La grosse machine continue à tourner à plein rendement. Depuis que Manchester City a été repris par le groupe Abu Dhabi, en août de l'année dernière, le manager Mark Hughes (ex-joueur du voisin United) a déjà transféré 14 nouveaux joueurs. Cet été a encore été très chaud avec l'arrivée de six renforts. Dont Carlos Tevez (de Manchester Utd), Emanuel Adebayor et Kolo Toure (Arsenal), et Roque Santa Cruz (Blackburn).
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La grosse machine continue à tourner à plein rendement. Depuis que Manchester City a été repris par le groupe Abu Dhabi, en août de l'année dernière, le manager Mark Hughes (ex-joueur du voisin United) a déjà transféré 14 nouveaux joueurs. Cet été a encore été très chaud avec l'arrivée de six renforts. Dont Carlos Tevez (de Manchester Utd), Emanuel Adebayor et Kolo Toure (Arsenal), et Roque Santa Cruz (Blackburn). En début d'année, City a aussi mis 120 millions sur la table pour essayer d'attirer Kaká. Et 75 millions étaient disponibles pour le transfert de Gianluigi Buffon. En juin, 22 millions ont été proposés pour John Terry et 30 millions pour Samuel Eto'o. Rien n'est donc trop beau. Objectif avoué : terminer la saison dans le Top 4, synonyme (au moins) des tours préliminaires de la Ligue des Champions. Mais quand on lit les pronostics des spécialistes anglais, personne ne prévoit le Top 4 pour Manchester City. La saison dernière, l'équipe a terminé à une très pauvre dixième place, à 40 points du voisin United. Depuis que les Bleu et Blanc ont retrouvé la Premier League, en 2002, leur meilleur résultat fut une huitième place en 2004-2005. Vincent Kompany (23 ans) se présente à l'interview, au centre d'entraînement de City, avec une imposante attelle au pied. Il espère être à nouveau sur le terrain à la fin du mois d'octobre au plus tard. Il fait très calme : les supporters ne sont pas admis dans ce saint des saints. La veille, un entraînement était ouvert au public, au stade : 9.000 personnes y ont assisté. Quand Robinho, la star absolue du club, quitte le complexe, le gardien des lieux lui conseille de fermer ses vitres et de ne pas s'arrêter. Il s'en fiche : il stoppe près d'un supporter qui lui tend un papier pour un autographe. Mais l'intimité ne dure pas longtemps : une horde de supporters lui fonce directement dessus. Avant l'interview, le chef presse de City nous impose une condition : aucune question à propos de Barcelone, le club où l'on cite Kompany depuis quelques jours. Nous tentons quand même notre chance auprès de Jacques Liechenstein, l'agent de Kompany, qui est aussi présent. Sa réponse est brève : pas de commentaire.... Vincent Kompany : Non. Je ne m'intéresse pas aux rumeurs, je suis bien ici et je ne pense qu'à ma rééducation. Rien n'est dû au hasard. C'est le marché qui détermine tout. On peut se poser des questions éthiques quand on voit ce qui se passe dans le football anglais, mais on peut se poser les mêmes quand on essaye d'analyser ce qui arrive dans le monde des banques ou au niveau des grands patrons. En ce qui concerne City, je trouve que ce n'est pas une mauvaise chose que la hiérarchie des clubs les plus riches soit de temps remise en cause par des équipes qui essayent de se mêler dans le débat. Non. Stephen Ireland est un tout grand joueur mais il n'a rien coûté parce qu'il a été formé par City. Le football, ce n'est plus seulement un jeu avec onze joueurs d'un côté et onze de l'autre. Il y a beaucoup d'autres personnes qui vivent de ce sport. Si tu as envie de changer de boulot et si tout le monde veut t'engager, un prix est mis sur ta tête. Je n'ai pas l'impression qu'on puisse considérer les footballeurs comme des pièces de bétail. Ce qui arrive dans le basket américain est plus grave : les joueurs qui deviennent pros n'ont rien à dire, ils ne peuvent rien choisir, ils sont complètement dépendants de la draft. Ils ne sont que des numéros et les meilleurs vont dans les moins bonnes équipes. Nous, les footballeurs, nous avons encore le droit de choisir notre destination. Si j'ai envie d'aller au bout de mon contrat à Manchester City, je pourrai le faire. Même si le club me rend la vie difficile, exerce des pressions, etc. Quand même, oui. Tout est allé très vite mais personne ne m'a poussé ici. C'est moi qui voulais quitter Hambourg. J'avais une divergence de points de vue, même un