Carol Ryan : " Je me suis rarement sentie aussi fière, émue et tendue qu'avant le premier match de Coupe du monde opposant l'Australie au Chili. L'hymne national australien retentissait ; Mathew, visiblement nerveux, prenait ses équipiers par l'épaule, sa soeur Megan et moi chantions à tue-tête dans la tribune au beau milieu d'une septantaine de proches des joueurs... J'avais les larmes aux yeux, je sentais les battements de mon coeur jusque dans ma gorge. Cela me semblait si peu probable de voir Mat disputer le plus grand tournoi du monde en compagnie de joueurs avec qui il jouait encore à la PlayStation. Je repensais à tout le chemin parcouru, à cette détermination qu'il affichait de devenir joueur professionnel, à l'aide que je lui avais apportée afin qu'il puisse réaliser ses rêves. C'était un moment magique. Mais j'ai été tout aussi émue quelques semaines plus tard lorsque, de retour en Australie, nous étions assis au bord de l'eau en train de nous remémorer des souvenirs du passé. Il a alors mis sa main sur mon genou, il m'a regardée droit dans les yeux et m'a dit : Thanks, mum !
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Carol Ryan : " Je me suis rarement sentie aussi fière, émue et tendue qu'avant le premier match de Coupe du monde opposant l'Australie au Chili. L'hymne national australien retentissait ; Mathew, visiblement nerveux, prenait ses équipiers par l'épaule, sa soeur Megan et moi chantions à tue-tête dans la tribune au beau milieu d'une septantaine de proches des joueurs... J'avais les larmes aux yeux, je sentais les battements de mon coeur jusque dans ma gorge. Cela me semblait si peu probable de voir Mat disputer le plus grand tournoi du monde en compagnie de joueurs avec qui il jouait encore à la PlayStation. Je repensais à tout le chemin parcouru, à cette détermination qu'il affichait de devenir joueur professionnel, à l'aide que je lui avais apportée afin qu'il puisse réaliser ses rêves. C'était un moment magique. Mais j'ai été tout aussi émue quelques semaines plus tard lorsque, de retour en Australie, nous étions assis au bord de l'eau en train de nous remémorer des souvenirs du passé. Il a alors mis sa main sur mon genou, il m'a regardée droit dans les yeux et m'a dit : Thanks, mum !A 17 ans, pourtant, une carrière sportive semblait utopique pour lui. Il était trop petit et n'avait jamais été sélectionné en équipe nationale ni même repris dans la sélection de Nouvelle Galles du Sud. D'ailleurs, il en souffrait. Heureusement, tant au club qu'à l'école, ses entraîneurs continuaient à le soutenir. Et je lui ai souvent répété également que seul son avenir comptait. Je savais de quoi je parlais car j'ai été joueuse de tennis et il m'a fallu du temps avant d'être reprise dans l'équipe de l'Etat. Je lui disais donc : Mat, tu veux être le meilleur à 15 ans ou tu veux arriver au sommet dans dix ans, quand ça comptera vraiment ? Ne te tracasse pas pour ta taille car tu ne peux rien y faire. Travaille dur car ça, c'est quelque chose que tu peux contrôler. " " Ces mots l'ont beaucoup inspiré, même si je n'ai jamais dû lui donner de coup de pied au derrière. Quand je rentrais tard et que je devais le conduire à l'entraînement, il m'attendait sur le pas de la porte avec son sac. Ce qui l'a le plus motivé, c'est son boulot à temps partiel dans un fast-food. Il y a travaillé pendant deux ou trois ans et il a compris que s'il ne réussissait pas dans le foot, il y resterait toute sa vie. Cela l'a aidé à devenir un homme. Il combinait ce boulot avec les études et le football, il se débrouillait seul et accordait de la valeur à chaque dollar. Car lorsqu'il voulait quelque chose de spécial, comme sa première voiture, il devait le payer lui-même après avoir épargné pendant des mois. Nous ne roulions pas sur l'or car son père et moi nous étions séparés lorsqu'il avait huit ans. Je travaillais à temps plein dans une firme de transports mais avec un seul revenu pour deux enfants, on ne va pas loin. A un certain moment, j'ai adapté mes horaires afin de pouvoir l'emmener à l'entraînement. C'était 40 minutes de trajet aller/retour mais je ne lui ai jamais dit que je