Avec un point sur neuf, les chances de qualification de la Belgique pour la prochaine phase finale de la Coupe du Monde ont piqué du nez. D'autres chiffres nous apprennent que les Diables Rouges ont inscrit un malheureux but en 270 minutes de jeu alors que leur défense a été grillée une fois par la Lituanie, dépassée à deux reprises en Espagne ainsi que par la Serbie & Monténégro.
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Avec un point sur neuf, les chances de qualification de la Belgique pour la prochaine phase finale de la Coupe du Monde ont piqué du nez. D'autres chiffres nous apprennent que les Diables Rouges ont inscrit un malheureux but en 270 minutes de jeu alors que leur défense a été grillée une fois par la Lituanie, dépassée à deux reprises en Espagne ainsi que par la Serbie & Monténégro. Le constat est édifiant. Cette campagne devait être celle de la relance après notre absence sur les terrains du Portugal et de l'EURO 2004. Or, l'équipe nationale est au fond de son lit et grelotte. Elle est au plus mal mais l'ambulancier Aimé Anthuenis est incapable de s'en occuper pour l'amener à l'hôpital le plus proche afin de procéder au bon diagnostic pour la remettre sur le chemin de la santé. Contre la Serbie & Monténégro, tous ses choix tactiques se sont révélés déficitaires. Les problèmes étaient certes importants avec les suspensions de Bart Goor et d' Eric Deflandre et les blessures des deux frères Mbo et Emile Mpenza. Mais, signe de manque de ligne de conduite ferme, après une demi-heure de jeu, le coach fédéral procéda à une profonde modification de sa stratégie sur le grand échiquier vert. Dépassé par les événements et les problèmes techniques posés par les manieurs de ballons de la Serbie & Monténégro, Philippe Clement recula d'un cran tandis que Vincent Kompany s'installait, pour la première fois de sa carrière de Diable, au c£ur de la ligne médiane. Puis, Olivier Deschacht, un peu juste à ce niveau, fut remplacé par Koen Daerden qui prit place sur l'aile gauche tandis que Peter Van der Heyden passait au back gauche. Deux secteurs sur trois étaient réorganisés de fond en comble en plein match. Si ce n'était pas un aveu d'impuissance, cela y ressemblait assez furieusement. Le coach national avança, en guise d'excuse, que Deschacht avait encaissé une carte jaune et risquait l'exclusion. En réalité, et c'était prévisible, le flanc gauche souffrait sous les accélérations d' Ognjen Koroman. Le coach fédéral était dans le flou, déjà obligé de revoir sa copie comme un potache n'ayant pas bien étudié sa leçon. Pénible. La défense (trop statique sur le premier but serbe & monténégrin alors que Savo Milosevic, l'auteur de l'assist pour Zvonimir Vukic, aurait dû être pris en charge tout de suite) retrouva ses accents brugeois. Par contre, la ligne médiane n'éleva pas son niveau de jeu. Roberto Bisconti livra une bonne première mi-temps, eut une occasion de but, mais le Niçois n'est pas un homme de couloir. Il peut s'y manifester ponctuellement mais préfère vivre et agir devant une défense. Dans ces conditions, Olivier De Cock ne mit qu'une fois le nez à la fenêtre : pas assez. Dejan Stankovic et Ivica Dragutinovic n'éprouvèrent aucune peine à coloniser ce pan du terrain où on aurait aimé voir un Brugeois en forme, Gaëtan Englebert. Koen Daerden était trop impressionné par l'importance de l'enjeu et le ravitaillement par les ailes fut coupé tant à gauche qu'à droite. Walter Baseggio n'éclaira jamais le jeu et fut à la base du premier but adverse en calibrant mal une passe à Deschacht. Par contre, Vincent Kompany y étala ses potentialités et lutta, à armes égales, avec les médians adverses. Mais