Arsenal va, une fois encore, réaliser une saison blanche. Aucun trophée à se mettre sous la dent. Cela commence à devenir inquiétant. Cesc Fabregas (23 ans) se livre sans réticences. Avec le recul, quels souvenirs gardez-vous du premier jour où vous avez débarqué à Londres ?
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Arsenal va, une fois encore, réaliser une saison blanche. Aucun trophée à se mettre sous la dent. Cela commence à devenir inquiétant. Cesc Fabregas (23 ans) se livre sans réticences. Avec le recul, quels souvenirs gardez-vous du premier jour où vous avez débarqué à Londres ? CescFabregas : Le premier jour, ce n'était pas pour rester, seulement pour discuter. Mais, dès ce jour-là, j'ai su que je voulais signer à Arsenal, et aussi que le club désirait m'avoir et me ferait confiance. C'était une opportunité fabuleuse que je ne pouvais pas laisser passer. Oui, bien sûr. C'était une décision très difficile à prendre, un moment qui a changé ma vie. A 16 ans, je vivais à La Masia avec mes amis, on allait au collège ensemble, on voyait tout en grand et on a accumulé une foule d'expériences. En outre, au niveau footballistique, on a réalisé une triplé incroyable : championnat, Coupe du Roi et Coupe de Catalogne en Cadets. C'était inoubliable. Je ne pouvais rien dire à personne. Arsenal m'a bien fait comprendre que la nouvelle ne devait pas être communiquée et surtout pas à la presse. Cela n'a pas été simple de garder le secret, car j'avais envie de continuer à jouer avec ces gars-là. Mon dernier match fut la finale de la Coupe du Roi et c'est au terme de celle-ci que j'ai annoncé ma décision. Ce furent des adieux très émouvants. Je savais que ce club était dirigé par un grand entraîneur, qui offrait une chance aux jeunes, et qu'en équipe Première évoluaient Thierry Henry, Dennis Bergkamp, Patrick Vieira et Robert Pirès. Je n'étais pas un fanatique de la Premier League, je regardais les résultats du week-end, sans plus. C'est peut-être pour cette raison que j'ai éprouvé tant de mal à franchir la Manche, je ne savais pas très bien où je mettais les pieds. Cela fait quelques années que les blessures ne m'ont pas permis d'évoluer comme je l'aurais voulu mais avant cela, quel parcours fabuleux ! A 17 ans, j'avais déjà accumulé 51 matches. A 18, j'ai gagné la FA Cup. A 19, j'ai joué la finale de la Ligue des Champions et la Coupe du Monde. Je me souviens parfaitement de mes débuts, mais le monde extérieur l'a oublié. Durant ces trois premières années, tout a été très, très vite. Ma progression, à ce moment-là, a été fulgurante. A partir de 21 ans, après l'Euro, j'ai été blessé plus souvent, je n'ai plus poursuivi sur le même rythme et ma progression a été plus lente. C'était une équipe extraordinaire, en effet. Elle était quasiment invincible, elle venait de remporter le titre sans avoir perdu une seule rencontre. Ce fut une saison durant laquelle j'ai progressé énormément. Parfois, il m'arrive encore de me demander si je n'étais pas meilleur à 17 ans qu'aujourd'hui. Je ne pense pas que ce soit le cas, mais à l'époque, je jouais dans une équipe qui gagnait, et de manière spectaculaire. Si je connaissais un off-day, mes compagnons compensaient. Oui, si je rate une passe, tous les regards se portent sur moi. Je n'aime pas dire cela, mais c'est la vérité. Si je joue mal, je ressens le poids des responsabilités et la pression des supporters. Surtout depuis que je suis capitaine. De cette génération d'il y a huit ans, il ne reste plus que Robin van Persie et moi, et l'on sent qu'il nous revient le devoir de porter l'équipe. Bien sûr même si parfois, elles sont trop lourdes parce qu'on ne gagne jamais tout seul. Un match, à la limite, mais jamais un titre. Le plus important, pour moi, est d'être épargné par les blessures. Je n'avais jamais rien eu. J'ai dépassé les 300 matches avec Arsenal. Et là, depuis un an et demi... Je ne veux pas me plaindre, mais les dernières vacances où je me suis complètement éloigné du football remontent à l'époque où j'avais 16 ou 17 ans. J'avais bénéficié de six semaines et je les ai pleinement appréciées. Depuis lors, les vacances ont toujours été rythmées par les tournois avec l'équipe nationale. C'est sans doute pour cela que les spécialistes me disent qu'à un moment, on a besoin de repos. Mais quand ? J'essaie de trouver des solutions lorsque c'est possible. Lorsque je bénéficie de deux jours de congé, je m'efforce de ne pas voyager à Barcelone pour ne pas devoir prendre l'avion. Personnellement, j'estime que la clef réside dans une bonne combinaison entre jeunes et anciens. Quand j'ai débuté, Van Persie et moi étions les seuls jeunes et nous avons beaucoup appris au contact des plus anciens. Aujourd'hui, nous sommes tous tellement jeunes qu'il n'y a personne qui crie : -Go !Je sais, mais on oublie que je n'ai encore que 23 ans. Je ne veux pas critiquer, je dis simplement qu'avant il y avait des joueurs-références, des gagneurs, des caractères forts, qui vous faisaient progresser très rapidement. Je suis sous contrat avec Arsenal, Wenger est le patron et c'est son droit de prendre des décisions. Je lui parle toujours avec franchise et sincérité, et il accepte beaucoup de choses que je lui dis. Je le sais, mais les gens ont parfois l'impression que si je ne franchis pas le pas maintenant, je ne le franchirai jamais. Il faut être patient et attendre le moment opportun. Et puis, qui peut vous garantir que vous serez titulaire dans votre nouvelle équipe ? Ou que ce changement sera un pas en avant ? J'ai la grande chance de jouer dans un club où, même si j'aimerais remporter plus de trophées, je m'épanouis complètement au niveau personnel. J'ai discuté avec Carles Puyol qui m'a expliqué que, jusqu'à ses 26 ans, il n'avait jamais rien gagné. Rien ! Aujourd'hui, il a gagné tout ce qui est possible en football. La patience et le travail sont deux vertus très importantes. Aujourd'hui, je comprends cela plus facilement parce que je joue à Arsenal depuis autant d'années. Mais il est clair que si en Espagne vous dites à Unai Emery, Pep Guardiola et José Mourinho qu'ils ne gagneront rien pendant trois ans, ils s'imagineront d'eux-mêmes qu'ils seront limogés. En Angleterre, c'est différent. Wenger est un homme intelligent et on apprécie d'autres qualités chez lui : le fait que l'équipe se retrouve chaque année en Ligue des Champions, qu'elle lutte jusqu'au bout pour le titre, que le club est stable d'un point de vue économique. Mais j'imagine qu'il arrivera un jour où on lui dira : - Cette année, il faudra quand même que tu gagnes quelque chose. Difficile à dire. Selon moi, il manque une mentalité de vainqueur. Un peu d'expérience, aussi, dans les moments cruciaux. On regorge de qualité mais il nous manque ce petit brin de confiance. Le problème, c'est que cette équipe a besoin de gagner quelque chose. C'est pour cela qu'il était si important de gagner la Carling Cup, cette saison. J'ai changé de position. Actuellement, je joue comme milieu offensif, l'an passé c'était la première fois que je remplissais ce rôle. Je me sentais bien physiquement et j'ai inscrit la plupart de mes buts lorsque Van Persie jouait devant moi. Je m'entendais bien avec lui, il a une façon bien à lui d'interpréter le jeu et on se comprenait. Je continue à croire que ma meilleure place se situe un peu plus bas. Je ne suis pas un joueur habitué à devoir tourner, à recevoir des ballons dans le dos. Enfin, je m'y suis fait. Je touche moins de ballons, mais j'ai plus de possibilités pour délivrer la passe décisive ou marquer. Normal, c'est un grand joueur. Je l'adore, il est déjà très fort pour son âge. J'aurais aimé avoir la même force dans les jambes que lui. Au rythme où il progresse et mûrit, ce sera bientôt un sacré joueur. D'après ce que j'entends, c'est un grand joueur. Je n'ai vu que quelques minutes de lui en équipe Première, mais j'ai déjà pu m'apercevoir qu'il possédait des qualités incroyables. Il fait partie de ces footballeurs dont on ne sait pas très bien quelle est leur meilleure place. Il peut jouer comme centre-avant, car il a une bonne frappe, mais aussi comme organisateur. Dans la vie, tout est question d'opportunités. En sélection, j'en ai eu peu, mais je les ai mises à profit. Je considère que je suis un privilégié, je vois tout cela sous un angle positif. Car c'est un privilège d'avoir des joueurs comme Xavi et Iniesta devant moi. Chaque fois que j'ai joué avec eux, comme ce fut le cas contre l'Italie et la Russie (deux des meilleurs matches de cinq dernières années), je me suis senti très à l'aise. Je pense que nous pouvons évoluer ensemble, mais chaque entraîneur compose l'équipe de la manière qu'il estime la meilleure et je dois reconnaître que ma contribution à la conquête du Championnat d'Europe et de la Coupe du Monde ne fut pas énorme. Bien. J'entretiens de bonnes relations avec lui. J'essaie toujours de respecter ses directives. Mais c'est vrai que j'aimerais, un jour, pouvoir jouer trois ou quatre matches consécutifs sous sa direction. Je serais le premier à affirmer que, si je jouais mal durant quatre matches consécutifs, il ne faudrait plus me sélectionner. Pour tout avouer, oui. Je ne m'y attendais pas. Surtout la rapidité avec laquelle cela s'est passé : en quelques heures ! Je ne m'imaginais pas Fernando quitter la Premier League, mais je ne m'imaginais pas non plus qu'il quitterait Liverpool en milieu de saison. Pourtant, je pense qu'il a fait le bon choix. Je refuse. Si, un jour, je quitte Arsenal, ce ne sera jamais pour rejoindre un autre club de Premier League. Juré ! PAR ROGER XURIACH (DON BALON, ESM)" Il m'arrive encore de me demander si je n'étais pas meilleur à 17 ans. "