Ils ne voient plus très souvent Michel Verschueren à Boortmeerbeek. " A la Toussaint, c'est le seul moment où vous avez une chance de le voir, lorsqu'il se rend sur la tombe de ses parents ", dit Adrienne Verbeeck. " Cette année, on ne la pas vu mais cela se comprend, vu le mauvais temps ".

Adrienne était sa voisine. Ses parents avaient une charcuterie au coin de la place du village et du Vosweg, le chemin des renards... Les Verschueren habitaient en face. Aujourd'hui s'érigent à cet endroit deux agences bancaires flambant neuves : la maison parentale d'Adrienne abrite Fortis, en face c'est Dexia. Est-ce pour cela que le futur ex-manager d'Anderlecht n'aime pas se faire remarquer dans son village natal ?

La démolition de la maison où Michel Verschueren est né marqua la fin d'une époque. Avant, un panneau indiquait In den Vos. Sur la façade, du côté de la place du village, on pouvait lire Estaminet De Keyser-Wouters. Victor Hubert De Keyser, alias Boer Vos, dut son surnom à la maison avec auberge et boucherie attenante où il résidait, ce qui a également donné son nom au chemin qui y passait. De son mariage avec Maria Philippina Wivina Wouters, il eut d'abord quatre enfants morts nés, le cinquième ne vécut que trois ans. Ensuite vinrent trois filles, dont la deuxième, Maria Ida, se maria en 1930 avec Ferdinand Oscar Verschueren. Un an plus tard, le 17 mars 1931, naissait le premier fils de leur union : MichelJaak Marie Lodewijk.

Boer Vos est donc le grand-père paternel de Michel Verschueren, mais Mister Michel n'a pas connu ses grands-parents maternels, tous deux décédés dans les années vingt. Sa naissance correspond aussi à l'époque où l'auberge ferma ses portes et la vieille annexe faisant office de boucherie fut vendue.

" Nous ne sommes pas une famille très unie ", raconte son frère Karel Verschueren dans sa ferme du 17e qu'il a récemment fait rénover. Durant douze ans, Karel fut sénateur socialiste flamand, avant d'être actif aujourd'hui dans la diplomatie. " Chacun son chemin. Je rencontre mon frère au football mais pour le reste quasi jamais. Cela va faire 17 ans que j'habite ici et il est passé nous voir cinq fois tout au plus. Nous n'avons été que quelques fois à Grimbergen, chez lui. Mais si quelque chose arrive à l'un d'entre nous, nous sommes là ! "

Ils n'ont presque pas joué avec leurs s£urs cadettes, Simonne et Jeanine. Karel sourit : " Garçon ou fille, chacun ses occupations ". Mais Jeanine vit un drame. En 1966, juste après ses études de régente en éducation physique, elle est victime d'un accident de voiture. Elle a été dans le coma pendant quarante jours et en ressort très affectée mentalement.

Après la mort d'Oscar, en 1975, mère et fille cadette emménagent dans un appartement à Heist-op-den-Berg, tout près de l'ancien domicile de Karel. Et depuis le décès de sa maman, Jeanine est dans une maison de repos à Wiekevorst. " Jeanine a le QI d'une fillette de 10 ans. Je suis son tuteur, Michel est le tuteur subrogé : il n'a pas le temps de régler toutes ces petites choses pratiques. Nous avions promis à notre mère de ne pas la laisser à son triste sort. Chaque week-end, nous la faisions conduire à la maison, même Michel s'occupait de cela. Mais depuis l'accident de voiture de sa femme, il a d'autres soucis ".

Pas avec Sinibaldi

Karel se remémore une anecdote : " La première fois qu'il alla à Anderlecht, en tant que préparateur physique, Pierre Sinibaldi en était l'entraîneur principal. Mais cela ne marchait pas entre ces deux hommes. Sinibaldi épiait toujours les séances de Verschueren avec le groupe. Michel est alors allé voir le président Constant Vanden Stock et lui a dit, tout nouveau qu'il était : -Avec celui-là, je ne travaille pas ! Il est alors parti au Daring avant que Vanden Stock ne le rappelle plus tard ".

