Les lunettes de soleil posées sur le front, cet éternel optimiste a déchiré la grisaille et les nuages de mauvaise humeur et de pessimisme accumulés ces deux dernières années tels de vulgaires cumulus dans le ciel carolo. Le nouveau T1 des Zèbres déguste le football comme on dévore de larges tartines de seigle napées de fromage blanc au pied du château de Beersel, à deux pas de chez lui. Stéphane Demol sait où il met les pieds et ne cache pas ses ambitions : " Je noterai un grand 6 sur le tableau du vestiaire car les joueurs sont parfois durs de la feuille : ils n'oublieront pas que notre club ambitionne la sixième place. Mais la cinquième, c'est bon aussi... "
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Les lunettes de soleil posées sur le front, cet éternel optimiste a déchiré la grisaille et les nuages de mauvaise humeur et de pessimisme accumulés ces deux dernières années tels de vulgaires cumulus dans le ciel carolo. Le nouveau T1 des Zèbres déguste le football comme on dévore de larges tartines de seigle napées de fromage blanc au pied du château de Beersel, à deux pas de chez lui. Stéphane Demol sait où il met les pieds et ne cache pas ses ambitions : " Je noterai un grand 6 sur le tableau du vestiaire car les joueurs sont parfois durs de la feuille : ils n'oublieront pas que notre club ambitionne la sixième place. Mais la cinquième, c'est bon aussi... " Demol, c'est un peu de Magritte parmi les tableaux de D1. Il adore rire et prendre du bon temps : " Oui, c'est vrai mais ce sont les victoires qui engendrent le plaisir. Après une défaite, c'est autre chose. " Ceci n'est pas naïf. Il sait que Charleroi a traversé de fortes turbulences ces deux dernières saisons. Le vestiaire n'a pas été un fleuve tranquille. Au moindre souci, certains ont fréquenté les chemins menant aux hautes sphères. Les deux derniers prédécesseurs de Demol se sont cassé les dents sur ces mauvaises habitudes, sur ce manque de séparation entre le ciel et le quotidien de l'effectif. Demol balisera parfaitement sa sphère d'influence : " La plus forte tête à Charleroi, c'est moi. Je respecte le président, MogiBayat et les joueurs. Mais je suis le chef du terrain et des joueurs. " Il sera donc le grand patron de son groupe et les problèmes se régleront d'abord dans la chaleur du vestiaire. Il n'y aura pas de progression sans ces clefs que John Collins n'avait visiblement pas. Mogi Bayat devra céder une partie de son trousseau. Mais se résoudra-t-il sagement à perdre une partie de son influence dans le vestiaire tout en restant important à la tête des Zèbres ? Le président Abbas Bayat est aussi un supporter acharné mais que donnerait une engueulade au bord du terrain comme ce fut le cas avec Jacky Mathijssen ? On n'ose l'imaginer car Demol, c'est une nature... Jusqu'à preuve du contraire, l'heure du calme carolo a sonné : ceux qui l'oublieront se brûleront les doigts. Les progrès du club passeront par cette sérénité ou s'abîmeront dans les feux de l'énervement. Charleroi a le choix. Les caractères des décideurs sont-ils complémentaires ? " J'ai rencontré le président pour la première fois le 20 avril ", avance Demol. " Puis, nous sommes revus pour mieux faire connaissance. Le courant est vite passé. Nous n'avons parlé que de football avant d'aborder plus tard le volet financier. C'était un signe positif. Mathijssen était le premier choix de Mogi, pas d'Abbas Bayat. Quand le président a opté pour moi, Mogi a suivi et est à 100 % derrière moi. Oui, j'ai fait un sacrifice financier car un coach est forcément mieux payé à l'étranger. Mais l'essentiel ne réside pas là : je suis heureux à Charleroi, c'est ce qui compte. Et, de