"Quand on vient me parler, c'est souvent pour aborder mon passé. Mon titre de champion avec Genk, mes buts avec la Belgique, mais quelque part, je ne vais pas pleurnicher, parce que je suis fier de ça et personne ne pourra me reprendre ces souvenirs partagés avec la majorité des joueurs qui composent aujourd'hui le noyau dur des Diables. Après, ce que les gens pensent de moi aujourd'hui, je m'en fous. Je suis heureux en Norvège dans un championnat d'un niveau égal à la Belgique, mais avec des accents bien différents. On y joue mieux au foot qu'en Belgique, mais c'est moins physique.
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"Quand on vient me parler, c'est souvent pour aborder mon passé. Mon titre de champion avec Genk, mes buts avec la Belgique, mais quelque part, je ne vais pas pleurnicher, parce que je suis fier de ça et personne ne pourra me reprendre ces souvenirs partagés avec la majorité des joueurs qui composent aujourd'hui le noyau dur des Diables. Après, ce que les gens pensent de moi aujourd'hui, je m'en fous. Je suis heureux en Norvège dans un championnat d'un niveau égal à la Belgique, mais avec des accents bien différents. On y joue mieux au foot qu'en Belgique, mais c'est moins physique. Tout le monde a pu s'en rendre compte avec la victoire de Molde sur le Standard en Coupe d'Europe. Je suis le premier conscient que ce championnat n'évoque pourtant pas grand-chose en Belgique. Moi-même, la première fois qu'on m'a parlé du nom de l'équipe, je me suis dit " ouf, c'est quelle équipe ça ?" Mais après, je me suis rendu sur place et j'ai vu la qualité de l'encadrement, le niveau qu'il y avait, même aux entraînements, et je me suis dit que ça me ferait du bien de jouer avec moins de pression. La première chose qu'on se demande sur la Norvège, c'est comment on s'adapte au froid ? Eh bien, le froid, ça va encore, parce qu'on l'esquive. La préparation reprend en janvier, mais elle s'effectue pour la plupart du temps en Espagne. En fait, ce qu'il y a de bien à Drammen où je vis - à 25 minutes d'Oslo - c'est la discipline qui y règne. Là-bas, il y a des gens qui font de la prison parce qu'ils jettent des papiers par terre. Et puis ici, les supporters connaissent mon nom sans pour autant me mettre la pression. Un bon exemple, c'est lors de mon premier match amical avec le club, j'ai mis deux buts, mais ce n'est pas pour autant que mon coach en a fait toute une affaire. Je ne sais pas si c'est parce que le football n'est pas le sport n°1 ici, mais les Norvégiens me respectent sans me juger et c'est de cela dont j'avais besoin. Les gens connaissent mon CV grâce à internet, ils savent que je sais jouer au foot, mais m'ont tout de suite dit que mon passé n'était pas fait pour être éternellement ressassé et que s'il me restait encore 7, 8 ans à faire dans le foot autant que j'en profite. C'est une autre mentalité et j'essaie d'en profiter. Et ça marche plutôt bien depuis que je suis ici. Dès ma première saison, j'ai inscrit 9 buts en 21 matchs avant d'entamer la seconde avec 5 buts en 4 rencontres. Et MartinOdegaard qui joue maintenant au Real - moi je lui avais conseillé le Bayern, j'estimais que cela collait plus à son style de jeu - est devenu un proche. C'est pas mal pour quelqu'un dont on dit qu'il s'est perdu. D'ailleurs, je ne comprends pas trop quand on dit ça parce que tout le monde était content de moi ici avant ma blessure. En attendant, je suis en avance de deux, voire trois semaines sur les estimations de départ et j'espère être totalement retapé pour pouvoir rejoindre le groupe en cours de préparation dès le début du mois de février. Ma force, c'est sans doute que j'ai connu pires ces dernières saisons. Notamment après les deux années délicates que j'ai traversées avant d'arriver ici en Norvège. Le déclencheur, cela restera ce transfert précipité à Majorque (un fax envoyé avec 17 minutes de retard avait postposé de 6 mois son transfert vers les Baléares, NDLR). C'est le pire choix de ma carrière. Même au moment de partir, le club a encore tout fait pour me mettre des bâtons dans les roues. Quand tu as des problèmes à ton arrivée et à ton départ, c'est qu'il y a un souci dans l'organisation du club. Cela reflète bien le manque de stabilité de Majorque. À part le maillot de KarimBenzema que j'ai conservé de mon premier match de Liga contre le Real de CristianoRonaldo, Pepe, SergioRamos et JoséMourinho, je ne garde pas beaucoup de bons souvenirs de mes 6 mois en Espagne. Au début, tout était magnifique, cela ressemblait à un rêve, mais très vite la situation est devenue ingérable. Je ne conserve pas de meilleurs souvenirs de mes prêts au Standard, au Beerschot et à OHL. Ce sont deux années à oublier. Une période noire où je voulais, mais je ne pouvais pas. Je n'arrivais plus à faire la différence sur le terrain et je n'ai pas d'explication là-dessus. J'y suis arrivé pendant 25 ans, et j'y arrive à nouveau depuis un an, mais de mes 25 à 27 ans, cela ne marchait plus. Ces mauvais choix, cela fait partie de mon échec. Celui de vouloir partir trop vite de Genk, de croire que j'étais trop vite arrivé. Majorque, ce n'était pas un environnement pour moi. Pour m'épanouir, j'ai besoin d'un club familial qui joue la transparence, un club comme Genk, évidemment. Aujourd'hui, je l'ai enfin trouvé, et c'est clairement la meilleure décision de ma carrière après Genk. Ce qui est encore plus dur quand cela ne va pas, c'est d'entendre des journalistes qui se permettent de dire des choses sans savoir. Sur moi, mais aussi sur des amis comme VadisOdjidja ou FarisHaroun. Ce qu'ils ne savent pas, ces gens-là, c'est que le foot, c'est comme dans la vie, il y a beaucoup de choses qui rentrent en ligne de compte. Je suis d'accord que mes prestations d'il y a plusieurs années ont éveillé un intérêt à mon égard et que beaucoup croyaient que je me dirigeais peut-être à ce moment-là vers une plus grande carrière. C'est peut-être de ma faute si je n'y suis pas arrivé, mais à côté de ça, il ne faut pas oublier que le foot, c'est aussi la famille, les enfants, des mauvaises rencontres, des mauvais choix et que ce n'est pas toujours facile de tout gérer. C'est ça que les gens ne comprennent pas et qui est parfois énervant. Il y a trop de monde qui parle sans n'avoir jamais joué. C'est bien d'étudier le journalisme, mais ça n'en fait pas des observateurs avertis. Tout ça, ça m'a un peu dégoûté de la Belgique, je dois bien l'avouer. Ce n'est pas pour cela que je n'ai pas d'autres ambitions. J'ai encore de belles années devant moi parce que je suis devenu un footballeur plus complet. Plus bosseur que buteur, mais toujours motivé. Dans un an et demi, je serai libre de tout contrat. On verra où on en sera à ce moment-là, mais j'espère avoir encore droit à un grand transfert. " PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTO ISTOCK