Les contrôles sont stricts mais se passent dans la bonne humeur, à l'aéroport Elifterios Venezelios flambant neuf, inauguré en mars 2001 en prévision des Jeux. Il se situe à Spata, à 20 kilomètres à l'est de la capitale. Les deux boutiques de merchandising des Jeux réservent bon accueil aux premiers curieux. Le vieil aéroport désuet d'Ellenikon, situé à la côte, au sud-ouest de la ville, est en démolition. Il va devenir un des sites olympiques pour le basket, le handball, le hockey et l'escrime.
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Les contrôles sont stricts mais se passent dans la bonne humeur, à l'aéroport Elifterios Venezelios flambant neuf, inauguré en mars 2001 en prévision des Jeux. Il se situe à Spata, à 20 kilomètres à l'est de la capitale. Les deux boutiques de merchandising des Jeux réservent bon accueil aux premiers curieux. Le vieil aéroport désuet d'Ellenikon, situé à la côte, au sud-ouest de la ville, est en démolition. Il va devenir un des sites olympiques pour le basket, le handball, le hockey et l'escrime. A l'aéroport, on s'affaire à la construction du chemin de fer qui va assurer la liaison avec le centre-ville et les quartiers olympiques du nord d'Athènes. En voiture, il faut 35 minutes pour rejoindre le stade olympique. Pour l'instant, une ligne de bus dessert la première station de métro, à une demi-heure de l'aéroport. Ce nouveau métro est rapide et extrêmement efficace. Il fonctionne avec trois lignes depuis 2000. C'est une révolution pour la capitale grecque, réputée pour le chaos de son trafic. Elle avait bien essayé d'endiguer le problème en introduisant une interdiction alternée de circulation aux plaques paires et impaires mais la plupart des Grecs ont contourné le problème en se procurant une seconde plaque d'immatriculation. Stephanos Broussalis, journaliste sportif au quotidien Eleftheros, ne voit qu'une solution pour éviter que le chaos ne perturbe les Jeux : expulser les cinq millions d'habitants de cette mégapole pendant toute la durée des J.O. La capitale grecque ne s'est attelée à la tâche qu'une fois choisie et encore, plutôt tardivement. Elle fait surgir toute une infrastructure du néant. Il ne reste plus grand-chose des sites olympiques de 1896. Le vieux stade du Panathinaikos, au centre de la ville, au sud du parlement et du parc national, n'a plus de gazon. Il ne servira qu'au tir à l'arc et à l'arrivée du marathon, qui partira du village de Marathon, d'où le messager grec courut annoncer à Athènes sa victoire sur les Perses avant de s'effondrer, mort d'épuisement. Le centre nerveux des prochains Jeux sera le stade olympique bâti en 1983 à l'occasion des Jeux Méditerranéens et qui a ensuite servi, jusqu'il y a deux ans, de port d'attache aux clubs de football de l'Olympiakos et du Panathinaikos. Un architecte espagnol va poser un toit sur le stade, une première dans l'historie olympique. On a déjà placé les poutres mais le chantier sera achevé juste à temps, assurent toutes les personnes concernées. Comme Barcelone en 1992, Athènes profite des Jeux pour rafraîchir la ville et résoudre une série de problèmes déjà anciens. Après les Jeux, Athènes sera une cité moderne plus agréable à vivre. La circulation y sera fluide, grâce à des transports publics efficaces. Les infrastructures sportives dépassées seront réaménagées et les petits mais douillets appartements du village olympique, au nord du stade, accueilleront 10.500 familles par la suite. Les fondations sont déjà posées ! De toute façon, la ville n'est qu'un immense chantier : il n'y a pas de rue ni de place où on n'entende le bruit de foreuses, jusqu'à l'Acropole. Depuis cette colline, le c£ur historique de la ville, on peut discerner, à travers le smog, une agglomération très dense de quelque cinq millions d'âmes, jusqu'au port de Pirée, qui se mêle à Athènes sans démarcation visible. A l'exception de quelques vestiges du passé, la ville offre une image moderne, avec des immeubles à appartements bas. Un Grec sur deux habite dans les environs de la capitale. La deuxième ville, Thessalonique, située au nord de la Grèce, accueille 1,5 millions d'habitants. Quand Athènes est devenue, en 1834, la capitale de la nouvelle Grèce indépendante, elle n'était qu'un village décrépit avec quelques ruines et le quartier turc de la Plaka, devenu un endroit touristique au pied de l'Acropole. En 1923, la Grèce a décidé d'effectuer un échange avec la nouvelle Turquie, ce qui ne s'est pas passé sans émoi. Les Turcs qui avaient déménagé en Grèce au cours des siècles de domination de l'Empire Ottoman sont retournés chez eux. En échange, plus d'un million de Grecs ont été obligés de quitter la côte turque occidentale. La population d'Athènes a doublé en l'espace de quelques semaines et trois des clubs omnisports les plus renommés de Grèce arborent toujours fièrement leurs racines turques. Ainsi, le Panionios rouge et bleu qu'a jadis entraîné Urbain Braems en foot a été fondé en 1890. En 1923, il a déménagé à Athènes, où il a été rappelé à la vie par des émigrés d'Izmir. Le stade porte le même nom que le nouveau quartier situé au sud du centre : Nea Smyrnia, Nouvel-Izmir. Il est un des dix pensionnaires de D1 de l'agglomération Athènes-Pirée, dans une division de seize équipes. On pourrait parler de