il était seul. Est-ce pour lui une voie à suivre ? Il se sent probablement plus à l'aise en défense. L'attaque fut fantomatique et trop peu athlétique face aux tours d' Ilija Petkovic. Les deux arrières centraux, Goran Gavrancic et Nemanja Vidic, auraient pu en faire des brochettes à chaque instant. Pourquoi Anthuenis a-t-il attendu l'heure de jeu avant de faire monter Luigi Pieroni au jeu ? En trente minutes, ce pivot a percuté deux fois la transversale de la cage défendue par Dragoslav Jevric. Lui au moins a inquiété les arrières des Balkans. Actuellement, Wesley Sonck et Thomas Buffel doivent tourner au pied d'une tour. S'ils jouent de concert, leur complémentarité est insuffisante. Après deux ans de recherches, Anthuenis a reculé de 100 pas, plongeant le football belge dans les plus grands doutes. Tactiquement, avec son effectif, l'équipe essaye d'être ce qu'elle ne peut devenir. Elle rêve de jouer à la hollandaise, de manière ouverte, au lieu se retrouver les vraies valeurs belges d'antan : engagement, travail, organisation, se mettre minable pour ses équipiers, souci défensif, jeu en contre, intelligence de tenter des coups gagnants, ne pas se plaindre nuit et jour, etc. Ce n'est pas Anthuenis qui, comme John Stanley retrouverait, David Livingstone, perdu quelque part le long du lac Tanganyika. Or, l'équipe nationale a besoin, à sa tête, d'un explorateur enthousiaste n'ayant peur de rien. Son discours, s'il a le mérite de révéler des problèmes récurrents du football belge, tel le nombre trop élevé de joueurs étrangers en D1, est souvent négatif, décourageant. La situation était quasiment la même en 1994, 1998 ou 2002 mais les Diables Rouges se qualifièrent pour la phase finale de la Coupe du Monde. Le coach fédéral ne cesse d'évoquer la pauvreté de son effectif, sa jeunesse, son manque d'expérience. Anthuenis affirme ne pas avoir d'alternatives dans le choix de ses joueurs. Mais son groupe est-il aussi faible qu'il ne cesse de le dire ? Même s'ils n'y sont pas toujours titulaires, la plupart des joueurs font partie de très bons clubs : Anderlecht, Bruges, Ajax, Feyenoord, Hambourg, Genk, Auxerre ou Celtic. Sur le banc, il y avait notamment Daniel Van Buyten (titulaire et capitaine apprécié à Hambourg), Englebert (titulaire dans son club), Joos Valgaeren (titulaire), Pieroni (de plus en plus de temps de jeu), Stein Huysegems (titulaire). On notera aussi que Van der Heyden jouera la saison prochaine à Wolfsburg, leader actuel de la Bundesliga. Ce n'est pas rien, sauf si on ne sait plus comment utiliser tout cela. Mardi passé, le coach fédéral avoua " être effrayé par le manque de confiance et de fraîcheur des Diables Rouges ". C'est le genre de remarques à ne pas faire, qui ressemblent à une anticipation, à une excuse pour les événements à venir. La faute était importante en vue d'un match capital. N'est-ce pas son rôle d'entretenir le moral des troupes ? Aller à la guerre avec un général qui n'a pas confiance en ses troupes, c'est du gâteau pour l'ennemi. Après la rencontre, il lança aussi imprudemment : " Pour la qualification, c'est fini ". Ce sont des mots qui résument le moral d'Anthuenis. En 1984, Guy Thys a eu d'autres soucis bien plus dramatiques. Suite à l'affaire Standard-Waterschei, le coach au cigare dut se passer du jour au lendemain de ses internationaux liégeois ( Michel Preud'homme, Walter Meeuws, Eric Gerets, Guy Vandersmissen, Jos Daerden, Gérard Plessers) alors que l'EURO français approchait à grands pas. Guy Thys n'en fit pas une maladie et lança Georges Grün, Enzo Scifo, etc. Anthuenis n'y croit plus alors que, mathématiquement, c'est encore possible. La chance est minime mais il