toute façon, les coaches deviennent les pauvres du football quand on évalue les gains des agents de joueurs. "Après avoir passé un an à Chypre, Demol connaît toujours la D1 sur le bout des doigts : " Je ne vais pas commencer à mentir le premier jour : à Chypre, on peut voir à la télévision toutes les rencontres du championnat belge avec les commentaires en français et en flamand. Je n'ai donc jamais décroché. J'ai déjà procédé à une analyse du noyau. A part trois ou quatre gars, sur un effectif de 26 joueurs, je connaissais le reste avant de signer. Il n'y aura pas trop de changements et je ne devrai pas rebâtir une nouvelle équipe. Mogi Bayat m'a promis, quand même, de renforcer l'effectif. Il y a déjà du mouvement avec Grégory Christ qui revient et Alessandro Cordaro, un nouveau, qui arrive de Mons. Encore trois ou quatre et ça ira. Je veux des titulaires, pas des renforts pour étoffer le noyau. C'est la chance de ma vie. Mon objectif est d'entraîner un jour plus haut, et même le plus haut possible, mais, pour le moment, Charleroi correspond exactement à mon niveau. Je vais devoir faire mes preuves. J'ai un an pour y arriver et il faudra exploiter tout ce qu'il y a de positif dans ce club et éviter d'être bloqué ou freiné par le reste. Si j'échoue, je suis mort. Je relève ce défi avec enthousiasme et ambition. Je ne suis pas dupe : j'ai beaucoup plus à perdre qu'à gagner ici... Je veux retrouver ce qui fait la richesse de ce club : une équipe qui va au charbon et fait la guerre, un public qui vibre, du bon football offensif, etc. Quand j'étais joueur, on avait peur de jouer à Charleroi où ce n'était jamais facile. Je veux retrouver cet état d'esprit : on y arrivera, je le sais, je le sens. Charleroi mérite mieux que ce qu'il a montré cette saison mais il ne suffit pas de le dire, il faut le faire. Le prochain championnat sera très particulier. Je ne sais pas si la réforme sera une bonne chose ou pas. Derrière les grands, une foule de clubs se disputeront la sixième place : le Cercle, Zulte-Waregem, Lokeren, le Germinal Beerschot veulent aussi cette sixième place, pas seulement Charleroi. Il va falloir être fort dès le début. Septième, ce n'est pas mal non plus mais à condition de remporter ensuite le match de barrage pour l'Europa League... Non, sérieusement : évoluer dans le Groupe B après la phase classique n'est pas amusant. Je sais de quoi je parle. A Ethnikos Achnas, il nous a manqué trois 3 points, égarés à Apollon Limassol (2-1) lors de la dernière journée, pour disputer les play offs à quatre pour le titre. A Charleroi, j'ai signé un contrat d'un an. Le but est connu mais à l'heure du bilan, d'autres facteurs joueront. On peut passer par malchance à côté de la montre en or tout en jouant très bien au football. Je suis venu à Charleroi pour réussir. Les installations ? On travaille, il y aura une nouvelle pelouse et on bosse aussi à Marcinelle. En Grèce et à Chypre, je n'avais pas de centre d'entraînement. Je suis content à Charleroi... "Le but à atteindre est clair et net. Mais il passera aussi par un jeu offensif, Abbas Bayat y tient beaucoup. Même s'il n'est pas encore un vieux de la vieille, Demol a plus de métier que Collins et Thierry Siquet. Il connaît la musique et a pas mal roulé sa bosse. Son passage d'une saison à Chypre a été intéressant et il aurait pu prolonger son séjour là-bas. Il dit aussi avoir eu des contacts en Grèce et étudié une offre d'OFI Crète. " Chypre fut une aventure magnifique, et je ne regrette pas d'y avoir relevé un défi ", dit-il. " J'adore découvrir d'autres football, c'est certain et j'ai été servi. Cela permet à un entraîneur de s'adapter à de nouvelles