Thomas Kaminski remplace actuellement Silvio Proto, blessé, dans la cage d'Anderlecht. C'est parti pour une interview 100 % gardien.
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Thomas Kaminski remplace actuellement Silvio Proto, blessé, dans la cage d'Anderlecht. C'est parti pour une interview 100 % gardien. Thomas Kaminski : C'est un rêve. Avant, je jouais contre eux à la PlayStation. A moi de montrer ce que je vaux par rapport à eux et par rapport au niveau de la Ligue des Champions. Le PSG, c'est un rassemblement de stars. Et Ibrahimovic, c'est évidemment quelque chose. Il a gagné combien de titres ? Et j'ai lu son livre. Des trucs que je peux appliquer dans mon métier : n'avoir jamais peur de personne, avoir plein de confiance en moi, être fort dans la tête en toutes circonstances. Il y a un peu des deux. Quel match frustrant. Les Grecs ont trois occasions, ils marquent trois fois. Je n'ai pas eu le temps d'être nerveux. A 20 minutes du coup d'envoi, John van den Brom m'a dit d'intensifier mon entraînement parce que Proto s'était fait mal. Je suis allé trouver l'entraîneur des gardiens, il m'a dit que j'allais jouer. C'est sûr, la pression est là. Mais j'essaie de ne pas trop penser à tout ça. Il nous faut un déclic dans un gros match. Si on fait quelque chose de bien contre les Français, ça pourrait nous donner plein de confiance. Comme un match normal. Tranquille. Le stress n'a jamais été un souci. Je me sens encore comme un petit gamin quand je monte sur le terrain, même quand c'est un match avec beaucoup d'enjeu et beaucoup de monde. Non, ça s'arrête là. Courtois est un super gardien mais je veux tracer ma route. Je l'ai pratiqué, mais pas longtemps. J'ai fait des entraînements, mon frère jumeau aussi, mais à l'époque, il n'y avait pas de championnat pour notre catégorie d'âge et on en a vite eu marre de faire du volley sans avoir la carotte d'un match le week-end. On a alors bifurqué vers le foot. J'ai commencé comme ailier gauche mais je tombais tout le temps ! Je n'étais pas fort dans les duels. Mon frère était attaquant de pointe, il avait une très bonne technique, il était fort de la tête et il marquait beaucoup mais il était un peu lent, alors on l'a fait reculer en défense. Il est allé jusqu'en Espoirs de La Gantoise, il se préparait à signer un contrat pro mais il s'est alors blessé. Une fois de plus. Il est descendu dans les divisions inférieures, et depuis cette année, il ne joue plus. La différence entre mon frère et moi, c'est que lui, il n'a jamais été obsédé par l'idée de faire une carrière professionnelle. Moi, quand j'étais à l'école primaire, je disais déjà à mes profs que je voulais devenir footballeur. Oui, j'ai fait un stage là-bas, j'ai découvert un autre monde, on m'a proposé de signer, le club m'a encore invité plusieurs fois pour voir des matches après ce stage, histoire de me séduire. J'étais confronté à un dilemme : devenir un des jeunes gardiens d'Arsenal ou passer numéro 3 au Beerschot dès l'âge de 16 ans avec un contrat pro. J'ai choisi le Beerschot, le chemin me paraissait moins compliqué. (Il réfléchit). Arsenal, ça reste Arsenal. J'y ai repensé la saison dernière, quand je ne décollais pas du banc d'Anderlecht. Mon père n'a aucun passé de footballeur mais on lui proposait un job de scout. Il serait allé visionner des joueurs dans son pays, la Pologne. Ça peut paraître bizarre de confier un boulot pareil à un ancien volleyeur mais il a beaucoup de contacts dans le sport de haut niveau et il a l'oeil pour repérer les talents. S'il ne m'avait pas imposé sa discipline d'ancien sportif professionnel, je ne suis pas sûr que j'aurais fait carrière. On allait parfois jouer au badminton dans la salle de gym de l'école où ma mère était prof. Quand je perdais, il se fâchait : -Monte dans la classe de ta mère, je ne veux plus te voir avant ce soir.A 13 ans, je me suis cassé le pied en jouant au foot dans la cour de l'école. Mon père était furieux car il avait arrêté de coacher une équipe de volley pour pouvoir me conduire tous les jours aux entraînements à Tubize. Pendant deux semaines, il ne m'a pas adressé la parole. Et dès qu'on m'a enlevé le plâtre, il m'a lancé : -C'est maintenant que ça commence. Il venait m'éveiller tôt le matin : - Habille-toi, on part au parc. J'avais toujours mal au pied, j'arrivais à peine à marcher normalement mais il me faisait courir dans des côtes et il m'accompagnait sur mon vélo. J'en aurais pleuré. Mais ça m'a rendu plus fort. Il a fait une carrière de haut niveau en volley, il était international polonais, il a joué en Allemagne. Mais il m'a expliqué souvent qu'à son arrivée en Belgique, il en avait bavé : -J'ai débarqué comme étranger et j'étais obligé de marquer vingt points à l'entraînement alors que les joueurs d'ici pouvaient se contenter d'en marquer dix. Oui, c'était le dernier match de la saison. C'est lui qui a demandé ce changement alors qu'il n'était pas blessé. Il m'a dit : -On a bien travaillé ensemble pendant un an, vas-y, prends un peu ma place. On bosse bien, il me conseille, notre relation est saine, mais on reste des concurrents. C'est difficile. Je dois faire ce que je fais depuis quelques semaines : montrer qu'on peut compter sur moi. La saison passée, ça a été très dur. Une année à oublier ! Non. Je ne me sens pas champion. Ce n'était pas mon titre. Je n'ai joué qu'un match en championnat et deux en Coupe. Chaque week-end, ça me faisait très mal. Je n'arrivais pas à me dire que c'était déjà bien d'être sur le banc d'Anderlecht. Bien sûr mais mon choix était aussi une preuve d'ambition. Entre le Beerschot et un club qui joue chaque saison pour le titre et peut disputer la Ligue des Champions, le choix était vite fait. En plus, le Beerschot ne voulait plus de moi, il préférait prendre Stijn Stijnen. (Il soupire). En fait... (Il réfléchit). J'avais envie de jouer. Mais passer d'Anderlecht à Bruges, c'est toujours délicat. Et Anderlecht, c'est mon club, ma vie. Quand j'étais gamin, mon rêve, c'était de jouer ici. J'habite à dix minutes, j'ai encore des photos d'enfance où je pose avec Olivier Deschacht, Besnik Hasi, Marcin Wasilewski. Bien sûr. Je voulais que ça change. Aujourd'hui, le coach me dit qu'il a confiance en moi, mais l'année passée, je pense qu'il avait un peu peur de me mettre dans le but. Mes parents étaient désolés. Chaque week-end, mon père en était malade de me voir sur le banc, il ne me parlait pas. Je ne veux pas trop parler de ça. Encore plus. Mais l'entraîneur fait ses choix. Pas d'autre commentaire. Mais ça doit changer, sinon... Ce n'est rien du tout. En plus, j'ai joué en septembre contre l'Irlande du Nord et j'ai sorti un bon match. Je ne ferai pas la même chose. J'ai trop d'ambition. Mes objectifs sont clairs : être le numéro 1 à Anderlecht et en Espoirs. Je bosse. A 8 heures du matin, je suis à Neerpede. Une heure avant le rendez-vous. Stabilisation, fitness, stretching. C'est un choix. Il faut avoir un peu de caractère...PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Je n'arrivais pas à me dire que c'était déjà bien d'être sur le banc d'Anderlecht. "