n'avais pas le temps ou pas l'argent pour le faire. A 18 ans, il a signé son premier contrat pro aux Central Coast Mariners sans avoir terminé ses études mais je n'ai rien dit. Je savais que le football était très important pour lui et je ne voulais pas briser son rêve alors qu'il avait tout donné pour y arriver. Il a pourtant dû déménager et aller habiter avec un équipier, ce qui n'était pas facile pour moi. Et trois ans plus tard, il partait bien plus loin encore puisqu'il rejoignait la Belgique. Il me manque énormément mais je suis fière de l'avoir vu devenir gardien numéro un aux Mariners, en équipe nationale et au Club Bruges. Aujourd'hui, dans la banlieue de Sydney où j'habite, à Plumpton, des parents me disent que son parcours a inspiré leur fils. On peut toujours réaliser son rêve, d'où qu'on vienne. Car Plumpton a toujours été un quartier difficile. N'empêche que ne voir son fils que quelques semaines par an, c'est dur. Le moment le plus difficile, ce fut en août 2013, lorsque j'ai repris l'avion pour l'Australie après être venue pour la première fois en Belgique afin de l'aider à s'adapter. J'ai beaucoup pleuré... Mais la distance a également contribué à renforcer les liens qui nous unissent. En fonction de son programme, nous nous téléphonons plusieurs fois par semaine, ce qui n'est pas évident à cause du décalage horaire. Et nous nous envoyons des dizaines de SMS. Si je n'ai pas de nouvelles de lui pendant deux jours, des amis ou des membres de la famille me disent ce qu'il a posté sur Twitter ou sur Instagram. Je ne suis pas fan des médias sociaux mais Mathew adore. C'est sa façon à lui de garder le contact. " Je ne vois pas ses nombreux selfies mais je regarde tous ses matches, même si je dois rester éveillée jusqu'à deux heures du matin ou me lever à cinq heures. C'est fatigant, surtout quand je travaille mais si je ne regardais pas, je ne dormirais tout de même pas. Je suis donc le match assise sur mon lit, sur un petit écran, dans une langue étrangère. Ce n'est pas l'idéal mais je vibre, surtout lorsque Mathew est éblouissant, comme à Torino. Je serre les poings, je me lève... Come on (elle rit) J'ai la sensation d'être avec lui. Je lui manque beaucoup aussi. Il était prêt à payer 1200 euros de plus pour que je puisse changer mon vol et repartir lundi plutôt que dimanche car il jouait dimanche soir. Je lui ai répondu que c'était beaucoup trop cher et qu'il devrait plutôt utiliser cet argent pour acheter un autre billet. Après la Coupe du monde, Bruges lui a offert un aller-retour Australie-Belgique parce qu'il était rentré plus tôt que prévu. Je lui ai proposé de l'offrir à un ami mais il a voulu que je vienne. Je fais tout pour toi, maman. Même si je le soupçonne aussi d'apprécier ma venue parce que je m'occupe de son ménage. Il faut bien que je rembourse mon séjour, hein (elle rit). Sans moi, il se sent parfois un peu seul ici. Il s'est fait pas mal d'amis mais, contrairement à lui, ils ont tous une compagne et des enfants. Le soir, il se retrouve donc seul dans son appartement. Nous abordons souvent ce sujet mais nous parlons aussi de ses finances, du Club, du sport en général... De son avenir, aussi : où jouera-t-il la saison prochaine ? Et dans cinq ans ? Reviendra-t-il un jour en Australie ? Ce sont de chouettes discussions, un peu philosophiques. Nous ne nous parlons pas comme une mère et son fils, plutôt comme des amis. C'est d'ailleurs comme cela que Mat me considère. Je suis parfois surprise de voir l'homme mûr et élégant qu'il est devenu. Est-ce bien mon gamin ? L'ado babyface dont j'ai la photo sur le sous-main de mon bureau ? L'aisance dont il fait preuve lors des interviews m'étonne, il utilise des mots dont je ne savais même pas qu'il les connaissait. Il salue toujours poliment tout le monde, il est souriant et respectueux avec les fans qui lui demandent de poser pour la photo, il tente d'aider ses équipiers à résoudre leurs problèmes d'ordre privé. Je lui demande parfois s'il doit vraiment se mêler de cela mais il veut être là pour eux, comme pour moi et sa famille. Il tient toujours compte des sentiments de ses proches. Je pense qu'il a dû être