"Faut espérer que ça va vite se régler, ce bazar. " C'est une phrase de ce style qui claque entre les murs de Neerpede, deux jours avant le match contre Saint-Trond. Tout le monde est au centre d'entraînement pour les tests Covid et c'est un membre du staff qui s'exprime comme ça. Il y a de la tension dans l'air. La remontada de Malines en fin de match, quelques jours plus tôt, n'a toujours pas été digérée et elle laisse des traces. " L'égalisation de Malines a mis le feu aux poudres ", nous explique une source interne.
...

"Faut espérer que ça va vite se régler, ce bazar. " C'est une phrase de ce style qui claque entre les murs de Neerpede, deux jours avant le match contre Saint-Trond. Tout le monde est au centre d'entraînement pour les tests Covid et c'est un membre du staff qui s'exprime comme ça. Il y a de la tension dans l'air. La remontada de Malines en fin de match, quelques jours plus tôt, n'a toujours pas été digérée et elle laisse des traces. " L'égalisation de Malines a mis le feu aux poudres ", nous explique une source interne. Entre Franky Vercauteren et Vincent Kompany, c'est tendu. Comme une crampe. Lors de la première journée, Vercauteren aurait été obligé d'aligner trois ou quatre joueurs que lui-même ne souhaitait pas voir sur le terrain. Mais imposés par Kompany. Qui, depuis la tribune, était en contact avec le banc. Comme lors de chaque match qu'il ne joue pas. C'est inéluctable et c'est annoncé le lendemain de la deuxième journée : Vercauteren prend la porte, Kompany arrête définitivement de jouer et le remplace. " Peut-être que Vercauteren a volontairement provoqué une grosse discussion, puis une escalade parce qu'il a compris qu'il n'arriverait jamais à prendre le contrôle, et aussi parce qu'il avait envie de repartir en Russie pour des raisons privées ", analyse notre infiltré. " Ou alors, et c'est plus probable, la direction a dit à Kompany qu'il devait maintenant faire un choix. Soit rester joueur et laisser les décisions à Vercauteren, soit stopper sa carrière de joueur et devenir le T1. L'incertitude sur son rôle exact n'était plus tenable pour personne. " C'est un peu ce que Kompany a expliqué lors de sa conférence de presse de présentation : " Au moins, maintenant, tout est clair. " Vincent Kompany entraîneur d'Anderlecht, c'était écrit, depuis son retour au club. Ça devait arriver, tôt ou tard. De là à offrir directement un gros contrat de quatre ans à un coach sans expérience ? " Évidemment, ça fait grincer des dents dans les bureaux. Et le personnel se dit : Encore un grand changement, ça n'arrête pas. Un club qui gagne est un club qui arrive à être stable. Ici, il n'y a aucune stabilité depuis bien longtemps, on n'arrête pas de tout changer. " On entend pourtant que, pendant plusieurs mois, la collaboration entre Vercauteren et Kompany a été bonne, presque harmonieuse. Chaque semaine, ils passaient de longues heures à discuter. Sereinement. À la limite, il n'y avait qu'un seul aspect qui les divisait : la façon de gérer un résultat favorable. Quand Anderlecht mène 2-0, Kompany en veut toujours plus, il demande un troisième but, puis encore un autre éventuellement. Vercauteren, lui, est plus pragmatique. Il préfère fermer pour finir avec les trois points. C'est ça aussi qui aurait pu coincer dans les dernières minutes à Malines. Kompany, depuis une tribune, a-t-il demandé d'en remettre une couche ? La divergence de vues a permis aux Malinois de revenir. Vouloir être trop beau et le payer au bout du compte, c'est déjà le reproche que des gens du club faisaient à Vincent Kompany quand il était entraîneur de l'ombre durant le court règne de Simon Davies, en début de saison dernière. Par exemple, à Courtrai et contre Ostende, avec Kompany sur le terrain. Les deux fois, Anderlecht avait mené avant de se faire remonter puis dépasser. Et on peut appliquer le raisonnement au match de dimanche dernier contre Mouscron. Mener contre une équipe à dix et se faire remonter dans les arrêts de jeu, ça ne démontre pas une gestion exemplaire des événements. " Quand il fait un exposé, tout le monde est sous le charme ", détaille notre interlocuteur. " Il a une force de persuasion incroyable et il parvient à emmener tous ceux qui l'écoutent. C'est bien exprimé, et en plus, le fond est là. Son seul défaut, c'est qu'il est tellement idéaliste qu'il en devient têtu. Il mourra avec ses principes. Il ne dévie pas, il veut un football bien précis. Mais est-ce qu'il a les joueurs pour le pratiquer ? Un bon coach est celui qui sait mettre en place plusieurs systèmes en fonction du matériel joueurs qu'on lui donne. René Weiler avait un groupe pour pratiquer la contre- attaque, alors il l'a fait et il a été champion. C'est ce que Diego Simeone fait à l'Atlético de Madrid. C'est ce que Barcelone et Manchester City ne veulent pas faire. Mais ils en sont où, avec leur beau football ? " Notre homme ajoute que " Vercauteren et Kompany sont deux champions, deux gagneurs, des