miracle car il y a deux ans, le club est tombé en faillite. Dans ce cas, on doit recommencer tout en bas de la hiérarchie mais, pour des raisons d'ordre sentimental, on a laissé la nouvelle version de ce club de tradition, Nea Panionios, parmi l'élite. Le président est un chanteur grec connu, Padazis, homme de paille d' Achilleas Beos, roi sans couronne des boîtes de nuit qui ne peut plus occuper de fonctions officielles à cause de problèmes fiscaux. Les deux autres anciens clubs turcs, le PAOK Salonique et l'AEK Athènes, trouvent leurs racines à Istanbul, qu'on a d'abord appelé Constantinople puis Byzance. Cité grecque, elle a été conquise par les Turcs au 15e siècle et annexée à l'Empire ottoman. Dans sa brochure de présentation, l'AEK se décrit fièrement comme l'Athletic Union de Constantinople. Ses objectifs ? Réunir les athlètes de Constantinople afin de poursuivre le travail des précédents clubs sportifs de cette ville. Actuellement, il est le plus petit des trois grands clubs d'Athènes, dans l'ombre du Panathinaikos et de l'Olympiakos. Contrairement à ses concurrents, il ne dépend pas d'un riche propriétaire. Il possède une structure plutôt confuse au sein de laquelle les présidents se succèdent à un rythme effréné. D'ailleurs, depuis quelque temps, l'identité du président n'est pas très importante : des actionnaires anglais réunis dans un club boursier londonien détiennent la majorité depuis 1998. Mais le match de Ligue des Champions AEK-Monaco se déroule dans un décor sinistre, sous l'£il de quelques milliers de spectateurs, que cette rencontre sans engagement n'enchante guère. L'AEK est déjà éliminé. Il n'a encore jamais remporté de match en Ligue des Champions. Il a atteint les demi-finales d'une coupe d'Europe, la C2, en 1977. Et la raclée subie par l'Olympiakos (7-0 à la Juventus) nuit à l'image du football national car le club domine sa compétition nationale depuis des années. Il compte sept titres d'affilée. Il est à l'image de son patron, Sokratis Kokalis, qui dirige tout le pays, d'après les Grecs. Originaire d'Europe de l'Est, ce propriétaire d'une importante société de téléphonie, de plusieurs chaînes TV et d'entreprises en Europe de l'Est et en Amérique du Sud a repris le populaire club de Pirée en 1993. Kokalis contrôle le pays, il soutient le Premier ministre grec, d'obédience socialiste, et a introduit le Lotto sportif grec il y a quelques années. L'Olympiakos n'avait plus été champion depuis 1987 : il était en proie à de graves problèmes financiers et était à un doigt de la faillite. Les deux prédécesseurs de Kokalis se sont retrouvés en prison. Quatre ans après sa reprise, après dix ans de disette, l'Olympiakos a renoué avec le titre, qu'il a reconduit à six reprises. Suite au retour de l'Olympiakos à Karaiskaki, le stade olympique rénové risque de ne plus avoir d'équipe, car le Panathinaikos veut lui aussi un nouveau stade. Les pouvoirs publics n'ont pas envie de libérer un budget supplémentaire, car entretenir un stade olympique vide sera très onéreux. Ils tentent donc d'y attirer l'AEK, qui est sans toit et qui se produirait ainsi à quelques kilomètres à peine de son ancien port d'attache, Nea Filadelfia. Athènes domine également le basket, avec huit représentants sur les quatorze clubs de D1. Maroussi est actuellement en tête du championnat. Il est sis dans le quartier du même nom, au nord, sur les hauteurs de la ville, là où se trouvent le village et le stade olympiques. Comme en football, c'est l'Olympiakos qui est le plus prestigieux. Il a été champion cinq fois d'affilée de 1993 à 1997. Cette année-là, il a remporté la Coupe d'Europe, mais comme le club de football, malgré un total de neuf titres nationaux, il reste à la troisième place de la hiérarchie grecque. Le Panathinaikos représente l'élite absolue. Comme l'Olympiakos et l'AEK, il est un club omnisports. En basket, il compte 24 titres, sept coupes nationales et trois trophées européens. Celui de 1996 est le tout premier de la Grèce. D'autres victoires ont suivi, en 2000 et en 2002. A la deuxième place, un club qui ne se produit pas à Athènes : Aris Salonique a dominé le basket national dans les années 80 et a propulsé la Grèce parmi les grands d'Europe grâce à une génération surdouée. En 1987, l'équipe nationale a été championne d'Europe. Deux ans plus tard, elle a obtenu la médaille d'argent. A la retraite de cette génération en or, le basket a perdu son impact, faute d'argent, mais il reste le sport le plus populaire après le football. La ville d'Athènes ne se tracasse pas pour le financement des Jeux. Les pouvoirs publics n'interviennent qu'à concurrence de 12 % dans le budget total, de 1,962 milliard d'euros. Il n'y a guère d'opposants aux Jeux. Tout le monde est heureux que ceux-ci, inventés en Grèce il y a plus de deux mille ans et rejoués ici même dans une version moderne en 1896, retrouvent leur terre natale. Le Comité Olympique a reçu 130.000 candidatures de bénévoles pour les Jeux et les Paralympics de septembre. Il doit en sélectionner 60.000. Symboliquement, les footballeurs de l'équipe nationale ont proposé de travailler comme bénévoles en août. Du moins si, après l'EURO 2004, ils disposent de l'énergie nécessaire à cette autre tâche d'intérêt national. Geert Foutré, envoyé spécial à Athènes