Le mercato a fermé ses portes depuis deux jours et c'est un Dimitri de Condé détendu qui s'assied face à nous. De l'équipe championne, seuls Leandro Trossard et Ruslan Malinovskyi sont partis. Joseph Aidoo, qui n'était plus titulaire, avait reçu l'autorisation d'aller voir ailleurs.
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Le mercato a fermé ses portes depuis deux jours et c'est un Dimitri de Condé détendu qui s'assied face à nous. De l'équipe championne, seuls Leandro Trossard et Ruslan Malinovskyi sont partis. Joseph Aidoo, qui n'était plus titulaire, avait reçu l'autorisation d'aller voir ailleurs. Sur une échelle de 1 à 10, quel a été le degré de difficulté du mercato ? DIMITRI DE CONDÉ : Il a été moins agité que le premier que j'ai connu. À l'époque, j'avais dû remplacer quatorze joueurs, tout un vestiaire. Cette fois, le jour du tirage au sort de la Champions League, nous savions que notre mercato était terminé. Quatre jours avant la clôture officielle. Vous avez donc pu assister à l'un ou l'autre festival de musique ? DE CONDÉ : Un jour au Graspop, un jour au Pinkpop et une soirée à Rock Herk. Mais j'avais toujours mon téléphone sur moi, j'estime que je dois toujours être accessible. Ça fait partie de mon boulot. Il n'a pas été facile d'assembler les pièces du puzzle. On a toujours voulu lancer beaucoup de jeunes mais on est champion et on devait veiller à remplacer les partants par des joueurs de qualité tout en transférant de jeunes talents. On a investi plus qu'avant mais on est financièrement en équilibre. En investissant, on a montré qu'on avait de l'ambition. Vous êtes très content du mercato, moyennement satisfait ou pas trop content ? DE CONDÉ : On est très content. On a deux groupes d'arrivants. Il y a d'abord ceux qui, à court terme, doivent être capables d'amener l'équipe au plus haut niveau en Belgique : Théo Bongonda, qui remplace Leandro Trossard ; Paul Onuachu, qui nous confère un style de jeu différent et dont nous aurons besoin ; et Patrik Hrosovsky, qui remplace Malinovskyi dans un autre style et doit amener de la stabilité à l'entrejeu. Il joue plus en fonction de l'équipe que Ruslan, qui était plus décisif. Les prestations de Hrosovsky seront toujours très stables. Il se sacrifie pour l'équipe mais est très efficace. Mali était plus impulsif mais un peu plus décisif en zone de vérité. Puis nous avons Carlos Cuesta, qui n'est pas encore un joueur confirmé mais plus vraiment un espoir non plus. C'est parce qu'on pouvait compter sur lui qu'on ne s'est pas opposé au départ d'Aidoo. Cuesta a un tel potentiel qu'il peut être titulaire dès maintenant. Enfin, il y a les trois autres : Nygren, Hagi et Odey, des joueurs de 18 à 21 ans. Odey doit se montrer patient. Nygren est un joueur phénoménal, très talentueux mais on ne doit pas lui mettre la pression, il ne faut pas le brûler. À terme, Hagi peut nous apporter la créativité que Pozuelo et Malinovskyi nous amenaient. Mais eux aussi, il leur a fallu six mois pour s'adapter. Même si ces trois-là ne percent pas autour des quatre premiers mois, on ne les considérera pas comme des transferts ratés. Par contre, on attend de Hrosovsky, Onuachu et Bongonda qu'ils aient directement le niveau du top belge. Le seul danger, pour ces garçons, c'est la pression de l'extérieur. Celle de la presse, par exemple. C'est quand même logique, ils ont coûté entre deux et cinq millions chacun alors que les joueurs de la génération précédente avaient coûté 300.000 euros. DE CONDÉ : C'est simplement dû au fait qu'au cours des trois dernières années, les prix des jeunes joueurs en Pologne, en Colombie ou au Danemark ont plus que doublé. Avant, vous n'aviez pas d'argent. Et maintenant, où placez-vous la barre ? DE CONDÉ : Dans certains dossiers, on a attendu mais on est allé plus loin qu'avant car le club est sain financièrement et on peut compter sur le prize money de la Champions League. Sur ce plan, je suis sur la même longueur d'onde que le président et le CEO. Si on ne fait pas ça, c'est difficile. On ne peut pas espérer rester au sommet sans investir et en ne jouant qu'avec des jeunes. Quelle est votre limite ? Sept millions pour Bongonda mais pas huit ? DE CONDÉ : Il n'a pas coûté sept millions mais c'était le maximum qu'on était prêt à mettre. On n'allait pas payer 8,5 ou 10 millions pour un joueur. Même pas pour David Okereke. Ça n'aurait pas été sain. On contrôle notre masse salariale mais elle grimpe vite et on ne veut pas de révolution de palais dans le vestiaire. Pas question qu'un joueur qui arrive gagne trois fois plus que les autres car alors il faudrait augmenter tout le monde. Et ça, on n'en est pas capable. Quand on a de l'argent, tout est plus facile que quand on n'en a pas mais ce n'est pas parce qu'on dépense plus qu'on prend toujours les bonnes décisions. C'est pourquoi on est satisfait de notre mercato. En partie parce que Sander Berge et Ally Samatta sont restés, preuve qu'ils se sentent bien ici. Ils n'ont pas fait des pieds et des mains pour partir. Pareil pour Joakim Maehle. Vous pensiez qu'il y aurait davantage de départs ? DE CONDÉ : Oui. Le dossier le plus difficile, c'était celui de Samatta, qui a déjà un certain âge et a été meilleur buteur. Pour Ito, on a reçu une offre proche des dix millions mais on a décidé de le garder en vue de la Champions League. On ne laissera partir personne après six mois. Les joueurs qui arrivent doivent savoir qu'ils sont là pour deux ans au moins. Bailey et Ndidi sont restés un an et demi, c'est trop peu. Si on veut avoir du succès, on doit budgétiser sur deux ans au moins. Combien de propositions concrètes avez-vous reçues pour Samatta ? DE CONDÉ : Il y a eu beaucoup d'intérêt de clubs russes mais Ally ne voulait pas aller là-bas. Une offre d'un bon club de milieu de tableau en France, aussi, mais il voulait jouer la Champions League. Galatasaray s'est manifesté aussi mais il voulait jouer dans un championnat du top 5, si possible en Angleterre. J'espère pour lui qu'il y arrivera mais, cette fois, on n'a pas reçu de proposition en ce sens. Entre-temps, vous avez engagé son remplaçant, Paul Onuachu. Comme Samatta reste, il va peut-être jouer moins. N'avez-vous jamais pensé à mettre un peu de pression sur Samatta ? DE CONDÉ : On ne fait pression sur un joueur que si on est vraiment obligé de le vendre mais ce n'était pas le cas et on est ambitieux. De plus, Ally est un chouette type. Sur le plan émotionnel, il n'aurait pas été facile de s'en séparer. Je lui souhaite de partir un jour mais pour le moment, je suis content qu'il soit resté. C'est la preuve que Genk a de l'ambition. On est un club de transition et un club formateur mais ça ne doit pas nous empêcher d'être ambitieux. On doit respecter cet équilibre. Il est vrai qu'Onuachu jouera peut-être un peu moins à cause de cela mais ce n'est pas le même genre de joueur qu'Ally, ils peuvent aussi très bien jouer ensemble. Son profil nous offre davantage de variété sur le plan tactique. De plus, celui qui a peur de la concurrence ne doit pas venir à Genk. Only the strong survive, les meilleurs joueront. Et je n'ai pas l'impression que Paul Onuachu craigne la concurrence. Comment se fait-il que Berge soit toujours là ? DE CONDÉ : Je lui ai parlé au début du mercato. Il se sentait mieux qu'il y a un an et il a été formel : s'il n'y avait pas d'offre intéressante pour lui ni pour le club, il restait. On a reçu une belle proposition de Sheffield United, proche de ce qu'on voulait pour