caractères de merde qui estiment qu'ils ont toujours raison. Les gens comme ça ne sont pas toujours très rationnels. " Et ça peut être difficile de les faire travailler ensemble. Pour ce qui est de la composition du noyau, ils étaient sur la même ligne. Aucun joueur arrivé cet été n'a été imposé à Franky Vercauteren. Kompany et lui ont travaillé avec les mêmes programmes informatiques, la nouvelle donne à Anderlecht. C'est un dada de Peter Verbeke, le Head of Sports arrivé récemment. Vincent Kompany a demandé à la direction d'acheter le programme conçu par Lee Money, qui a lancé sa start-up après avoir été le Head of Data Insights and Decision Technology de Manchester City. Par exemple, Anderlecht cherche un back gauche capable de faire ceci et cela dans tel et tel système, en fin de contrat, dans une fourchette d'âge précise. Ces données sont encodées et le système sort une longue liste de noms. Certains sont retenus et la cellule scouting va alors les voir en live. Mais le live n'est pas l'Évangile non plus. Comme le dit Peter Verbeke, on peut aller voir trois fois un joueur, mais un jour il est un peu grippé, la fois suivante il est tracassé parce que son fils est à l'hôpital, la troisième il est dans un jour sans, et le rapport est alors négatif. Donc, les images servent aussi de base. Parmi les transferts récents, Michael Murillo et Bogdan Mykhaylichenko sont typiquement des data transfers. Personne ne semble reprocher à Vincent Kompany d'avoir fait venir une ribambelle de potes à Anderlecht : Simon Davies, Floribert Ngalula, son conseiller personnel Rodyse Munienge, Anthony Vanden Borre, Samir Nasri, Craig Bellamy. Un ex-employé du club nous explique : " Ce sont tous des cas à part. Tout le monde savait que Davies n'était qu'un T1 pour la forme. Craig Bellamy, on en dit que du bien à Anderlecht. Il fait du tout bon boulot avec les U21. Par exemple, c'est lui qui a décelé des qualités d'avant-centre chez Antoine Colassin, alors qu'on l'avait toujours considéré comme un médian infiltreur. Bellamy l'a formé comme numéro 9. Il va chercher des U17 pour son noyau, il les met à leur meilleure position et il les prépare pour le noyau A. " Et puis il y a le gros flop Nasri. " Kompany n'y est absolument pour rien ", poursuit le même témoin. " Nasri n'était que son troisième ou quatrième choix. Il a directement dit à Marc Coucke que ce serait un transfert à risques parce qu'il était en fin de carrière, parce qu'il a une mauvaise mentalité, parce qu'il est souvent blessé. Il a dit qu'il se sentait capable de travailler avec Nasri, mais que ça ne devait surtout pas être la priorité. Il a avancé d'autres noms, mais Coucke ne les connaissait pas et il a vite tranché : il lui fallait Nasri parce que ça allait faire vendre des maillots. " Coucke et ses émotions qui prennent le pas sur la raison. Une veille histoire. L'ex-employé relate aussi cette anecdote. " Au début de sa première saison complète comme président, on a commencé par quatre victoires. Il était euphorique. Il a déclaré qu'Anderlecht allait jouer les demi-finales de la Ligue des Champions dans les trois ans. Il prenait l'Ajax comme exemple. Et il a lâché en interne : Je ne savais pas que c'était aussi facile de gérer un grand club. Plus rien ne l'arrêtait. C'est à ce moment-là qu'il a voulu acheter Bubacarr Sanneh. Il coûtait huit millions, Luc Devroe et Hein Vanhaezebrouck lui ont expliqué qu'il ne valait jamais autant. Mais on était en toute fin de période des transferts et Coucke voulait faire plaisir aux supporters avec un grand nom, et il estimait que Sanneh en était un. Donc, Luc Devroe a fait le transfert. Ça lui a été reproché par après, mais il l'a fait sous la pression de son patron. Du temps de Roger Vanden Stock, Anderlecht avait beau être en tête, les supporters avaient beau exiger du renfort, lui au moins gardait la tête froide. Puis il y a eu d'autres transferts beaucoup trop chers, faits par Frank Arnesen. Par exemple Peter Zulj et Michel Vlap. Pas mauvais, mais trop coûteux par rapport à ce qu'ils apportent. " Si on revient sur ces vieilles histoires, c'est parce qu'elles ont un lien direct avec l'actualité récente de Vincent Kompany. En mai dernier, Pep Guardiola lui proposait de devenir son adjoint à City. Une source interne nous assure : " À cette époque-là, il y a eu une bonne engueulade entre Coucke et Kompany, qui lui a reproché de ne pas dégager de moyens pour des transferts. Kompany a expliqué que ce n'était pas lui qui avait creusé le trou, et donc que ce n'était pas lui qui devait payer pour les conneries faites par d'autres. Il a menacé de retourner à Manchester si on ne lui donnait pas une enveloppe pour le mercato. Il n'a rien, directement, contre Marc Coucke, mais il y a des trucs qu'il n'accepte pas. Au même moment, Coucke a laissé la présidence à Wouter Vandenhaute. Voir qu'il faisait un pas de côté et qu'il ne serait plus le seul décideur, ça a probablement incité Kompany à rester. "