Hall omnisports de Huy, 15 heures. Tous les joueurs sont prêts pour l'entraînement, mais il n'y a pas d'entraîneur. EricCleymans (34 ans), à la fois le vétéran et le capitaine de l'équipe, se charge donc de dispenser l'échauffement. Le coach ChristianLemaire et son assistant ThibautPetit se pointent à 15 h 20. " Un retard ? Quel retard ?", demande le premier cité. " Sachez que le coach n'est jamais en retard... "
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Hall omnisports de Huy, 15 heures. Tous les joueurs sont prêts pour l'entraînement, mais il n'y a pas d'entraîneur. EricCleymans (34 ans), à la fois le vétéran et le capitaine de l'équipe, se charge donc de dispenser l'échauffement. Le coach ChristianLemaire et son assistant ThibautPetit se pointent à 15 h 20. " Un retard ? Quel retard ?", demande le premier cité. " Sachez que le coach n'est jamais en retard... " A Huy, Christian Lemaire combine les fonctions de coach, d'entraîneur, de manager... et bien d'autres choses encore. Juste avant la trêve, l'équipe a remporté deux succès de rang contre des concurrents directs, qui ont ravivé l'espoir. L'entraînement se déroule donc dans la bonne humeur, même si aux apparences, on pourrait penser qu'il s'agit d'un club de Provinciale plutôt que de D1. Les joueurs portent leurs propres t-shirts, qu'ils laveront eux-mêmes, car le club n'a pas fourni de tenues d'entraînement. " En D2, on avait des maillots réversibles ", se souvient LionelBosco (22 ans), le jeune joueur local qui est, avec le Britannique MarkHawley (30 ans), l'un des deux rescapés de l'équipe sacrée championne de D2 à deux reprises. " Cette saison, on n'en a plus. C'est dommage, mais ce n'est pas cela qui fait gagner des matches ". En été 2003, le club avait refusé la montée car l'aventure apparaissait trop risquée, sur le plan financier. Un an plus tard, il l'a finalement acceptée, mais entre-temps, le président DanielLaMartina a démissionné (après avoir quitté son poste d'administrateur chez Saeco Benelux). Alors que, dans les autres clubs de D1, les joueurs sont devenus des hommes sandwiches tant les logos publicitaires sont nombreux sur leur tenue, Huy n'affiche aucun sponsor principal sur le devant du maillot. " Si le départ de La Martina était survenu la saison dernière, il aurait pu causer la mort du club ", affirme Lemaire. " Mais, comme il n'était plus sponsor cette saison, on avait déjà dû se tourner vers d'autres parraineurs ". Il n'empêche : le départ a laissé un grand vide. " Lorsqu'il est parti, les autres dirigeants nous ont tenu un discours rassurant ", explique Bosco. " Ils nous ont certifié que la situation n'était pas catastrophique, qu'il y avait déjà de l'argent en caisse pour les trois quarts de la saison et que d'autres pistes étaient explorées. Il n'empêche que certaines questions turlupinent les joueurs : les moyens financiers seront-ils suffisants ? Pourra-t-on terminer la saison ?". Car, si les dirigeants restants essaient de s'organiser pour faire face à la situation, leur inexpérience est flagrante. " Tout le monde fait de son mieux et travaille un maximum ", constate ButchTshomba (29 ans). " Mais par rapport à un club comme Louvain que j'ai fréquenté précédemment, Huy accuse un sérieux retard ". Dans ces conditions, était-il sage d'accepter la montée ? " Si on n'était pas monté cette année, on ne l'aurait jamais fait ", estime Bosco. " Les supporters avaient déjà été déçus la première fois, et si le club était encore resté en D2, un clash aurait pu se produire ". " Moi, je suis un joueur et j'estime que, lorsqu'un club est champion de D2, il se doit d'accepter le challenge sportif ", renchérit Tshomba. " J'applaudis donc des deux mains la décision qui a été prise de relever le défi. Cela dit, force est de constater que le club n'était pas prêt à effectuer le grand saut. Entre la D2 et la D1, le fossé est énorme. Tout le monde