Tu es arrivé en Italie en janvier 2004. Est-ce que tu te sens totalement imprégné par la culture et les moeurs de ce pays ?

Totalement. Aujourd'hui, je me sens vraiment italien.
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Totalement. Aujourd'hui, je me sens vraiment italien. C'est un peu partout comme ça. Un pays qui n'a pas eu l'habitude de connaître une grosse vague d'immigration, comme en France ou en Belgique, n'est pas habitué aux étrangers. En Belgique, l'étranger est devenu la normalité. On est habitué à ça, pas en Italie, même si ça évolue. Si tu a toujours grandi avec des bonshommes verts et que tu vois un bonhomme rouge débarquer, tu vas trouver ça bizarre, tu vas être méfiant, c'est humain. Mais si tu as vécu depuis tout petit avec des Noirs, des Arabes, des Chinois comme en Belgique, tu trouverais par contre bizarre de ne plus en voir. Le fait d'être joueur de foot, ça m'a aidé, ça a facilité les choses. Je n'ai pas débarqué avec les habits d'un clandestin. Je vais te dire une chose : c'est que des conneries. Quand Ibrahimovic était en Italie, il était le plus fort de tous, alors les supporters l'insultaient de zingaro (gitan). Quand un Noir est le meilleur dans une équipe, comme c'était le cas de Eto'o, la seule manière de le déstabiliser c'est de balancer ces cris de singes. Quand un joueur napolitain était insulté par les supporters du nord de l'Italie, c'est aussi une forme de racisme. Même si je pense que c'est davantage de la provocation qu'un racisme profond. Oui, mais Balotelli, c'est un cas à part et il cherche un peu. C'est aussi une nouveauté pour le foot italien, un Noir dans la squadra, et il joue un peu avec ça. C'est devenu un cirque, en fait : lui, il provoque et en retrour les gens lui rentrent dedans. Les gens aiment ça en fin de compte, toutes ses frasques, le moindre fait de Balotelli et c'est 2 millions de vues. C'est devenu un produit. Ibrahimovic. C'est un mec qui est très arrogant, très fort physiquement. Il fallait que je mette beaucoup de force pour le contrer. Et puis il est très méchant sur un terrain, il est pret à tout, c'est un gagnant, il faut que la lumière soit sur lui. Je suis resté ami avec beaucoup de joueurs mais je ne pensais jamais rencontrer quelqu'un comme Javier Zanetti. Si je me retrouve aujourd'hui en Espagne, c'est grâce à lui notamment et à ses contacts. Il m'appelle souvent pour prendre de mes nouvelles. C'est une légende du foot mondial, quelqu'un qui pèse, et pourtant il ne s'est jamais pris au sérieux il déconnait tout le temps. Même quand on perdait, il était le premier à rentrer dans le vestiaire et à positiver. Aujourd'hui, tout le monde le respecte. Quand il organise un match de gala, tout le monde est là : de Cristiano à Ibra en passant par Ryan Giggs ou Beckham. Et pourtant, il cause avec tout le monde, du gars de la rue au président, il ne s'est jamais pris pour une vedette.