lui. Pas loin des vingt millions. Mais ce n'était pas le club qu'il voulait. Jouer la Champions League, ce n'est pas rien. Sans ça, on aurait probablement perdu davantage de joueurs. Mais quand on a le choix entre un club moyen d'un grand championnat et une saison en Champions League avec Genk, on réfléchit. Onuachu et Hrososvky sont des joueurs que vous suivez depuis deux ans ou plus. Qui débarquera ici dans deux ans ? DE CONDÉ : ( il rit) On pense qu'il est important que les joueurs qui arrivent ici croient en nous. On ne veut pas acheter des joueurs en toute hâte ou en dernière minute, comme on l'a fait en 2015, lors de ma première saison, lorsqu'on a acquis Pozuelo le dernier jour parce que le transfert de Malinovskyi ne s'était pas fait. C'est très dangereux pour un vestiaire. Pourquoi ? DE CONDÉ : On veut avoir une image claire des nouveaux joueurs, on veut qu'il croient en nous, qu'il sachent ce qu'on peut leur offrir et ce qu'ils n'auront pas chez nous. Il est impossible de se connaître en 48 heures. Genk n'achètera jamais un Lamkel Zé ? DE CONDÉ : Lorsque je suis entré en fonction, je venais des équipes d'âge où la discipline, le respect et la politesse avaient beaucoup d'importance. La différence avec le vestiaire de l'époque était terrible. Je me suis juré que ça n'arriverait plus jamais et j'y veille avec beaucoup d'attention. J'observe peut-être un peu plus le profil des joueurs que les autres. On a valeur d'exemple aux yeux de la société. On a peu d'emmerdeurs mais je préfère faire sans. Par contre, on a besoin de leaders. Hrosovsky apporte de la sérénité à l'équipe. Quand il faut aller au charbon, comme à Malines, on a des problèmes. N'attend-on pas trop de Hrosovsky ? DE CONDÉ : Ça ne me fait pas peur, même s'il ne faut pas croire qu'il va inscrire douze buts et délivrer quatorze assists. Il garde bien le ballon, il est intelligent, il sait se sacrifier. Tous ses ballons sont dosés. Après deux jours d'entraînement, j'entendais les coaches dire qu'il n'en avait pas encore perdu un seul. Il a les niveau pour augmenter la vitesse d'exécution en Belgique. C'est pour ça qu'on le suit depuis plus de deux ans, dans l'idée de remplacer Malinovskyi. On peut bien entendu se demander comment il se fait qu'un tel joueur joue toujours en République tchèque à l'âge de 26 ans. Peut-être parce qu'il n'a pas insisté suffisamment pour partir, ce qui est bien parce que je n'aime pas qu'ils fassent ça ici (il rit). Mais il faut dire, aussi, que le président de Plzen a les moyens et n'est pas obligé de vendre. De plus, ils ont pris part à la Champions League l'an dernier. Le problème, avec le mercato, c'est qu'on trouve de moins en moins de Belges dans notre championnat. Même chez vous. DE CONDÉ : Plus un club progresse, plus il devient difficile d'intégrer des jeunes car les matches des espoirs n'ont pas le niveau. Quand Vukovic s'est blessé, on n'a pas hésité à lancer Coucke et à mettre Vandevoordt sur le banc car on est convaincu qu'ils peuvent devenir très bons. Si on ne leur avait pas donné leur chance, on aurait pu fermer notre académie. Mais être au top en Belgique tout en lançant des jeunes, c'est de plus en plus difficile. On y veille mais, en pratique, on constate qu'il est difficile d'amener les jeunes au niveau auquel on est actuellement. On n'a plus autant de patience qu'il y a quatre ans avec les jeunes. C'est le prix du succès. La saison dernière, vous étiez fier de dire que Genk ne dépendait d'aucun agent mais lors du dernier mercato, vous avez discuté à quelques reprises avec Mogi Bayat, qui a déjà des joueurs comme Dewaest et Ndongala chez vous. Vous comprenez que, de l'extérieur, on se pose des questions ? DE CONDÉ : Je comprends mais, ce que je sais, c'est que