La semaine dernière, le PSV a présenté Maxime Lestienne, censé remplacer Memphis Depay, parti à Manchester United. L'ex-joueur du Club Bruges traîne une certaine réputation derrière lui. " Pas sérieux, moi ? ", répond-il quand on lui pose la question. " J'avais 17 ans quand j'ai signé chez les Blauw en Zwart. Qui ne fait pas de bêtise à cet âge ? "
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La semaine dernière, le PSV a présenté Maxime Lestienne, censé remplacer Memphis Depay, parti à Manchester United. L'ex-joueur du Club Bruges traîne une certaine réputation derrière lui. " Pas sérieux, moi ? ", répond-il quand on lui pose la question. " J'avais 17 ans quand j'ai signé chez les Blauw en Zwart. Qui ne fait pas de bêtise à cet âge ? " Toujours à la recherche de nouveaux joueurs, des représentants de Manchester City sont venus frapper à la porte de Mouscron dès 2008, les poches pleines d'argent. Le club venait d'être repris par de puissants investisseurs d'Abu Dhabi et ses recruteurs croyaient beaucoup en Lestienne, joyaux d'un club à l'agonie. Mais le jeune joueur ne se voyait pas partir tout de suite en Angleterre. " Cela ne voulait pas dire que j'étais opposé à toute transaction mais celle-là, je ne la sentais pas ", dira-t-il quelques jours plus tard. " Actuellement, ce qui compte pour moi, c'est Mouscron. " Lestienne est donc resté chez les Hurlus mais, en janvier 2010, il n'a pas eu d'autre choix que de partir puisque le club était en faillite. Everton, Manchester City (encore) et le PSV figurent parmi les vautours, comme les avait appelés le quotidien Het Nieuwsblad. Les Néerlandais ont même envoyé Luc Nilis en Belgique pour tenter de convaincre le joueur. " Lestienne convient bien à la Eredivisie et le PSV doit être sur la balle ", avait dit l'actuel entraîneur des attaquants du club batave. Mais, une nouvelle fois, le jeune homme choisit d'y aller progressivement et de signer au Club Bruges, malgré les propositions de divers grands clubs étrangers. Pourquoi ? Parce qu'il est supporter de l'équipe flandrienne depuis toujours et qu'il ne veut pas trop s'éloigner de la maison parentale. " Je veux progresser pas à pas, sans brûler les étapes ", disait-il. " Je n'ai pas envie de me brûler les ailes à l'étranger. De plus, je veux terminer mes humanités en Belgique. " Des paroles qui semblaient témoigner d'une grande maturité. A Bruges, pourtant, on constate rapidement que le football n'est pas la seule chose qui compte pour Lestienne. On l'aperçoit en discothèque, entouré de belles filles ou au volant de voitures puissantes. En septembre 2013, il est même exclu de l'équipe nationale espoirs. A la veille de l'important match de qualification pour le championnat d'Europe face à l'Italie, l'équipe séjourne au centre national de Tubize. A 23 heures, en faisant l'inspection des chambres, un membre du staff constate que, dans celle qu'occupent Lestienne et Thorgan Hazard, seul ce dernier est au lit. Lestienne, lui, a fait en sorte que sa petite amie loge dans le même établissement et, le soir venu, il s'est glissé dans sa chambre. Il a ensuite oublié l'heure et n'est pas rentré à temps. Lestienne a reconnu son erreur - difficile de faire autrement - mais la fédération l'a durement sanctionné, le privant de toute sélection pendant six mois. Quand on lui demande quel genre de gars est Lestienne, Adrie Koster fait la moue. Lestienne, il le connaît puisque c'est lui qui l'a fait venir à Bruges en 2010 et l'a entraîné pendant près de deux ans. " Je l'avais souvent vu jouer avec Mouscron. Il avait beaucoup de talent et je savais qu'il ne pouvait que progresser. C'est un véritable extérieur gauche, le genre de joueurs qu'on trouve très rarement. " Au stade Jan Breydel, Lestienne a joué pendant deux ans et demi avec un autre Hollandais, Ryan Donk. L'ex-joueur d'AZ, aujourd'hui à Kasimpasa, en Turquie, se montre tout aussi élogieux envers les qualités footballistiques de son ancien équipier, avec qui il s'entendait d'ailleurs très bien. " C'est un excellent dribbleur, un gars qui n'abandonne jamais. Mais surtout, il se donne à 100 % dans tout ce qu'il fait. Lors de chaque attaque, il sprinte. Son pied droit est moins bon mais le gauche est terrible et ça compense largement. Il a la gâchette facile, aussi. " Est-il le nouveau Memphis Depay ? Donk réfléchit : " Je ne pense pas. Physiquement, il est moins fort. Son physique et les actions qu'il entreprend me font davantage penser à Arjen