"Marcin a longtemps cru que Cheikhou Kouyate quitterait le stade Constant VandenStock en direction d'un des plus grands championnats européens ", affirme son agent, Michel Thiry. " Il était sûr qu'Anderlecht lui offrirait alors ce qu'il espérait : une prolongation de contrat. Et le fait de pouvoir continuer à s'entraîner avec l'effectif pro avait accentué son sentiment... "
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"Marcin a longtemps cru que Cheikhou Kouyate quitterait le stade Constant VandenStock en direction d'un des plus grands championnats européens ", affirme son agent, Michel Thiry. " Il était sûr qu'Anderlecht lui offrirait alors ce qu'il espérait : une prolongation de contrat. Et le fait de pouvoir continuer à s'entraîner avec l'effectif pro avait accentué son sentiment... " Ses proches devinaient que le solide arrière faisait fausse route. Mais qui pouvait briser son désir de rester là où il se sentait bien en ayant la certitude, partagée aujourd'hui encore par le vestiaire, qu'il pouvait donner un coup de pouce à la nouvelle vague ? Courtrai avait tenté en vain de l'attirer sur les bords de la Lys. Pour Wasyl, l'affaire fut réglée en une seconde dans un coin de sa tête : pas question de porter un autre maillot que celui d'Anderlecht en Belgique. Un an plus tôt, les Bruxellois avaient refusé de le céder à Nancy, très généreux pour le Polonais. A 32 ans, il perdait là une belle opportunité mais cela ne le dérangeait pas : Anderlecht, c'est son univers. L'apport de Wasyl était d'ailleurs jugé indispensable pour que son club décroche le titre et tire son épingle du jeu en Ligue des Champions. Il rend service, ne bronche pas alors que Bram Nuytinck, bichonné par le coach, prend le dessus. En novembre 2012, on lui demande de patienter jusqu'en avril 2013 pour la signature d'un nouveau contrat, " On va le garder ", dit-on. Pour lui, le feu passera au vert, pas au rouge. Il n'en doute même pas. Personne ne parle pas encore de rajeunissement draconien des cadres. En été 2013, il ne rentre pas en Pologne, travaille à Bruxelles pour bien entamer la nouvelle saison, Anderlecht prolonge la location de sa demeure et des assurances pour qu'il s'entraîne sans soucis. Les joueurs sont enchantés et font passer des messages dans la presse : " On a besoin de Wasyl, il mérite un nouveau contrat. " Le club a fait des gestes gentils et Wasyl les décode à sa façon. Les Mauves lui offrent-ils du bois de rallonge pour qu'il puisse trouver un nouveau club dans de bonnes conditions ? Ou attend-on la fin des achats d'été afin de clore l'époque Wasyl en accueillant les derniers nouveaux ? John van den Brom donne un indice fatal lors d'une conférence de presse ce début de saison : la présence de Wasyl à l'entraînement ne peut pas s'éterniser : la messe est dite. Le Polonais aurait fait de gros sacrifices financiers pour rester à Anderlecht. Une rupture brutale n'aurait-elle pas été préférable ? Quand Thiry lui annonce que " Kouyate ne quittera pas Anderlecht ", le Bison comprend enfin : ses derniers espoirs s'envolent pour de bon. Il tourne la page mais ne se plaint pas, n'élève pas la voix : " Bon, il me faut un autre club... " Le vin est tiré, il faut le boire. Wasyl n'a jamais geint, il a vécu d'autres épreuves qui ont forgé son image, sa légende. Deux clubs ont besoin d'expérience : le NEC Nimègue aux Pays-Bas et le Leicester City FC qui ambitionne de retrouver la Premier League. Les Néerlandais traînent un peu et le Polonais donne la préférence aux Anglais. Un chapitre de six ans et demi s'achève mais ce n'est pas la fin de son histoire d'amour avec les supporters d'Anderlecht. Des cars de fans mauves se rendent régulièrement en Angleterre pour communier avec une icône pas comme les autres. Les pèlerinages à la gloire de Wasyl étonnent la presse britannique. Même si les temps ont changé, cela rappelle les cortèges rouches qui, en 1968-69, quittaient Liège pour suivre Roger Claessen à Aix-la-Chapelle. Même s'il n'est plus présent physiquement au stade Constant Vanden Stock, le public bruxellois lui consacre toujours ses applaudissements lors de la 27è minute de jeu. Hommage au numéro de son maillot, à sa bravoure, à des atouts athlétiques qui tranchaient dans la maison de la haute technicité. Mais comment a-t-il gagné des galons uniques en leur genre ? Pourquoi ce déménageur jouit-il du prestige réservé aux plus grands artistes mauves ? Sa popularité le range aux côtés des Paul Van Himst, Robby Rensenbrink, Juan Lozano, Enzo Scifo et autres génies. Est-ce une erreur de l'histoire ? Son agent s'offusque : " Non, pas du tout : les gens ont compris que Wasyl est droit, entier, honnête. Dans un monde hyper médiatisé, connecté, il a réinventé la com en se concentrant sur l'essentiel à