Plus belle la vie. Son quotidien au volant quand il descend de sa montagne pour se rendre au boulot, c'est l'étang de Biguglia, une lagune à perte de vue qui sépare le centre d'entraînement du petit chaudron de Furiani. C'est l'Ecole d'Equitation de Haute Corse qui borde les terrains. Le Haras des Sables un peu plus loin. Un stand de location de jet-skis, bouées et bananes. Le bruit des mouettes. L'odeur du sel marin. Des beautés corses déjà court vêtues début mars. Le ciel, le soleil, la mer.
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Plus belle la vie. Son quotidien au volant quand il descend de sa montagne pour se rendre au boulot, c'est l'étang de Biguglia, une lagune à perte de vue qui sépare le centre d'entraînement du petit chaudron de Furiani. C'est l'Ecole d'Equitation de Haute Corse qui borde les terrains. Le Haras des Sables un peu plus loin. Un stand de location de jet-skis, bouées et bananes. Le bruit des mouettes. L'odeur du sel marin. Des beautés corses déjà court vêtues début mars. Le ciel, le soleil, la mer. Ça fait carte postale. Et pour Guillaume Gillet, toute cette saison est une carte postale. Oubliés les play-offs sur le banc et la Coupe du Monde qui n'a pas voulu de lui. Aucun autre Belge expatrié n'a autant de temps de jeu depuis l'été. Il y a eu aussi cette remontada (de 0-2 à 4-2) contre le PSG de Zlatan, un redressement intéressant au classement après un démarrage difficile. Et la qualification pour la finale de la Coupe de la Ligue. Rendez-vous le 11 avril au Stade de France. Contre le PSG de Monsieur Zlatan. Alors, heureux ? Ça saute aux yeux. Entretien sur les hauteurs, sur la terrasse de son palace dans la campagne bastiaise. D'où, par beau temps, il aperçoit la Sardaigne. Guillaume Gillet : Oui ! J'ai eu le temps de découvrir la Corse dans les détails, pas comme un touriste qui vient passer quinze jours. J'ai vu Corte, Porto-Vecchio, Calvi, l'Ile Rousse, Bonifacio, le Cap Corse,... Quand on est sur les plages du sud, on se croirait à l'Ile Maurice. La couleur de l'eau est incroyable, les paysages sont intacts. Il y a des petites îles où on peut se poser pour une journée. Les Iles Lavezzi, ça s'écrit comme le nom du joueur du PSG... La vie est très agréable par rapport à ce que je connaissais à Bruxelles. Les gens sont sympas, plus relax. Maintenant, en Corse, il ne faut jamais être pressé. Tu dois pouvoir être patient. Par exemple, ma voiture avait besoin d'une petite réparation, le garagiste m'avait dit que ça serait fait en deux jours. Je l'ai récupérée un mois plus tard. Tranquille. Et pour tout ce qui est papiers officiels, mutuelle et compagnie, il faut aussi avoir le temps. Tout à fait. J'avais déjà eu deux fois l'opportunité de partir, en Turquie puis au PSV. Les deux fois, Anderlecht avait refusé. Finalement, je ne regrette pas d'être resté, ça m'a permis d'être champion deux fois de plus et de jouer deux fois la Ligue des Champions. Mais l'été dernier, là, il fallait que je m'en aille. La façon dont la saison s'était terminée pour moi... (Il fait une pause). Le moment était vraiment venu de découvrir autre chose. Voilà. C'était la routine, chaque saison les mêmes choses, les mêmes stades, les mêmes adversaires, les mêmes arbitres. Mes sept années à Anderlecht ont été magiques mais qu'est-ce que j'avais encore à prouver ? Quand j'ai entendu parler d'un intérêt de la Ligue 1, ça m'a tout de suite emballé. Le club a été gentleman comme toujours, il a compris que je voulais autre chose. Et Besnik Hasi a aussi donné son accord pour que je sois prêté. Il y