T om Boonen est un talent d'exception. Malgré son jeune âge, il possède une endurance considérable, sa puissance et son explosivité sont hors normes. Le nombre absolu de watts qu'il développe sans aller dans le rouge est de 450, du jamais vu à l'université de Louvain, où il est suivi par Peter Hespel, professeur à la faculté de kinésithérapie et revalidation.
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T om Boonen est un talent d'exception. Malgré son jeune âge, il possède une endurance considérable, sa puissance et son explosivité sont hors normes. Le nombre absolu de watts qu'il développe sans aller dans le rouge est de 450, du jamais vu à l'université de Louvain, où il est suivi par Peter Hespel, professeur à la faculté de kinésithérapie et revalidation. " Il peut progresser jusqu'à 29 ans mais pas en force pure. A moins qu'il ne la travaille spécifiquement, ce qui entamerait son endurance. Or, c'est de ce point de vue qu'il va s'améliorer avec les années, ce qui lui permettra de rouler plus longtemps sur ses réserves en côte ". Mais Boonen n'est pas encore candidat à une victoire au classement général du Tour de France. Son volume musculaire, si précieux au sprint, le handicape en montagne. " Un kilo vous coûte 10 à 15 watts dans une côte de 6 à 8 %. Un sprinter a dix ou quinze kilos de trop en général pour le Tour. Inversement, un grimpeur n'est jamais bon au sprint. Par contre, il peut briguer le maillot vert. " Boonen est cependant un sprinter capable de gravir une côte, un Erik Zabel au carré, plus explosif encore. Il doit ses qualités de sprinter à la présence de fibres musculaires rapides ; des fibres qui réagissent mieux à l'entraînement de la force et permettent d'augmenter la masse musculaire nécessaire au développement de la puissance. En revanche, un grimpeur a plus de fibres lentes, qui l'aident à rouler longtemps à un rythme élevé. Grâce à cette énorme endurance, le grimpeur est souvent un bon spécialiste du contre-la-montre. L'endurance de Boonen est mesurée selon la VO2max, soit le volume maximal d'oxygène du sportif. Et ce en fonction du seuil anaérobique, soit le moment où l'athlète est à bout de souffle et où ses muscles produisent trop de lactate, qui rendent les jambes lourdes. A cet effet, on augmente la charge d'effort toutes les huit minutes en contrôlant le taux de lactate et la fréquence cardiaque. Hespel : " Ce seuil est capital chez les cyclistes. Plus longtemps ils roulent sans gaspiller leur énergie, mieux ils prestent, puisqu'ils sont à bas régime. Cette aptitude est essentiellement génétique. C'est le principal critère pour juger d'un talent : l'aptitude à bien réagir à l'entraînement. Certains peinent pendant des mois sans que leur seuil change alors qu'un jeune un rien moins bon dispose d'une large marge de progression grâce à cette capacité ". Le Tour est affaire de récupération - et donc essentiellement d'endurance de base : plus vite le seuil anaérobique est atteint, plus on puise dans ses réserves. " Certains spécialistes des classiques n'ont pas cette endurance et sombrent au fil d'un Tour au lieu de progresser. L'hématocrite, soit la qualité du sang, joue un rôle essentiel ici. Une mauvaise récupération ne fait que diminuer cette qualité alors que d'autres produisent de plus en plus de globules rouges, jour après jour. Ceux-là ont une grande aptitude à récupérer. Mais un coureur qui récupère mal ne parvient plus à aller dans le rouge tandis que ceux qui restent frais atteignent des fréquences cardiaques élevées. L'évolution de ces paramètres nous permet de dire de quoi un coureur est encore capable ou s'il va abandonner ". Autre paramètre : le poids. Une étape moyenne du Tour de France fait brûler de six à sept mille calories. Dans les épreuves de montagne les plus dures, un coureur peut consommer de dix à douze mille calories. A titre de comparaison, une personne normale brûle deux à trois mille calories par jour. Un cycliste doit donc manger beaucoup pour continuer. Mais s'il est épuisé, il perd son appétit et maigrit. Tom Boonen peut-il donc viser autre chose que le maillot vert au Tour ? En tout cas il progresse chaque fois qu'il participe à cette épreuve de trois semaines. Hespel : " En roulant à un rythme élevé des jours d'affilée, ce qu'on ne parvient pas à s'imposer à l'entraînement, on améliore son endurance de base. Durant un Tour, on se découvre, on déplace le seuil de la douleur, ses limites. C'est surtout pour ça qu'après, les coureurs sont souvent plus performants : ils ont reculé le seuil de la douleur, supportent mieux les efforts ". Après le Tour 2005, Boonen a été champion du monde. C'est bon signe... RAOUL DE GROOTE