réalités, de se remettre en question. Je l'ai fait à Ethnikos comme ce fut le cas ailleurs. C'est un club particulier et très intéressant. Il a été fondé par des réfugiés grecs quand l'île a été coupée en deux suite à l'invasion turque en 1974. Leur village d'origine se trouve désormais du côté turc et ils ont reconstruit le club pas loin de la frontière. Ces événements ont profondément marqué les caractères et les mentalités. Humainement, ce fut passionnant même si je préfère vibrer dans une grande ville comme Athènes. J'étais installé à Larnaca et si c'est bien sûr l'Europe, l'Egypte et le Moyen Orient ne sont pas loin. Mon adjoint, un ancien joueur macédonien de Genk (Borce Gjurev), m'a beaucoup aidé. Ce fut une saison intéressante mais passer onze mois tout seul sur une île, sans ma femme et mes trois enfants, ce n'est pas facile à vivre. J'espérais me rapprocher de mon domicile, à Beersel. Charleroi était le challenge rêvé. J'avais déjà été en contact avec les Zèbres il y a un an... "Avant d'£uvrer à Ethnikos, Demol a été adjoint durant trois ans. Ce n'était pas tout à fait sa tasse de thé : " Ce n'est pas vraiment un job taillé pour moi. Mais cette fonction a élargi ma façon de voir les choses, m'a permis de réaliser d'importants progrès. J'ai désormais une vision plus complète de mon métier. En tant que joueur ou entraîneur, on est concentré à 1.000 % sur le match et les objectifs, sur rien d'autre. L'adjoint observe, note un tas de trucs, des choses intéressantes et instructives qui se déroulent dans le monde du football. J'avais signé au Standard pour faire plaisir à Lucien D'Onofrio qui fut mon manager quand j'étais joueur. Il m'a demandé d'aider son frère, Dominique, que j'adore. Le Standard a pris 10 ans d'avance sur la concurrence. Ses deux titres consécutifs sont mérités. Mais je rappelle que Dominique et moi sommes passés à deux doigts du titre. Si Wouter Biebauw n'arrête pas tout à Roulers, le Standard aurait été champion et personne d'autre. "Après cette expérience, Demol épaula René Vandereycken durant deux ans en équipe nationale : " Au niveau des résultats, c'est un échec, je ne le cache pas. Mais, par contre, l'effectif a été totalement reconstruit et rajeuni. Avec ses 23 ans de moyenne d'âge, cette équipe est la plus jeune d'Europe. C'est un acquis et une richesse qui ne vont pas tarder à payer. Et quand ce sera le cas, après les maladies de jeunesse et autres problèmes de croissance, on oubliera tout notre travail d'écrémage et de scouting. Je n'ai pas toujours été d'accord avec certains choix mais je n'étais pas le patron. La vague des jeunes a été énorme. Quand je suis arrivé en équipe nationale comme joueur, il y avait des ténors pour entourer les jeunes : Jan Ceulemans, Eric Gerets, Vandereycken, etc. Cette fois, les anciens étaient moins nombreux et cela s'est ressenti dans la stabilité de l'équipe et même dans l'approche d'un match. Avant, on ne lâchait rien et ce n'est plus le cas. Je me suis parfois énervé. J'avais signé pour deux ans : c'était assez, je voulais redevenir T1. Cela fait neuf ans que je suis coach après mes débuts à Turnhout. J'ai été entraîneur principal durant sept saisons ans et j'ai été adjoint au Standard et en équipe nationale. J'ai donc du métier. On oublie mon parcours avec le FC Egalao, en Grèce. Nous avons épaté tout le pays avant de réaliser une grande campagne en Coupe de l'UEFA. En Belgique, en tant que T1, j'ai eu la malchance d'hériter de clubs qui ont de gros soucis financiers : Turnhout et surtout Malines avec qui j'étais bien parti en D1. Tout cela fut très dur à vivre mais cela m'a aussi endurci. "par pierre bilic - photos: belga