C'était le 14 août 1999. Un match entre Westerlo et le Standard comptant pour la deuxième journée de championnat. Des images qui ont fait frémir tous les téléspectateurs de Match 1. Alors que les Liégeois menait 0-1, Laurent Wuillot était évacué en civière. Le Standard allait finalement s'incliner 2-1, mais là n'était pas l'essentiel. Le diagnostic, pour le défenseur hennuyer, était impitoyable: fracture de la malléole. La première réaction fut de se dire: -Pas lui, il a déjà donné! Quelques années plus tôt, en effet, c'était une rupture des ligaments croisés du genou qui avait terni sa joie d'être passé de Mons à Charleroi...
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C'était le 14 août 1999. Un match entre Westerlo et le Standard comptant pour la deuxième journée de championnat. Des images qui ont fait frémir tous les téléspectateurs de Match 1. Alors que les Liégeois menait 0-1, Laurent Wuillot était évacué en civière. Le Standard allait finalement s'incliner 2-1, mais là n'était pas l'essentiel. Le diagnostic, pour le défenseur hennuyer, était impitoyable: fracture de la malléole. La première réaction fut de se dire: -Pas lui, il a déjà donné! Quelques années plus tôt, en effet, c'était une rupture des ligaments croisés du genou qui avait terni sa joie d'être passé de Mons à Charleroi... C'est donc le bout du tunnel?Laurent Wuillot : Je l'espère. Après avoir été blessé en août 1999, j'avais recommencé avec le groupe en janvier 2000. J'ai joué durant deux mois avec la Réserve. Puis, j'ai progressivement repris ma place en équipe Première et j'ai été titularisé pour les quatre ou cinq derniers matches du championnat 1999-2000. J'ai aussi pu disputer les demi-finales et la finale de la Coupe de Belgique. La finale est peut-être à ce jour le plus mauvais souvenir sportif de ma carrière, mais j'étais là et c'était déjà une belle récompense pour tout le travail accompli. Puis, la concurrence est arrivée. Effectivement. A la reprise, j'ai encore participé à la Coupe Intertoto contre Tbilissi, Pérouse et Stuttgart. Ensuite, les internationaux sont revenus de l'EURO 2000. Liviu Ciobotariu a d'emblée conquis ses galons de titulaire. En Réserve, il y avait aussi Petr Vlcek, un autre international. J'avais livré de bonnes prestations en Intertoto, mais face à une telle concurrence, j'ai dû m'incliner. Ce n'est pas évident à accepter, mais j'ai trouvé le choix de l'entraîneur logique.Physiquement, aviez-vous déjà retrouvé toutes vos facultés?J'avais encore une plaque dans la cheville. Je n'étais donc pas à 100%. Mais cela ne m'avait pas trop ennuyé durant les matches. On m'a enlevé la plaque en septembre et j'ai encore perdu un mois et demi, mais depuis lors, on peut dire que je suis définitivement guéri et que je ne garde aucune séquelle. Il a donc fallu une grosse année pour être entièrement sur pied. C'est normal: pour une blessure aussi grave, c'est un délai logique. Depuis le début de l'année 2001, j'ai été régulièrement titularisé. Mais la concurrence est rude. J'essaye de me remettre chaque semaine en question. Il y a du monde derrière et je dois toujours prouver que je mérite ma place. Comme tous les joueurs du Standard d'ailleurs.Vous le saviez en arrivant, que vous seriez soumis à une rude concurrence.Effectivement, et cela ne m'a jamais posé aucun problème. Ce qui n'était pas prévu dans le parcours, c'était cette blessure. Je pensais avoir déjà donné. J'avais déjà été gravement blessé aux ligaments croisés du genou peu après mon passage de Mons à Charleroi. J'ai subi les deux plus graves blessures qui peuvent arriver à un footballeur. Et malgré cela, je suis là. Redevenir titulaire au Standard après avoir subi une fracture de la jambe, c'est un exploit. Si j'ai pu le réaliser, c'est grâce à toute l'attention dont j'ai été l'objet de la part de ma famille, de mon entourage et de tout le staff du Standard. Je remercie plus particulièrement mes parents qui, par un heureux hasard, sont kinés ainsi que mon frère. Ils ont su à chaque fois m'accompagner convenablement. J'ai aussi une fiancée extraordinaire. Elle m'a toujours supporté et ce n'était pas évident. Un sportif à l'arrêt devient une boule de nerfs. Quand on se retrouve inactif pendant quatre ou cinq mois, on a souvent des fourmis dans les jambes et on est souvent de