différend éthique, avec le président. Et j'ai été très heureux de pouvoir signer dans le championnat où j'avais toujours voulu évoluer. La Bundesliga a été une expérience fantastique et j'y ai appris beaucoup de choses qui m'ont permis de bien digérer mon passage dans la compétition anglaise. J'y ai finalement débarqué un an plus tôt que prévu. On aurait pu le résoudre très vite si j'avais accepté de renier les principes de mon éducation, si je n'avais plus exprimé mon avis, si j'avais fait l'hypocrite. Mais j'ai choisi de dire ce que je pensais. Tout en restant très poli, en choisissant soigneusement mes mots. Mon seul regret dans toute cette histoire et de ne pas avoir pu rester jusqu'au bout en Chine avec l'équipe olympique. Entre-temps, je suis retourné pour un match à Hambourg et j'y ai reçu un accueil fantastique. Je n'ai gardé que de bons contacts là-bas, sauf avec le président. Non. A chaque sélection, je retournerai toujours en Belgique avec le même enthousiasme. Que la Bundesliga est quand même un truc impressionnant. Je joue aujourd'hui en Premier League, où il y a beaucoup de stades fantastiques, mais c'est quand même en Allemagne qu'il y a les plus belles installations. Ce n'était pourtant pas l'image que j'en avais quand j'étais gosse : je n'ai pas grandi en regardant beaucoup de matches allemands, et à l'époque, les stades étaient plutôt vieillots. Mais quand j'y suis arrivé, ils avaient tous été refaits et ils étaient toujours pleins. La Bundesliga a été une expérience incroyable. Et j'y ai côtoyé les meilleurs footballeurs des meilleurs pays. Après deux mois, je maîtrisais et j'ai vite pu tirer mon plan. J'avais fait un peu d'allemand en humanités et tout est vite revenu une fois que je me suis installé à Hambourg. Cela a sûrement facilité mon intégration car je pouvais discuter avec tout le monde. Surtout en regardant des films sous-titrés. (Il réfléchit longuement). Rien de spécial. C'est clair que City n'a plus fait de résultats exceptionnels depuis 20 ans mais il y a quand même du beau monde qui a défilé ici : Nicolas Anelka, Peter Schmeichel, Andy Cole. Non. C'est bizarre, mais quand je me balade en ville, je ne rencontre que des supporters de City. Il est fort possible que les gens de Manchester supportent City alors que les fans de Man. United viennent de l'extérieur de la ville. La rivalité est forte, mais le respect qu'on a pour les footballeurs en Angleterre est tout aussi fort. Après quelques minutes dans mon premier match, contre West Ham, je me suis dit que c'est dans cette compétition que j'aurais toujours dû évoluer. Tout va vite, il faut du physique et c'est un jeu très direct. Cela m'a plu directement. Mais si j'étais passé directement de la Belgique à l'Angleterre, les choses auraient sans doute été plus compliquées pour moi. L'Allemagne a été une bonne étape intermédiaire. Là-bas, j'ai joué pas mal de matches devant 60.000 spectateurs. Aujourd'hui, il en faut vraiment beaucoup pour m'impressionner. Sur un plan personnel, oui. Mais j'ai toujours joué dans des équipes qui visaient des trophées, et à ce niveau-là, ce fut une nouvelle expérience. Pendant trois mois. Durant tout ce temps, j'ai dû surmonter le seuil de la douleur. C'est aussi un truc que j'ai appris en Allemagne. Si tu n'es pas capable de passer ce cap, tu ne tireras jamais le maximum de tes possibilités. Je n'ai même pas hésité quand on m'a proposé de me faire des piqûres pour que je puisse être sur le terrain. En acceptant le traitement, j'ai aussi gagné du respect au sein du club. Si on estimait que je pouvais apporter quelque chose à l'équipe en jouant pour ainsi dire sur une jambe, cela me convenait. Aujourd'hui, je sais vivre avec la douleur. Parce que nous avons pris peu de points à l'extérieur. Si on ne tient compte que des matches à domicile, nous étions dans le Top 3. Mais si on prend les résultats en déplacement, nous étions candidats au maintien. Non, mais chez nous, c'était possible d'imposer notre jeu. Nous pratiquions un football rapide, technique et très offensif. Et nous marquions beaucoup de buts. Nous avions un superbe terrain, très grand avec une herbe très courte et un public qui nous poussait à fond. A Stoke, par exemple, le gazon est plus brun que vert et il est complètement démoli après un quart d'heure parce que tous les joueurs de cette équipe font 100 kilos