a plusieurs paramètres qui m'ont séduit directement. Quand Claude Makelele prend le temps de t'appeler pour t'expliquer son projet, tu es d'office flatté. Makelele, c'est une carrière à Marseille, au Real, à Chelsea, au PSG, en équipe de France... Il m'a dit que si je signais, je serais une pièce essentielle sur son échiquier. Il était adjoint de Laurent Blanc au PSG quand on avait pris cinq buts à Bruxelles, ça peut sembler paradoxal mais je trouve que j'avais été plutôt pas mal dans ce match. Après six bons mois ici, je me dis que commencer sa carrière de T1 dans un club comme Bastia, c'est très compliqué. Il ne connaissait pas la mentalité des Corses, la façon dont on travaille ici. Tout ça en plus de n'avoir aucune expérience de coach principal. Un inconnu, mais un inconnu qui dirigeait le centre de formation de Bastia. Lui, il connaît donc parfaitement la mentalité. Est-ce que Makelele était assez dur ? Est-ce qu'on travaillait assez avec lui ? Ce changement m'a fait penser au remplacement de John van den Brom par Besnik Hasi. Makelele est plus comme Van den Brom, plus relax, plus joueur. Printant, c'est un perfectionniste, un bosseur, il tape toujours sur les mêmes choses. J'ai aussi tout joué en Coupe de la Ligue. J'avais ce petit objectif d'être un intouchable de la saison de Ligue 1. Oui, j'ai râlé. Parce que je suis un grand râleur. Je ne suis jamais content avec ce que j'ai. J'ai pris plusieurs cartons jaunes mais je les ai pris... intelligemment. Ici, on est suspendu après trois cartes. Mais tous les dix matches où tu n'en prends pas, on t'en enlève une de ton compteur. Je m'en suis toujours sorti. Non. Il faut de la chance. Je n'ai jamais calculé, je ne suis jamais monté sur le terrain en me disant que je devais lever le pied parce qu'il y avait risque de suspension. En plus, les supporters de Bastia adorent les joueurs qui mouillent le maillot. Je ne triche pas. Mais je n'ai jamais été un joueur méchant. J'ai juste eu une période difficile en Belgique, quand la Fédération m'avait dans son viseur. Il y a deux ans, elle ne m'avait pas raté, sur la base d'images après un match à Genk. L'arbitre n'avait même pas sifflé de faute mais on m'avait donné quatre matches de suspension et j'avais raté une bonne partie des play-offs. Ça m'avait dégoûté du championnat de Belgique. Mon baptême, c'était le 3-3 contre Marseille, une soirée de fous avec une ambiance dingue. Depuis, j'ai adoré tous les matches. C'est aussi dû au fait que je découvre un nouvel adversaire chaque semaine, un nouveau stade tous les quinze jours. Et au niveau des stades, je peux te dire que la France a des années-lumière d'avance sur la Belgique. Je n'ai pas encore joué à Marseille mais j'ai vu Nice, Lille, Bordeaux, Paris, ça vaut les déplacements. Notre deuxième match, à Paris, c'est déjà un tournant de notre saison. L'affaire Brandao qui met un coup de boule à Thiago Motta en rentrant au vestiaire. Il se prend six mois de suspension. Pour nous, c'est terrible parce que Brandao était l'homme sur qui tout Bastia comptait, le gros transfert de l'été. Le club avait fait des efforts énormes pour le faire venir, le système était un peu basé sur lui. Oui, et ça fait partie du personnage Thiago Motta d'être grossier avec les adversaires. C'est connu ici, il peut faire tout ce qu'il veut, dire tout ce qu'il veut à l'arbitre, on ne le sanctionne jamais. Je l'ai entendu dire des trucs à l'arbitre ce jour-là... c'est intolérable. Pendant le match, ça s'est envenimé entre Brandao et lui. Makelele l'a sorti parce qu'il était énervé et qu'il