Chancel Mbemba est une personnalité effacée de notre championnat. Du moins, médiatiquement. Car pour le reste, difficile de trouver un défenseur aussi complet et talentueux que le Congolais d'Anderlecht. Après une première saison pleine, Chancel (" pour chance ") a repris sur les mêmes bases : intraitable en un contre un, transversales précises de 40 mètres et montées épisodiques tout en technicité. Depuis Kompany, l'arrière garde mauve n'avait plus été autant gâtée...
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Chancel Mbemba est une personnalité effacée de notre championnat. Du moins, médiatiquement. Car pour le reste, difficile de trouver un défenseur aussi complet et talentueux que le Congolais d'Anderlecht. Après une première saison pleine, Chancel (" pour chance ") a repris sur les mêmes bases : intraitable en un contre un, transversales précises de 40 mètres et montées épisodiques tout en technicité. Depuis Kompany, l'arrière garde mauve n'avait plus été autant gâtée... Chancel Mbemba : Je ne suis pas là pour m'exprimer dans les médias mais bien pour servir Anderlecht. Je suis fier de ce que j'ai réalisé lors de ma première saison avec ce titre au bout. Voilà ce qui m'importe. Je ne suis pas pressé. Je pense d'abord à mon club, à mon boulot de tous les jours. Chancel, il est comme ça. Oui. J'ai toujours cru en mon histoire. Je savais que si je recevais une opportunité, je ne pouvais pas me louper car dans un club comme Anderlecht, les opportunités sont rares. Mais j'ai su la saisir et j'étais parti. Non, pas du tout. Au Congo, j'avais déjà joué pour l'équipe nationale devant 80.000 personnes qui crient. Je n'ai pas un parcours en club très classique. J'ai commencé le foot vers huit ans, j'ai eu mes premiers souliers à neuf. Je jouais pour un club de " famille " , l'AS Mputu. J'ai joué jusqu'en équipe première, qui évoluait en 3e division, puis je suis parti au MK Etanchéité. De là, j'ai été sélectionné en équipe nationale Espoir avec laquelle je devais disputer trois rencontres : face au Burkina Faso, le Gabon. J'ai loupé celle face au Maroc car j'avais été appelé par Anderlecht. Ici, à Bruxelles, mon test a duré six mois. Non, c'était un rêve pour moi surtout quand on voit ce que Dieumerci Mbokani a réussi au Standard et à Anderlecht. Quand des joueurs comme Shabani Nonda reviennent au pays, ils sont accueillis comme des dieux. Tu le regardes à 20 mètres mais tu ne t'en approches pas. C'est pourquoi je me suis dit : Dieu m'a donné des qualités, à moi de tout faire pour marcher sur leurs traces. J'ai toujours parlé lingala, j'apprends avec le temps le français mais c'est pas facile. Quand je suis arrivé, c'est Nathan Kabasélé, qui se débrouille en lingala, qui est venu vers moi. J'ai arrêté l'école à 16 ans après la séparation de mes parents, financièrement ça devenait de plus en plus compliqué de joindre les deux bouts, j'ai donc tout misé sur le foot. Je ne gagnais pas ma vie mais je commençais à toucher un peu d'argent. Dix euros en Afrique, c'est déjà pas mal, ça te permet d'acheter quelques provisions. Ma mère a été internationale de basket et a travaillé comme employée aux impôts à Lubumbashi alors que mon père était, lui, fonctionnaire à Kinshasa. Lors de leur séparation, mon père a pris deux femmes. J'ai donc beaucoup de petits : neuf. C'est obligé, je prie pour mes petits, j'ai acheté une maison à mon père, je leur verse de l'argent tous les mois. Deux frères vont venir ici pour étudier en Europe. Ils devraient loger chez moi pendant leurs études. Pour l'instant, je vis seul, en face du Westland Shopping d'Anderlecht. Oui, quand même. Même si mon compatriote, Junior Kabananga (ndlr, aujourd'hui au Cercle Bruges) était là pour m'aider. J'ai d'abord vécu avec d'autres jeunes d'Anderlecht dans une famille d'accueil et j'ai heureusement pu compter sur l'aide importante de Jean-François Lenvain de la cellule sociale du club. En Afrique, la musique est partout. Dès que le soleil est là, les gens sortent avec leur radio et font partager leur musique. Ici, ce n'est pas le cas, c'est calme. C'est un monde totalement différent. Mais je m'y plais bien quand même. Oui, c'est un gros changement pour moi mais aussi et surtout pour ma famille. Mes principales dépenses concernent le Congo. C'est là que j'investis mon argent. Non, pas vraiment. C'est un peu comme ici, les gens ne me connaissent pas vraiment. Je vis ma vie, dans mon coin, je joue mes matches, ça me convient. J'ai des collègues au club mais pas de camarades. Quand je pars du centre d'entraînement, je reste seul chez moi. Non, ce sont seulement des collègues. J'évite au maximum les gens car plus tu en connais plus les problèmes sont nombreux. Non. Je regarde un film, j'écoute de la musique, je me promène. Pour inviter quelqu'un chez moi, il faut que je le connaisse très bien. Frank (Archeampong), Andy (Najar), Fabrice (N'Sakala) vivent