Tout le monde connaît la voix caractéristique de Michel Verschueren. Et celui qui regarde Karel dans les yeux découvre le même regard espiègle. " Nous encaissons difficilement les abus d'autorité, lui et moi. Ce qui ne veut pas dire que nous répugnons à toute forme de hiérarchie ; au contraire, nous sommes pour une vie en société ordonnée ".

Enfant, Michel Verschueren était un élève brillant. Edward était sur les mêmes bancs de l'école communale. " Il était toujours le meilleur. Et nous n'avions pourtant pas une mauvaise classe. Une trentaine de garçons dont la plupart a continué des études. Deux seulement sont allés travailler à 14 ans. Durant les années 90, nous nous sommes revus six années de suite, tous les compagnons de classe encore en vie. Je sais que j'ai encore appelé la femme de Michel pour savoir s'il venait, mais il me disait alors qu'il n'avait même pas assez de temps à consacrer à ses propres enfants. Il n'est jamais venu à ces retrouvailles ".

Après l'école primaire, Michel se retrouve sur les bancs du collège jésuite de Louvain, sur l' Oude Markt. Une période dangereuse, raconte Karel, à cause de la guerre et finalement son frère et lui passent à l'Athénée Royal de Malines, où leur père fit également ses classes. Michel suit les gréco-latines et ensuite va à l'université de Louvain. Karel, lui, choisit Anvers.

" Dans sa tête, Michel a toujours été convaincu qu'il étudierait la médecine ", reprend Karel. " Mais suite à notre changement d'école en humanités, il a fait une année de moins et son diplôme ne fut pas homologué, ce qui était nécessaire pour s'inscrire à l'unif. Il a donc suivi des études sportives, après avoir passé des tests. Il combinait cela avec une formation en kinésithérapie. A cela, on voit que l'aspect médical a toujours été important à ses yeux. J'ai toujours dormi dans le même lit que Michel jusqu'à mon mariage, en 1960 ", poursuit Karel. " Un gentil garçon, qui avait toujours une bouteille de lait à côté du lit. Il buvait des litres de lait ! Il ne sortait jamais. Je suis souvent rentré à la maison à l'heure où lui se levait. Il m'accueillait alors par un sympathique - Ah, le café ambulant est rentré, parce que je sentais la bière. Attention, à Louvain il a fait quelques guindailles, il était membre de l'association des étudiants du Pajottenland. Michel pouvait sauter sur une table sans avoir bu une seule goutte d'alcool. L'enthousiasme, voilà bien un trait qui l'a toujours caractérisé ".

Une bête d'étude

En 1950, Michel Verschueren s'inscrit à l'Université Catholique de Louvain. Quatre ans plus tard, il a sa licence en éducation physique avec grande distinction, personne ne faisant mieux. Certainement pas Leon Van Haesendonck, un des dix-sept autres étudiants en dernière année. Jusqu'à aujourd'hui, Michel et lui sont restés en contact, ce sont de très bons amis depuis le stage qu'ils firent ensemble à la prison de Louvain. Van Haesendonck a créé une société spécialisée en orthopédie, à Louvain. " Lorsque nous évoquons ces souvenirs ensemble, nous nous disons que nous avons réussi tous les deux. Et nous sommes les seuls ".

C'est avec plaisir que Van Haesendonck se replonge dans sa période estudiantine. " Verschueren était vraiment un ascète, une bête d'étude. C'est impossible qu'il se soit aussi bien amusé que nous. Toute la journée, il étudiait. Alors que moi, je ne perdais pas mon temps dans les bouquins, vous savez. A l'approche des examens, je roulais de Boutersem jusqu'à Boortmeerbeek à vélo, jusque chez les parents de Michel. Et là, il m'expliquait toute la matière ".

Van Haesendonck se remémore un examen en deuxième licence. " Le prof avait posé une question mais Michel n'avait pas bien entendu. Il demanda au prof de répéter la question, suite à quoi le professeur entra dans une colère folle et Michel fut prié de sortir. L'examen était terminé pour lui mais c'était sans compter avec la pugnacité de Michel. Il est directement allé trouver le vice-recteur et l'après-midi de la même journée, le prof lui faisait repasser l'examen ! Il n'avait peur de personne ".

