte. Je n'allais pas le frapper, mais je suis sûr que la prochaine fois, il ne fera plus ça. C'est un public spécial qui peut un jour vous porter aux nues et vous descendre le lendemain. Est-ce que tu as croisé beaucoup d'équipiers qui ont perdu leurs moyens à Sclessin ? MPOKU : C'est vrai que j'ai connu plusieurs joueurs qui n'ont pas réussi au Standard, et qui se sont imposés par après à l'étranger. Ici, il y a une pression qui est continue, pour moi elle est même naturelle, on est LE Standard. Le club est comme ça, il faut savoir passer au-dessus. Entre nous, on utilise le terme spirito, c'est un état d'esprit à avoir, et si t'as pas cet état d'esprit, tu ne peux pas réussir ici. Et les joueurs que les dirigeants ont ramenés, ils ont ce spirito. Et votre coach, il n'a pas un peu trop de " spirito " ? MPOKU : Ah oui. C'est quelqu'un qui protège ses joueurs, il peut se mettre à dos les médias, le monde extérieur pour protéger les siens. Il va tout faire pour ses joueurs. C'est quelqu'un d'entier. Et nous aussi, on est derrière lui, des titulaires aux réservistes. Je te dis : ce type-là, c'est " spirito ". Que ce soit tactiquement, sa façon de voir, de transmettre ses idées, ses préparations de match, tout est méticuleux. Et physiquement, ça semble costaud aussi. MPOKU : Les séances d'entraînement durent de 2 à 2h30. C'est intense et parfois, on peut trouver ça un peu trop dur mais je comprends que sans coupe d'Europe, il faut maintenir l'équipe sous pression. L'arrivée de Ricardo Sa Pinto s'inscrit en grande partie par une volonté de ramener du caractère dans l'effectif et dans ce club, qui en a cruellement manqué ces dernières années. MPOKU : Que ce soit le Président ou Olivier Renard, ils ont compris qu'il ne fallait pas ramener des joueurs gentils au Standard. Tu peux avoir des joueurs qui arrivent en retard, qui foutent un peu le bordel - c'est pour ça notamment que Nicaise est là pour surveiller tout ça - mais tant que sur le terrain, le gars est là (il tape du poing), c'est le principal. Le Standard des deux titres n'a pas été champion avec des moutons. A Anderlecht, où tu étais suspendu, tu n'avais pas envie de calmer ton coach après l'incident du jet de bière ? MPOKU : Il faut aussi le comprendre. A partir du moment où l'on dit qu'à la prochaine interruption, le match sera arrêté et que l'on n'applique pas le règlement, il y a de quoi péter un plomb. C'est aussi très congolais comme vestiaire. MPOKU : Ah oui, on a révolutionné le vestiaire (il rit). Je crois que si tu veux être performant dans la vie, il faut être souriant et je pense qu'on apporte ça au groupe. On essaie aussi d'organiser de plus en plus de repas ensemble, d'être un vrai collectif. Ça doit te changer de Vérone. MPOKU : Oui, là j'étais le seul noir, j'étais tout seul, c'était la misère. En plus, ils avaient leurs délires bizarres. Ici, on fait tout pour que tout le monde soit intégré. On est vraiment ensemble. T'as aussi des liens particuliers avec ton président MPOKU : Oui Bruno (Venanzi), c'est mon gars ! C'était déjà le cas avant que tu reviennes au club ? MPOKU : Oui. Il arrive qu'on discute souvent d'autres choses que de football, on peut parler de la famille, de la vie. C'est quelqu'un de très simple, à l'écoute. J'en parlais récemment avec Luyindama et Bokadi qui, eux, me disaient qu'au Congo, quand t'es quelqu'un, tu marches la tête haute, le buste droit alors que notre président c'est quelqu'un de discret qui ne cherche pas à se mettre en avant. Au contraire. Mais il est occupé à faire les choses de façon réfléchie, peut-être pas aussi vite que ce que les gens voudraient mais c'est quelqu'un de stratégique, qui a un plan. Mais il faut aussi se rappeler des critiques que Duchâtelet a subies, c'est un poste très compliqué. Quand t'es en première ligne, on va toujours te critiquer. Mais il ne va pas changer de vision pour autant. Et c'est une force. En voyant les mauvais résultats qui s'accumulaient, tu n'as jamais regretté d'être revenu à la maison ? MPOKU : Non, même si je voyais au début que c'était difficile, il y a des moments où tu te questionnes, mais j'ai toujours la certitude que ça va aller, j'ai cette certitude au fond de moi. Tu as déjà connu pas mal de choses dans ta carrière alors que tu n'as que 25 ans. T'es passé par Tottenham, Cagliari, Vérone, le Panathinaikos. Aujourd'hui, comment tu hiérarchises tes priorités ? MPOKU : Il y a Dieu et puis la famille. Dieu me guide mais c'est à moi de prendre les bonnes décisions par la suite. Je rends grâce tout le temps car je suis comblé quand je regarde ma vie. On te sait très croyant. Est-ce que cette foi qui t'habite t'apaise dans la vie de tous les jours ? MPOKU : Je suis tranquille. Je suis un humain, je fais des erreurs mais j'essaie de ne pas trop me prendre la tête. T'as le sentiment, à l'inverse, que les gens se prennent trop la tête ? MPOKU : Oui, complètement. On est dans un monde où le stress est partout. Mais quand tu demandes aux gens pourquoi ils stressent, souvent ils ne savent même pas pourquoi. C'est ce qu'il y a de pire. La vie peut être stressante, compliquée pour pas mal de monde... MPOKU : Quand j'étais jeune, je n'ai pas vécu dans le luxe, et je ne sais pas si mes parents stressaient, mais je ne crois pas. Les Africains, c'est autre chose, le stress c'est difficile à intégrer. Quand tu vas en Afrique, les gens galèrent bien plus encore mais ils ne te transmettent jamais ce stress.