Robben quand il était jeune. " C'est clair : personne ne remet en question les qualités footballistiques de Maxime Lestienne. En 2013, il a terminé deuxième derrière Thorgan Hazard au référendum du Joueur Pro de l'Année et un transfert à l'étranger n'était donc qu'une question de temps. On le citait à l'AC Milan, à Arsenal ou à Liverpool mais Lestienne étonne à nouveau tout le monde en effectuant un choix bizarre. Alors que, quelques années plus tôt, il a choisi la voie de la sagesse en signant à Bruges, il opte cette fois pour Al-Arabi, au Qatar. Pas dans l'objectif d'y jouer, d'ailleurs, puisque le club fait clairement comprendre qu'il ne voit en lui qu'un produit d'investissement. Il l'achète pour dix millions d'euros, lui propose un salaire irrécusable et le loue immédiatement au Genoa, espérant qu'il séduise le club italien et que celui-ci lèvera alors l'option d'achat, fixée à 20 millions. Les Qataris auraient ainsi fait du 100 % en un an. Mais les choses ne se passent pas comme ça. En Serie A, Lestienne ne convainc personne puisqu'il n'inscrit qu'un but et est plus souvent réserviste que titulaire. Il doit donc se mettre à la recherche d'un autre club. Donk comprend pourtant le raisonnement de Lestienne. Le choix d'être prêté au Genoa, tout au moins. " Il rêvait de jouer en Italie. Demandez-lui quels sont ses plats préférés. Il vous répondra : les pizzas et les pâtes ", rigole-t-il. " Il ne mangeait pratiquement rien d'autre. Des spaghettis, surtout. En tout cas, il fallait que ce soit de la cuisine italienne. " C'est donc déçu qu'il quitte l'Italie. Et, en Belgique, il est devenu l'exemple à ne pas suivre. Lorsqu'ils parlent de plan de carrière raté, Hans Vanaken et Marc Wilmots citent son nom. Les pétrodollars ont eu raison de la sagesse dont il avait témoigné quelques années plus tôt et le brillant avenir qu'on lui promettait est remis en question. Koster connaît également la tendance au laisser-aller de Lestienne. " C'est un polisson. À Bruges, il a mis un peu de temps à s'adapter ", dit-il. " Il faut dire qu'il découvrait le professionnalisme. " C'est lors d'une évaluation que Koster constate pour la première fois que Lestienne a un sacré caractère. " Au début, je lui donnais du temps de jeu mais il était loin d'être titulaire. Il n'avait que 17 ans mais il me disait déjà qu'il songeait à s'en aller... Je lui ai répondu qu'il ne devait pas faire ça, que c'était à Bruges qu'il avait le plus de chances de progresser. " Lestienne est resté mais ses intentions étaient claires. " Il voulait être titulaire immédiatement ", dit Koster. Voilà donc un gars avec qui il faut manifestement savoir y faire. " Mais c'est peut-être justement ce caractère qui lui a permis de réussir ", ajoute l'entraîneur. " C'est un gamin, il a fait pas mal de bêtises ", rigole Donk. " Disons qu'il a goûté à tout... Mais bon, c'était encore un ado. " Donk admet aussi que les débuts de Lestienne furent difficiles. " Les six premiers mois, surtout. Il ne réussissait pas tout ce qu'il entreprenait mais il a vite appris comment il fallait se comporter dans un groupe qui vise le titre et à choisir ses moments. Par la suite, il est devenu un des piliers du Club Bruges et un exemple pour les plus jeunes. " Tout comme Koster, Donk ne dira rien de mal de Lestienne. " On communiquait difficilement à cause la barrière de la langue - j'apprenais le français et il ne s'exprimait pratiquement pas en néerlandais ou en anglais - mais il a toujours été sympa et aimable. Un gars à deux visages ? Sans doute mais moi, je ne retiens que le bon. " Koster estime aussi que les frasques de Lestienne ne doivent pas être montées en épingle. " Je n'ai jamais eu de véritable problème avec lui. Il a sans doute appris certaines choses au fil du temps et je ne pense pas que le PSV doive craindre son comportement. Ce transfert au Qatar n'était sans doute pas le meilleur choix mais je suis certain qu'il a suffisamment de qualités pour être utile à son nouvel employeur ", dit Koster, qui a joué quatre ans à Eindhoven. " Le foot néerlandais est ouvert et cela lui convient. En plus, Eindhoven n'est pas loin de la Belgique, c'est un atout supplémentaire ". PAR DOLF VAN AERT, VOETBAL INTERNATIONAL - PHOTOS : BELGAIMAGE" Sa plus grande qualité, c'est de se donner à 100 % dans tout ce qu'il fait. Lors de chaque attaque, il pique un sprint. " Ryan Donk " Il a sans doute appris certaines choses. Le PSV ne doit donc pas avoir peur. " Adrie Koster