avait déjà pris une carte jaune, mais ses quelques minutes sur le banc n'ont pas suffi à le calmer et il a pété les plombs juste après le match. Sa suspension n'a pas non plus rendu service à Makelele. C'est paradoxal, mais non ! A la limite, les gens sont contents qu'il ait mis un coup de boule à un joueur pareil. Et tant pis s'il a pris six mois de suspension. C'est ça aussi, la fierté des Corses. (Il rigole). Ils ont de la haine vis-à-vis de certains clubs et de certains joueurs. Dès que le calendrier est sorti, on m'a prévenu : -On commence contre Marseille, tu vas avoir directement ton baptême du feu, ça va être un régal. Pendant tout le mois qui a précédé, on n'a parlé que de ça. Pour les gens ici, un Bastia - OM, c'est une institution. Il faut tenir tête aux Marseillais. Parce que c'est l'OM mais aussi parce que c'est un adversaire basé pas très loin. C'est la Corse contre la Côte d'Azur. Contre Nice, c'est peut-être encore pire. Je me suis mis dans le bain, dans la peau d'un guerrier, je me suis dit que je devais mettre le pied pour aider Bastia à vaincre l'ennemi. Ce 3-3 contre Marseille dans un stade chaud bouillant, c'étaient des émotions magnifiques. Dès ce soir-là, j'ai eu la certitude que j'allais me plaire. Une soirée historique pour Bastia. On en reparlera encore longtemps. Déjà, battre Paris, ce club le fait très rarement. Et surtout pas le Paris actuel. Après vingt minutes, c'est 0-2. Je me revois dans le 0-5 contre eux avec Anderlecht en Ligue des Champions. Puis le scénario devient rocambolesque. On fait 2-2 juste avant la mi-temps, et là, en rentrant au vestiaire, je suis persuadé qu'on va gagner. Je le sens, il se passe quelque chose. Mes coéquipiers aussi. On est dans l'euphorie, on se sent subitement imbattables. Et on gagne 4-2. Je ne pense pas que Paris avait déjà encaissé quatre buts depuis l'arrivée des Qataris. Le ciel leur est tombé sur la tête. Oui, le drapeau corse, c'est quelque chose ici. La bandera... On peut interpréter son geste comme on veut mais il n'a pas voulu provoquer les supporters de Nice. Simplement, il y avait tout un contexte. En temps normal, il est interdit d'entrer dans le stade de Nice avec n'importe quel signe d'appartenance corse : un vêtement, un drapeau, une médaille, même un tatouage. C'est aberrant. Ce jour-là, c'était encore pire : nos supporters avaient été carrément interdits. On était dans une mauvaise passe et on a gagné alors que Bastia n'avait plus battu Nice sur son terrain depuis vingt ans. Notre gardien est un Corse pur et dur, il est né et il a grandi ici. Quand il a sorti son drapeau, c'était pour montrer sa fierté d'appartenir à l'île. Il n'a chambré personne mais des supporters de Nice ont envahi le terrain, ils sont venus pour se battre avec nous. Des stewards de Nice s'en sont mêlés et ils ont frappé des joueurs de Bastia. Je ne vois pas où était le problème avec la bandera. Ce n'était pas non plus un drapeau nazi... Un joueur de notre équipe a parlé de racisme anti-corse, il a raison, non ? On n'est pas encore vraiment dedans, on voudrait d'abord se sauver. Mais elle est là, on est quand même obligés d'y penser par moments. J'ai dû commander une bonne centaine de places pour la famille et les amis, deux cars vont partir de Belgique, j'ai battu le record de la demande de billets à Bastia ! Directement, je me dis que je n'aurais pas dû frapper, que j'appartiens toujours à Anderlecht et que la malédiction des penalties est toujours là... Mais ça s'est bien terminé. Si mon raté nous avait privés de la finale, je m'en serais voulu