Michel possède également une mémoire d'éléphant. " Je l'ai un jour entendu réciter par c£ur toute une partie de cours ".

Mais était-il un vrai sportif ? Van Haesendonck, qui pratiqua de nombreux sports dont la boxe, discipline où il fut champion interuniversitaire et fit aussi partie du groupe d'élite de gymnastique de Michel Bottu. ne se prononce pas. Bottu était un sergent de l'armée, promoteur de la gymnastique scandinave, l'homme qui donnait à la Flandre ses cinq minutes d'exercices physiques par jour sur les ondes de la radio. Un style assez militariste, tout le monde en convient aujourd'hui : bien balancer les bras et les jambes, bien en ligne et en uniforme. Verschueren lui a voué une admiration sans bornes, mais il était aussi le préféré de Bottu, au point de pouvoir donner des cours à la place du maître lorsque celui-ci n'avait pas le temps.

Leon Van Haesendonck fut ensuite témoin au mariage de Mister Michel et à son tour le manager des Mauves était présent lors de toutes les fêtes de communion des enfants de Leon. Ils s'appellent encore régulièrement. " Innombrables sont les fois où je fus invité à partager un repas ", reprend Leon. " Mais je répondais à chaque fois : -Oui, mais alors à quatre, avec nos épouses. Refus catégorique de Michel, cela ne devait pas se faire avec les femmes. Le jour où sa femme eut l'accident, elle nous appela encore un dimanche midi, pour voir quand nous leur rendrions visite à la maison ".

Un collant trop serrant

Après les études, suit le service militaire. Les frères vont encore s'y croiser ! Karel Verschueren : " Je suivais une formation d'officier de réserve à Arlon. Six mois plus tard, Michel est arrivé à la même caserne. Et devinez qui j'avais dans le peloton pour mon examen d'adjudant ? Mon frère ! Lorsque je reçus ma distinction, il me demanda si je lui donnais au moins quartier libre, la nuit. Ensuite, je suis allé à Soest et lui à Turnhout ".

En 1956, après son service militaire, l'aîné des Verschueren se rend à Alost, où il remplit un poste vacant de professeur d'éducation physique à l'Institut Technique Libre. " C'est grâce à lui que j'ai su que mon coup de reins pour le salto n'était pas optimal ", se souvient Jef Mertens, un ancien élève. " Et que mon saut de carpe à la piscine n'était pas parfait. Il me corrigeait alors, parce qu'il montrait tous les exercices lui-même. C'était un fameux athlète, je ne vais pas aller jusqu'à dire un acrobate mais presque ".

Son surnom était Le Chat Noir. Oscar Van Malder, un ancien collègue, s'explique : " Il était toujours habillé de noir : un collant noir serrant, qui laissait deviner tous les contours de l'anatomie si vous voyez ce que je veux dire, et un pull noir. Il faut savoir que les profs de gym de l'époque donnaient cours en costume ; pour la plupart. Ceux qui venaient de Louvain furent les premiers à instaurer le training ".

Jef Mertens faisait initialement partie du groupe élite de gymnastique, dont Verschueren s'occupait durant l'heure de midi. Après un an, il passa au cours de maniement de drapeaux de Oscar Van Malder. Ce dernier se souvient de Verschueren comme d'un homme " très progressiste, très dynamique, très exigeant. Mais qui se mettait aussi en travers de la route de quelqu'un sans en bouger. Lorsqu'il avait un objectif, il prenait la ligne droite vers ce but. Nous n'avions par exemple pas encore de salle de gym dans l'école, il fallait donc donner cours dehors. Il a tellement fait pression qu'une salle fut érigée, dont le financement par l'école dut être assuré par une émission d'obligations ".