reste encore sept matches donc 21 points à gagner. Le lendemain, son analyse du classement changea un peu après avoir constaté qu'il y avait encore un souffle de vie. Trop tard. Cet homme, charmant, qui a un beau parcours en tant qu'entraîneur, est arrivé au bout de son latin, surtout quand il demande à la presse de lui suggérer des solutions. S'il reste en place, c'est grâce à Jan Peeters, président de l'Union Belge, et à Karel Vertongen, président de la Commission Technique. Peeters soutient son coach et mise sur un retournement de situation qui semble très improbable. L'histoire nous apprend, pourtant, que des changements de climat peuvent être utiles. En 1997, Wilfried Van Moer fut dégommé après une défaite face à la Hollande (0-3, le 14 décembre 1996 à Bruxelles), troisième match de qualification pour la Coupe du Monde 98, et remplacé par Georges Leekens, " enlevé " par Michel D'Hooghe à Mouscron. Ce fut une bombe mais Georges Leekens généra de nouvelles idées, lança les frères Mpenza auxquels personne n'avait pensé, fit naturaliser Gordan Vidovic et Branko Strupar et qualifia les Diables Rouges pour la phase finale de la Coupe du Monde. Toutes ses idées ne furent pas bonnes mais certaines firent bouger les choses. Un autre regard généra différence et renouveau. Plus tard, après une défaite face à la Finlande (3-4, le 18 août 1999 à Bruges), Leekens fut défenestré au profit de Robert Waseige qui décupla le moral de ses troupes, détendit l'atmosphère, entama son règne par un formidable 5-5 à Rotterdam. L'air était devenu plus respirable sur la route de l'EURO 2000 puis de la Coupe du Monde 2002. Le technicien liégeois transforma des joueurs comme Marc Wilmots ou Gert Verheyen. Ils sont devenus des icônes alors que l'on douta durant dix ans de leur capital technique. Peeters ne vit pas les choses de la même façon que son prédécesseur. Le président actuel est un homme pondéré, soucieux de ne blesser personne, juste, correct. Mais après avoir raté le rendez-vous portugais, il ne peut pas se permettre de faire l'impasse sur l'Allemagne en 2006 sans réagir. Un pas en arrière d'Aimé Anthuenis ne serait pas un affront. Les résultats et la qualité du jeu ne plaident pas du tout pour lui mais il a eu le mérite de lancer beaucoup de jeunes (dont Silvio Proto qui ne démérita pas face à la Serbie & Monténégro) qui, demain, rendront de grands services. N'est-il pas indiqué de les confier à une autre attention ? Le 9 février 2005, la Belgique disputera un match amical en Egypte. Puis, le 30 mars 2005, elle recevra son quatrième adversaire des éliminatoires de la Coupe du Monde 2006, la Bosnie-Herzégovine. N'est-ce pas le moment de tenter une opération commando avec un entraîneur belge ou étranger ? Un quitte ou double. Qui est libre ? Georges Leekens l'était-il quand il releva le défi ? En cherchant, on trouve. L'arrivée d'un entraîneur étranger, jusqu'à la fin des éliminatoires, serait-elle un affront ? Non. La Grèce est devenue championne d'Europe grâce à Otto Rehagel. Et quand on entend, par exemple, Trond Sollied et Albert Cartier s'exprimant à propos du football belge, ils sont infiniment plus optimistes qu' Anthuenis. C'est l'heure de vérité. En tant que président de l'Union Belge, Peeters est au chevet de l'équipe nationale. Il est minuit, docteur Peeters. Et si le numéro un de la maison de verre prescrit un remède homéopathique en jouant toujours la carte Anthuenis, sera-ce le cas des 23 membres du comité exécutif d'une Union Belge très affectée depuis mercredi passé par le fatalisme qui s'est emparé des Diables Rouges ? Pierre Bilic" Pour la qualification, c'est fini " : voilà l'état du MORAL D'ANTHUENIS