Après la chute du Mur, le sport a changé en ex-RDA. Les sportifs de haut niveau de n'ont plus été utilisés comme les icônes d'un régime qui s'en servait pour polir son image. Les clubs de football soutenus par les pouvoirs publics ou l'industrie ont également découvert un tout autre monde.
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Après la chute du Mur, le sport a changé en ex-RDA. Les sportifs de haut niveau de n'ont plus été utilisés comme les icônes d'un régime qui s'en servait pour polir son image. Les clubs de football soutenus par les pouvoirs publics ou l'industrie ont également découvert un tout autre monde. Ex-international, Jürgen Nöldner a vécu cette période. L'ancien médian a enfilé le maillot de la RDA à 30 reprises. Il a joué 14 ans pour Vorwärts Berlin, qui a dominé le football est-allemand des années 60, s'adjugeant six titres. Ensuite, Nöldner s'est produit 100 kilomètres plus loin, à Francfort an der Oder. Opportuniste et brillant technicien, Nöldner était considéré comme le Puskas de la RDA. Il est devenu journaliste sportif en RDA puis en RFA. Il avait étudié le journalisme pendant sa carrière sportive, à l'université de Leipzig grâce à des cours à distance. Agé de 68 ans, il réside toujours à Berlin-Est, où il a grandi : " Beaucoup d'habitants de l'Est ne sont pas encore allés à l'Ouest, même pas dans cette ville. Dans leur tête, le Mur existe toujours. Il faudra plusieurs générations pour effacer ce clivage. On continue à parler d' Ossie et de Wessie. Dans certains cafés de Berlin-Est, les Wessie ne sont pas les bienvenus. " Le foot berlinois est également coupé en deux. Il y a le Hertha BSC à l'Ouest et l'Union, pensionnaire de 2e Bundesliga, à l'Est. " Les supporters de l'un n'iraient pas chez l'autre pour tout l'or du monde ", commente Nöldner. " Cet entêtement est typique : le Hertha lutte contre la rétrogradation tandis que l'Union joue la tête. Imaginez que le Hertha termine 16e et l'Union troisième : il y aurait des matches de barrages aller-retour. La ville n'attend que ça... " Nöldner ne s'est jamais senti prisonnier du système et ne condamne pas complètement la RDA. Il prétend n'avoir appris qu'a posteriori que le football est-allemand était infiltré par les espions de la Stasi, la sécurité d'Etat qui tenait d'une poigne de fer le sport de haut niveau et utilisait les footballeurs et leurs dirigeants pour obtenir des informations. Jürgen Nöldner : " Les footballeurs jouissaient de nombreux privilèges. Nous pouvions acheter une maison et une voiture plus rapidement. Normalement, il fallait attendre dix ans mais on plaçait la demande des sportifs tout en haut de la pile. Nous ne pouvions pas nous plaindre. Nous gagnions quatre ou cinq fois plus qu'un travailleur moyen et je ne parle pas de l'argent noir. Tout ne se déroulait pas des plus légalement. J'ai joué pour Vorwärts Berlin, le club de l'armée : je travaillais aussi pour celle-ci, je suis devenu capitaine, le plus haut rang qu'un footballeur pouvait atteindre. Je ne devais rien faire. J'enfilais l'uniforme quelques fois par an, notamment pour défiler. Le SED, le parti socialiste, retenait 3 % de mon salaire. Tous les clubs de la RDA étaient soutenus. Le Dynamo Dresde était le club de la police, le Dynamo Berlin celui de la Stasi. D'autres clubs dépendaient de grandes entreprises, comme Carl Zeiss Iéna ou Energie Aue. Le club était leur vitrine et n'avait jamais de problèmes financiers. On n'a jamais pu le prouver. Le Dynamo Berlin avait d'excellents footballeurs et bénéficiait souvent d'un coup de pouce arbitral. Le FC Magdebourg a été, de son côté, le premier club de RDA à s'adjuger une coupe d'Europe, la C2, en 1974, grâce à une victoire contre Milan. Pourtant, deux ans plus tard, l'entraîneur, l'architecte de ce succès, Heinz Krügel, a été renvoyé. On prétend qu'il aurait refusé de placer des micros dans le vestiaire du Bayern quand les deux clubs se sont affrontés. J'ai toujours trouvé ça bizarre, car si la Stasi voulait placer des écoutes, elle n'avait pas besoin d'un entraîneur, elle s'en chargeait elle-même. Je n'en ai jamais eu le sentiment car nous étions surveillés sans que