Son autorité était-elle due à sa voix ? Van Malder l'ignore mais l'école s'adapta au jeune Verschueren et pas l'inverse. Lorsqu'il donnait cours à l'extérieur, il faisait chanter les élèves en marchant. Cela ennuyait le directeur, donc c'était interdit mais il n'en avait cure : il continuait. Quand le directeur ou le sous-directeur regardait sa leçon, il faisait tout simplement s'arrêter ses élèves. Il ne voulait pas être contrôlé, et que quelqu'un d'extérieur lui impose sa loi. Et son collant serrant, il s'en foutait aussi. Le directeur avait lui-même été prof de gym à une époque où ce cours était donné par des hommes en costume rayé avec une grosse moustache. Il convoqua un jour Verschueren dans son bureau et lui proposa un vieux livre sur la gymnastique. Michel lui répondit qu'on pouvait acheter de tels ouvrages au kilo, au marché aux puces ! "

Van Malder enchaîne : " L'horaire des professeurs n'était pas toujours à son goût et il disait simplement : - Moi je ne veux donner cours que le matin, car l'après-midi je dois être au football. Au début, il me demandait de prendre une classe à lui. Les fois où ce n'était pas possible, il laissait tomber tout le monde. Résultat : il eut vite fait de se voir attribuer un horaire complet le matin ! Ses collègues ne furent bien sûr pas tous heureux, mais il forçait le respect ".

Dévoré par l'ambition

Mais de là à secouer les filets sur un terrain de foot ? A Boortmeerbeek ils ne se rappellent pas que Michel Verschueren ait joué dans les équipes de jeunes du club local, actuellement en 1ère Provinciale du Brabant. Jules Van Calster, le mari d'Adrienne Verbeeck, est encore le secrétaire du club et a bien retrouvé un compte rendu datant du 20 août 1957 dans lequel Michel Verschueren est désigné comme entraîneur physique. Il ne fit cela que pendant quelques mois, avant qu'Alost ne le prenne sous contrat.

Avec Jules Verwimp, Van Calster était le seul habitant de Boortmeerbeek à suivre les entraînements de Verschueren. Mais à part le fait que Michel venait le chercher à la maison avant les matches, il ne se rappelle pas grand-chose. Verwimp a de vagues bribes : " Il était plutôt sévère. Correct, je dirais. Ce qui lui plaisait, il fallait le faire. Il n'avait pas besoin de carotteurs. Et ces fameux sacs de sable à porter ? Plutôt une légende, je n'ai jamais dû faire cela. Des exercices de gym et de ballon, voilà ce qu'il nous demandait ".

René Van Sandvoet, dont le beau-père décédé l'an dernier donna encore cours à Michel Verschueren, se rappelle : " Je vois encore son père se tenir sur les marches de leur maison, avec son cache-poussière, sa casquette et ses sabots. Moi j'étais un gamin de 17 ans et je pouvais m'entraîner avec les Réserves. Michel était déjà dévoré par l'ambition. Ce qu'il racontait était rempli de bon sens mais cela volait trop haut pour un club comme le nôtre. Il s'appelait lui-même un préparateur physique et c'était vrai : ce qu'il faisait était le prolongement de ses études. Non, ce n'était pas un footballeur ".

Mais bien un pionnier, selon Alfons Wierinckx, qui commença les études sportives lorsque Verschueren était en dernière année : " Notre chance fut d'avoir cours avec Mon Van den Eynde, qui voyait déjà la gym en tant que préparation athlétique. Les exercices ne devaient plus seulement être esthétiquement réussis, mais aussi fonctionnels. Verschueren a écrit un bouquin à ce sujet. Et plus tard, il réalisa un petit film d'une heure, en couleurs je pense, pour montrer les méthodes d'entraînement à Anderlecht. Il a placé toutes ces informations dans La Vie Sportive à l'époque et ensuite il a fait la tournée des clubs. Dans ce film, on retrouvait des vedettes comme WilfriedPuis, Jean Trappeniers et JefJurion qui montraient les exercices devant le Parc Astrid. Verschueren les rejoignait, les filmait et ajoutait son commentaire personnel. C'était un travail de missionnaire, et il a certainement joué un rôle de pionnier en la matière ".