longtemps. Avoir été l'obstacle sur la route du Stade de France pour une apothéose contre le PSG, ça aurait été lourd à porter. Déjà, sur le terrain, je prévois que ce sera compliqué... Paris, ça reste Paris avec une trentaine de gars plus talentueux les uns que les autres. Mais on n'a rien à perdre et on doit se donner du courage avec les quatre buts qu'on leur a mis en championnat. Point de vue ambiance, le stade sera coupé en deux, avec 40.000 Corses. Le PSG ne va pas jouer à domicile, ça c'est sûr ! Je suis certain que nos supporters vont gagner la bataille des tribunes. Facilement. Oui, mais je ne sais même pas s'il y avait un titulaire indiscutable sur le terrain. On était restés ici pour préparer le match de championnat suivant, on l'estimait plus important. Personne n'en a fait une maladie. C'est sûr que ça restera un manque quand je ferai le bilan de ma carrière. Mais à partir du moment où j'ai appris que je n'irais pas, je l'ai relativement bien accepté. Je n'avais pas le choix, je devais tourner la page. Je n'en garde pas un traumatisme. Oui parce que ça a suivi ma fin de saison compliquée avec Anderlecht. Me retrouver sur le banc, ça ne m'était jamais arrivé. L'annonce du groupe pour le Brésil a été un coup de plus sur la tête. Mais le fait de gagner un nouveau titre, et le début de mes contacts avec Bastia, tout ça m'a aidé à relativiser. J'ai terminé à Anderlecht sur un troisième titre consécutif, le quatrième au total, et c'est moi qui ai levé le trophée en premier, en tant que capitaine. Comme adieux, je ne pouvais pas rêver mieux. Tout à fait. Je me suis posé beaucoup de questions. Parce que j'avais été bon contre l'Angleterre et les Pays-Bas pour les débuts de Marc Wilmots, parce que j'avais commencé la campagne comme titulaire, parce que j'avais marqué un but hyper important contre la Croatie. Je ne sais pas si c'est la carte jaune prise dans ce match qui m'a été fatale. Sans cette suspension, je joue sans doute en Serbie, et peut-être encore les matches suivants. Au lieu de ça, je reste dans le groupe mais je ne joue plus une seule seconde en éliminatoires. Même pas contre le Pays de Galles alors qu'on était déjà qualifiés. A ce moment-là, je me suis vraiment demandé si je serais repris pour le Brésil. Ça a sûrement joué. Et aussi le fait que je sois redevenu milieu de terrain pour la deuxième partie de la saison. Marc Wilmots m'avait dit que ce n'était pas un problème, qu'il me considérait toujours comme un back droit pour les Diables. Je ne me tracassais donc pas trop. Mais ils sont partis au Brésil sans moi quand même... Honnêtement ? J'étais en vacances à Las Vegas avec Silvio Proto, on ne savait plus trop quand était le jour et quand était la nuit... (Il rigole). J'ai juste regardé la fin d'un match de poule, je n'avais pas trop le coeur à ça. Il n'y a que le huitième contre les Etats-Unis que j'ai vu en entier. Oui. J'aurais pu dire que c'était fini pour moi, mais l'équipe nationale, ça reste gratifiant, un honneur, surtout avec un groupe pareil. Et une sélection en plus, ça fait toujours bien sur le CV. Evidemment. J'essayais un peu d'écouter leurs histoires... Je ne me suis pas posé de questions. J'ai toujours fait partie de cette équipe. Il n'y a pas que la Coupe du Monde. Il y a l'avant. Et l'après. PAR PIERRE DANVOYE À BASTIA - PHOTOS: BELGAIMAGE / MICHAEL MAESTRACCI" Il fallait vraiment que je quitte Anderlecht. La façon dont la saison s'était terminée pour moi... " " Quand Claude Makelele prend le temps de t'appeler pour t'expliquer son projet, tu es d'office flatté. "