ses yeux : le terrain. D'autres adorent les médias, c'est leur droit, Wasyl parle aux gens par ses matches uniquement. Et, en cela, il est unique dans un monde où la parole est parfois plus importante que l'acte. Wasyl a toujours été comme cela. Il n'est pas né avec l'affaire Axel Witsel. Marcin, c'est un personnage comme je n'en ai jamais connu, et que le public a vite compris. " En janvier 2007, Anderlecht dépose un million d'euros dans la corbeille d'Amica Wronki pour s'offrir les services de l'international polonais. Il avait déjà été question de lui en été 2006, avant que son dossier soit mis en attente. Tout s'accélère en fin décembre. Anderlecht a des soucis en défense, relance Wasyl et c'est le branle-bas de combat en Pologne. Les Mauves lui proposent de passer un test lors du stage de La Manga. Marcin n'est pas outré mais tout a bien failli s'arrêter dans un aéroport polonais. Suite à un problème administratif, il ne reçoit pas son billet à l'enregistrement. Panique : s'il n'arrive pas à l'heure convenue en Espagne, le test et le transfert tomberont à l'eau. Tout s'arrange heureusement deux minutes avant le décollage. Wasyl y voit un signe du ciel. Il doit accomplir un job et a la certitude de réussir, scellée en lui, que tout ira bien. A La Manga, il épate lors des entraînements et des matches. Elément important : Daniel Zitka parle polonais et Jan Polak le comprend aussi. Il est doublement compris et protégé. Pour le contrat de trois ans, c'est dans la poche. Il le signe le 12 janvier. Au retour d'Espagne, Anderlecht entend l'aligner tout de suite en championnat. Il préfère patienter jusqu'au voyage au Germinal Beerschot (1-3) et marque tout de suite. Une semaine plus tard, Marcin remet le couvert contre Westerlo (1-0) : Anderlecht a transféré ce qui lui manquait, de la poigne. Le public adopte tout de suite ce Tarzan qui lui rappelle des durs à cuire indispensables comme le furent Jean Thissen, Johnny Dusbaba ou Gille Van Binst. " Pour bien comprendre Wasyl, il faut mesurer qu'il n' y a que deux choses qui importent pour lui : sa famille et son club ", insiste son agent. " A Bruxelles, il avait tout et ses enfants étaient heureux, parfaitement intégrés. Il s' y est tout de suite senti chez lui. C'est pour cela qu'il n'a rien vu venir cet été. Sa double fracture de la jambe lui a probablement donné une nouvelle dimension mais Wasilewski serait devenu Wasyl sans le tacle de Witsel. " Le 30 août 2009, il est évacué du terrain : on ne le reverra que huit mois plus tard. Ses proches étaient minés par les doutes, lui pas, malgré la douleur, des rechutes, etc. Il répète le même message : " Je reviendrai. ". Ce sera totalement le cas à partir de novembre 2010. " Il y avait eu quelques éclaircies dès le mois de mai quand il rejoua contre Saint-Trond ", explique Thiry. Durant sa longue traversée du désert, il ne veut pas entendre parler d'action en justice contre Witsel. Pour lui, c'est de l'énergie perdue. Il ne parle pas, travaille, évite la presse, a rendez-vous avec son public, ses supporters. " Je sais que la fin de son aventure à Anderlecht l'a touché en plein coeur ", explique Thiry. " Mais Wasyl n'aurait pas accepté un geste de sympathie. Il n'a jamais reçu de cadeaux. Marcin ne compte que sur son travail. Il a signé un contrat de six mois à Leicester mais je suis persuadé qu'il jouera encore deux ans, là ou ailleurs. Leicester devrait monter en Premier League. S'il reste là, son expérience devrait être utile contre Manchester United, Chelsea ou Liverpool. " Les fans de Wasyl se réjouissent pour lui. Il y a quelques années, son nom avait déjà circulé de l'autre côté du Channel. Anderlecht l'a, en quelque sorte, déclassé, jugé inutile au coeur de sa classe biberon, pas indispensable pour croiser le fer contre OHL, Mons, Waasland Beveren ou Charleroi. Cette erreur de jugement lui permet de découvrir un autre football qui lui va comme un gant. Du côté de Leicester, il n'a pas plus de contacts avec la presse qu'en Belgique. Son anglais est rudimentaire mais cela ne le dérange nullement. A Anderlecht, il était dans tous les bons coups, adorait orchestrer les solides farces qui dérident un vestiaire. De grands joueurs polonais en Belgique, comme Wlodek Lubanski d'abord, Gregorz Lato, Jan Tomaszewski les frères Zewlakow, ont évolué en Belgique. Ils n'ont pas atteint le niveau de popularité du Bison. " Marcin, au-delà du football, c'est un homme solide, taillé pour surmonter toutes les épreuves de la vie et surtout un homme pudique ", affirme son agent. " Ce n'est pas une barrière de protection mais une force qui lui permet de se concentrer sur l'essentiel comme c'est le cas à Leicester. " PAR PIERRE BILICWasyl aurait fait de gros sacrifices financiers pour rester à Anderlecht.