Jef Mertens conclut : " Verschueren était vraiment sévère mais il avait de l'humour. Il réussissait à faire passer ses idées mais pas toujours de manière sèche. On pouvait lui dire quelque chose, il écoutait. Il n'explosait pas quand on le contredisait. Psychologiquement, il était bon. Il pouvait rire, pas se moquer, quoique parfois il était à la limite. Il était un exemple pour nous. A mes yeux il est devenu politiquement trop de droite, mais à de nombreux égards il n'a pas changé ".n

Jan Hauspie

" C'était PRESQUE UN ACROBATE, on l'appelait Le Chat Noir "

Ils ne voient plus très souvent Michel Verschueren à Boortmeerbeek. " A la Toussaint, c'est le seul moment où vous avez une chance de le voir, lorsqu'il se rend sur la tombe de ses parents ", dit Adrienne Verbeeck. " Cette année, on ne la pas vu mais cela se comprend, vu le mauvais temps ". Adrienne était sa voisine. Ses parents avaient une charcuterie au coin de la place du village et du Vosweg, le chemin des renards... Les Verschueren habitaient en face. Aujourd'hui s'érigent à cet endroit deux agences bancaires flambant neuves : la maison parentale d'Adrienne abrite Fortis, en face c'est Dexia. Est-ce pour cela que le futur ex-manager d'Anderlecht n'aime pas se faire remarquer dans son village natal ? La démolition de la maison où Michel Verschueren est né marqua la fin d'une époque. Avant, un panneau indiquait In den Vos. Sur la façade, du côté de la place du village, on pouvait lire Estaminet De Keyser-Wouters. Victor Hubert De Keyser, alias Boer Vos, dut son surnom à la maison avec auberge et boucherie attenante où il résidait, ce qui a également donné son nom au chemin qui y passait. De son mariage avec Maria Philippina Wivina Wouters, il eut d'abord quatre enfants morts nés, le cinquième ne vécut que trois ans. Ensuite vinrent trois filles, dont la deuxième, Maria Ida, se maria en 1930 avec Ferdinand Oscar Verschueren. Un an plus tard, le 17 mars 1931, naissait le premier fils de leur union : MichelJaak Marie Lodewijk. Boer Vos est donc le grand-père paternel de Michel Verschueren, mais Mister Michel n'a pas connu ses grands-parents maternels, tous deux décédés dans les années vingt. Sa naissance correspond aussi à l'époque où l'auberge ferma ses portes et la vieille annexe faisant office de boucherie fut vendue. " Nous ne sommes pas une famille très unie ", raconte son frère Karel Verschueren dans sa ferme du 17e qu'il a récemment fait rénover. Durant douze ans, Karel fut sénateur socialiste flamand, avant d'être actif aujourd'hui dans la diplomatie. " Chacun son chemin. Je rencontre mon frère au football mais pour le reste quasi jamais. Cela va faire 17 ans que j'habite ici et il est passé nous voir cinq fois tout au plus. Nous n'avons été que quelques fois à Grimbergen, chez lui. Mais si quelque chose arrive à l'un d'entre nous, nous sommes là ! " Ils n'ont presque pas joué avec leurs s£urs cadettes, Simonne et Jeanine. Karel sourit : " Garçon ou fille, chacun ses occupations ". Mais Jeanine vit un drame. En 1966, juste après ses études de régente en éducation physique, elle est victime d'un accident de voiture. Elle a été dans le coma pendant quarante jours et en ressort très affectée mentalement. Après la mort d'Oscar, en 1975, mère et fille cadette emménagent dans un appartement à Heist-op-den-Berg, tout près de l'ancien domicile de Karel. Et depuis le décès de sa maman, Jeanine est dans une maison de repos à Wiekevorst. " Jeanine a le QI d'une fillette de 10 ans. Je suis son tuteur, Michel est le tuteur subrogé : il n'a pas le temps de régler toutes ces petites choses pratiques. Nous avions promis à notre mère de ne pas la laisser à son triste sort. Chaque week-end, nous la faisions conduire à la maison, même Michel s'occupait de cela. Mais depuis l'accident de voiture de sa femme, il a d'autres soucis ". Karel se remémore une anecdote : " La première fois qu'il alla à Anderlecht, en tant que préparateur physique, Pierre Sinibaldi en était l'entraîneur principal. Mais cela ne marchait pas entre ces deux hommes. Sinibaldi épiait toujours les séances de Verschueren avec