Mogi travaille plus que les autres. Et quoi qu'il en soit, je constate qu'après l'Opération Mains Propres, absolument rien n'a changé. Vous espériez que ça change ? DE CONDÉ : Absolument. Les règles et la législation doivent être plus claires. En Belgique, le contrat entre un joueur et son agent peut être rompu du jour au lendemain. C'est le début du chaos. Après chaque match, 30 agents ennuient nos joueurs. Ça engendre énormément de stress. J'espérais qu'après cette affaire, mon job serait plus facile. Pourquoi ne peut-on pas faire comme en Colombie où lorsqu'on va voir un joueur, il nous suffit de cliquer sur le site de la FIFA pour savoir qui est son agent ? Manifestement, il faut beaucoup d'intermédiaires et, à la fin, on passe plus de temps à établir le réseau d'un joueur qu'à s'occuper de sport. N'avez-vous pas le sentiment que Mogi, qui était impliqué dans le dossier des entraîneurs, a de plus en plus de pouvoir à Genk ? DE CONDÉ : Non. Il n'est intervenu qu'à la fin, parce qu'on ne s'en sortait pas sur le plan financier. Mais quand Hagi est arrivé, vous auriez très bien pu dire : si Mogi intervient, on ne le prend pas. DE CONDÉ : On a discuté avec le véritable agent de Ianis et pendant quatre jours avec son père ainsi qu'avec Gheorghe Popescu. Bayat n'était même pas là lorsqu'on a signé le contrat. Qu'est-il venu faire, alors ? DE CONDÉ : L'agent de Hagi lui a demandé de l'aide parce qu'il voulait connaître la législation belge. Si on avait eu l'impression que le prix augmentait à cause de l'intervention de Bayat, on n'aurait pas fait le transfert. Mais c'est le contraire qui s'est produit. Beaucoup d'agents ont tenté d'intervenir dans ce dossier et de faire augmenter le prix. Or, Bayat, l'a fait diminuer. C'est pourquoi on l'a fait. Mazzù est en place depuis deux mois. Vous êtes toujours aussi content de lui qu'au début ? DE CONDÉ : Tout à fait. Après deux mois, j'ai compris pourquoi il était resté six ans à Charleroi. Et je suis certain que les joueurs l'apprécient sur le plan humain. C'est aussi pour ça que les médias le soutiendront. Il faut le soutenir, d'ailleurs, car beaucoup n'auraient pas osé relever ce défi. Un défi sportif avant tout car il ne gagne pas trois fois plus ici qu'à Charleroi. La préparation a été difficile, avec un long mercato et des joueurs qui revenaient au compte-gouttes. DE CONDÉ : On savait qu'avec autant d'internationaux, on allait prendre deux à quatre semaines de retard sur nos concurrents. Au début, les entraînements manquaient de qualité car il n'y avait que des jeunes. Ce que les U21 ont montré contre l'AZ et dans les matches amicaux contre des équipes comme Westerlo était en dessous de tout, indigne de Genk. Après les défaites à Zulte Waregem et contre Malines, un déclic s'est produit. J'ai alors décidé d'aller à leur rencontre et j'ai dit qu'il fallait mettre la barre plus haut. Quand nos jeunes ont vu arriver Hrosovsky et Onuachu, ils ont vu qu'il y avait de la concurrence et la qualité des entraînements a augmenté. Un club qui veut mettre la barre plus haut doit aussi être exigeant envers ceux qui ne jouent pas. Et ceux qui ne supportent pas cela ont un problème. Genk ne risque-t-il pas de perdre son caractère chaleureux ? DE CONDÉ : Un club n'est chaleureux que s'il joue bien et obtient des résultats. Je préfère qu'on nous trouve un peu moins sympathiques. Ça voudrait dire qu'on est sur le bon chemin. Cette saison, tous les projecteurs sont braqués sur Bruges. C'est bon pour vous ? DE CONDÉ : Au cours des vingt dernières années, Bruges a été champion à quatre reprises. Nous aussi. Mais avec un budget bien plus petit. On a fait quelque chose de fantastique. Cette année, c'est Bruges qui doit être champion. On n'a aucune pression.