très mauvaise humeur. La direction du Standard a été fabuleuse à mon égard également. Elle m'a tout de suite payé un voyage d'une semaine à Chypre, afin que je puisse accomplir ma rééducation dans les meilleures conditions. Le docteur m'avait conseillé de prendre le soleil à ce moment-là et ajouté que l'air de la mer me ferait le plus grand bien. J'ai effectué énormément de promenades au bord de l'eau et le sable de la plage a contribué à redonner de la souplesse à mon pied. J'ai été pris en charge d'une manière exceptionnelle, je tiens à le souligner. Psychologiquement, le fait que le Standard prenne tout en charge m'a fait beaucoup de bien. Je ne me suis jamais senti abandonné.Seul, vous ne vous en seriez pas sorti?Non, c'est clair. Mais je crois que c'est le cas de tous les blessés. On a besoin d'avoir des gens autour de soi, de se sentir soutenu. Par sa famille, ses amis, mais aussi par sa direction. Une blessure n'arrive jamais au bon moment, mais est-ce encore pire lorsqu'on vient de changer de club?En principe, oui, mais les dirigeants ne m'ont jamais mis la pression. Ils m'ont toujours encouragé et m'ont fait comprendre que l'essentiel était de retrouver toutes mes facultés. Peu importe le temps que cela prendra. Mes nouveaux équipiers ont été extraordinaires aussi. Il n'y en a pas un qui ne soit pas venu me voir à l'hôpital. Par leur soutien, ils m'ont prouvé que je n'étais pas inutile, qu'ils avaient besoin de moi et qu'ils attendaient que je revienne. J'ai été étonné par l'ambiance qui régnait au Standard. Je pensais qu'elle allait être beaucoup plus mercenaire. Certes, de par la langue, des petits groupes se forment, mais il règne une réelle fraternité. Je suis étonné de ne pas encore avoir vu une bagarre au Standard depuis un an et demi, alors qu'à Charleroi cela arrivait de temps en temps. Je trouve cela exceptionnel. A quoi pense-t-on lorsque sa carrière est interrompue par deux graves blessures?La première nuit, c'est le monde qui s'effondre. Après, il faut essayer de prendre son courage à deux mains. On m'a toujours appris que tout ne va jamais aussi mal, ni aussi bien qu'on ne pense. J'ai essayé de positiver, bien que dans ma situation, il était difficile de trouver des points positifs. Je me suis mis en tête que je reviendrais de toute façon, sans me demander quand, et surtout sans jamais penser que je ne reviendrais pas.Traverse-t-on plus facilement l'enfer si on l'a déjà connu?L'avantage, quand on a déjà subi une grave blessure précédemment, c'est que l'on sait par où l'on va passer. On sait ce qu'il faudra faire pour revenir. D'un autre côté, on sait aussi que cela va être dur et certains se découragent rien qu'en songeant à toutes les souffrances qu'ils devront de nouveau endurer. Tout dépend de la manière dont on appéhende cette période. En tout cas, je ne suis pas parti dans l'inconnu. Je connaissais le chemin à parcourir. Je savais que je devrais me soumettre à tout un travail d'isoquinétisme. Mais il fallait que la tête suive et ce n'est pas le plus évident.Sans cette blessure, seriez-vous déjà plus loin?Tout le monde me le demande, mais sincèrement, je ne me pose pas la question. Certains me disent que je serais peut-être international aujourd'hui. A quoi bon me tracasser pour cela? Il est arrivé ce qui est arrivé. C'était mon destin et je peux déjà m'estimer très heureux de rejouer. Etre titulaire au Standard, c'est déjà une victoire pour moi. Mais j'ai été international en Juniors, Espoirs et Aspirants. Le devenir en équipe A aurait été une suite logique. Mais, sincèrement, je ne me pose pas la question.Et vous avez encore de belles années devant vous?Je l'espère. Je n'ai que 25 ans, je ne suis certainement pas fini.Depuis le début de l'année 2001, vous avez formé l'axe central de la défense avec Daniel Van Buyten. Vous êtes deux complices arrivés ensemble de Charleroi?Non, nous avions rarement joué ensemble avant d'aboutir au Standard. Mais je m'entends bien avec lui comme je m'entends bien avec Liviu Ciobotariu. Mais Daniel a énormément progressé. Lorsqu'il est arrivé au Standard, il venait à peine de disputer sa première saison comme professionnel. Il jouait dans l'entrejeu à Charleroi. Au Standard, on lui a trouvé une place de défenseur qui lui va comme un gant, mais il a bossé comme un fou.Daniel Devos