le groupe. Michel est alors allé voir le président Constant Vanden Stock et lui a dit, tout nouveau qu'il était : -Avec celui-là, je ne travaille pas ! Il est alors parti au Daring avant que Vanden Stock ne le rappelle plus tard ". Tout le monde connaît la voix caractéristique de Michel Verschueren. Et celui qui regarde Karel dans les yeux découvre le même regard espiègle. " Nous encaissons difficilement les abus d'autorité, lui et moi. Ce qui ne veut pas dire que nous répugnons à toute forme de hiérarchie ; au contraire, nous sommes pour une vie en société ordonnée ". Enfant, Michel Verschueren était un élève brillant. Edward était sur les mêmes bancs de l'école communale. " Il était toujours le meilleur. Et nous n'avions pourtant pas une mauvaise classe. Une trentaine de garçons dont la plupart a continué des études. Deux seulement sont allés travailler à 14 ans. Durant les années 90, nous nous sommes revus six années de suite, tous les compagnons de classe encore en vie. Je sais que j'ai encore appelé la femme de Michel pour savoir s'il venait, mais il me disait alors qu'il n'avait même pas assez de temps à consacrer à ses propres enfants. Il n'est jamais venu à ces retrouvailles ". Après l'école primaire, Michel se retrouve sur les bancs du collège jésuite de Louvain, sur l' Oude Markt. Une période dangereuse, raconte Karel, à cause de la guerre et finalement son frère et lui passent à l'Athénée Royal de Malines, où leur père fit également ses classes. Michel suit les gréco-latines et ensuite va à l'université de Louvain. Karel, lui, choisit Anvers. " Dans sa tête, Michel a toujours été convaincu qu'il étudierait la médecine ", reprend Karel. " Mais suite à notre changement d'école en humanités, il a fait une année de moins et son diplôme ne fut pas homologué, ce qui était nécessaire pour s'inscrire à l'unif. Il a donc suivi des études sportives, après avoir passé des tests. Il combinait cela avec une formation en kinésithérapie. A cela, on voit que l'aspect médical a toujours été important à ses yeux. J'ai toujours dormi dans le même lit que Michel jusqu'à mon mariage, en 1960 ", poursuit Karel. " Un gentil garçon, qui avait toujours une bouteille de lait à côté du lit. Il buvait des litres de lait ! Il ne sortait jamais. Je suis souvent rentré à la maison à l'heure où lui se levait. Il m'accueillait alors par un sympathique - Ah, le café ambulant est rentré, parce que je sentais la bière. Attention, à Louvain il a fait quelques guindailles, il était membre de l'association des étudiants du Pajottenland. Michel pouvait sauter sur une table sans avoir bu une seule goutte d'alcool. L'enthousiasme, voilà bien un trait qui l'a toujours caractérisé ". En 1950, Michel Verschueren s'inscrit à l'Université Catholique de Louvain. Quatre ans plus tard, il a sa licence en éducation physique avec grande distinction, personne ne faisant mieux. Certainement pas Leon Van Haesendonck, un des dix-sept autres étudiants en dernière année. Jusqu'à aujourd'hui, Michel et lui sont restés en contact, ce sont de très bons amis depuis le stage qu'ils firent ensemble à la prison de Louvain. Van Haesendonck a créé une société spécialisée en orthopédie, à Louvain. " Lorsque nous évoquons ces souvenirs ensemble, nous nous disons que nous avons réussi tous les deux. Et nous sommes les seuls ". C'est avec plaisir que Van Haesendonck se replonge dans sa période estudiantine. " Verschueren était vraiment un ascète, une bête d'étude. C'est impossible qu'il se soit aussi bien amusé que nous. Toute la journée, il étudiait. Alors que moi, je ne perdais pas mon temps dans les bouquins, vous savez. A l'approche des examens, je roulais de Boutersem jusqu'à Boortmeerbeek à vélo, jusque chez les parents de Michel. Et là, il m'expliquait toute la matière ". Van Haesendonck se remémore un examen en deuxième licence. " Le prof avait posé une question mais Michel n'avait pas bien entendu. Il demanda au prof de répéter la question, suite à quoi le professeur entra dans une colère folle et Michel fut prié de sortir. L'examen était terminé pour lui mais c'était sans compter avec