prêtre dans une autre vie (elle rit). Voici peu, lorsque la soeur de son grand-père est décédée, il lui a envoyé un SMS très émouvant. Et il lui arrive souvent de me prendre dans ses bras et de dire I love you. Il n'en rajoute pas, il est très sincère. " Attention, Mat n'est pas parfait, hein ! Après une défaite, il peut être de très mauvaise humeur. Il hait la défaite, surtout lorsqu'il en est responsable. Lorsqu'il était enfant, il a cassé des tas de raquettes de tennis et pas mal de manettes de PlayStation en les lançant contre le mur. Aujourd'hui encore, quand je gagne à UNO, il lance les cartes. Je n'arrive pas à me fâcher car c'est de moi qu'il tient cette mentalité de gagneur. Moi aussi, je lançais mes raquettes de tennis (elle rit). Je sais qu'après une erreur comme celle qu'il a commise fin octobre contre La Gantoise (Ryan avait laissé le ballon lui glisser entre les mains, ndlr), il faut le laisser tranquille pendant quelques heures et lui remonter le moral en lui disant que ça fait partie de son apprentissage, qu'il doit plutôt penser aux arrêts effectués ou que les attaquants ont également manqué des occasions. Mais il répond alors que je ne suis pas objective, que je ne sais pas de quoi je parle et que je ne dois pas chercher d'excuses. Ce genre d'erreur le bouffe complètement. Il dort difficilement, ne cesse de se plaindre, de se reprocher des choses... Même lorsqu'il n'a pas encaissé et que je le félicite, il va chercher les petites erreurs qu'il a commises et qui m'ont échappé. Il est parfois beaucoup trop dur envers lui-même et c'est incontestablement un des grands défis qui l'attendent : il ne faudrait pas que cela se retourne contre lui, qu'il se mette trop de pression. J'essaye de lui inculquer cela depuis tout jeune. Aujourd'hui, il parvient déjà un peu mieux à transformer sa frustration en énergie positive. Après son erreur contre Gand, il a mis les bouchées doubles à l'entraînement. Il se réjouissait que le match suivant commence car il voulait montrer le meilleur de lui-même. C'est aussi sa plus grande qualité car, pour arriver au plus haut niveau, il faut avoir quelque chose qui vous distingue des autres. Certains équipiers ne sont pas aussi compétiteurs que lui et ça l'énerve car il veut coûte que coûte offrir au Club ce titre qu'il attend depuis dix ans. La seule fois où je l'ai vraiment vu tendu, c'était avant ce premier match de Coupe du monde. Il avait pourtant fait le plein de confiance avant de partir au Brésil car il restait sur une très bonne saison avec le Club Bruges. Il avait été élu Gardien de l'Année, tout le monde lui adressait des louanges... Mais cette Coupe du monde fut un signal d'alarme : trois défaites (face au Chili, aux Pays-Bas et à l'Espagne, ndlr), neuf buts encaissés. Mathew s'est rendu compte qu'il existait un niveau plus élevé que celui du championnat de Belgique et qu'il devait continuer à travailler dur s'il voulait arriver au sommet. " " Il aura toujours envie de tout faire, de tout sacrifier pour cela. Il accorde énormément d'attention à son corps : il surveille son alimentation, boit rarement de l'alcool, ne prend pratiquement jamais de dessert, avale beaucoup d'eau, va courir les jours de congé, fait des exercices de stabilisation du tronc presque chaque soir avant d'aller dormir... Il est très fier de son corps, surtout de ses abdominaux. En plus, socialement, ça l'aide : c'est une motivation supplémentaire (elle rit). Il n'a pourtant pas besoin de chercher à impressionner les filles car il ne veut pas de copine. S'il se sent seul et qu'il tombe par hasard sur la femme parfaite, il ne la chassera pas mais il ne cherche pas. Il accorde la priorité à sa carrière et une copine risquerait de le déconcentrer. Je n'y vois aucun problème, j'ai encore le temps avant de devenir grand-mère. Laissez-moi encore être son numéro un pendant un bout de temps (elle rit) ". PAR JONAS CRETEUR" Je suis parfois surprise de voir l'homme mûr et élégant qu'il est devenu. Est-ce bien l'adolescent babyface, dont j'ai la photo sur le sous-main de mon bureau ? " " Mathew accorde la priorité à sa carrière. Une copine, ça le déconcentrerait trop. "