Philippe Clement (Club Bruges) : " Roublard jusqu'au bout des crampons "

" Je n'ai pas trop envie de m'étendre à son propos, dans la mesure où j'ai déjà dit l'essentiel après Standard-Bruges. Ce soir-là, l'attaquant serbe avait tout simplement été à l'origine de mon renvoi prématuré au vestiaire suite à un plongeon spectaculaire consécutif à un accrochage banal. En soi, il n'était pas normal du tout que je subisse cette sanction, tout comme je ne comprends pas pourquoi l'attaquant serbe n'ait pas reçu le bristol jaune sur cette phase. Pourtant, les arbitres ont reçu des injonctions très claires cette année : quiconque réclame un carton pour un autre joueur doit être pénalisé.
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" Je n'ai pas trop envie de m'étendre à son propos, dans la mesure où j'ai déjà dit l'essentiel après Standard-Bruges. Ce soir-là, l'attaquant serbe avait tout simplement été à l'origine de mon renvoi prématuré au vestiaire suite à un plongeon spectaculaire consécutif à un accrochage banal. En soi, il n'était pas normal du tout que je subisse cette sanction, tout comme je ne comprends pas pourquoi l'attaquant serbe n'ait pas reçu le bristol jaune sur cette phase. Pourtant, les arbitres ont reçu des injonctions très claires cette année : quiconque réclame un carton pour un autre joueur doit être pénalisé. J'ai du respect pour le joueur, qui est réellement un poison pour la défense, mais ce respect est atténué par son aspect roublard jusqu'au bout des crampons. Bien sûr, certains diront qu'il s'agit d'une qualité. Mais moi, j'estime qu'il y a des limites à ne pas franchir. Et mon opposant direct les a transgressées dans ce match "." La plupart des attaquants ont toujours un pied favori ou un côté de prédilection. Le Serbe doit être l'exception qui confirme la règle, puisqu'il m'a passé sans encombres à gauche comme à droite en s'appuyant tantôt sur une jambe, tantôt sur l'autre. Afin de le contrer, l'entraîneur, Glen De Boeck, m'avait conseillé d'anticiper le plus possible, car dès l'instant où il est en possession du ballon, l'avant du Standard est, pour ainsi dire, inarrêtable. Plus facile à dire qu'à faire, évidemment, en ce sens que Jovanovic est constamment en mouvement et qu'il ne laisse aucune chance à son adversaire direct au démarrage. Couper l'approvisionnement n'a vraiment pas été une sinécure pour moi. Dans ces conditions, j'ai été souvent réduit à la course-poursuite avec lui et, pour le freiner, je n'ai eu d'autre solution que de recourir quelquefois à la faute, légère ou non. Le hic, avec lui, c'est que le moindre petit accroc le fait irrémédiablement trébucher. A un moment donné, il s'était d'ailleurs écroulé d'une pièce dans la surface de réparation alors que je l'avais à peine effleuré. L'homme a eu le bon goût de signifier à l'arbitre et au public qu'il n'y avait pas faute. C'était franchement chic de sa part. Il n'empêche que quelques minutes plus tard, sur une phase semblable, il y était allé d'un plongeon tout aussi spectaculaire qui avait valu, cette fois-ci, un penalty aux Rouches. Après coup, le joueur avait d'ailleurs demandé au referee de brandir le rouge pour moi. C'est Jova tout craché ça : un très chouette mec, à qui on donnerait le bon dieu sans confession par moments, mais capable d'une attitude de Judas peu après. Il faut dès lors se méfier de lui sans relâche ". " Il possède tout en double : le pied gauche et le droit, le collectif et l'individuel, la force et la finesse. C'est ce qui le rend redoutable : on ne sait jamais trop ce qu'il va faire. Par moments, on croit qu'il va privilégier un débordement et il rentre dans l'axe, à d'autres, on pense qu'il va la jouer solo et il fait la passe, tantôt encore il étonne tout son monde en jouant au plus fin au lieu d'y aller d'une frappe sèche. Ce qui sidère, chez lui, c'est sa capacité à pouvoir conserver la maîtrise du cuir en toutes circonstances. Souvent, il est près de se faire déposséder