la pugnacité de Michel. Il est directement allé trouver le vice-recteur et l'après-midi de la même journée, le prof lui faisait repasser l'examen ! Il n'avait peur de personne ". Michel possède également une mémoire d'éléphant. " Je l'ai un jour entendu réciter par c£ur toute une partie de cours ". Mais était-il un vrai sportif ? Van Haesendonck, qui pratiqua de nombreux sports dont la boxe, discipline où il fut champion interuniversitaire et fit aussi partie du groupe d'élite de gymnastique de Michel Bottu. ne se prononce pas. Bottu était un sergent de l'armée, promoteur de la gymnastique scandinave, l'homme qui donnait à la Flandre ses cinq minutes d'exercices physiques par jour sur les ondes de la radio. Un style assez militariste, tout le monde en convient aujourd'hui : bien balancer les bras et les jambes, bien en ligne et en uniforme. Verschueren lui a voué une admiration sans bornes, mais il était aussi le préféré de Bottu, au point de pouvoir donner des cours à la place du maître lorsque celui-ci n'avait pas le temps. Leon Van Haesendonck fut ensuite témoin au mariage de Mister Michel et à son tour le manager des Mauves était présent lors de toutes les fêtes de communion des enfants de Leon. Ils s'appellent encore régulièrement. " Innombrables sont les fois où je fus invité à partager un repas ", reprend Leon. " Mais je répondais à chaque fois : -Oui, mais alors à quatre, avec nos épouses. Refus catégorique de Michel, cela ne devait pas se faire avec les femmes. Le jour où sa femme eut l'accident, elle nous appela encore un dimanche midi, pour voir quand nous leur rendrions visite à la maison ". Après les études, suit le service militaire. Les frères vont encore s'y croiser ! Karel Verschueren : " Je suivais une formation d'officier de réserve à Arlon. Six mois plus tard, Michel est arrivé à la même caserne. Et devinez qui j'avais dans le peloton pour mon examen d'adjudant ? Mon frère ! Lorsque je reçus ma distinction, il me demanda si je lui donnais au moins quartier libre, la nuit. Ensuite, je suis allé à Soest et lui à Turnhout ". En 1956, après son service militaire, l'aîné des Verschueren se rend à Alost, où il remplit un poste vacant de professeur d'éducation physique à l'Institut Technique Libre. " C'est grâce à lui que j'ai su que mon coup de reins pour le salto n'était pas optimal ", se souvient Jef Mertens, un ancien élève. " Et que mon saut de carpe à la piscine n'était pas parfait. Il me corrigeait alors, parce qu'il montrait tous les exercices lui-même. C'était un fameux athlète, je ne vais pas aller jusqu'à dire un acrobate mais presque ". Son surnom était Le Chat Noir. Oscar Van Malder, un ancien collègue, s'explique : " Il était toujours habillé de noir : un collant noir serrant, qui laissait deviner tous les contours de l'anatomie si vous voyez ce que je veux dire, et un pull noir. Il faut savoir que les profs de gym de l'époque donnaient cours en costume ; pour la plupart. Ceux qui venaient de Louvain furent les premiers à instaurer le training ". Jef Mertens faisait initialement partie du groupe élite de gymnastique, dont Verschueren s'occupait durant l'heure de midi. Après un an, il passa au cours de maniement de drapeaux de Oscar Van Malder. Ce dernier se souvient de Verschueren comme d'un homme " très progressiste, très dynamique, très exigeant. Mais qui se mettait aussi en travers de la route de quelqu'un sans en bouger. Lorsqu'il avait un objectif, il prenait la ligne droite vers ce but. Nous n'avions par exemple pas encore de salle de gym dans l'école, il fallait donc donner cours dehors. Il a tellement fait pression qu'une salle fut érigée, dont le financement par l'école dut être assuré par une émission d'obligations ". Son autorité était-elle due à sa voix ? Van Malder l'ignore mais l'école s'adapta au jeune Verschueren et pas l'inverse. Lorsqu'il donnait cours à l'extérieur, il faisait chanter les élèves en marchant. Cela ennuyait le directeur, donc c'était interdit mais il n'en avait cure : il continuait. Quand le directeur ou le sous-directeur regardait sa leçon, il faisait tout simplement s'arrêter