doit apprendre, joueurs comme dirigeants ". Cela s'est ressenti durant la période de préparation, chaotique, où l'on a beaucoup tâtonné pour trouver les renforts étrangers adéquats. " Comment a-t-on pu se faire berner ainsi par les agents de joueurs ?", se demande Tshomba. " On a découvert sur cassette un certain Robinson, à peine plus grand que moi, et on nous a fait croire qu'il captait 14 rebonds par match. On a vu débarquer un certain Taylor, qui présentait apparemment de très belles références, mais qui est arrivé avec un excès pondéral considérable. Tous ces choix approximatifs nous ont fait perdre du temps ". " Je me demande s'il était vraiment nécessaire de bouleverser l'effectif champion de D2 ", ajoute Lionel Bosco. " On ne pouvait sans doute pas garder tout le monde, mais deux joueurs rescapés de l'équipe de D2, c'est peu ". Progressivement, pourtant, les choses se mettent en place. " Avec l'arrivée du Sénégalais AdamaN'Diaye et du Slovène MirzaBegic, l'effectif est plus complet et mieux équilibré ", constate Cleymans. " Le premier tour du championnat fut... notre période de préparation à nous ", enchaîne Tshomba. " Lorsqu'on s'est déplacé à Bree et à Charleroi, on disposait tout juste de sept joueurs. On ne pouvait rien espérer dans ces conditions. Aujourd'hui, on est enfin au complet et le championnat commence réellement pour nous. On a déjà battu certains de nos concurrents directs : Louvain, Vilvorde, Anvers. Mais ces équipes-là ont battu des ténors : Louvain et Anvers ont battu Ostende, Vilvorde a battu Liège à deux reprises. C'est ce qui nous manque : un succès contre un gros bras ". A 22 ans, Bosco découvre la D1 : " Pour moi, c'est un rêve qui se réalise. En franchissant ce palier, j'ai dû adapter mon style de jeu. J'essaie d'utiliser ma vitesse au maximum, j'améliore progressivement mon tir à distance. Ce n'est pas toujours facile, car avec mon 1m75, j'affronte des meneurs de jeu auxquels je rends 10 ou 15 centimètres, ou des routiniers comme Jean- MarcJaumin, MichaelHuger, DamirMilacic ou RoelMoors. La principale différence avec la D2, c'est la vitesse de réaction. En D1, lorsqu'un joueur a 30 centimètres de liberté, il tire. En D2, il attend d'avoir un mètre ". " Mais Lio se débrouille parfaitement ", assure Tshomba. " Au point que j'en fais déjà mon principal candidat au titre de Rookie de l'Année ". L'intéressé apprécie le compliment, mais tempère : " Je suis heureux d'être arrivé en D1 avec Huy, mais le plus dur, maintenant, sera d'y rester ". " Ce serait dommage de retourner en D2 après une seule saison, mais pour l'instant, personne n'évoque encore une possible relégation ", affirme Tshomba. " On peut critiquer le manque d'expérience et de structures de Huy, mais combien de clubs donnent-ils encore une chance aux joueurs belges ? Dans la plupart des autres clubs, les étrangers font la pluie et le beau temps. Ici, il appartient à Eric, Lionel, DavidKalut et moi de prendre les décisions en fin de match. Je trouve cela fantastique ". Qu'est-ce qui permet de croire au maintien ? " L'envie dont témoignent tous les joueurs et tous les membres du comité ", affirme Butch. " La confiance est revenue grâce aux quelques victoires remportées à la fin 2004 ", se réjouit Bosco. " Si l'on avait perdu ces matches-clefs contre des concurrents directs, c'en était déjà fini de nos espoirs. Aujourd'hui, avec dix joueurs, on peut enfin faire du cinq contre cinq à l'entraînement, ce qui n'était pas le cas au début. Et puis, dans la difficulté, on a formé un groupe solidaire ". " Notre marge de progression est encore énorme ", estime Cleymans. " En outre, BrianHeinle demeure notre unique renfort US. Cela signifie que, si les finances du club le permettent, on a toujours le loisir d'engager un deuxième renfort américain ". Daniel Devos" Ici, ce sont les Belges qui prennent les décisions EN FIN DE MATCH " (Butch Tshomba)