au moins ! Souvent, nous n'étions pas assez costauds pour aborder les grosses bagarres physiques en déplacement. Non, je ne pense pas. Toujours les quatre mêmes équipes : United, Arsenal, Chelsea et Liverpool. City ambitionne de se positionner dans ce Top 4 mais ça ne sera pas simple. Ce n'est pas dans mes habitudes de dire qu'il est encore trop tôt. Je n'ai pas envie de perdre du temps en passant par une saison de transition. Mais ça ne paraît pas illogique d'avoir besoin de temps pour faire la jonction avec le top. Ce sera une première pour moi. Mais ce n'est peut-être pas plus mal pour l'évolution du club. Nous aurons chaque fois une semaine pour analyser le match passé et préparer le rendez-vous à venir. Gagner des trophées. Je voudrais me battre pour des prix dans des grands championnats comme j'étais habitué à le faire en Belgique. Au fait que tout a changé quelques semaines après mon arrivée. Toute l'infrastructure a été rénovée. En Allemagne, tout tourne autour des supporters et des clubs. L'argent y est important mais n'y joue pas un rôle prépondérant. A part au Bayern, toutes les équipes paient bien leurs joueurs mais tout le monde reçoit plus ou moins la même chose. C'est différent en Angleterre. Ici, il n'y a pas que le football. Le marketing individuel des joueurs est aussi fort développé. En Bundesliga, les footballeurs n'ont pas les mêmes privilèges qu'en Angleterre. Je n'ai pas connu de vedettes en Allemagne. Rafael van der Vaart était un tout grand joueur, mais il n'y a pas de grandes stars là-bas. Alors qu'ici, un bon joueur est presque une petite entreprise à lui tout seul. Je ne dis pas qu'il faut savoir se vendre mais il est essentiel de pouvoir se gérer. En Allemagne, si 300 supporters te demandent un autographe, tu as intérêt à les satisfaire, sinon tu risques d'avoir des problèmes. Il y a plus de paparazzi qu'en Allemagne, mais là-bas, il fallait beaucoup plus être à la disposition du club. Tu dois y faire un tas de choses qui ne te permettent plus toujours de penser à ton job. Ici, tu as plus de temps pour te concentrer sur ton football. Non. Depuis le début de ma carrière, j'ai bossé pour arriver à ce niveau. Un niveau auquel on n'est jamais sûr de sa place. Et la concurrence est nécessaire si tu veux tirer le meilleur de toi-même. A Hambourg, si je n'étais pas blessé, j'étais sûr à 90 % d'être titulaire. Quand tu es dans une équipe où c'est facile d'avoir sa place, tu ne joues en général pas pour des trophées. La saison passée, j'ai démontré que j'avais énormément de volonté. Plus qu'avant, je parviens à mettre mes qualités de leader au service de l'équipe. A terme, je dois devenir un joueur important dans une grande équipe. Je le savais en arrivant. Cela ne m'a pas empêché d'être toujours dans l'équipe, alors que mes concurrents sont des internationaux de grands pays. Lors de ma dernière saison à Hambourg, j'ai aussi joué dans la ligne médiane. Ce rôle me convient car dans le championnat d'Angleterre, un médian doit allier technique et physique. Je n'en parlerai que le jour où l'élimination sera mathématique. Il nous manque peut-être encore de l'expérience. Il y a longtemps que mon objectif est surtout 2012. Je sens que cette campagne éliminatoire sera la nôtre. Je serais fort étonné qu'on ne se qualifie pas pour cet EURO. Ce n'est pas à un joueur de 23 ans de reprocher quoi que ce soit à un entraîneur. Et certainement pas en passant par la presse. S'il m'en demande un, je le lui donnerai en privé. Depuis que j'ai 17 ans, je dis que c'est la meilleure solution. Parce que la Belgique n'est pas un pays comme un autre. Un étranger va rendre pas mal de choses plus simples. Pas vis-à-vis des joueurs, mais surtout par rapport aux médias. En Belgique, la presse a une influence incroyable sur l'équipe nationale. Elle agit directement sur le noyau. Sûrement pas. Dans les autres pays, la presse approche beaucoup plus difficilement les joueurs. Essaye de demander à David Beckham de critiquer un coéquipier. Vu que nous sommes facilement accessibles, notamment dans des moments où les émotions sont très fortes, on se lâche parfois. par geert foutre"En Allemagne, il n'y a pas de grandes vedettes. En Angleterre, chaque joueur est une petite entreprise à lui seul." "Pendant trois mois, j'ai joué avec des piqûres dans l'orteil. Aujourd'hui,je sais vivre avec la douleur."