ses élèves. Il ne voulait pas être contrôlé, et que quelqu'un d'extérieur lui impose sa loi. Et son collant serrant, il s'en foutait aussi. Le directeur avait lui-même été prof de gym à une époque où ce cours était donné par des hommes en costume rayé avec une grosse moustache. Il convoqua un jour Verschueren dans son bureau et lui proposa un vieux livre sur la gymnastique. Michel lui répondit qu'on pouvait acheter de tels ouvrages au kilo, au marché aux puces ! " Van Malder enchaîne : " L'horaire des professeurs n'était pas toujours à son goût et il disait simplement : - Moi je ne veux donner cours que le matin, car l'après-midi je dois être au football. Au début, il me demandait de prendre une classe à lui. Les fois où ce n'était pas possible, il laissait tomber tout le monde. Résultat : il eut vite fait de se voir attribuer un horaire complet le matin ! Ses collègues ne furent bien sûr pas tous heureux, mais il forçait le respect ". Mais de là à secouer les filets sur un terrain de foot ? A Boortmeerbeek ils ne se rappellent pas que Michel Verschueren ait joué dans les équipes de jeunes du club local, actuellement en 1ère Provinciale du Brabant. Jules Van Calster, le mari d'Adrienne Verbeeck, est encore le secrétaire du club et a bien retrouvé un compte rendu datant du 20 août 1957 dans lequel Michel Verschueren est désigné comme entraîneur physique. Il ne fit cela que pendant quelques mois, avant qu'Alost ne le prenne sous contrat. Avec Jules Verwimp, Van Calster était le seul habitant de Boortmeerbeek à suivre les entraînements de Verschueren. Mais à part le fait que Michel venait le chercher à la maison avant les matches, il ne se rappelle pas grand-chose. Verwimp a de vagues bribes : " Il était plutôt sévère. Correct, je dirais. Ce qui lui plaisait, il fallait le faire. Il n'avait pas besoin de carotteurs. Et ces fameux sacs de sable à porter ? Plutôt une légende, je n'ai jamais dû faire cela. Des exercices de gym et de ballon, voilà ce qu'il nous demandait ". René Van Sandvoet, dont le beau-père décédé l'an dernier donna encore cours à Michel Verschueren, se rappelle : " Je vois encore son père se tenir sur les marches de leur maison, avec son cache-poussière, sa casquette et ses sabots. Moi j'étais un gamin de 17 ans et je pouvais m'entraîner avec les Réserves. Michel était déjà dévoré par l'ambition. Ce qu'il racontait était rempli de bon sens mais cela volait trop haut pour un club comme le nôtre. Il s'appelait lui-même un préparateur physique et c'était vrai : ce qu'il faisait était le prolongement de ses études. Non, ce n'était pas un footballeur ". Mais bien un pionnier, selon Alfons Wierinckx, qui commença les études sportives lorsque Verschueren était en dernière année : " Notre chance fut d'avoir cours avec Mon Van den Eynde, qui voyait déjà la gym en tant que préparation athlétique. Les exercices ne devaient plus seulement être esthétiquement réussis, mais aussi fonctionnels. Verschueren a écrit un bouquin à ce sujet. Et plus tard, il réalisa un petit film d'une heure, en couleurs je pense, pour montrer les méthodes d'entraînement à Anderlecht. Il a placé toutes ces informations dans La Vie Sportive à l'époque et ensuite il a fait la tournée des clubs. Dans ce film, on retrouvait des vedettes comme WilfriedPuis, Jean Trappeniers et JefJurion qui montraient les exercices devant le Parc Astrid. Verschueren les rejoignait, les filmait et ajoutait son commentaire personnel. C'était un travail de missionnaire, et il a certainement joué un rôle de pionnier en la matière ". Jef Mertens conclut : " Verschueren était vraiment sévère mais il avait de l'humour. Il réussissait à faire passer ses idées mais pas toujours de manière sèche. On pouvait lui dire quelque chose, il écoutait. Il n'explosait pas quand on le contredisait. Psychologiquement, il était bon. Il pouvait rire, pas se moquer, quoique parfois il était à la limite. Il était un exemple pour nous. A mes yeux il est devenu politiquement trop de droite, mais à de nombreux égards il n'a pas changé ".n Jan Hauspie " C'était PRESQUE UN ACROBATE, on l'appelait Le Chat Noir "