cela apparaisse. Nous étions confrontés à une seule privation : nous ne pouvions voyager en-dehors du bloc de l'Est... alors que nous allions régulièrement à l'étranger avec le club ou l'équipe nationale. Nous voyions bien que l'Ouest était plus prospère. D'ailleurs, nous en profitions pour effectuer des achats. Nos femmes nous donnaient des listes, comprenant surtout des jouets pour les enfants. C'était irresponsable car nous devions jouer le soir. Nos jambes étaient lourdes à l'entame du match... A la chute du Mur, j'étais chez moi. J'ai regardé au-dehors et j'ai vu les gens courir et faire la fête. J'ai pensé que je pourrais enfin voyager avec ma femme dans tous les pays que j'avais visités quand j'étais footballeur. Nous devions évidemment respecter des règles. Parler à un inconnu était suspect et le chef de la délégation établissait un rapport. Le régime redoutait les contacts avec l'Ouest. Nous ne pouvions y acheter des tourne-disques ni des livres. Il craignait aussi que nous restions à l'Ouest. Je n'y ai jamais songé, ne serait-ce que parce que ma famille aurait eu des problèmes. Cela faisait partie de la vie. Nous faisions quand même des choses interdites, comme regarder la télévision de la RFA, puisqu'on ne pouvait nous contrôler. Des intellectuels ont évidemment sympathisé avec l'Allemagne de l'Ouest et ont été mis sur écoute. Les films qui ont été tournés à ce sujet n'exagèrent pas. Mais les footballeurs ne parlent pas politique. D'ailleurs, quand le Mur a été érigé en 1961, je n'ai jamais songé à m'enfuir, ne serait-ce que parce que mon père avait été exécuté dans le camp de concentration de Brandebourg en 1944, pour haute trahison car il combattait les nazis. Dans mon esprit, c'était la faute de la RFA et je ne voulais pas avoir affaire à elle. Alors que la formation des talents était unique... Vous allez me demander si c'était à cause du dopage. On en a parlé pour d'autres disciplines mais le dopage n'apporte rien en football. Notre essor a été freiné parce que la RDA ne pouvait accueillir d'étrangers. C'est ce qui rend la victoire en C2 de Magdebourg si unique : elle a été forgée par des jeunes du cru, emmenés par un Jürgen Sparwasser, qui a inscrit le but historique lors du match de Coupe du Monde 1974 entre les deux Allemagne. La RFA a commis une grave erreur à la réunification : elle n'a pas conservé la formation des jeunes. Mais Matthias Sammer, l'actuel directeur sportif de la fédération, est en train de revenir au système de formation est-allemand, au sein duquel il a été lui-même formé par des entraîneurs hautement qualifiés. Ils ne sont pas parvenus à se fondre dans la culture occidentale. Ils n'ont pu gérer l'autonomie des joueurs, qui ne suivaient plus leurs consignes à la lettre. Hans Meyer est l'exception qui confirme la règle. Tout était différent en RDA. Certes, il nous arrivait de sortir et de boire un verre de trop mais c'était étouffé. Les journaux n'en parlaient pas. Les footballeurs et les journalistes s'entendaient très bien. Ces derniers savaient ce qui se passait mais ne pouvaient pas l'écrire. Ils s'autocensuraient. Certains ont disparu. Le Lokomotiv Leipzig a joué une finale européenne contre l'Ajax en 1987 puis a sombré. Il revit en Oberliga, la D5, comme le Dynamo Berlin. Le FC Magdebourg évolue en D4, Carl Zeiss Iéna en D3. Ce n'est pas illogique : ils ne sont plus soutenus et doivent repartir à zéro, ce qui n'est pas évident dans une région en proie à des problèmes économiques et au chômage. Leur survie relève du miracle, comme le fait qu'Hansa Rostock et Energie Cottbus se sont produits en Bundesliga. Le Dynamo Dresde a un superbe nouveau stade de 27.000 places. C'est bien car c'est un club de tradition, qui a été champion à huit reprises. Hélas, il joue en D3. Cette saison, il visait le titre mais il est antépénultième. Il a limogé son entraîneur, Ruud Kaiser. Pour les clubs de RDA, la Réunification a été une catastrophe. Je ne connais aucun grand sponsor qui souhaite s'identifier à un club de l'Est. Il faudra des générations pour que ça change. par jacques sys - photos: belgaDans la tête de beaucoup de gens, le mur existe toujours.