du ballon mais arrive quand même in extremis à en garder le contrôle. Avec son grand compas, on n'en a jamais totalement fini avec lui. Même quand on se dit que c'est gagné et qu'on a pris le dessus sur lui, il y a toujours un de ses tentacules qui traîne. Dans ces conditions, ce n'est pas un client ". " Le match Zulte Waregem- Standard, pour le compte de la première journée, était mon baptême du feu en D1. Au départ, je m'étais fait la réflexion qu'il n'y avait finalement pas de différence fondamentale entre la D2, où j'avais joué la saison passée à Tirlemont, et l'élite que je découvrais avec les Flandriens. Pendant une demi-heure, tout s'était même déroulé comme dans un rêve, dans la mesure où nous avions ouvert la marque par l'entremise de NikicaJelavic. Je pensais que nous étions lancés et que plus rien de fâcheux ne nous arriverait. Mais je me blousais lourdement car, dès ce moment, les Rouches passèrent à la vitesse supérieure en nous empilant en définitive 4 buts. Ma seule consolation, par rapport à ce match, est d'avoir réussi à maintenir MilanJovanovic sous l'éteignoir. Avec le recul, je me dis que ce n'était pas si mal, puisque le puncheur serbe est quand même parvenu à réaliser deux hat-tricks par après contre le Brussels et Roulers. Ce qui m'a tout particulièrement frappé, chez lui, c'est sa double accélération. Je ne suis pas des plus lents et pourtant, à un moment donné, il m'a tout bonnement déposé sur place en pleine course, en enclenchant la vitesse supérieure. C'est la première fois de ma vie que j'avais affaire à un opposant direct qui allait plus vite, balle au pied, que moi sans. Le plus incroyable, c'est que le cuir est toujours collé à ses chausses. Par là même, il ne m'étonne pas que lorsqu'un défenseur veut jouer le ballon, il touche automatiquement le joueur avec les conséquences que l'on sait : une faute qui peut parfois se doubler d'un penalty, voire d'une exclusion comme le Brugeois Philippe Clement vient tout juste de le vérifier à ses dépens ". " Le hat-trick que Jovanovic a réalisé chez nous en dit long sur sa panoplie de buteur, puisqu'il a paraphé ses trois goals du gauche et du droit, ainsi que sur phase arrêtée. Pour moi, et pour bon nombre d'observateurs sans doute, le Standardman est le meilleur attaquant du championnat. Pour le museler, il n'y a, somme toute, qu'une seule solution : il faut l'empêcher de se retourner. Dos au but, bien sûr, le Serbe recèle déjà des qualités évidentes, dans la mesure où il s'avère un bon passeur. C'est d'ailleurs dans ce domaine, selon moi, qu'il a le plus progressé ces derniers mois car à ses débuts, il ne faisait pas montre des mêmes aptitudes comme remiseur. Au contact des autres et sous les ordres de Michel Preud'homme, son jeu collectif s'est fortement amélioré. La preuve par les assists qu'il fournit désormais alors qu'il la jouait souvent perso jadis. Reste que sa marque de fabrique est cette faculté de pouvoir scorer seul ou d'apporter la touche finale à un mouvement collectif, comme il l'a prouvé chez nous sur une splendide action élaborée sur tout le flanc droit. Il n'empêche que ce qui m'interpelle surtout, chez lui, c'est sa manière de provoquer constamment l'adversaire. Dès qu'il hérite du cuir, il cherche, le duel. Et dès qu'il est, précisément, en situation de face à face devant son opposant direct, c'est à peu de choses près peine perdue pour le défenseur, tant le Serbe garde la maîtrise dans cette situation. Quand il va vers le goal et qu'il peut utiliser son formidable pouvoir d'accélération, il est trop tard et il ne reste plus qu'à contempler les dégâts. L'idéal, c'est donc d'empêcher cette pénétration en le serrant de près et en coupant son alimentation. Nous n'y sommes pas parvenus mais je constate que d'autres, meilleurs que nous, comme le Club Bruges, n'y sont pas arrivés non plus. Il n'y a dès lors qu'un seul terme pour résumer tout ça : la classe. Et elle est bigrement difficile à déjouer ".