dans le même immeuble que moi. On se croise mais je ne passe jamais de longues soirées avec eux. J'ai une copine en France avec qui j'ai un bébé de six mois. Ça n'a pas vraiment changé quelque chose pour moi car les responsabilités, j'en ai depuis pas mal de temps. Oui mais pas chaque jour. Quand on reçoit un jour de congé, ça m'arrive. Ce n'est pas bizarre. Je prépare le lendemain, mon futur. Je raisonne en me disant que je dois être à mon maximum car j'ai de grosses ambitions. Anderlecht est un tremplin pour moi. Je veux marquer l'histoire de ce club et puis partir. En Afrique, le championnat belge n'est pas très réputé, on trouve le niveau très moyen. Et pourtant quand les joueurs débarquent ici, ils se rendent compte que c'est une compétition difficile. Ici, il est important de garder le ballon dans l'équipe. J'ai aussi travaillé la défense en zone alors qu'en Afrique, c'est l'individuelle partout. En Belgique, tu as davantage le temps de réfléchir, de contrôler le ballon alors qu'en Afrique, le tacle arrive direct. Les contacts sont plus durs en Afrique mais on manque de qualité pour faire circuler la balle. Je suis fier de moi et de mon équipe. J'ai donné beaucoup. Mais je n'ai jamais été impressionné par personne ni par la différence de niveau en Ligue des Champions. Je ne regarde que le ballon, je ne regarde pas le joueur qui est en face de moi. La personne contre qui je joue n'a aucune importance. Non. Il est comme moi. Personne ne va m'impressionner. Je trouve que ce que ces joueurs réalisent est normal. Ce n'est que du foot. Pas plus que les autres. Je peux difficilement m'autoévaluer. Je ne veux pas être un patron, je veux juste jouer au foot. Et quand c'est terminé, je pars... Même si Besnik Hasi m'encourage à parler davantage quand j'en ressens le besoin. Non. Mais je l'ouvre seulement quand c'est nécessaire. Je ne parle pas pour ne rien dire. Ceux que l'on écoute ce sont les anciens : Silvio (Proto) ou Deschacht. Silvio me parle beaucoup, il me dirige dans mon positionnement, j'en ai besoin. Au niveau du placement, j'apprends tous les jours et c'est normal, je suis encore jeune. Oui, mais je peux pas dévoiler ce qu'il m'a dit. Jouer aux côtés de Bram Nuytinck ou de Cheikhou Kouyaté, ça ne change rien pour moi. Je parlais avec Cheykhou mais sans plus. Je le voyais souvent chez Dieumerci. Je n'ai pas besoin de plus, je suis très bien comme ça. Oui. Le fait de prendre le temps, le fait de regarder mes collègues, mes amis, tout ça me manque. Ici, tout va très vite, ici c'est le boulot. Et quand j'en ai l'occasion, je retourne en Afrique pour quelques jours afin de me reposer avec mes camarades. En Belgique, c'est difficile de créer cette même relation. Car mes camarades sont des semblables, ils me ressemblent, ils ont le même caractère que moi. Non. J'ai aussi joué au milieu défensif et comme numéro 10. Je peux jouer à tous les postes de l'axe. Mais si on décide de me positionner à l'arrière droit comme face à Mons, je m'exécute mais je me sens plus à l'aise au centre. Ce but face à Lokeren lors de la dernière journée. Surtout qu'on était à 10 contre 11, qu'on venait de prendre un but sur penalty. Mais on pouvait rien lâcher. Et quand on a reçu ce coup franc, j'ai demandé à Youri de me la mettre au deuxième poteau mais il a préféré frapper. Moi, j'étais à l'affût et quand j'ai vu cette balle, je savais que je ne pouvais pas la rater. C'est mon plus beau moment jusqu'ici... Oui, je me rappelle. C'est vrai que si je n'y vais pas, sur cette phase, c'est sûrement 1-0 et ça devient compliqué. Quand Lestienne a contrôlé, il a fixé Silvio, j'ai su alors que je pouvais le stopper. J'ai toujours été explosif mais j'ai beaucoup travaillé cette vitesse. En Afrique, il m'arrivait souvent de faire des sprints de 100 mètres seul sur la plage. Par contre, je n'ai jamais fait de musculation, j'en ai pas besoin (il rit). Je ne pense pas. Il faut savoir choisir le bon moment mais il y a assez de joueurs devant moi qui peuvent animer le jeu. Non, je ne pense pas. J'aimerais que le jour où je pars, ce soit le club qui me donne mon bon de sortie pour services rendus. Ce n'est pas moi qui vais forcer un transfert. Ceux qui me connaissent sont mon père, ma mère, mes camarades. Ceux qui me veulent du mal, je ne les écoute pas, ils ne me touchent pas. Je n'ai pas souffert de toute cette polémique. J'ai vu qu'on avait falsifié ma signature sur certains documents, c'est comme ça, je ne peux rien y faire. Et je ne sais pas d'où ça sort. Mais le club n'a pas eu de doute sur mon âge, un test du poignet a même été effectué pour prouver que je ne mentais pas. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: IMAGEGLOBE/KETELS" J'ai des collègues au club mais pas de camarades. Quand je pars du centre d'entraînement, je reste seul chez moi. " " Je ne regarde que le ballon, je ne regarde pas le joueur qui est en face de moi. "